Réduire le temps de travail pour sauver l’environnement

A l’heure où la fiscalité environnementale monopolise les débats en France, un tout autre sujet anime le cercle des économistes écologiques, notamment aux Etats-Unis : la réduction du temps de travail.

Depuis plus de dix ans maintenant des chercheurs issus de structures aussi diverses que le CEPR de Washington (dont les spécialistes prévenaient d’une crise possible avant 2008) ou du Boston College l’attestent : il existe une corrélation forte entre le temps de travail et la dégradation de l’environnement. En somme, plus on travaille, plus on pollue.

La première étude sur le sujet date de 2005. En étudiant 18 Etats de l’OCDE, la sociologue américaine Juliet Schor (Boston College) conclut que plus les individus travaillent, moins ils disposent de temps pour « faire » : ils consomment donc des biens à forte empreinte écologique en privilégiant, par exemple, pour gagner du temps, l’avion ou les plats préparés. Le lien entre pollution et temps de travail s’explique ici par la « structure » de la consommation.

En 2007, les économistes et modélisateurs, David Rosnick et Mark Weisbrot (CEPR, Washington) démontrent que les différences de niveau de pollution et de consommation d’énergie entre les États-Unis et l’Europe, toutes choses égales par ailleurs, s’expliquent précisément par les différences entre les deux pays en termes de temps de travail. D’après leurs analyses, si les Européens avaient adopté un temps de travail équivalent à celui des Américains, ils consommeraient 30 % d’énergie en plus.

A l’inverse, si les Etats-Unis avaient adopté́ les standards européens de temps de travail, leurs émissions de CO2 en 2000 auraient été́ 7 % moindres que celles de 1990. Et les accords de Kyoto auraient été respectés… Les chercheurs insistent sur un effet volume : un temps de travail élevé entraîne une hausse de la croissance du PIB, et puisque celle-ci est corrélée à l’émission des gaz à effets de serre, un accroissement de facto de la pollution.

Quelques années plus tard, l’économiste suédois Jonas Nässén précise ces recherches. Ses études montrent qu’une réduction de 1 % du temps de travail engendrerait une réduction de la consommation d’énergie et d’émission de gaz à effet de serre de 0,8 % en moyenne. À l’heure où la RTT est sévèrement critiquée en France, Nässén préconise une semaine de travail de 30 heures par semaine pour faciliter l’atteinte des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

D’autres études, menées par Kyle Knight, Eugene Rosa et Juliet Schor, en 2013, portant sur l’ensemble des pays de l’OCDE de 1970 à 2007, le démontrent : non seulement la corrélation entre temps de travail et impact environnemental est forte, mais en plus les pays qui ont réduit leur temps de travail ont vu une amélioration très nette de leurs indicateurs environnementaux.

Lewis King et Jeoren Van de Bergh, en 2017 qui étudient différents scénarios de réduction du temps de travail concluent quant à eux, que les 30 heures hebdomadaire ne sauraient faire l’objet d’une annualisation : la semaine de 4 jours constitue l’option la plus bénéfique à l’environnement.

Pour l’instant, la faiblesse de ces études réside dans le fait qu’elles mettent en lumière une corrélation et non une causalité. Une faiblesse toute relative car le consensus scientifique est aujourd’hui très clair : les activités économiques sont responsables du dérèglement climatique.

Reste à affiner ces recherches pour mieux comprendre les ressorts de ce lien et éviter tout effet rebond en cas de réduction du temps de travail (c’est-à-dire d’éviter qu’elle ne se traduise par plus de voyages en avion par exemple), penser les conséquences en termes de revenu…

La réduction du temps de travail permet de créer des emplois, d’améliorer la qualité de vie et l’état de l’environnement : c’est un triple dividende positif. Mais, surtout, n’en débattons pas, affirment les économistes bien en cours.

Aurore Lalucq codirectrice de l’Institut Veblen pour les réformes économique
Article très intéressant, puisqu’il nous incite à la réduction du temps de travail.
Un temps de travail qui pourrait s’effectuer sur 4 jour serait intéressant à plusieurs égards.
D’une part, comme l’explique cet article, cela permettrait de réduire la consommation d’énergie et donc la pollution, ce qui serait favorable pour la planète
En effet, on peut penser qu’une journée de moins à travailler, limite les déplacements et entraîne des modifications dans notre mode de vie.
Ensuite, réduire le temps de travail, permet à la fois d’améliorer la productivité (moins de fatigue, plus de concentration …) et d’améliorer également la santé (moins malade parce que moins sollicité, moins de stress…) ce qui diminue les dépenses de santé et pourrait avoir des conséquences favorables sur les comptes de la sécurité sociale.
La réduction du temps de travail devrait également permettre le partage du temps de travail (désormais les magasins sont ouverts 6 jours sur 7, les employés ne peuvent plus seuls assumé l’amplitude horaire d’ouverture). ce partage devrait permettre de réduire le chômage et donc le coût des indemnités chômage, les dépenses de santé (l’absence d’emploi est préjudiciable à la bonne santé dans une société où travailler est l’objectif de chacun
Enfin libérer du temps de travail pourrait permettre de renforcer le lien social, grâce à un temps libre accru les échanges avec les voisins, le bénévolat pourrait se développer davantage.
Ainsi la réduction du temps de travail tant décriée par les zélateurs du capitalisme et de la liberté d’entreprendre, ne peut qu’être bénéfique pour la société.
Shukuru

La croissance revient, la croyance repart !

Après une décennie de faux départs, de vraies erreurs de politique macroéconomique et de spéculations plus ou moins bien fondées sur le retour de la « stagnation séculaire », la croissance économique a retrouvé en 2017 un niveau élevé dans la plupart des régions du monde. Les institutions internationales, européennes et françaises sont formelles : cette tendance va s’accélérer en 2018. Faut-il s’en réjouir ? Tout dépend de ce que l’on sait de la croissance économique et de ce que l’on croit être les véritables défis du XXIe siècle.

La « croissance » désigne l’augmentation du niveau du produit intérieur brut (PIB) à prix constants. Le PIB mesure la production de biens et services échangés sur les marchés et monétarisés au cours d’une période donnée en comptabilisant les flux de revenus, de dépenses ou de valeur ajoutée. Dès lors, par construction, PIB et croissance ne reflètent qu’une très faible part des déterminants du bien-être humain et en aucune façon la soutenabilité de ce dernier.

Le bien-être humain dépasse en effet de loin la consommation de biens et services marchands : il peut s’agir du bien-être individuel – la santé ou l’éducation d’un individu –, mais aussi du bien-être collectif, par exemple la qualité des institutions ou le niveau des inégalités. Il doit être apprécié en dynamique, sous une contrainte écologique de plus en plus forte au XXIe siècle.

Même pour des dimensions élémentaires du bien-être économique telles que le revenu et l’emploi, la pertinence du PIB comme instrument de compréhension et de pilotage des systèmes économiques doit être mise en doute (ainsi observe-t-on des « reprises sans emploi » ou des baisses du revenu des ménages alors que le PIB s’accroît). En somme, le PIB est trompeur quant au bien-être économique, aveugle au bien-être humain et muet sur la soutenabilité écologique. La croyance dans la croissance est soit une illusion, soit une mystification.

On peut, pour s’en convaincre, considérer la situation des Etats-Unis et de la France. Les Etats-Unis sont réputés croître actuellement plus vite que les Etats membres de l’Union européenne et les autres pays de l’OCDE, et connaissent une progression historique du profit de leurs entreprises et de leurs marchés boursiers. Croissance, profit, finance ou la Sainte Trinité de l’illusion économique !

Considérons une autre trilogie – santé, inégalités, institutions – et le chatoyant tableau américain vire au tragique : les données disponibles montrent que les inégalités sociales sont plus élevées aujourd’hui qu’au début du XXe siècle, fracturant sans répit la société américaine et réduisant à néant les espoirs de mobilité sociale ; l’espérance de vie recule, tandis que des pans entiers de la population succombent depuis le début des années 2000 sous le coup du « désespoir social ». Enfin, la confiance dans le Congrès a été divisée par deux depuis le milieu des années 1970, tandis que la polarisation politique, qui atteint des niveaux sans précédent, paralyse la démocratie.

Tout porte à croire que la loi fiscale votée en fin d’année dernière par le Parti républicain va augmenter encore le profit des entreprises, les indices boursiers et finalement la croissance économique, tout en continuant de dégrader les inégalités, la santé et la confiance dans les institutions. Obsédés par la boussole faussée de la croissance, les républicains ruinent le pays : mesurer, c’est gouverner.

La France n’est pas en reste : sur fond d’une croissance « historique » de 2 % en 2017, le pays a augmenté ses émissions de gaz à effet de serre tout en reniant son engagement légal d’engager une véritable transition énergétique, poursuivi le saccage de sa biodiversité et de son patrimoine naturel exceptionnel, préparé une forte augmentation de ses inégalités au moyen de mesures fiscales et sociales régressives et continué de paupériser et de désorganiser son système d’éducation, de santé et ses territoires, qui sont sans doute les trois sources essentielles de sa prospérité à long terme.

Au secours, la croissance revient ! La question pour 2018 est la suivante : quelle nouvelle régression sociale le gouvernement actuel va-t-il justifier au nom du retour de la croissance ?

De quoi faut-il donc se soucier, sinon de la croissance ? Trois horizons collectifs doivent être remis au cœur du gouvernement de l’économie, qui n’est qu’une facette de la coopération sociale : le bien-être, la résilience et la soutenabilité.

Viser le bien-être consiste à valoriser les véritables déterminants de la prospérité humaine, au-delà des seules conditions matérielles et du bien-être économique (se soucier de la « qualité de vie » et du développement humain). Construire la résilience, c’est s’assurer que ce bien-être humain puisse supporter les chocs à venir (notamment environnementaux), comme l’illustre la question majeure de l’adaptation de nos territoires au changement climatique. Enfin, rendre nos sociétés soutenables, c’est comprendre à quelles conditions le bien-être humain peut se projeter et se maintenir durablement dans le temps, sous une contrainte écologique de plus en plus forte, afin d’en tirer toutes les conséquences ici et maintenant, au plan local comme au niveau global.

Comment rapprocher ces horizons de nous ? En inscrivant le bien-être humain d’aujourd’hui et de demain au cœur des politiques publiques et des institutions, comme vient de le proposer le Sénat, reprenant des propositions récentes de réforme du débat budgétaire.

Le PIB et la croissance n’ont pas été conçus pour mesurer et a fortiori préserver ou augmenter le bien-être humain : ils ne peuvent le favoriser que par accident. Les défis du XXIe siècle sont trop pressants pour que nous puissions nous contenter de croire que ces heureux accidents vont enfin se produire.

 

Eloi Laurent Economiste, professeur à Sciences Po et à l’université de Stanford

https://www.alternatives-economiques.fr/eloi-laurent/croissance-revient-croyance-repart/00084241

 

L’économie de la drogue peut-elle doper le PIB français ?

Faut-il intégrer le trafic de drogue au calcul du PIB ? Après plusieurs années de débat, l’Insee vient finalement de trancher en décidant d’incorporer le poids économique du narcotrafic au calcul de la richesse nationale. L’Insee applique en fait une demande de l’office européen de statistique Eurostat. Ce changement comptable pourrait entraîner une révision en « légère hausse » du produit intérieur brut français (PIB). L’acception de prise en compte est large puisque l’Insee tiendra désormais compte de la consommation de stupéfiants ainsi que des activités liées à cette consommation sur l’ensemble du territoire national. Cette prise en compte est destinée à aligner les statistiques françaises sur celles des autres pays européens qui intègrent déjà cette économie souterraine. Selon l’Insee, cette modification comptable n’entraînera qu’une révision en très légère hausse du niveau du PIB.

L’intégration de ces nouveaux chiffres sera effective pour les chiffres du PIB révisés et détaillés en mai prochain a confirmé le chef du département des comptes nationaux de l’Insee, Ronan Mahieu. La révision sera d’ampleur puisqu’elle portera sur l’ensemble des résultats publiés par l’Insee depuis 1947 ! Le visage de la richesse nationale ne s’en trouvera pas fondamentalement modifié. Tout juste « quelques milliards » d’euros, à rapporter aux 2 200 milliards d’euros du PIB français relativise-t-on à l’Insee. « Ça n’influera pas sur le chiffre de la croissance » en 2017, ont prévenu les statisticiens.

La décision de l’Insee fait suite à un long débat lancé par Eurostat en 2013. L’institut statistique européen avait alors demandé aux États membres d’intégrer le trafic de drogue et la prostitution dans leurs statistiques nationales, estimant qu’il s’agissait de transactions commerciales consenties librement. L’objectif était d’harmoniser les données fournies par les pays européens, ces activités étant considérées comme légales dans certains États, à l’image des Pays-Bas, ce qui gonfle leur PIB, et illégales dans d’autres. Plusieurs pays ont alors décidé d’intégrer ces nouvelles normes, à l’image de l’Espagne, du Royaume-Uni et de l’Italie.

En revanche, l’Insee a refusé de comptabiliser la prostitution relevant des réseaux, estimant que le consentement des prostituées n’était « probablement pas vérifié ». « Sur ce point, nous maintenons notre position », a indiqué Ronan Mahieu.

C’est une bombe qu’a lancée l’an dernier le département d’État américain. Il a affirmé dans un rapport que la production de cannabis au Maroc équivalait à 23 % du PIB. En 2016, ce dernier s’élevait à 93 milliards d’euros. Le PIB marocain devrait donc être augmenté de quasiment un quart afin de prendre en compte le poids de l’économie souterraine du narcotrafic. On estime que le Maroc produit chaque année 700 tonnes de résine de cannabis.

Eric Heyer, Directeur du département analyses et prévisions à l’OFCE.

Quel impact ce nouveau calcul aura sur le PIB français ?

L’effet sera extrêmement marginal puisqu’on évalue le surplus d’un à deux milliards d’euros sur un PIB français qui totalise 2 200 milliards. La modification ne chamboulera donc pas les comptes de la nation.

Pourquoi vouloir soudainement intégrer l’économie de la drogue dans les statistiques ?

Pour le comprendre, il faut s’interroger sur l’objectif du calcul du PIB. Cet indicateur sert en grande partie à prévoir les recettes de l’État afin de calculer une série de ratios dont les critères de convergence du traité de Maastricht. Le déficit est par exemple toujours exprimé par un ratio calculé sur le PIB. Or, intégrer l’économie souterraine qui échappe à la fiscalité et ne génère donc pas en elle ni cotisation ni impôt pourrait induire une erreur sur l’estimation des recettes de l’État. En augmentant immédiatement le PIB de deux milliards, cela ferait mécaniquement chuter le ratio dette sur PIB.

L’argent de la drogue ne rentre-t-il déjà pas dans le PIB dès lors qu’il est blanchi ?

L’argent généré par le commerce illégal de la drogue fait en effet l’objet d’opérations de blanchiment. Mais quand cet argent est alors investi dans l’achat de biens immobiliers ou dans des parts de sociétés, il est déjà pris en compte dans le PIB !

Comprenez-vous cette mesure si elle est justifiée par une volonté d’harmoniser les comparaisons en Europe ?

Dès le moment où Eurostat a décidé d’intégrer l’argent de la drogue dans ses statistiques alors il faut intégrer ces données afin de pouvoir comparer correctement les PIB des différents pays. Mais je le répète, l’impact est évalué à 0,1 point de PIB. L’endettement va passer de 96,5 % à 96,4 % : la belle affaire !

Plus largement faut-il réintégrer dans le PIB l’économie souterraine qui échappe aux radars ?

C’est vrai que si l’on suit cette logique jusqu’au bout, nous devrions aussi intégrer le travail au noir et le secteur domestique. Les activités de bricolage ou de ménage des foyers représentent énormément de valeur qui n’est pas comptabilisée dans les indicateurs de type PIB. En effet seul est comptabilisé le PIB marchand. Par ailleurs, le choix d’exclure la prostitution est discutable d’autant que cette dernière est plus facilement quantifiable que le trafic de drogue.

GIL BOUSQUET

https://www.ladepeche.fr/article/2018/01/31/2732966-insee-va-integrer-economie-drogue-calcul-pib.html
Shukuru :
Le PIB indicateur économique est loin d’être parfait. Il omet de fait toutes les activités non déclarées, soit parce qu’elles sont illicites, soit parce que leur déclaration entraînerait un coût supplémentaire (impôts). Dès lors, la décision de l’INSEE d’intégrer une estimation de la valeur du commerce de la drogue dans le calcul du PIB semble cohérente. Elle permettrait de se rapprocher de la réalité, et de mieux définir la production française. Le trafic de drogue représente selon les économistes environ 0.1 % du PIB français, c’est assez peu au regard des 10 à 11 % d’activité non déclarées en France. L’intégration des statistique de la drogue demeure donc anecdotique.
En revanche, le travail domestique (bricolage, cuisine …) représente environ 33 % du PIB français. Il n’est pas non plus évalué.
Le PIB demeure donc, comme tous les indicateurs économiques, bien incomplet. Mais il a le mérite d’exister.
Le vrai problème demeure le culte que l’on pratique, la vénération de cet indicateur. Il diminue la France va mal, il progresse moins vite et c’est le drame, mais lorsque sa croissance est supérieure à 2 ou 3 % alors le nirvana n’est pas loin !

Le trafic de drogue génère 2,7 milliards d’euros par an en France

L’activité économique générée par le trafic de drogue équivaut à 0,1% du PIB, assure l’Insee.

Le trafic de drogue en France génère une activité économique évaluée à près de 2,7 milliards d’euros par an, équivalent à un peu plus de 0,1 point de produit intérieur brut (PIB), a annoncé mercredi l’Insee. Sur ces 2,7 milliards, un milliard d’euros sont générés par le trafic de cannabis et 800 millions d’euros par le trafic de cocaïne, précise l’Insee dans une note, première du genre pour l’organisme public.

L’institut national de statistiques avait annoncé fin janvier après plusieurs années de débat qu’il intégrerait à partir de la fin du mois de mai la consommation de stupéfiants et les activités liées à cette consommation dans le PIB français. Cette prise en compte, effectuée à la demande de l’institut européen des statistiques Eurostat, vise à « aligner » les normes comptables tricolores « sur la pratique des autres pays européens », précise l’organisme public.

Selon l’Insee, qui s’appuie sur les données de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca), elles-mêmes basées sur des enquêtes auprès des ménages, la consommation de drogue en France pèse 3,1 milliards d’euros par an. Mais près de 400 millions d’euros doivent être retirés de ces 3,1 milliards, correspondant au poids des importations – qui doivent être comptabilisés dans le PIB des pays concernés et non dans le PIB français.

D’où le chiffre de 2,7 milliards avancé par l’institut public. « Ce chiffre est une évaluation », insiste cependant Ronan Mahieux, responsable du département des comptes nationaux à l’Insee. « Il y a un risque de sous-estimation, car il est possible que les ménages n’aient pas confiance dans les enquêteurs qui les contactent », explique-t-il.

L’institut Eurostat avait demandé aux États membres en 2013 d’intégrer le trafic de drogue et la prostitution dans leurs statistiques nationales, estimant qu’il s’agissait de transactions commerciales consenties librement.

Publié le  par SudOuest.fr avec AFP.

La reprise de l’investissement ne se traduit pas en regain de compétitivité

L’investissement des entreprises françaises est un des moteurs principaux de l’activité économique du pays depuis deux ans. Il a grimpé de 4,3 % l’an passé et la Banque de France table sur une progression de 4,1 % cette année. « Le taux d’investissement des entreprises françaises est significativement supérieur au niveau moyen de la zone euro », s’est félicité François Villeroy de Galhau, le gouverneur de la banque centrale, jeudi, lors d’un colloque organisé à Paris.

Le taux d’investissement des sociétés hexagonales a atteint 23,5 % l’an passé, son étiage de 2008. Quand on fait abstraction des investissements immobiliers, la France reste bien placée, étant peu ou prou au niveau de l’Allemagne. Pourtant, le déficit commercial de la France continue à se creuser  : il a atteint 15,8 milliards d’euros au premier trimestre, contre 14,1 milliards sur la même période de 2017, ont indiqué ce vendredi les Douanes. Or, théoriquement, la hausse des investissements devrait permettre à la production française de monter en gamme et devrait donc se traduire à un moment dans la compétitivité. Ce n’est visiblement pas le cas ou tout du moins pas encore.

Y aurait-il alors un problème de qualité de l’investissement ? Ce n’est pas impossible. « Le stock de capital en nouvelles technologies rapporté au PIB a stagné ces dernières années », note le gouverneur de la banque centrale. Selon certains critères, la France enregistrerait, il est vrai, un retard en la matière. Ainsi, selon la Fédération internationale de robotique, l’Hexagone comptait 132 robots pour 10.000 emplois industriels en 2016 , contre 309 en Allemagne et 185 en Italie. Autre indicateur parlant, « seule une faible proportion d’entreprises françaises a l’intention d’innover, c’est très préoccupant pour le niveau de gamme à terme », explique l’économiste Jean Pisani-Ferry, citant une enquête de la Banque européenne d’investissement, selon laquelle seules 31 % des sociétés ont investi dans la R&D l’an passé.

Une étude de France Stratégie montrait aussi que, en 2014, seules 63 % disposaient d’un site Internet et que 17 % d’entre elles seulement utilisaient les réseaux sociaux dans leurs relatons clients, contre 25 % en moyenne chez nos voisins. Dans  son dernier rapport sur le sujet , la Commission européenne note, elle, que « la France affiche une performance plutôt moyenne en matière de transformation digitale ».

 D’autres économistes, tels que Gilbert Cette, de l’université d’Aix-Marseille, pointent la responsabilité d’une réglementation et d’un Code du travail trop rigides qui inciteraient les entreprises françaises à économiser sur la main-d’oeuvre. Celles-ci auraient ainsi tendance à investir dans de « mauvais » équipements, leur but étant d’abord de réduire le plus possible la masse salariale.

Mais il existe une autre explication possible, avancée cette fois-ci par Sarah Guillou, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). Pour elle, « les industriels français investissent plus que leurs concurrents allemands dans les logiciels, ce qui devrait à terme se traduire dans la compétitivité mais il ne faut pas nécessairement en attendre des résultats sur le commerce extérieur ».

D’abord, parce que le taux d’investissement des industriels français dans les équipements est plus faible qu’en Allemagne. « Tout se passe comme si la France avait intériorisé un avenir sans usine », explique-t-elle. Environ 20 % des investissements de l’industrie française servent à acheter des machines, contre 40 % outre-Rhin. Ensuite, « la France exporte surtout des marchandises fabriquées par l’industrie manufacturière. Or ce secteur a énormément perdu de capacités productives ces deux dernières décennies. Le pays ne dispose plus de la force exportatrice nécessaire », avance-t-elle.

Guillaume de Calignon
https://www.lesechos.fr/economie-france/conjoncture/0301642663926-la-reprise-de-linvestissement-ne-se-traduit-pas-en-regain-de-competitivite-2174065.php
La reprise de l’investissement ne se suffit pas à elle-même. Le « théorème » d’Helmut Schmitt, ancien chancelier allemand : les profits d’aujourd’hui font les investissements de demain et les emplois d’après demain, n’est pas une réalité. Les profits ne sont pas nécessairement investis dans l’économie (la « théorie » du ruissellement n’a aucune fondation théorique, il s’agit d’avantage d’un souhait que d’une réalité). L’investissement n’est pas non plus nécessairement producteur de richesse. L’article le montre, même s’il est orienté. La reprise de l’investissement ne permet pas de réaliser des gains de compétitivité. Faut-il investir davantage dans les machines ? c’est une question complexe, la substitution du capital au travail détruit des emplois qui ne sont pas nécessairement compensés par la fabrication des machines. On se retrouve dès lors avec un chômage croissant chez les moins qualifiés, qui pèsera sur la croissance, par le biais du pouvoir d’achat en baisse de ces chômeurs.
Est ce la faute du code du travail ? Solution évidente pour les inconditionnels du capitalisme. Le malheureux chef d’entreprise est bridé, brimé par un code du travail qui l’empêche de réaliser les investissements qu’il souhaite. Si l’employeur pouvait ne respecter aucune règle, il est certain qu’il investirait davantage, et qu’il embaucherait davantage … Là encore c’est faire fi de la rationalité de l’entrepreneur, s’il n’investit pas c’est probablement parce que le calcul coût / avantage ne l’incite pas à le faire. Nul besoin du code du travail dans cette affaire. L’investissement est une prise de risque, un pari sur l’avenir, et nombre d’entreprises préfèrent le profit immédiat et certain au profit futur.
Il faut, comme pour les dépenses publiques, regarder le type d’investissement qui est effectué. S’il s’agit d’investissement dans la R&D ou les logiciels, alors les résultats économiques se manifesteront dans un futur plus lointain.
A vouloir simplifier l’économie à outrance, les libéraux faussent toute analyse. C’est regrettable.
Shukuru

Evolution de la productivité du travail

17/5/2017 – Selon un nouveau rapport publié aujourd’hui par l’OCDE, le ralentissement de la croissance de la productivité – déjà amorcé avant la crise et  conjugué à la faiblesse des investissements — a continué ces dernières années de saper l’augmentation de la production économique et des niveaux de vie matériels dans de nombreux pays du monde.

Dans la toute dernière édition de son Compendium des indicateurs de productivité (Compendium of Productivity Indicators), l’OCDE met aussi en lumière un découplage entre la croissance de la productivité et celle des salaires moyens réels dans de nombreux pays, d’où un déclin continu de la part du travail dans le revenu national.

© OCDE

Le Compendium montre en retour que la contribution de l’utilisation de la main d’œuvre (heures travaillées par habitant) à la croissance du PIB a progressé notablement dans un certain nombre de pays, en particulier aux États-Unis  et au Royaume-Uni. Cependant, cette hausse de l’utilisation de la main d’œuvre traduit deux effets contraires : des taux d’emploi plus élevés mais des temps de travail moyens plus faibles, ce qui révèle un recours accru au travail à temps partiel, souvent dans le cadre d’emplois à faible productivité.

L’augmentation des taux d’emploi est une bonne nouvelle. Mais le fait que ce soit elle et non une hausse de la productivité du travail qui, depuis quelques années, soutient principalement la croissance du PIB par habitant est préoccupant pour les perspectives économiques à long terme. Selon l’OCDE, la productivité demande de « travailler plus intelligemment » – ce que mesure la productivité multifactorielle – et non de « travailler plus dur ». Elle reflète la capacité d’une entreprise à mieux combiner ses facteurs de production pour produire davantage, grâce à de nouvelles idées, et à des innovations technologiques, de  procédé et d’organisation, comme les nouveaux modèles économiques.

Or, la croissance de la productivité multifactorielle (PMF), un déterminant important de celle de la productivité du travail (mesurée en PIB par heure travaillée) avant la crise, continue de perdre de la vitesse dans de nombreux pays. S’agissant de ceux du G7, elle a été négligeable aux États-Unis et au Royaume-Uni  après la crise, et plus faible encore  en France, ainsi qu’en Italie, où elle est négative depuis deux décennies. La croissance de la PMF a en revanche repris en Allemagne,  au Canada  et au Japon.

Le fléchissement général de la croissance de la productivité du travail résulte aussi de la faiblesse des investissements dans les machines et les équipements, en ralentissement dans tous les pays du G7 depuis la fin de la crise. Les dépenses engagées par les entreprises dans les produits de la propriété intellectuelle – en particulier la recherche et le développement –, bien que plus résilientes, ont elles aussi ralenti par rapport à leurs niveaux d’avant la crise.

Ces dernières années, la fragilisation de la croissance de la productivité du travail a globalement touché tous les secteurs. Les baisses ont toutefois été les plus marquées dans le secteur manufacturier, les services de l’information et des communications, la finance et les assurances.

Dans les pays de l’OCDE, la productivité du travail du secteur manufacturier a surtout ralenti ces dernières années en Corée, en Finlande et en République tchèque. Dans les services du secteur des entreprises, cette tendance est la plus notable en Estonie, en Grèce, en Lettonie et, dans une moindre mesure, au Royaume-Uni.

S’agissant des pays du G7, la productivité du travail a été la plus élevée aux États-Unis, où le PIB par heure travaillée s’établissait en 2015 à 68.3 USD (à parités de pouvoir d’achat courantes) en 2015, juste devant la France, à 67.5 USD, et l’Allemagne, à 66.6 USD. C’est le Japon qui enregistre le plus faible niveau du G7, à 45.5 USD, soit moins que la moyenne de l’OCDE, de 51.1 USD.

Dans le secteur des services, la croissance de la productivité depuis la crise est généralement plus vigoureuse dans les petites entreprises que dans les grandes, même si ces dernières affichent un meilleur rythme de croissance de l’emploi. Dans le secteur manufacturier, la croissance de la productivité est de même ordre dans les grandes et les petites entreprises.

 

PIB et RNB

Le PIB est un parfait exemple des confusions que peut engendrer l’interprétation des tableaux de classement. Il constitue, certes, une mesure relativement directe de la production et donne une idée du niveau de prospérité atteint par un pays, à un moment donné de son histoire et comparativement à ses concurrents. Mais il doit être manié avec précaution.
Prenons le PIB par habitant au Luxembourg. Depuis plusieurs années, c’est de très loin le plus élevé de l’OCDE, même par rapport aux États-Unis. Selon les statisticiens, cet écart est en partie dû aux 90 000 travailleurs frontaliers qui viennent chaque jour d’Allemagne, de France, de Belgique et des Pays-Bas, travailler au Luxembourg, souvent dans le secteur lucratif des services financiers. Or, dans les chiffres, ils ne font pas partie de la population luxembourgeoise. Si c’était le cas, le PIB par habitant serait moindre, tout en restant parmi les plus élevés de l’OCDE.
Pour comparer les revenus entre pays, il faut tenir compte des écarts de pouvoir d’achat. Tout voyageur sait que la valeur de 100 dollars US diffère selon le pays où l’on se trouve. Ainsi, si l’on mesure le PIB par habitant au Japon en se basant sur la valeur de marché actuelle du dollar, aux taux de changes normaux, il figure parmi les dix pays les plus riches de l’OCDE. Mais si l’on tient compte des parités de pouvoir d’achat, il passe au 16e rang.
Quant à l’Irlande, elle n’a cessé de progresser dans le classement basé sur le PIB par habitant depuis 1999, et elle fait désormais partie des cinq pays de l’OCDE les mieux classés. Plusieurs facteurs expliquent cette évolution remarquable, notamment un afflux d’investissements étrangers dans des activités à forte valeur ajoutée. Mais, comme une partie des profits et des recettes générés par ces entrées d’investissements (et de main-d’oeuvre étrangère) revient vers les pays d’origine, l’on peut se demander si le PIB par habitant reflète correctement la richesse réelle de l’Irlande.
Le Revenu national brut (RNB) prend en compte ces flux entrants et sortants. Dans de nombreux pays, ils tendent à s’équilibrer, de sorte que le PIB et le RNB ne diffèrent guère. Mais en Irlande, les sorties de bénéfices et de revenus, effectuées essentiellement par les grandes entreprises multinationales qui y sont implantées, excèdent de très loin les rapatriements de revenus. Ainsi, dans un classement établi en fonction du RNB, l’Irlande se retrouverait au 17e rang. En d’autres termes, alors que les revenus par habitant sont élevés en Irlande, le RNB indique qu’il en subsiste moins dans le pays que ne le laisserait penser le PIB. À titre de comparaison, s’agissant du RNB, le Japon est en 13e position, du fait des importants flux financiers nets provenant des entreprises et des travailleurs implantés à l’étranger.L’Irlande n’en demeure pas moins l’une des économies les plus dynamiques de l’OCDE, dont le revenu réel net augmente depuis le milieu des années 90.
http://observateurocde.org/news/archivestory.php/aid/1466/PIB_et_RNB.html

Compétitivité : le décrochage français est-il irréversible ?

Il l’a réaffirmé avec conviction, comme tant d’autres avant lui. « La désindustrialisation n’est pas une fatalité », a martelé Manuel Valls, jeudi 10 novembre, lors d’une visite à Corbeil-Essonnes, sur le site du fabricant de semi-conducteurs X-Fab. La concurrence mondiale « ne fait aucun cadeau (…). Mais nous avons des atouts à faire valoir, et en particulier nos capacités d’innovation », a souligné le premier ministre.
Vraiment ? Depuis des années, la perte de compétitivité de la France, cette difficulté de notre économie à rester dans la course mondiale, donne des sueurs froides aux économistes comme aux politiques. Aux craintes que l’Hexagone ne soit relégué au second rang, s’ajoutent celles d’un déclassement d’une partie de sa population, terreau du vote contestataire et populiste. Si l’Allemagne a retrouvé dès 2011 son niveau de production de 2008, la France, comme l’Espagne ou l’Italie, porte toujours les stigmates de la crise.
Une étude publiée jeudi 10 novembre par l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), traditionnellement classé à gauche, sur « L’Etat du tissu productif français », relance le débat. « Oui, il y a une vraie menace de décrochage de l’appareil productif français », assène Lionel Nesta, principal auteur de l’étude, professeur à l’université de Nice-Sophia Antipolis et directeur du département innovation et concurrence à l’OFCE. Une situation intimement liée aux difficultés de l’industrie tricolore, qui joue « un rôle central dans la croissance économique » rappelle M. Nesta.
Et pour cause. Si elle ne représente plus que 11 % du PIB en 2013 (contre 22,6 % en Allemagne), l’industrie est fortement consommatrice de services marchands et concentre l’essentiel des exportations et des efforts de recherche et développement (R&D) privée. Elle regroupe aussi des emplois en moyenne plus sophistiqués, donc mieux payés, et des possibilités de gain de productivité plus importants.
Mais dans le secteur, tous les voyants sont au rouge. En septembre, la production industrielle s’est repliée de 1,1 %, a indiqué l’Insee jeudi 10 novembre. Les destructions d’emplois y ont été massives depuis la crise financière (500 000 entre 2008 et 2013). Quant au déficit commercial, qui se résorbait depuis quatre ans, il a totalisé 48,7 milliards d’euros entre septembre 2015 et septembre 2016, contre 45,4 milliards un an plus tôt.

Emmanuel Jessua, directeur des études chez Coe-Rexecode, institut de conjoncture proche du patronat, indique ainsi :

« On assiste à une dégradation continue de la compétitivité française depuis 2000, sur fond de passage aux 35 heures, de perte d’attractivité de la France et d’érosion de sa base industrielle. Nos exportations de biens et services représentaient alors 17 % de celles de la zone euro, contre 13,4 % en 2015. »

Dès lors, que faire ? Pour certains, la partie est déjà perdue. D’un côté, « faire disparaître l’écart de coût de production entre la France et l’Espagne nécessiterait une baisse improbable des salaires », de l’autre, « on ne voit pas de signe de hausse du niveau de gamme de l’industrie française », tranchait Patrick Artus, économiste chez Natixis, dans une note de septembre intitulée « France : l’impossible réindustrialisation ».
L’étude de l’OFCE a le mérite de ne pas réduire le sujet à la question du coût du travail, « usual suspect » en matière de perte de compétitivité, qui incite les entreprises françaises à réclamer toujours plus de baisses de charges. Selon M. Nesta, si l’économie tricolore décroche, c’est qu’elle est « prise en sandwich entre une concurrence en prix croissante [de la part de l’Espagne notamment, qui a drastiquement réduit son coût du travail] et une anémie persistante de son effort de recherche et de ses investissements productifs ».
« Si l’on veut réindustrialiser le pays, il va falloir monter en gamme », souligne M. Nesta. Pour l’heure, les entreprises hexagonales ont beau investir, elles le font davantage dans la construction et l’immobilier que pour s’équiper en machines et robots. Et en matière d’innovation, la France fait des efforts « significatifs mais plus faibles que les pays les plus innovants », comme l’Allemagne. Ce ne va pas sans poser des questions sur la pertinence du crédit d’impôt recherche (CIR), ce dispositif fiscal à 6 milliards d’euros par an.
Ce constat mérite d’être nuancé : il ne prend pas en compte le fort rebond des investissements productifs français généré par la mesure de suramortissement fiscal en place depuis avril 2015. En revanche, « il faut que les politiques fiscales mises en place dernièrement [CICE] se traduisent par des gains réels de compétitivité », insiste M. Nesta. C’est-à-dire soit par une baisse de prix des entreprises à même de dynamiser les ventes, soit par des investissements pour se moderniser. Problème : les effets du CICE sont encore très discutés, même si son impact sur la reconstitution des marges des entreprises est salué.
« La prise de conscience par le gouvernement de la nécessité de réorienter la politique économique vers une baisse des charges est positive. Mais ce processus prendra du temps », abonde M. Jessua. La période qui s’ouvre semble décisive pour la France. En particulier, la hausse de l’investissement productif depuis un an peut expliquer la hausse des importations (surcroît d’achat de biens d’équipements à l’étranger), et donc la dégradation du solde commercial. « On peut espérer un cercle vertueux, qui permettrait à terme de réenclencher une montée en gamme. Mais à ce stade, cela reste de l’ordre de la conjecture », conclut M. Jessua.

Audrey Tonnelier   Journaliste au Monde  11 novembre 2016

 

La croissance au deuxième trimestre 2016 revue à la baisse

L’économie française s’est contractée au deuxième trimestre, reculant de 0,1 %, selon un nouveau chiffre publié vendredi 23 septembre par l’Insee, qui estimait jusqu’ici que la croissance avait été nulle (0,0 %) sur cette période. Cette révision est faite à quelques jours de la présentation par le gouvernement du projet de budget 2017 qui table sur une hausse annuelle de 1,5 %.

L’institut, qui avait encore confirmé à la fin août une croissance de 0 % au deuxième trimestre, a abaissé cette prévision en raison de « l’intégration d’indicateurs indisponibles lors de la deuxième estimation et par l’actualisation des coefficients de corrections des variations saisonnières », a-t-il précisé lors de la publication de sa troisième et définitive estimation de la croissance au deuxième trimestre.

La performance au deuxième trimestre contraste avec la forte hausse du produit intérieur brut (PIB) au premier qui avait atteint 0,7 %. Ce sont les dépenses de consommation des ménages, moteur traditionnel de la croissance française, qui se sont repliées à – 0,1 % entre avril et juin, alors que les prévisions précédentes tablaient sur une croissance nulle. Au premier trimestre, elles avaient connu une forte hausse de 1,1 %. Au deuxième trimestre, la consommation des ménages « recule tandis que leur pouvoir d’achat s’améliore, de sorte que leur taux d’épargne augmente », en passant de 14,5 % à 14,8 %, souligne l’Insee.

Les importations ont nettement reculé de 1,8 % au deuxième trimestre alors que les exportations ont connu une légère augmentation de 0,2 %. « Ainsi, le solde extérieur contribue positivement à la croissance du PIB », de 0,6 point, souligne l’Insee.

Selon l’Insee, le déficit public a diminué d’avril à juin. Le besoin de financement des administrations publiques (APU) a reculé de 0,2 point de PIB, atteignant 3,2 % du PIB (après 3,4 %), grâce notamment aux « recettes des ventes des fréquences 4G [qui] contribuent à réduire ce déficit à hauteur de 0,1 point de PIB ». Les dépenses ont, quant à elles, ralenti, en reculant de 0,9 % à 0,2 %,« après un premier trimestre dopé par le retour à la normale de la contribution de la France au budget de l’Union européenne », explique l’Insee.

Le gouvernement table sur une croissance de 1,5 % en 2016 et en 2017 pour revenir dans les clous européens l’année prochaine, avec un déficit public sous la barre fatidique des 3 % du PIB, malgré les nouvelles dépenses et les baisses d’impôt annoncées par l’exécutif. Cette prévision est en ligne avec les prévisions de la Banque de France, mais plus optimiste que celle du FMI (1,2 %) et de l’OCDE, qui l’a abaissé mercredi à 1,3 %.

Le Monde.fr avec AFP |

Une fois encore l’obsession de la croissance toute puissante à nous sortir de la crise et à faire notre bonheur est refroidie par de nouvelles prévisions revues à la baisse.

Il faut cependant considérer que les prévisions ne peuvent être exactes, que la marge d’erreur est aussi grande que le taux de croissance (quelques dixièmes de points). ainsi lorsqu’on annonce une croissance de 0,3 % elle pourrait aussi bien être supérieure à 0,5 % ou être égale à 0 %. Le fait de commenter ces prévisions de croissance trimestrielle n’a donc guère d’intérêt. La croissance par définition est un phénomène de long terme. Trois ou six mois en économie cela correspond à du court terme.

Par ailleurs, la croissance saint Graal n’a pas n’ont plus de signification. On ne retrouvera jamais les taux de croissance des trente glorieuses parce qu’ils étaient exceptionnels et que la structure de l’économie ne le permettra pas. Il est plus facile de connaître de la croissance lorsque c’est le secteur secondaire qui se développe (les emplois dans l’industrie, dans les usines sont nombreux, la valeur ajoutée produite est importante) que lorsque c’est le secteur tertiaire (la valeur ajoutée des service à la personne est faible).

Il serait plus judicieux de construire et de regarder des indicateurs de bien être, de niveau d’éducation ou de réduction des inégalités.

Shukuru

Croissance : l’Insee s’attend à 1,1% en 2015

Le gouvernement peut souffler. Selon le dernier «point de conjoncture»de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), publié jeudi soir, la France devrait connaître en 2015 une croissance de 1,1%. Soit un tout petit peu plus que la prévision actuelle de l’exécutif (1%). Après un premier trimestre sur les chapeaux de roues (+0,7%) et un deuxième à l’arrêt (0%), l’économie devrait repartir de manière progressive, avec +0,2% au troisième trimestre et +0,4% pour les trois derniers mois de l’année.

«Pour l’ensemble des secteurs, le climat des affaires […] en septembre est au plus haut depuis quatre ans», note ainsi l’institut pour justifier sa prévision. La production manufacturière, surtout, après avoir «traversé un trou d’air au début de l’été» se redresserait «rapidement». En revanche, le bâtiment et les travaux publics continueraient de traverser un climat «dégradé». Car si les ménages devraient bénéficier d’une nette accélération de leur pouvoir d’achat cette année (+1,7%), «leur investissement en logement continuerait de reculer».

Inférieur à la moyenne de la zone euro

Cette bonne nouvelle sur le front de la croissance doit néanmoins être relativisée. D’abord parce que ce chiffre reste, comme l’année dernière, largement inférieur à la moyenne de la zone euro (+1,6% en 2015). Ensuite, et surtout, parce que ce redémarrage serait trop faible pour faire baisser le chômage.

Le croissance du PIB en France et en Europe

Certes, la France créerait 41 000 postes dans le secteur marchand en 2015 (après -63 000 en 2014), auxquels il faut ajouter 55 000 emplois non marchands, essentiellement des contrats aidés. Mais ce rebond de l’emploi, «par ailleurs favorisé par le CICE et le pacte de responsabilité», souligne l’Insee, permettra tout juste de compenser l’augmentation de la population active. Autrement dit, le taux de chômage (10,3%) serait seulement stabilisé au second semestre. Pour une baisse «crédible» et «durable» du chômage, condition définie par François Hollande pour une candidature en 2017, il faudra donc attendre au moins l’année prochaine, où le gouvernement espère, cette fois-ci, 1,5% de croissance.

Luc Peillon Libération, 1er octobre 2015

 

La croissance française est toujours aussi « instable », la reprise économique ne se fait pas sentir. La France ne crée pas assez d’emplois pour stabiliser puis réduire le chômage. Dès lors la confiance, élément moteur de la croissance ne peut s’installer.

Il est probable que le suivi trimestriel de la croissance, ne crée pas les conditions favorables à la confiance. A scruter chaque évolution comme ci elle était vitale pour la suite, on instaure un climat de crainte qui n’est pas favorable à la croissance.

La croissance est une évolution de long terme, le trimestre ne correspond pas à cette définition

Shukuru