Intégration, conflit et changement social

Qui sont les ouvriers d’aujourd’hui ?

Lorsque Martin Thibault, sociologue du travail à l’université de Limoges, a entamé son enquête, Ouvriers malgré tout(Raison d’agir éditions, 2013), auprès des agents de maintenance de la RATP, l’entreprise lui a répondu qu’il n’y avait pas d’ouvrier chez elle. Souvent, les agents eux-mêmes ne se disaient pas ouvriers, jusqu’à ce qu’ils soient rattrapés par la réalité de leur métier – physique, répétitif, très encadré et exercé dans des hangars où il fait trop chaud ou trop froid. Dans les entrepôts de la grande distribution, même constat : ni les préparateurs de commandes ni les caristes ne se disent ouvriers. Et chez Amazon, les salariés sont des « associates ».

Mais alors, comment définir les ouvriers d’aujourd’hui si eux-mêmes ne se disent pas ouvriers ? Où est la classe ouvrière qui, au moins en partie, se vivait comme telle, avec ses codes, ses fiertés, ses savoir-faire et ses représentants ? Où sont les bataillons d’ouvriers entrant et sortant en même temps de l’usine ? L’ouvrier est-il une espèce en voie de disparition ? La notion de classe ouvrière a-t-elle encore un sens ?

Un monde ouvrier tertiarisé

Maçons, chauffeurs, soudeurs, jardiniers, métalliers, commis de cuisine, dockers, ostréiculteurs… Selon l’Insee, la France compte 6,3 millions d’ouvriers, classés en trois catégories : qualifiés, non qualifiés et agricoles. Un chiffre en net recul par rapport aux années 1970. Alors qu’ils occupaient 40 % des emplois il y a quarante ans, ils n’en occupent plus que 20,5 % aujourd’hui. Continental, Metaleurop, Goodyear… Ce sont avant tout des postes non qualifiés du secteur industriel qui ont disparu : en moins de quinze ans, l’industrie a perdu près de 1,4 million d’emplois.

Mais si la figure mythique de l’ouvrier en bleu de travail sur une chaîne de production n’est plus centrale, les ouvriers ont investi d’autres secteurs : la moitié d’entre eux travaillent désormais dans le tertiaire, ils sont 15 % dans le bâtiment et, dans certains domaines, comme la logistique, leur nombre augmente.

Au total, un homme français sur trois ayant un emploi est encore un ouvrier. Et s’ils ont vieilli, les ouvriers restent plus jeunes que les « jeunes cadres dynamiques » : un sur quatre a moins de 30 ans, contre un cadre sur huit. « Leur déclin numérique est réel mais relatif, affirme David Gaborieau, sociologue du travail. Les ouvriers représentent encore près du quart (21,5 %) de la population active, c’est important. Ce qui a vraiment décliné, c’est leur visibilité. »

Des ouvriers invisibles

« Avant, il y avait les mines, la sidérurgie, Boulogne-Billancourt, de gros établissements dans de grandes régions industrielles où les ouvriers étaient regroupés, observe Roger Cornu, sociologue et chercheur au Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Depuis, il y a eu une baisse drastique de la main-d’œuvre dans les grandes unités de production : aujourd’hui, plus de la moitié des ouvriers travaillent dans des établissements de moins de cinquante salariés, souvent situés dans des zones rurales. Tout ce qui était spectaculaire s’est démantelé progressivement. Du coup, les ouvriers disparaissent. »

« On s’intéresse rarement à l’intérieur des usines, comme s’il n’y avait plus que des ouvriers sans emploi. »

Peu visibles dans l’espace public, les ouvriers le sont aussi dans les médias. A la télévision, seules 3 % des personnes interviewées sont des ouvriers, contre 61 % de cadres, selon le baromètre de la diversité du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA). « Lorsqu’ils apparaissent dans les médias, les ouvriers sont soit accusés d’être responsables de la montée du Front national, ce qui est en partie faux puisqu’ils sont très largement abstentionnistes, soit interrogés alors qu’ils viennent de perdre leur emploi après une délocalisation, regrette Martin Thibault. Ils apparaissent comme un monde vieux, finissant. On s’intéresse rarement à l’intérieur des usines, comme s’il n’y avait plus que des ouvriers sans emploi. »

Un autre facteur a contribué à la perte de visibilité des ouvriers : l’affaiblissement des organisations syndicales et politiques qui parlaient en leur nom – même si elles n’ont jamais représenté tous les ouvriers, et notamment les immigrés et les femmes. Le Parti communiste français (PCF), en particulier, a considérablement perdu de son influence. Il a aussi cessé, dès les années 1980, d’œuvrer à former et promouvoir des élites ouvrières militantes. Dans le champ de la représentation politique, plus personne, ou presque, n’est issu du monde ouvrier. « Dans certains secteurs d’activité, le groupe [ouvrier] n’a plus les moyens de se représenter en tant que tel », résume David Gaborieau.

Ouvriers et employés, une frontière floue

Autre évolution, la frontière entre le monde des ouvriers et celui des employés n’a jamais été aussi floue. Une caissière qui accomplit une tâche d’exécution répétitive, codifiée et fortement encadrée n’est-elle pas, d’une certaine façon, une ouvrière ? Et un employé d’un centre d’appel ? D’une chaîne de restauration rapide ? Les classifications de l’Insee disent-elles tout du travail ouvrier ?

En décembre, la revue Savoir/Agir (éditions du Croquant) titrait : « De la classe ouvrière aux classes populaires ». « La notion de classe populaire, qui rassemble ouvriers et employés, permet de prendre en compte un double mouvement, explique Cédric Lomba, chargé de recherche au CNRS. D’un côté, le travail des employés s’est industrialisé, standardisé. Et à l’inverse, une partie des ouvriers réalise des tâches éloignées du monde manuel. Dans la sidérurgie par exemple, les opérateurs de production interviennent assez peu sur le produit et contrôlent un processus informatique. »

La notion de « classes populaires » traduit aussi une mixité nouvelle. Avec l’arrivée des femmes sur le marché du travail, les familles ouvrières ont été remplacées par des familles « hybrides », avec un père ouvrier – le secteur reste masculin à 80 % – et une mère employée – plus de 75 % des employés sont des femmes. « C’est une évolution importante, insiste Henri Eckert, professeur de sociologie à l’université de Poitiers. Historiquement, ouvriers et employés n’avaient pas les mêmes comportements vis-à-vis de la propriété, de la consommation… Et pendant longtemps, être employé était plus prestigieux. »

Si le monde employé a perdu de son aura, c’est aussi le cas du monde ouvrier. « A l’époque, quand on obtenait un CAP ou que l’on était apprenti, c’était une promotion, indique Roger Cornu.Aujourd’hui, si vous n’avez pas le bac, vous êtes considéré comme un déchet. Devenir ouvrier ne fait plus rêver. »

« Beaucoup d’enfants deviennent ouvriers comme leurs parents – plus d’un ouvrier sur deux est un enfant d’ouvrier, quasiment comme il y a trente ans –, alors qu’ils ont fait des études beaucoup plus longues, ajoute Martin Thibault. Ils ont une autre grille de lecture et sont plus sensibles à la représentation dominante, très dévalorisante. Mais la position ouvrière est souvent la seule à laquelle on peut accéder sans diplôme d’enseignement général. »

Les ouvriers, des précaires

De fait, les ouvriers sont les premiers touchés par la précarisation de la société. Ils sont la catégorie professionnelle la plus frappée par le chômage (14,7 % en 2014) et la plus exposée aux contrats temporaires. Dans les grands groupes, le chômage partiel se multiplie. « Les fermetures d’usine ne sont souvent que l’aboutissement d’une longue série de restructurations partielles, détaille Cédric Lomba. A chaque fois, on diminue le nombre d’intérimaires, on ne reconduit pas un CDD, on licencie une partie des travailleurs stables ou on ne remplace pas des départs à la retraite… Cette condition d’incertitude, cet état de restructuration permanente font partie du quotidien des ouvriers. »

« Beaucoup de jeunes sont précaires avant d’être ouvriers. »

« Des jeunes travaillent six mois dans une usine, puis sont au chômage, puis se retrouvent deux mois dans une société de surveillance, ajoute Henri Eckert. Ils vivotent d’emplois ouvriers en emplois non ouvriers. Ce sont des précaires avant d’être des ouvriers. »

Si une partie des emplois se sont qualifiés, par exemple dans l’automobile, l’automatisation n’a pas toujours permis de rendre le travail plus gratifiant, et les possibilités d’ascension sociale se sont tassées. Avec la réduction des effectifs, les postes d’encadrement sont moins nombreux ou réservés aux plus diplômés.« Dans la logistique pharmaceutique par exemple, quand il y a deux chefs d’atelier pour 150 personnes, les ouvrières essaient au fil des années de trouver un poste un peu moins pénible mais ne changent pas de salaire ni de statut, raconte Cédric Lomba. Ce sont des carrières horizontales. »

Invisibles et souvent précaires, privés d’une représentation forte et valorisante, les ouvriers n’ont pourtant pas disparu. « La notion de classe populaire a un sens, assure Cédric Lomba. La bourgeoisie est la classe la plus mobilisée pour défendre ses intérêts, mais ce n’est pas parce que les autres classes sont moins mobilisées qu’elles n’existent pas. »

LE MONDE | • Mis à jour le | Par Perrine Mouterde

Un constat de l’évolution des conflits sociaux, réalisé par un syndicat de cadre

Entre 1975 et 2005, le nombre de jours de grève comptabilisés en France aurait été divisé par dix-huit ! Toutefois, il serait illusoire d’en conclure que notre pays bénéficierait d’un climat social apaisé. En effet, on assiste à l’émergence de nouvelles formes de conflits, moins visibles, moins structurés, mais tout aussi ravageurs pour les entreprises. Les grandes grèves sont moins nombreuses. Mais le malaise social est toujours là, notamment chez les cadres. Alors que la crise s’installe, il est urgent de le prendre en compte dans l’expression du dialogue social, comme s’y attelle la FIECI.

Sur le papier, la France jouit d’un climat social de plus en plus apaisé. Les statistiques du ministère du Travail sont sans appel. Elles décrivent un déclin continu du nombre de jours de grève. En 1975, la France aurait totalisé quelque 4,5 millions de jours de grève contre seulement 750.000 en 1985 et 250.000 en 2005 ! Mais ces statistiques reflètent-elles la réalité vécue sur le terrain par les chefs d’entreprises et les salariés ? Rien n’est moins sûr ! Lors d’une récente conférence organisée par l’Institut de l’entreprise, Jean-Michel Denis, maître de conférences en sociologie à l’université de Marne-la-Vallée, s’est attaché à démontrer pourquoi (1).

Des grèves mal comptabilisées

Pour ce chercheur du Centre d’Études de l’Emploi, il faut d’abord relativiser la fiabilité des statistiques du ministère du Travail. En effet, il y aurait :

• un problème de fiabilité car le signalement des conflits n’est accompagné d’aucun acte administratif obligatoire. De nombreuses grèves ne seraient donc pas recensées.

• un problème d’exhaustivité lié au difficile repérage des grèves dans les PME et des arrêts de travail de courte durée (grèves d’une journée et débrayages). Or ceux-ci se sont développés à mesure que se répandait le travail à flux tendus.

Au final, il y aurait donc une sous-évaluation croissante des grèves. « Dans le ressort de l’inspection de droit commun, trois quarts des journées individuelles non travaillées (JINT) ne sont pas recensées en 2004 contre la moitié en 1992 », reconnaît Alexandre Carlier, de la Direction de l’Animation de la Recherche, des Études et des Statistiques (DARES) du ministère du Travail (2).

Un constat démenti sur le terrain

Pour se faire une idée du climat social, mieux vaut donc observer ce qui se passe sur le terrain. C’est bien sûr ce que font quotidiennement les cadres et les élus de la FIECI. C’est également la démarche retenue par l’Enquête REPONSE (Relations professionnelles et négociations d’entreprises) réalisée de janvier à juin 2005 (3). Les données recueillies auprès de 2.930 représentants de la direction, 1.970 représentants du personnel et 7.940 salariés brossent un portrait social bien différent de celui résultant du seul comptage des jours de grève. En effet :

• 30 % des directions d’établissements ont déclaré avoir connu au moins un conflit collectif entre 2002 et 2004, contre 21 % entre 1996 et 1998 ;
• la proportion d’établissements ayant connu des conflits avec arrêt de travail a augmenté de 2,4 points entre les périodes 1996-1998 et 2002-2004 ;

• dans le même temps, la proportion d’établissements ayant connu des conflits sans arrêt de travail a augmenté de 6,9 points.

Des conflits collectifs en transformation

Selon Jean-Pierre Denis, les conflits n’ont donc pas disparu. Ils se sont transformés. L’Enquête REPONSE permet ainsi de constater :

• une baisse de la proportion d’établissements touchés par des grèves de deux jours et plus (2,5 % contre 3 %) ;
• une hausse de la proportion d’établissements touchés par des grèves de moins de deux jours (8,8 % contre 7,5 %) ;
• une augmentation de la proportion des débrayages (10 % contre 7,5 %) ;
• une explosion du refus des heures supplémentaires (9,6 % contre 3,2 %).

Si bien qu’au total, la proportion d’établissements frappés par un conflit collectif a augmenté de 30 % entre 1996-1998 et 2002-2004. Et il faut aussi prendre en compte des conflits individuels en très forte hausse !

Des conflits individuels en explosion

L’Enquête REPONSE permet en effet de constater une forte augmentation du nombre d’établissements concernés par les différentes sanctions prises à l’encontre des salariés entre 1998 et 2004 et particulièrement des :

• Avertissements écrits : + 4,8 %
• Mises à pied : + 7,1 %
• Licenciements pour faute : +10,6 %

De même, les recours prud’homaux et les problèmes d’absentéisme se sont multipliés. Ils concernent respectivement 42 % et 47 % des établissements en 2002-2004.

Une individualisation des conflits touchant singulièrement les cadres

Par nature moins portés aux grands conflits collectifs, les cadres sont de plus en plus nombreux à adopter des comportements relevant de la révolte individuelle déclarée ou larvée à l’encontre de leur hiérarchie. Professeurs de management à l’EM-Lyon et à l’INSEAD, David Courpasson et Jean-Claude Thoenig se sont intéressés à ce phénomène dans un récent ouvrage au titre révélateur : « Quand les cadres se rebellent » (4). Ils estiment que ces confrontations ont des conséquences ambivalentes. Elles laissent des cicatrices durables, mais sont aussi « une occasion unique de produire des changements », bénéfiques tant pour le rebelle que pour l’entreprise. Mais pour cela encore faut-il que les motifs des révoltes soient compréhensibles par les directions. C’est là l’un des rôles majeurs du syndicalisme-cadres : transformer en revendications collectives intelligibles, le malaise social diffus et souvent invisible ressenti par les cadres. Seul un authentique dialogue social permettra de surmonter les nouvelles formes de conflits sociaux qui déstabilisent les entreprises.

(1) « Les nouvelles formes de conflictualité dans l’entreprise », conférence organisée le 11 mars 2009, par l’Institut de l’entreprise, à Paris (texte mis en ligne sur le site www.institut-entreprise.fr sous le titre Déclin ou transformation des conflits du travail).
(2) www.travail-solidarite.gouv.fr
(3) www.35h.travail.gouv.fr
(4) « Quand les cadres se rebellent », par David Courpasson et Jean-Claude Thoenig, Éditions, Vuibert, août 2008, 174 p., 19 €.

EXTRAITS :

Augmentation et transformation des conflits sociaux – « On constate une augmentation, mais surtout une transformation des conflits du travail. Il y a notamment une progression des conflits courts, des conflits sans arrêt de travail et des conflits individuels. Du reste, la distinction entre conflits collectifs et individuels est moins nette qu’auparavant comme le montre le refus croissant des heures supplémentaires. »
« Déclin ou transformation des conflits de travail », intervention prononcée par Jean-Michel Denis le 11/03/09 à l’Institut de l’entreprise.

Des cadres en rébellion contre le management – « Des contestations existent dans les entreprises, qui sont le fait de cadres ou assimilés et qui ne sont réductibles en aucune manière à des mouvements sociaux encadrés. Aucun drapeau ne les identifie. Elles ne se réfèrent pas non plus à une idéologie de type anti-quelque chose. Elles ne visent pas à balayer le néocapitalisme ou à changer la société. Elles ne font pas la une des médias. Elles restent discrètes. Ceux qui ont contesté le gardent pour eux. Ces rébellions portent sur quelque chose de particulier : des enjeux de type managérial. »
« Quand les cadres se rebellent », David Courpasson et Jean-Claude Thoenig, op. cit.

Source : http://www.fieci-cgc.org/Notes-d-Actu/conflits-sociaux.html

Protection et solidarité collective

Le lien social et l’intégration sont les éléments que l’on étudie pour comprendre comment les individus peuvent vivre ensemble dans une société.

L’élément intégrateur central est le travail, il socialise et il permet la solidarité selon Durkheim. La crise du lien social apparaît lorsque le travail devient précaire et n’est plus accessible à tous. Par ailleurs, la montée de l’individualisme et de l’anomie provoque un processus de désinstitutionalisation (les situations, les pratiques, les relations entre les acteurs ne sont plus organisées de façon stable, selon des normes reconnues par le corps social).

Ainsi le lien social est rompu ou du moins fragilisé, témoins la montée de la pauvreté et le développement de l’exclusion, ainsi que la délinquance et les violences urbaines (Durkheim évoquait la criminalité comme un phénomène social normal tant qu’elle ne dépassait pas un certain niveau)

Les instances d’intégration se transforment, ainsi la famille par son évolution, l’école face à la massification scolaire doit repenser les liens réussite scolaire / réussite sociale. Enfin l’Etat comme représentant de l’ordre public et garant de l’intérêt général traverse une crise de légitimité. On critique son inefficacité, son incapacité à s’adapter aux nouveaux enjeux de la société, sa carence d’intégration …

Dans ce contexte, les solidarités collectives doivent être repensées et notamment les systèmes de protection sociale.

Deux logiques s’opposaient :

–      logique Bismarckienne, il s’agit d’un système d’assurance sociale, d’inspiration corporatiste. Les prestations reçues sont proportionnelles aux contributions

–      logique Beveridge, un modèle universaliste, ouvert à tous, financé par l’impôt, et offrant des prestations forfaitaires gérées par l’Etat (modèle scandinave)

 

La sécurité sociale française, mise en place en 1945 est un régime hybride, de nature assurantielle, elle est divisée en régime par branches et professions complétée par des prestations universelles.

A côté de ces systèmes, l’assistance (pour les plus démunis) est issue du vieux principe de charité chrétienne.

Avec la crise de l’Etat providence, peu à peu, la légitimité de l’intervention de l’Etat est remise en cause, et avec elle, le principe de Sécurité Sociale. Ainsi, on met en avant les individus qui profitent du système (les fraudes à la carte vitale, les profiteurs des Thalasso payées par la Sécurité Sociale).

L’Etat se désengage peu à peu de la protection sociale en faisant glisser le système vers une logique d’assurance « pure », chacun cotise en fonction des risques qu’il encourt.

Le rôle de l’Etat providence ne se limite pas à la protection sociale, c’est-à-dire aux risques sociaux (maladie, vieillesse, chômage, accidents du travail, pauvreté-exclusion)

Ces risques sont assortis de droits sociaux : droit à la santé, droit à la retraite, droit à l’emploi, droit à l’insertion, lesquels dépendent de ce que la société considère comme juste et légitime de garantir à chaque citoyen.

Une nouvelle question est apparue ces dernières années, en contre partie de ces droits, la société peut elle exiger des devoirs. C’est la question qui a amené la transformation du RMI en RMA.

Les grands débats aujourd’hui, en France concernent le financement des retraites (répartition ou capitalisation) pose le problème de la nature et du fondement de la solidarité intergénérationnelle et également intergénérationnelle : démocratique (choix politique, ou marchand, généralisée ou individualisée ?

La construction européenne pose le problème de l’harmonisation des systèmes de protection sociale.

Ce qui amène au débat déjà évoqué du choix entre égalité et équité. La seconde logique relevant davantage d’une logique d’assurance, complétée par une logique d’assistance.

Les classes moyennes et la politique

INTERVIEW Éric Maurin Economiste, directeur d’études à l’EHESS

Par SYLVAIN BOURMEAU

Cosigné par l’économiste Eric Maurin et la sociologue Dominique Goux, et consacré à la question clé mais méconnue des classes moyennes, le dernier petit volume de la République des Idées s’annonce comme l’une des contributions éditoriales essentielles à la campagne présidentielle. A la veille d’une rencontre de chercheurs sur l’avenir des classes moyennes (lire encadré), Eric Maurin livre les principaux éléments de son analyse en avant-première pour Libération.

La notion de classes moyennes semble floue, comment peut-on la définir ?

Dans son acception sociologique la plus courante, le terme de classes moyennes désigne la population occupant une position intermédiaire entre le salariat d’exécution (ouvriers, employés) et les catégories supérieures (cadres, chefs d’entreprise). On y retrouve aujourd’hui l’ensemble de ce que l’Insee nomme les «professions intermédiaires» (techniciens, représentants de commerce, chargés de clientèle, cadres B de la fonction publique, agents de maîtrise…) auxquelles on peut ajouter la «petite bourgeoisie» traditionnelle, artisans ou commerçants, soit un cœur de classes moyennes représentant 30 % de la population active.

Ces classes moyennes sont très diverses, qu’ont-elles de commun ?

Les membres des classes moyennes sont nettement au-dessus des ouvriers et des employés en termes de diplômes, de revenus, de patrimoine ou de quartiers de résidence. Plus de la moitié d’entre eux sont diplômés du supérieur contre une toute petite minorité des salariés d’exécution par exemple, ce qui se traduit par des différences de revenus de l’ordre de 40 %. En cela, les classes moyennes représentent toujours bien un espace de promotion sociale pour les classes populaires et leurs enfants. Mais les classes moyennes disposent aussi de nettement moins de ressources scolaires ou sociales que les cadres et professions supérieures, et surtout ces ressources sont bien plus spécifiques, fragiles et menacées. Les membres des classes moyennes sont diplômés du supérieur, mais essentiellement des voies technologiques courtes, quand les cadres sont majoritairement diplômés de l’enseignement supérieur général. Du coup, la capacité des classes moyennes à rebondir en cas d’échec et de chômage est plus faible et leur exposition au déclassement en cours de carrière plus forte. Leur situation professionnelle dépend davantage des efforts de formation continue consentis par les employeurs pour actualiser leurs compétences. Leurs marges de manœuvre sont réduites, ils démissionnent peu. Au-delà de leur très grande diversité, le point commun des classes moyennes est ainsi la fragilité des acquis et l’incertitude des destins, où la possibilité de s’élever côtoie le risque de rechuter. Cette tension engendre un rapport très particulier à l’avenir et aux autres.

Pourquoi parler de «nouvelles classes moyennes» ?

Les classes moyennes sont le groupe social intermédiaire par lequel transitent les familles et les personnes en ascension dans la société, issues de milieux modestes. C’est peut-être leur trait sociologique le plus profond. Mais historiquement, ces positions tremplins n’ont jamais coïncidé avec une quelconque situation «moyenne» dans la société. Dans les années 60, les catégories populaires (ouvriers, agriculteurs) agrégeaient encore 75 % de la population et les classes moyennes ne représentaient qu’une fraction très minoritaire et privilégiée de la population, une forme d’élite pour les enfants du peuple beaucoup plus qu’une moyenne ou un centre de gravité pour la société. Les classes moyennes n’avaient alors de moyennes que le nom. Avec la désindustrialisation et le déclin des classes populaires, combinés à la montée en puissance des cadres et positions supérieures, tout a changé : les classes moyennes sont devenues à la fois l’un des groupes sociaux les plus vastes et les plus centraux de notre société. Il ne s’agit plus d’une petite fraction de la population située au sommet des hiérarchies professionnelles et des distributions de ressources, mais d’au moins 30 % de la population situés juste au-dessus de la médiane de ces mêmes hiérarchies, à leur point de bascule. Pour la première fois dans notre histoire, les classes moyennes, comme ensemble des positions intermédiaires dans les trajectoires d’ascension sociale, sont en train de coïncider avec la «moyenne» et le centre de gravité de notre société. Chaque époque a ses «nouvelles classes moyennes», mais on serait tenté de dire que les nôtres, pour la première fois, coïncident avec le qualificatif qui les désigne.

En quoi cette évolution est-elle cruciale ?

Il s’agit d’une évolution extrêmement importante, ne serait-ce que parce que les membres des classes moyennes sont souvent portés vers une philosophie sociale où la réussite et le progrès s’envisagent comme la récompense des efforts et du mérite individuel davantage que comme le résultat de luttes collectives. Ils sont pris dans une tension sociale qui est aussi une tension idéologique : le désir de s’élever leur fait envisager avec méfiance tout effort de solidarité qui pourrait favoriser les concurrents, mais la peur de rechuter les fait aussi aspirer à une protection des statuts existants. Il s’agit d’ailleurs d’un électorat assez spécifique, particulièrement anxieux devant l’avenir, très partagé, peu porté à voter pour les extrêmes, mais capable de transgressions soft, telles qu’un vote pour François Bayrou ou pour les écologistes. Le développement de ces catégories, leur nouvelle centralité ont d’évidentes conséquences idéologiques et politiques.

Peut-on alors parler de «moyennisation» de la société ?

Non, ce serait un contresens complet. Les distances sociales entre les classes populaires (ouvriers, employés), les classes moyennes (catégories intermédiaires) et les classes supérieures (cadres, chefs d’entreprise) ne se sont en rien estompées au cours des trente dernières années. Ce qui a changé ce n’est pas ça, c’est la morphologie de notre société, l’importance relative des groupes sociaux et la position de leurs membres dans les hiérarchies sociales : avec la désindustrialisation, les classes populaires ont décliné, tandis qu’avec la modernisation de l’économie et la démocratisation de l’enseignement, les classes supérieures ont augmenté rapidement. Prises entre ces deux mouvements, les classes moyennes ont continué de grossir tout en se voyant déporter vers le cœur de la société. Cette dernière s’est rééquilibrée autour d’un noyau de classes moyennes plus lourd et plus central. Mais les écarts de revenus entre les grands groupes sociaux ou d’exposition à la précarité sont néanmoins restés largement intacts. Les classes supérieures gagnent en moyenne 40 % de plus que les classes moyennes et cet écart n’a guère bougé depuis trente ans. De même, les classes supérieures subissent très rarement un déclassement tout en bas de l’échelle sociale, quand c’est le cas de 10 % environ des classes moyennes sur une période de cinq ans. Inversement, l’avantage des classes moyennes sur les classes populaires en termes de protection des emplois ou de revenus a fluctué avec la conjoncture (les crises frappent plus durement les classes populaires), mais sans jamais se réduire en tendance.

Peut-on parler déclassement des classes moyennes ?

En termes de statut social, il est assez inexact de se représenter les classes moyennes contemporaines comme peuplées de personnes ayant une position professionnelle inférieure à celle de leurs parents et donc habitées par ce ressentiment particulier qu’éprouvent les déclassés à l’égard de la société. Au sein des classes moyennes, seule une petite minorité de personnes se trouvent dans cette situation (de l’ordre de 15 %) et cette proportion est très stable dans le temps. De même, il est faux de se représenter les enfants de classes moyennes comme en déclin scolaire ou social par rapport aux enfants des autres milieux sociaux : à bien des égards c’est plutôt le contraire qui s’est produit. Les enfants de classes moyennes ont par exemple plutôt progressé dans les classements scolaires depuis trente ans. Chaque fois qu’une réforme scolaire a tendu à égaliser les chances entre les classes populaires et les classes moyennes (le collège unique par exemple), on a pu constater un surinvestissement énorme de la part des familles de classes moyennes pour maintenir le rang scolaire de leurs enfants, en les poussant chaque fois un cran plus loin dans leurs études. L’école est devenue l’une des sources majeures de statut social dans notre société et elle représente pour les classes moyennes un enjeu et une angoisse essentielle.

Avec la hausse des prix, n’y a-t-il pas quand même un déclassement résidentiel des classes moyennes ?

Depuis dix ans, les prix de l’immobilier ont beaucoup augmenté, plus vite que les revenus, mais tout le monde souffre, pas seulement les classes moyennes. Quand on compare les voisinages dans lesquels résident les classes moyennes, on ne constate aucun déclin, aucune dilution sociale, aucun rapprochement avec les classes populaires. Il est indiscutable qu’une fraction non négligeable des familles des classes moyennes est aujourd’hui comme prisonnière de quartiers en voie d’appauvrissement qu’elles n’ont pas ou plus les moyens de quitter. Mais c’était déjà le cas il y a dix ans et surtout une proportion tout aussi importante de classes moyennes continue à fuir ces quartiers pour s’assurer une promotion territoriale. Les classes moyennes n’ont pas lâché non plus en termes d’accession à la propriété, alors que les classes populaires ont lourdement décroché, notamment chez les jeunes. Les inégalités entre classes sociales devant la propriété du logement ont explosé au cours des quinze dernières années.

Pourquoi les classes moyennes détiendraient-elles les clés de l’élection présidentielle ?

Il ne faut d’abord pas perdre de vue que, même en déclin, le salariat modeste (ouvriers, employés) représente toujours la moitié de la population. A ce titre, les classes populaires sont un enjeu électoral absolument considérable, d’autant que c’est cette moitié de la population qui est aujourd’hui la plus en difficulté et dont les enfants souffrent le plus également. Pour la gauche, je dirai que cela devrait être la priorité numéro un, même si son discrédit est important dans cette population. Après, il est bien clair que les «classes moyennes», même dans le sens assez circonscrit que nous donnons à ce terme, représentent désormais une partie importante de l’électorat et surtout placée à son point de bascule. On reste très loin du «deux Français sur trois» de VGE ou de la «moyennisation» prophétisée par Henri Mendras, mais une classe moyenne «sociologique», assez cohérente avec la classe moyenne «politique» fantasmée par la droite et le centre, a crû au cœur de la société, au point d’avoir sans doute aujourd’hui un rôle d’arbitre qu’elle n’a jamais eu auparavant. Cela pose évidemment un problème redoutable pour la gauche : comment séduire cette nouvelle classe moyenne, prise dans des luttes extrêmement âpres de préservation de son statut et de promotion individuelle (à l’école, dans l’emploi, sur le marché résidentiel), tout en aidant les familles modestes et leurs enfants à surnager, eux qui subissent de plein fouet l’échec scolaire, le chômage et les difficultés de logement. Comment lutter à la fois contre l’appauvrissement de la classe ouvrière et la peur du déclassement des classes moyennes, sachant que tout ce qui atténue le premier augmente potentiellement la seconde ? Pour la gauche, c’est l’équation clé de la présidentielle, avec une concurrence de type Bayrou et écologistes du côté des classes moyennes et une concurrence de type extrême droite du côté de la classe ouvrière.

Que pensez-vous des propositions fiscales des candidats en direction des classes moyennes ?

Le débat fiscal est dominé par l’idée que les classes moyennes paient beaucoup plus qu’elles ne reçoivent, permettant à une large population d’assistés de vivre sans efforts à leurs crochets. Ce type de représentation se fonde sur une définition des classes sociales (en termes de revenus courants) et des mesures des flux de transferts entre classes sociales qui sont, je pense, assez largement trompeuses : elles négligent que les personnes à revenus intermédiaires d’aujourd’hui sont (en partie) les pauvres d’hier et qu’elles ont donc elles aussi dans le passé bénéficié du système. Inversement, certains pauvres d’aujourd’hui (les jeunes notamment) deviendront les revenus intermédiaires de demain et seront alors à leur tour contributeurs nets. Pour une comptabilité plus juste, il faudrait également tenir compte des services publics d’enseignement ou de santé, ce qui n’est quasiment jamais le cas : l’enseignement supérieur bénéficie par exemple beaucoup plus aux enfants des classes moyennes qu’à ceux du salariat modeste. Si nous ne parvenons pas à ainsi enrichir les termes du débat fiscal, nous resterons prisonniers de la situation actuelle où une large fraction des classes moyennes a le sentiment d’être traité injustement et serait réticente à un accroissement des impôts pour aider les plus démunis. Il me semble qu’il s’agit d’un préalable pour que les classes moyennes et les classes populaires puissent adhérer à un quelconque projet fiscal.

 

 

Une interview intéressante qui confirme qu’il est préférable de s’adresser à des spécialistes (en l’occurrence ici un sociologue) plutôt que d’entamer une discussion de café du commerce.

Shukuru

Le conflit est créateur de structure

Le conflit politique local est la base de l’identité locale. La campagne pour les élections municipales est l’occasion de mettre en scène la localité, ses groupes et ses conflits ; les pires accusations peuvent être portées sur l’adversaire ; toute l’histoire est mobilisée pour montrer la valeur des uns et les turpitudes* des autres. Les villages du sud-ouest de la France sont particulièrement habiles à cette mise en scène périodique d’eux-mêmes. Puis, l’élection passée, les mêmes, ou presque, reprennent le pouvoir, et la vie municipale reprend son cours.

Dans une étude sur Borsaline, petit village du Cotentin, M.Robert montre admirablement que l’existence locale naît du conflit. Au début de l’étude, le petit village était tellement somnolent qu’il songeait à se laisser absorber par la commune voisine, un gros bourg… Borsaline comptait deux cents habitants, presque tous agriculteurs, mais n’avait ni commerce ni école et son église était sans prêtre… Un retraité racheta la maison abritant le débit de tabac et de boissons et pour s’occuper, réanima le commerce, voulut installer une terrasse, et pour ce faire supprimer la pompe, fontaine municipale qui d’ailleurs ne fonctionnait plus. C’était s’attaquer au dernier symbole de l’existence de Borsaline. Il s’ensuivit une bagarre, un bras cassé et une campagne électorale virulente, quand, l’année suivante, le nouveau cafetier étranger au village, prétendit se faire élire au conseil municipal. Les vieux clivages, qu’on croyait morts, se ravivèrent. Les familles d’anciens journaliers agricoles firent front contre les vieilles familles de paysans… Le maire fut réélu et le cafetier devint conseiller … la mairie entreprit de réaliser tout un programme, notamment pour mieux rentabiliser le bord de mer.

H.Mendras et M.Forsé, Le changement social, 1983

Le mouvement social revivifié

Occupation d’un immeuble vide rue du Dragon par des mal-logés en 1994, marches européennes des chômeurs en 1997, occupation de l’église Saint-Bernard à Paris par des familles d’immigrés souhaitant obtenir la régularisation de leur statut… L’un des phénomènes marquants de ces dernières années est l’irruption de mouvements sociaux nouveaux, et notamment ceux des « sans » : sans logement, sans emploi, sans papiers. Tous ceux qui, en marge de la société salariale, semblaient jusque là incapables de se mobiliser, faute de disposer d’une identité sociale commune. Preuve que l’individualisme croissant qui caractérise nos sociétés n’entraîne pas une disparition de l’engagement collectif, même si celui-ci change de forme.

Le sociologue Pierre Bourdieu, qui a mis ne évidence le rôle du capital culturel (principalement le diplôme) et social (le réseaux de relations) dans la représentation des intérêts individuels, avait qualifié de « miracle social » la mobilisation des « sans », en particulier celle des chômeurs. « Un miracle dans la mesure o^ù les exclus, les pauvres, les assistés, ont toujours ou presque été envisagés en négatif du mouvement ouvrier quant à leurs capacité de mobilisation, car ils seraient privés d’identité positive, d’homogénéité sociale, de projet collectif » souligne Isabelle Sommier.

La mobilisation des « sans » révèle donc d’abord les limites d’une analyse des mouvements sociaux consistant à expliquer les ressorts de l’action collective par l’existence d’un groupe sociologiquement homogène, qui seule fonderait une identité sociale ou professionnelle, et donc des intérêts communs. Un schéma qui a pu conduire à annoncer que la diminution du nombre d’ouvriers dans l’industrie devait se traduire par une extinction progressive des conflits sociaux et de la lutte des classes. La preuve n’en était-elle pas donnée par la diminution du nombre de jour de grèves et par la baisse du taux de syndicalisation au cours des années 80 et 90 ?

La diversification et la généralisation du salariat, liées à la tertiarisation de l’économie, sa féminisation et l’élévation du niveau culturel, qui engendrent une réelle diversification des aspirations, allaient conduire inexorablement à l’avènement d’un nouvel individualisme post-moderne, où chacun développerait ses propres stratégies personnelles. Dans une telle société, les plus faibles, faute de capacité d’initiative ou d’autonomie, seraient voués à être exclus et, selon les pays, plus ou moins assistés.

… Les mouvements sociaux ont non seulement survécu à la montée de l’individualisme, mais celui-ci en libérant les personnes des vieilles soumissions, a permis l’apparition de nouvelles revendications collectives…

Ainsi le mouvement des femmes a pu se développer quand un nombre croissant d’entre elles a rejeté la morale dominante, qui les enfermait dans un statut d’être humain de seconde zone, banalisé et infériorisé. L’individualisme leur a permis d’affirmer à la fois leur spécificité et leur égalité, ouvrant la voie à une défense de leurs intérêts. Une analyse voisine peut-être appliquée à l’essor du mouvement homosexuel.

On voit ici que le ressort de l’action collective ne dépend pas seulement de l’existence d’une cause susceptible de soulever l’indignation, mais aussi des moyens propres à favoriser une mobilisation…

Inversement, de nombreuses catégories restent mal défendues parce que mal représentées et faute d’être parvenue à bâtir une identité sociale forte, reconnue par les médias…

L’addition de ces nouveaux mouvements sociaux suffit-elle à produire un intérêt collectif commun à l’ensemble de la société ? Où sont-ils , au fond, le symptôme d’un éclatement du social qui apporterait de l’eau au moulin des défenseurs d’un libéralisme sans bornes, les intérêts entre les différents groupes étant devenus trop divergents pour s’unifier ?

… La place centrale longtemps occupée pas la classe ouvrière a masqué le fait que le salariat s’est fortement diversifié…

Carole Yerochewski et Philippe Frémeaux, Alternatives économiques HS n°52, 2 trimestre 2002