TD 24

TD 24 : Travail et intégration

 

Document 1 :

Vidéo la souffrance au travail

 

Document 2 :

Depuis quelques mois, Zohra occupe un poste de téléprospectrice. La trouvant de plus en plus aigrie et fatiguée, son entourage peine à la reconnaître. Témoignage.

« Les premiers temps, si la pression était déjà forte, elle restait supportable. Mes collègues et moi-même atteignions les objectifs fixés dans notre contrat : trois rendez-vous par jour, ou bien une moyenne minimale de quinze rendez-vous sur deux semaines. Comme partout il y avait des jours où les résultats étaient moins bons que les autres. Un lundi matin, notre patron est venu diriger l’une de nos réunions. Nous les trouvions déjà stressantes, car c’était un moment difficile à passer. Quels que fussent les résultats, ils n’étaient jamais suffisants. Les méthodes de management consistaient à ne jamais montrer le moindre signe de satisfaction.

Une réunion classique nous mettait en ligne ou en arc-de-cercle. Notre responsable de plateforme se plaçait au centre avec la liste des résultats de la semaine précédente. A l’appel de notre prénom nous avions pour consigne de la rejoindre. Commençaient alors les complaintes.   » Quatre-vingt dix rendez-vous, seulement dix contrats signés, c’est très mauvais. »  Et pourtant… c’était un très bon résultat si on se penchait sur la moyenne qui se situait généralement autour d’une quarantaine de rendez-vous pour deux ou trois signatures les bons mois. Il faut dire que nous prospections sur des campagnes déjà lancées quotidiennement. Nous comprenions facilement la lassitude de nos interlocuteurs, harcelés. Il arrivait aussi que l’on s’adresse à des clients plus au fait de nous mêmes concernant le produit et son plan de financement, à savoir des panneaux solaires. Notre formation se limitant à lire un texte, on devait régulièrement courir après nos responsables pour obtenir les réponses aux questions des clients intéressés.

Bien évidemment une telle désorganisation ne leur inspirait pas confiance et ils raccrochaient rapidement. Nous faisions un travail difficile. La téléprospection n’a que peu de rapport avec la vente, présentée comme un travail simple : nous plaçons tout simplement des rendez-vous. Seulement, nous nous adressons à des clients qui ne nous ont rien demandé. Nous les appelons à leur domicile, nous sommes pressentis comme une agression. Une partie de notre travail consiste à être le plus agréable possible dans nos rapports avec eux. Souvent, c’est difficile lorsque l’on nous raccroche au nez ou quand on nous lance un chapelet d’insultes. Lorsque l’on parvient à établir un contact, vient la partie des questions intrusives. »

Zohra ne peut quitter son emploi. Qui va lui payer son loyer ? Ses charges ? Ses courses ? Les employeurs profitent de cette situation de crise et de précarité de l’emploi. Son patron enchaîne les périodes d’essai. Très peu voient la porte du CDI. Il est plus rentable de faire espérer. Beaucoup de patrons mal intentionnés appuient sur la corde, déshumanisent, obligent les employés à devenir des objets, de simples outils de travail.

« Ce lundi matin les choses qui étaient déjà peu reluisantes se dégradèrent brusquement. Notre responsable vint se plaindre de notre manque d’efficacité. Je fis peut-être une erreur en lui expliquant les lacunes de notre formation. Ma boîte a pour habitude de licencier les télépros après deux mois d’essai, voire quatre pour les plus chanceux. Cela empêche d’employer un personnel expérimenté. Le responsable décida de nous diviser en trois groupes. Mis en compétition les uns contre les autres. Le groupe obtenant les meilleurs résultats sur un mois serait pris en CDI et les autres licenciés. La section de la plateforme allouée à mon groupe comportait de nombreux boxs défaillants. Soit les ordinateurs ne pouvaient se connecter à Hermés, à internet, soit ils plantaient régulièrement. Mais, les conditions de travail étaient encore supportables. Si ce n’est que nos formateurs commencèrent à nous parler dans le casque pendant que nous étions en communication avec un client. Nous devions faire en sorte que le client ne se rende pas compte de la situation. Parfois, j’ai le sentiment d’être une marionnette que l’on pilote. La « déballe », le texte que l’on nous entraîne à répéter ne s’adapte pas à toutes les solutions. Nos formateurs s’invitent donc directement dans nos appels pour nous diriger. C’est dur, c’est un désastre.

Après deux semaines de ce régime, notre patron fit une nouvelle apparition, plus furieux que jamais. Les tensions créées par la compétition, la pression imposée par les collègues en raison de la crainte d’être renvoyé à cause des performances du groupe avait fait dégringoler les statistiques. Nous étions plus angoissés que jamais, au point de devenir agressifs les uns envers les autres. Avant, il n’y avait que la pression des supérieurs et une forme d’entraide entre les télépros. Depuis, elle s’était envolée. La simple idée de venir travailler m’était devenue insupportable. Devant ce constat affligeant, les équipes furent dissoutes et nous reprîmes le travail comme avant, libres de nous placer sur la plateforme. Nous espérions retrouver un climat de confiance et le goût du travail. Malheureusement l’idée suivante se révéla plus catastrophique encore. Notre boss décida de nous encadrer lui-même. Chaque jour, nous subissions ses colères. Notre patron se plaçait souvent dans ma rangée, peu importe où je m’installais. Dans mon dos, à quelques pas de moi, me faisant sursauter au moindre cri.

Avant son arrivée, le travail me provoquait des maux de tête en fin d’après-midi. Souvent, ils se changeaient en migraine, mais mon traitement suffisait. Aujourd’hui, c’est encore pire. Dès le matin, j’ai la boule au ventre. A peine arrivée dans l’immeuble, ma tête semble prise dans un étau. Impossible de retrouver le plaisir de voir les collègues. Dès notre arrivée, on commence à travailler, même avec quinze minutes d’avance. Je stresse, je me sens mal…  Mais je suis obligée de m’y faire, je ne peux pas me retrouver au chômage. »

Sonia Bektou, Publié le 2 octobre 2013,  http://www.bondyblog.fr/?p=30324

 

 

  1. Comment le travail est-il « organisé » ?
  2. Pourquoi cela « pèse –t-il » sur les employés ?
  3. Quelles sont les conséquences de cette organisation du travail ?
  4. Pourquoi l’expérience de groupes concurrents échoue-t-elle ?

 

 

Document 3 :

La montée de la précarité

http://www.inegalites.fr/spip.php?article957

 

Répartition des travailleurs pauvres par secteurs d’activité en 2006

 

 

 

 

http://www.inegalites.fr/spip.php?article905&id_groupe=9&id_mot=76&id_rubrique=1

 

  1. Qu’est ce que la précarité ?
  2. Pourquoi fragilise-t-elle l’intégration ?
  3. Qu’est ce qu’un travailleur pauvre ?
  4. Pourquoi la précarité et la pauvreté augmentent-elles en France sur le marché du travail ?
  5. Quels problèmes cela posent-ils ?

TD 23

TD 23 lutter contre le chômage en soutenant l’offre

 

Document 1 :

Si on laisse faire, la flexibilité des salaires rétablira spontanément l’équilibre. Mais si les rigidités institutionnelles empêchent la libre négociation et la baisse des salaires, le chômage persiste car le coût du travail est structurellement supérieur à son niveau d’équilibre. A long terme, la hausse du prix relatif du travail incite les entreprises à substituer du capital au travail … ; les entreprises compensent aussi  le surcoût du travail par la surqualification des travailleurs, ce qui pénalise plus spécialement les jeunes sans expérience et les travailleurs non qualifiés…

La baisse du coût relatif du travail stimulerait directement l’emploi en incitant les entreprises à substituer du travail au capital ; elle devrait aussi le faire indirectement en soutenant l’activité par divers canaux : effet de compétitivité (amélioration de la compétitivité prix favorable aux exportations) ; effets de profitabilité (hausse de la part des profits dans la valeur ajoutée favorable à l’investissement) ; désinflation qui libère le pouvoir d’achat disponible pour al consommation.

Jacques Généreux, Les vraies lois de l’économie, Seuil, 2008

 

  1. Expliquez la première phrase
  2. Expliquez la phrase soulignée et donner un exemple de secteur d’activité touché par cette évolution
  3. Le chômage touche-t-il de la même façon tous les individus, quels qu’ils soient ?
  4. Expliquez et illustrez les trois canaux évoqués à la fin du texte

 

 

Document 2 : Baisse des charges patronales

Jean Balas, patron dans le BTP, regrette l’abandon de la baisse des charges sociales. Il estime qu’elle aurait dopé la rentabilité des entreprises

C’était l’une des propositions phares de Louis Gallois : créer un « choc de confiance » de nature à relancer l’investissement, et notamment l’investissement industriel, grâce à une baisse significative des charges sociales. Pour réduire le coût du travail, cette solution avait sa faveur, car elle « a un impact direct et rapide sur les marges d’exploitation des entreprises, et donc sur leur capacité d’autofinancement », expliquait-il dans son rapport, précisant que sa préférence allait « à un choc sur une année », sous peine de courir « un risque de dilution ».

Stéphanie Benz – L’expansionl’express.fr 06/12/2012 à 09:11

 

  1. Que voulait ce patron ?
  2. Quel est l’intérêt d’une telle mesure ?

 

 

Document 3 :

  1. Commentez le tableau

Un dimanche comme un autre aux Galeries Lafayette

« Je n’ai pas d’enfant, cela permet d’arrondir les fins de mois, et l’état d’esprit du personnel et de la clientèle est très familial et plus détendu le dimanche. » Alix Vossieg, 29 ans, employée depuis quatre ans dans le service des relations à la clientèle aux Galeries Lafayette du boulevard Haussmann à Paris, travaillera ce dimanche 8 janvier, le premier du nouveau dispositif d’ouverture dominicale.
Classé dans le périmètre d’une zone touristique internationale (ZTI), le magasin d’Haussmann ouvrira tous les dimanches dans l’année, là où auparavant il utilisait le dispositif dérogatoire des dimanches du maire pour des opérations spéciales en décembre pour Noël, pendant les soldes… En 2017, Alix Vossieg travaillera huit dimanches dans l’année, comme en 2016.
Avec ces 52 jours d’ouverture supplémentaires, la direction anticipe de 5 % à 10 % de chiffre d’affaires annuel en plus (le surplus avoisine désormais les 10 % au BHV Marais depuis son ouverture le dimanche en juillet 2016).
Malgré les critiques des syndicats, qui mettent en garde contre la pression exercée sur les salariés et s’inquiètent d’une plus grande précarité et d’une possible stagnation des salaires, 92 % des salariés des Galeries Lafayette du boulevard Haussmann se sont inscrits pour travailler le dimanche. Et 62 % se sont portés volontaires pour huit dimanches en 2017, le maximum autorisé dans l’accord signé entre les syndicats et la direction, qui concerne uniquement le magasin d’Haussmann.

Motivations diverses

Obtenu à l’arraché en mai 2016, cet accord prévoit trois formes de compensations au choix du salarié : se faire payer double la journée et prendre un jour de repos en plus, être payé normalement et prendre deux jours de récupération, soit ne pas être payé et récupérer trois jours (dont un à poser dans le mois qui précède ou qui suit). Ce dispositif ne concerne pas les démonstrateurs employés par les marques dotées de leur espace de vente dans le grand magasin, et qui relèvent de leur propre accord sur le travail du dimanche.
Pour les employés du grand magasin du boulevard Haussmann, les motivations à travailler le dimanche sont diverses. Pour certains, la question financière passe au premier plan. Comme Aurélie Du, 26 ans, en couple, et conseillère de vente au rayon des marques créateurs depuis deux ans, qui a choisi « des sous en plus pour pouvoir épargner ». Elle n’a pas hésité longtemps : « Mon compagnon, employé dans le service public, est lui aussi amené à travailler certains week-ends. »
D’autres y trouvent un surcroît de temps libre. Comme Weronika Wodja, du rayon accessoires. Employée depuis sept ans dans le magasin du boulevard Haussmann, cette trentenaire s’est inscrite pour travailler huit dimanches en 2017 afin d’« avoir du temps, avec mon mari qui a des horaires plus souples puisqu’il a sa propre société ». Ou comme Francine Hajman, 58 ans, conseillère de vente dans les marques propres pour enfant, qui travaillera cinq dimanches en 2017, « pour la récup’ ».

Davantage de temps libre

Elle pourra ainsi partir pour « des petites vacances » avec son compagnon, qui est en préretraite. « Avec un dimanche travaillé en janvier et un autre en février, je peux poser en récupération la troisième semaine de février pendant les vacances scolaires. Et ainsi profiter de mon premier petit-fils qui vient de naître », confie-t-elle. Ana Paula Denoyes, 34 ans et maman d’un enfant de 15 mois, était même volontaire pour en travailler huit, mais n’en a obtenu que sept (dont six de son choix), et ainsi « rester plus longtemps avec ma famille. Le dimanche, c’est le papa qui fera office de nounou. Et lors de mes jours de repos, je ne mettrai pas ma fille à la crèche. »
En renfort aux Galeries Lafayette Haussmann, une nouvelle catégorie de personnel a été recrutée : les travailleurs sous contrat de fin de semaine. Déjà près de 400 personnes embauchées sur un objectif de 500 (1 000 recrutements sont prévus avec ceux effectués par les marques). Des embauches en CDI qui travailleront à l’année mais uniquement trois jours en fin de semaine (samedi-dimanche-lundi ou vendredi-samedi-dimanche), soit 25 heures payé 32. Beaucoup sont étudiants, jeunes, et à la recherche d’un supplément d’argent de poche. C’est le cas de Marie Wang, jeune recrue de 21 ans.
Cette étudiante a commencé à travailler le 16 décembre 2016. Jusqu’alors, elle officiait, déjà en fin de semaine, dans une boutique du cinéma MK2 du 13e arrondissement de Paris. En licence de mandarin à l’université Paris-Diderot le reste de la semaine, elle avoue utiliser cet emploi de fin de semaine « pour parfaire ma pratique du chinois car il y a plus de touristes ici qu’au MK2. Et puis cela me permet de payer mes études, et d’économiser pour un futur logement, le permis, ou des vacances… ».

30 % sont d’anciens renforts saisonniers

Mais il n’y a pas que des étudiants. Certains ont 40 ou 50 ans et près de 30 % sont d’anciens renforts saisonniers. « J’ai retrouvé des vendeurs que je connaissais lorsque je m’occupais des accessoires », raconte Julien Carpentier, qui encadre deux managers et douze vendeurs des marques propres pour enfant. Jeune maman de deux enfants en bas âge, Kamola Usmanova, 26 ans, embauchée depuis le 13 novembre 2016 comme conseillère de clientèle à la conciergerie, cherchait quant à elle « un petit contrat » pour pouvoir s’occuper de son bébé durant la semaine. Et qui lui permet de remettre un pied dans le monde du travail.
Ces renforts ont été répartis dans les différents étages du magasin pour combler les « trous » dans les plannings. Car dès le mois de novembre 2016, les employés des Galeries Lafayette ont formulé leurs demandes et leurs préférences de dates. « Certains souhaitaient huit dimanches, d’autres deux, chacun a fait ses choix », indique Julien Carpentier. Quant à lui, en tant que manager référent, il se « devait de montrer l’exemple par rapport à ses équipes », mais n’en fera que cinq « par choix personnel de vie privée ». Et suivant les pics de présence, ils occuperont des postes sur un périmètre un peu plus large mais semblable à leur travail d’origine. D’autant qu’ils ne sont pas très nombreux à s’être portés volontaires pour travailler les mois d’été ou pendant les vacances. « Je n’ai pas pris les dimanches d’été car je veux profiter de mon jardin », explique Francine Hajman.
Quoi qu’il en soit, ils ne seront bientôt plus seuls à venir travailler le dimanche sur le boulevard Haussmann. Le Printemps, qui a conclu le 30 décembre 2016 avec ses syndicats l’accord sur les compensations salariales indispensables à son ouverture dominicale, devrait les rejoindre d’ici à la fin du premier semestre.

LE MONDE ECONOMIE | Par Cécile Prudhomme

Le monde du travail évolue; Les magasins demandent depuis plusieurs années un assouplissement de la réglementation de l’ouverture du dimanche. Le gouvernement a accédé à leur requête. Les salariés du magasin justifient leur acceptation :

  • « pas d’enfant cela me permet d’arrondir mes fins de mois ». Jusqu’à présent le dimanche était chômé pour permettre la vie familiale. Désormais, celle-ci n’est plus privilégié.  Le dimanche non travaillé ne représente-t-il un intérêt que lorsqu’on a des enfants ? C’est une vision restrictive de la vie privée, des loisirs … Par ailleurs, le dimanche sera davantage payé qu’un jour de semaine, il permet donc une « revalorisation » du travail
  • il semble que l’ouverture du dimanche occasionne un jeu un somme positive : plus de dépenses dans que celles-ci ne soient diminuées les autres jours de la semaine. Ce qui peut se comprendre pour les touristes et difficilement audible pour les résidents : certains ne peuvent-ils faire d’achat parce qu’ils n’ont pas le temps durant la semaine ? ils seraient alors obligés d’épargner !
  • ce qui inquiète les syndicats ce sont deux aspects : d’une part le volontariat des travailleurs, est-on vraiment volontaire pour travailler ce jour, le patron ne pourra-t-il « forcer » ses salariés à accepter le travail dominical ; d’autre part, les salaires ne vont-ils pas stagner du fait que les heures supplémentaires constituent un surcroit de pouvoir d’achat.
  • un argument cité par les employés qui acceptent de travailler le dimanche : « avoir davantage de temps libre »; Outre le fait que les semaines de travail vont être allongées, la fatigue et la productivité devraient elles aussi évoluer et probablement en sens contraire. Dès lors le temps de récupération obtenu sera nécessaire pour compenser le surcroit de fatigue. le gain apparaît donc inexistant. Cela interroge par ailleurs sur le lien social, la déréglementation du temps de travail entraine une individualisation de celui-ci. Le dimanche travaillé est un jour comme les autres. Les salariés auront donc de moins en moins de jours de repos communs. Quelles seront les conséquences pour les loisirs, les activités des associations … La disponibilité des travailleurs sera plus »éparpillée » sur la semaine.
  • Que dire enfin de ces personnes recrutées uniquement pour travailler en fin de semaine. Quelle entrée dans la vie active pour ces jeunes qui commenceront par connaitre la contrainte de la flexibilité du temps de travail avant de connaitre le droit du travail

Cette évolution qui doit permettre de « libérer » le commerce et probablement la croissance, ne présage rien de bon pour l’évolution du droit du travail et pour notre société, individualisée et précarisée à tout va

Shukuru

Qui sont les ouvriers d’aujourd’hui ?

Lorsque Martin Thibault, sociologue du travail à l’université de Limoges, a entamé son enquête, Ouvriers malgré tout(Raison d’agir éditions, 2013), auprès des agents de maintenance de la RATP, l’entreprise lui a répondu qu’il n’y avait pas d’ouvrier chez elle. Souvent, les agents eux-mêmes ne se disaient pas ouvriers, jusqu’à ce qu’ils soient rattrapés par la réalité de leur métier – physique, répétitif, très encadré et exercé dans des hangars où il fait trop chaud ou trop froid. Dans les entrepôts de la grande distribution, même constat : ni les préparateurs de commandes ni les caristes ne se disent ouvriers. Et chez Amazon, les salariés sont des « associates ».

Mais alors, comment définir les ouvriers d’aujourd’hui si eux-mêmes ne se disent pas ouvriers ? Où est la classe ouvrière qui, au moins en partie, se vivait comme telle, avec ses codes, ses fiertés, ses savoir-faire et ses représentants ? Où sont les bataillons d’ouvriers entrant et sortant en même temps de l’usine ? L’ouvrier est-il une espèce en voie de disparition ? La notion de classe ouvrière a-t-elle encore un sens ?

Un monde ouvrier tertiarisé

Maçons, chauffeurs, soudeurs, jardiniers, métalliers, commis de cuisine, dockers, ostréiculteurs… Selon l’Insee, la France compte 6,3 millions d’ouvriers, classés en trois catégories : qualifiés, non qualifiés et agricoles. Un chiffre en net recul par rapport aux années 1970. Alors qu’ils occupaient 40 % des emplois il y a quarante ans, ils n’en occupent plus que 20,5 % aujourd’hui. Continental, Metaleurop, Goodyear… Ce sont avant tout des postes non qualifiés du secteur industriel qui ont disparu : en moins de quinze ans, l’industrie a perdu près de 1,4 million d’emplois.

Mais si la figure mythique de l’ouvrier en bleu de travail sur une chaîne de production n’est plus centrale, les ouvriers ont investi d’autres secteurs : la moitié d’entre eux travaillent désormais dans le tertiaire, ils sont 15 % dans le bâtiment et, dans certains domaines, comme la logistique, leur nombre augmente.

Au total, un homme français sur trois ayant un emploi est encore un ouvrier. Et s’ils ont vieilli, les ouvriers restent plus jeunes que les « jeunes cadres dynamiques » : un sur quatre a moins de 30 ans, contre un cadre sur huit. « Leur déclin numérique est réel mais relatif, affirme David Gaborieau, sociologue du travail. Les ouvriers représentent encore près du quart (21,5 %) de la population active, c’est important. Ce qui a vraiment décliné, c’est leur visibilité. »

Des ouvriers invisibles

« Avant, il y avait les mines, la sidérurgie, Boulogne-Billancourt, de gros établissements dans de grandes régions industrielles où les ouvriers étaient regroupés, observe Roger Cornu, sociologue et chercheur au Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Depuis, il y a eu une baisse drastique de la main-d’œuvre dans les grandes unités de production : aujourd’hui, plus de la moitié des ouvriers travaillent dans des établissements de moins de cinquante salariés, souvent situés dans des zones rurales. Tout ce qui était spectaculaire s’est démantelé progressivement. Du coup, les ouvriers disparaissent. »

« On s’intéresse rarement à l’intérieur des usines, comme s’il n’y avait plus que des ouvriers sans emploi. »

Peu visibles dans l’espace public, les ouvriers le sont aussi dans les médias. A la télévision, seules 3 % des personnes interviewées sont des ouvriers, contre 61 % de cadres, selon le baromètre de la diversité du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA). « Lorsqu’ils apparaissent dans les médias, les ouvriers sont soit accusés d’être responsables de la montée du Front national, ce qui est en partie faux puisqu’ils sont très largement abstentionnistes, soit interrogés alors qu’ils viennent de perdre leur emploi après une délocalisation, regrette Martin Thibault. Ils apparaissent comme un monde vieux, finissant. On s’intéresse rarement à l’intérieur des usines, comme s’il n’y avait plus que des ouvriers sans emploi. »

Un autre facteur a contribué à la perte de visibilité des ouvriers : l’affaiblissement des organisations syndicales et politiques qui parlaient en leur nom – même si elles n’ont jamais représenté tous les ouvriers, et notamment les immigrés et les femmes. Le Parti communiste français (PCF), en particulier, a considérablement perdu de son influence. Il a aussi cessé, dès les années 1980, d’œuvrer à former et promouvoir des élites ouvrières militantes. Dans le champ de la représentation politique, plus personne, ou presque, n’est issu du monde ouvrier. « Dans certains secteurs d’activité, le groupe [ouvrier] n’a plus les moyens de se représenter en tant que tel », résume David Gaborieau.

Ouvriers et employés, une frontière floue

Autre évolution, la frontière entre le monde des ouvriers et celui des employés n’a jamais été aussi floue. Une caissière qui accomplit une tâche d’exécution répétitive, codifiée et fortement encadrée n’est-elle pas, d’une certaine façon, une ouvrière ? Et un employé d’un centre d’appel ? D’une chaîne de restauration rapide ? Les classifications de l’Insee disent-elles tout du travail ouvrier ?

En décembre, la revue Savoir/Agir (éditions du Croquant) titrait : « De la classe ouvrière aux classes populaires ». « La notion de classe populaire, qui rassemble ouvriers et employés, permet de prendre en compte un double mouvement, explique Cédric Lomba, chargé de recherche au CNRS. D’un côté, le travail des employés s’est industrialisé, standardisé. Et à l’inverse, une partie des ouvriers réalise des tâches éloignées du monde manuel. Dans la sidérurgie par exemple, les opérateurs de production interviennent assez peu sur le produit et contrôlent un processus informatique. »

La notion de « classes populaires » traduit aussi une mixité nouvelle. Avec l’arrivée des femmes sur le marché du travail, les familles ouvrières ont été remplacées par des familles « hybrides », avec un père ouvrier – le secteur reste masculin à 80 % – et une mère employée – plus de 75 % des employés sont des femmes. « C’est une évolution importante, insiste Henri Eckert, professeur de sociologie à l’université de Poitiers. Historiquement, ouvriers et employés n’avaient pas les mêmes comportements vis-à-vis de la propriété, de la consommation… Et pendant longtemps, être employé était plus prestigieux. »

Si le monde employé a perdu de son aura, c’est aussi le cas du monde ouvrier. « A l’époque, quand on obtenait un CAP ou que l’on était apprenti, c’était une promotion, indique Roger Cornu.Aujourd’hui, si vous n’avez pas le bac, vous êtes considéré comme un déchet. Devenir ouvrier ne fait plus rêver. »

« Beaucoup d’enfants deviennent ouvriers comme leurs parents – plus d’un ouvrier sur deux est un enfant d’ouvrier, quasiment comme il y a trente ans –, alors qu’ils ont fait des études beaucoup plus longues, ajoute Martin Thibault. Ils ont une autre grille de lecture et sont plus sensibles à la représentation dominante, très dévalorisante. Mais la position ouvrière est souvent la seule à laquelle on peut accéder sans diplôme d’enseignement général. »

Les ouvriers, des précaires

De fait, les ouvriers sont les premiers touchés par la précarisation de la société. Ils sont la catégorie professionnelle la plus frappée par le chômage (14,7 % en 2014) et la plus exposée aux contrats temporaires. Dans les grands groupes, le chômage partiel se multiplie. « Les fermetures d’usine ne sont souvent que l’aboutissement d’une longue série de restructurations partielles, détaille Cédric Lomba. A chaque fois, on diminue le nombre d’intérimaires, on ne reconduit pas un CDD, on licencie une partie des travailleurs stables ou on ne remplace pas des départs à la retraite… Cette condition d’incertitude, cet état de restructuration permanente font partie du quotidien des ouvriers. »

« Beaucoup de jeunes sont précaires avant d’être ouvriers. »

« Des jeunes travaillent six mois dans une usine, puis sont au chômage, puis se retrouvent deux mois dans une société de surveillance, ajoute Henri Eckert. Ils vivotent d’emplois ouvriers en emplois non ouvriers. Ce sont des précaires avant d’être des ouvriers. »

Si une partie des emplois se sont qualifiés, par exemple dans l’automobile, l’automatisation n’a pas toujours permis de rendre le travail plus gratifiant, et les possibilités d’ascension sociale se sont tassées. Avec la réduction des effectifs, les postes d’encadrement sont moins nombreux ou réservés aux plus diplômés.« Dans la logistique pharmaceutique par exemple, quand il y a deux chefs d’atelier pour 150 personnes, les ouvrières essaient au fil des années de trouver un poste un peu moins pénible mais ne changent pas de salaire ni de statut, raconte Cédric Lomba. Ce sont des carrières horizontales. »

Invisibles et souvent précaires, privés d’une représentation forte et valorisante, les ouvriers n’ont pourtant pas disparu. « La notion de classe populaire a un sens, assure Cédric Lomba. La bourgeoisie est la classe la plus mobilisée pour défendre ses intérêts, mais ce n’est pas parce que les autres classes sont moins mobilisées qu’elles n’existent pas. »

LE MONDE | • Mis à jour le | Par Perrine Mouterde

Les chômeurs ne sont pas responsables du déficit et de la dette de l’assurance-chômage

La dette de l’Unedic a dépassé 25 milliards d’euros en 2015. Un montant que cette structure, créée en 1958 pour gérer les indemnités chômage, dans un contexte de presque plein emploi, ne parviendra pas à rembourser de sitôt, mais que le gouvernement entend maîtriser, notamment en restaurant la dégressivité des indemnités chômage.
C’est tout l’enjeu des négociations qui ont démarré lundi 22 février entre le patronat et les syndicats pour fixer de nouvelles règles de l’indemnisation des demandeurs d’emploi – celles prévues dans la convention Unedic actuellement en vigueur expirent le 30 juin.
Pourtant, ce n’est pas l’indemnisation des chômeurs qui creuse le déficit et donc la dette de l’Unedic, mais les ponctions faites par l’Etat.

Le régime d’indemnisation du chômage est en effet assez largement excédentaire. Depuis 2008, l’excédent atteint 2,9 milliards d’euros, alors que le nombre de chômeurs a fortement augmenté et que la proportion de ceux qui bénéficient des indemnisations est tombée en dessous de 45 % en 2015.

Les derniers chiffres disponibles, datant de 2014, montrent que les contributions des affiliés à l’Unedic (soit plus de 16 millions d’actifs) atteignent 33,94 milliards d’euros, quand l’indemnisation a coûté, cette même année, 31,26 milliards d’euros. Soit un solde entre cotisations perçues et indemnités chômages versées positif de 2,68 milliards d’euros.

Une dette due aux ponctions de l’Etat

Les pertes enregistrées par l’Unedic proviennent principalement du financement de Pôle emploi. L’Unedic est en effet tenue, par une convention avec Pôle emploi, de financer ce dernier à hauteur de 10 % du budget.

En 2014, l’Unedic a ainsi dû verser 3,19 milliards d’euros à Pôle emploi, soit 87 % du déficit qu’elle a enregistré la même année (3,66 milliards d’euros). Sans cette participation, le déficit de l’Unedic en 2014 aurait été de 470 millions, et non de 3,66 milliards d’euros.

Selon Bruno Coquet, spécialiste de l’assurance-chômage et auteur d’une étude publiée récemment sur le sujet pour l’Institut de l’entreprise (think tank libéral, financé par les grandes entreprises), le financement cumulé depuis 1990 des services publics pour l’emploi a atteint 28,9 milliards d’euros, un montant supérieur de 3 milliards d’euros à la dette actuelle. Sans les financements de politiques publiques auxquelles on l’astreint, il n’y aurait pas de dette de l’Unedic.

Pour l’économiste, ces dépenses ne constituent pas la mission première d’une assurance-chômage et ont éloigné l’Unedic de sa fonction, en plus d’avoir dégradé ses comptes et fait peser injustement la responsabilité sur les chômeurs.

Les régimes spéciaux, trop coûteux ?

Le déséquilibre financier de l’Unedic provient également des régimes spéciaux d’indemnisation, et notamment du régime des intermittents du spectacle et de celui de l’intérim. Ces deux régimes dérogatoires au régime de droit commun sont largement déficitaires.

En 2013, un rapport de la Cour des comptes indiquait que, pris isolément, les régimes d’intérim et des intermittents avaient un solde négatif de 3,1 milliards d’euros. Ces régimes spéciaux ont une balance cotisations/indemnités déséquilibrée en raison de faibles cotisations (en 2014, on comptait 256 000 intermittents et 542 000 intérimaires) et du versement d’indemnités plus importantes afin de compenser la précarité des travailleurs de ces secteurs. Il est important, cependant, de noter que ces déficits n’apparaissent que lorsque l’on prend les régimes séparémment du régime de droit commun. L’Unedic n’a en effet qu’une seule caisse regroupant tous les régimes et dont le solde est excédentaire.

La question de la réforme de ces régimes spéciaux et tout particulièrement de celui des intermittents a été posée à maintes reprises ces dernières années. Sans être véritablement tranchée. En janvier 2015, le premier ministre, Manuel Valls, avait annoncé sa volonté de sanctuariser le principe d’un régime spécifique pour les intermittents, sous la houlette de l’Unedic.

Il avait toutefois déclaré que « les partenaires sociaux représentatifs du spectacle et de l’audiovisuel » devraient « négocier les paramètres propres au régime d’indemnisation des intermittents » à l’occasion de la renégociation de la convention de l’Unedic, au début de 2016. Tout en précisant que cela devrait se faire « dans un cadre préalablement fixé par les partenaires sociaux interprofessionnels », qui établira notamment « la trajectoire financière » du régime des intermittents, dont le coût (1 milliard de solde négatif par an, et un surcoût de ses avantages spécifiques estimé à 300 millions d’euros par an) est régulièrement fustigé par le patronat.
Le Monde.fr | • Mis à jour le | Par Gary Dagorn

 

Article intéressant car les médias ne nous présentent toujours qu’un seul aspect de la question : les chômeurs français sont trop indemnisés !

En fait la situation est plus complexe. D’une part les chômeurs français ne sont pas trop indemnisés (1 sur deux) et le niveau d’indemnisation n’est pas très élevé (environ 1000 €). Les chômeurs qui perçoivent 6000 e ne sont qu’une poignée.

Ensuite, ces indemnisation correspondent à des cotisations versées et à un système solidaire (par exemple, les fonctionnaires cotisent pour les allocations chômage). Transformer ce système réduirait la consommation des moins riches et nous ferait basculer vers un système individualiste.

Enfin, le système coût cher parce que l’UNEDIC finance pole emploi (ce qui est normal), ce qui permet d’aider les chômeurs à retrouver un emploi.

Les intermittents sont indemnisés mais cela correspond à une situation de grande précarité.

Le problème de l’interim me parait plus important, car les entreprises ont davantage recours à ce type de contrat qu’il y a vingt ans. Or les intérimaires perçoivent des primes de précarité qui pèsent dans les comptes de l’UNEDIC.

La seule solution pour résorber le déséquilibre consiste à réduire le nombre de chômeurs. Moins de chômeurs, = moins d’indemnités à verser et plus de cotisations.

Casser le thermomètre, ou accuser les chômeurs de coûter trop cher, ne solutionne pas le problème

 

Shukuru

L’intérimaire aux 700 contrats

Il aurait pu avoir une médaille d’honneur, couleur vermeil. Celle que l’on donne aux travailleurs après trente ans de bons et loyaux services, avec, en bonus, une gratification de l’employeur, si ce dernier est généreux. Mais au lieu de tout cela, il n’a eu droit qu’à prendre la porte. Son tort ? Avoir réclamé un peu de stabilité après avoir enchaîné 703 contrats d’intérim comme manutentionnaire puis cariste, pour le compte d’une seule et même entreprise, Placoplatre, filiale du groupe Saint-Gobain. C’était en 2013. L’intérimaire, un Malien arrivé en France en 1982, embauché par le biais de la société d’intérim Manpower, a «simplement demandé à Placoplatre d’être en CDI», raconte Régis Verbeke du syndicat Force ouvrière (FO). Mais le sésame, indispensable pour faire venir sa femme et ses enfants en France, lui a été refusé «au motif qu’il ne parlait pas assez bien français», précise le délégué syndical qui l’aide dans son combat. Alors, après avoir travaillé sans broncher et sans vacances, pendant des années, l’homme de 55 ans, locataire d’un foyer de migrants en Seine-Saint-Denis, a décidé d’attaquer Manpower France et la société Placoplatre aux prud’hommes. A la barre du tribunal de Bobigny, il devait demander, ce mercredi, à 13h30, la requalification de ses missions d’intérim en contrat à durée indéterminée. Avant de renoncer à l’action en justice.

«Timide», «ne parlant pas bien français», selon les proches du dossier, l’intérimaire ne veut pas s’exprimer. De quoi rassurer Manpower France qui évoque un dossier «déontologiquement sensible», mais ne souhaite pas, non plus, en dire plus sur le sujet. Soucieux d’arrêter cette histoire depuis sa médiatisation, le groupe aurait, selon nos informations, proposé, dans une première phase de conciliation, un chèque de 60 000 euros à l’intérimaire. Ce dernier demandait de son côté 150 000 euros pour la perte de son emploi et les dommages subis. «Une issue à l’amiable a été trouvée, mais nous ne souhaitons pas communiquer sur le contenu», conclut Manpower.

L’affaire, du «jamais vu», selon le délégué FO, est désormais close. Mais le cas est loin d’être isolé, selon lui. Même constat d’André Fadda, secrétaire général de la CGT intérimaire qui note que «les tribunaux des Prud’hommes regorgent d’histoire comme celle-là». Le syndicaliste dénonce les renouvellements des contrats successifs sans limite, un système «généralisé par le patronat, en toute illégitimité et avec la complaisance du ministère du Travail depuis les années 90». Sous-traitance des sites industriels, aéroportuaire, logistique, BTP, plusieurs secteurs seraient, selon les syndicats, touchés par de tels abus au Code du travail. «A Saint-Nazaire, par exemple, une entreprise d’installation de tuyauterie a remporté un contrat commercial sur le chantier naval de huit mois, mais n’a signé que des contrats à la semaine à des intérimaires, raconte André Fadda. Cela permet aux entreprises de se soustraire aux risques économiques et de jeter les gens au bout de quelques jours s’ils se plaignent des conditions de travail ou de sécurité, ou quand ils sont simplement épuisés par le rythme des heures supplémentaires».

Difficile dans ces conditions pour les intérimaires de se faire entendre. «Ils n’osent pas, résume Régis Verbeke de FO, surtout les étrangers qui ne maîtrisent pas assez la langue, n’ont parfois jamais entendu parler de syndicat et craignent pour leur titre de séjour». Mais s’il reconnaît qu’il n’est pas évident de mobiliser, le délégué FO espère que cette affaire créera un «effet boule de neige».

La législation encadrant le recours à l’intérim est pourtant précise. En France, l’appel à un intérimaire est uniquement possible pour remplacer un salarié (sauf pour une grève) ou afin d’assurer la continuité de l’activité de l’entreprise en cas notamment d’accroissement temporaire d’activité ou d’emploi à caractère saisonnier. Ainsi, selon le Code du travail, le contrat d’intérim, «quel que soit son motif, ne peut avoir ni pour objet ni pour effet de pourvoir durablement un emploi lié à l’activité normale et permanente de l’entreprise utilisatrice». Ce qui fait de la loi française, «la règlementation la plus pointilleuse et rigide d’Europe», selon François Roux, délégué général de Prism’emploi, l’organisation professionnelle des sociétés d’intérim. Aussi, avec 16 millions de contrats de travail intérimaires signés chaque année, l’affaire de l’intérimaire de Placoplatre est «statistiquement explicable», selon lui, et ne remet pas en cause l’«exemplarité» d’un secteur «très dépendant de la chaîne de décision et des informations données par le client».

Les syndicalistes, eux, dénoncent des brèches nombreuses dans lesquelles s’engouffrent les employeurs. «Certaines sociétés jonglent avec les faux remplacements, d’autres trichent sur les motifs et prétextent un accroissement temporaire d’activité injustifié», explique André Fadda de la CGT. Un constat légèrement nuancé par un délégué CGT du secteur de l’aéroportuaire: «Par peur des tribunaux, certaines sociétés se sont mises au propre et ont revu leur mode de gestion des contrats intérimaires».

Depuis mars 2014, les entreprises disposent par ailleurs d’un nouvel outil pour trouver un équilibre entre flexibilité et respect du Code du travail: le CDI intérimaire (CDI-I), issu de l’accord sur la sécurisation des parcours professionnels des intérimaires de 2013. Avec ce nouveau type de contrat, les salariés intérimaires disposent, entre leurs missions, de périodes d’intermission payées au Smic, mais au cours desquelles ils sont tenus d’être à la disposition de l’entreprise de travail temporaire qui l’a embauché. Pour le gouvernement, il s’agit de sécuriser les parcours professionnels. Mais les syndicats FO et CGT se sont montrés très critiques face à ce nouveau contrat accusé de rendre les intérimaires toujours plus corvéables. «C’est un bracelet posé au poignet de l’intérimaire pour le faire travailler quand on veut. On revient aux années 80, quand on faisait faire tout et n’importe quoi aux intérimaires», pointe Régis Verbeke de FO.

Reste que, pour l’heure, le dispositif est loin de faire un carton plein. A ce jour, Prism’emploi recense environ 2500 CDI-I signés, bien loin de l’objectif initial fixé par la profession d’atteindre 20 000 contrats en trois ans. Et ce alors que le secteur connaît «une baisse d’activité considérable depuis 2012, avec une perte de 70 000 emplois en trois ans, estime François Roux de Prism’emploi qui note toutefois une petite reprise cette année. Selon Pôle emploi, le nombre d’intérimaires en mai s’établit à 614 900 en valeur corrigée des variations saisonnières. Soit une hausse de 1% sur un mois et une progression de 4,5% sur un an.

Amandine CAILHOL, Libération 9 juillet 2015

L’intérim a été conçu pour permettre aux entreprises de remplacer ponctuellement un travailleur absent (un serveur dans un restaurant par exemple) et/ou pour faire face à un surcroît temporaire de travail.
Le cas de cet homme relève de la deuxième possibilité. Mais le temporaire est une notion différente pour un employeur et pour un travailleur. Peut être que la filiale de St Gobain (leader mondial de l’habitat selon son site) estime que 30 ans représente une période temporaire.
Ce qu’il faut constater :
– la notion de flexibilité pour les entreprises (celle qui doit permettre de lutter contre le chômage sans pénaliser les entreprises), est parfaitement maîtrisée par les entreprises qui l’utilisent aux dépens des travailleurs
– l’existence des syndicats apparaît indispensable pour limiter et contrôler les abus des employeurs
– l’arrangement à l’amiable est surtout favorable à l’entreprise qui évite les poursuite et paye probablement moins que ce que la justice aurait pu lui infliger comme dommage et intérêt.

Finalement, on peut conclure que les entreprises profitent d’une législation et d’un code du travail qui ne défend pas tant que cela le travailleur (c’est vrai qu’il n’y a que très peu de contrôle puisque les inspecteurs du travail sont trop peu nombreux). Ainsi le concept de flexicurité apparaît comme une idée saugrenue face à de telles entreprises. L’Etat et donc la collectivité devrait prendre en charge la formation, les périodes de chômage … pour que l’employeur puisse embaucher.
On pourra toujours objecter que toutes les entreprises n’abusent pas ainsi mais cet argument ne repose que sur la méthode coué.
L’esclavage moderne existe, les entreprises l’ont développé.
Vive le capitalisme, vive l’esprit d’entreprise.

Shukuru

ENTRETIEN AVEC BARBARA ROMAGNAN «Il n’y a jamais eu autant d’emplois créés qu’avec les 35 heures»

C’est un éternel débat : les 35 heures ont-elles, oui ou non, créées de l’emploi ? La dernière enquête sur le sujet date de 2002. Mais régulièrement, le sujet revient sur le tapis. Avec deux parties qui s’affrontent sans pouvoir se réconcilier. Pour certains, les 35 heures symbolisent toutes les tares de l’économie française. Pour les autres, il s’agit de la dernière grande avancée sociale. Une controverse idéologique qui charrie beaucoup d’idées reçues. Une commission d’évaluation de l’impact de la réduction du temps de travail vient d’apporter sa pierre au débat, en rédigeant un rapport parlementaire adopté mardi 9 décembre. Entretien avec la députée socialiste Barbara Romagnan, rapporteure de cette commision.

Pourquoi avoir choisi de lancer une commission d’enquête parlementaire sur l’impact de la réduction du temps de travail, il y a six mois ?

Cette commission d’enquête a été proposée par Thierry Benoît, député UDI, qui en est devenu le président. Le sujet n’était pas forcément dans l’actualité, à l’inverse d’aujourd’hui, mais il y avait lieu de mesurer l’impact des 35 heures, d’autant qu’aucune enquête du ministère du Travail n’est sortie sur le sujet depuis 2002. Il y a six mois, la création de cette commission a été adoptée à l’unanimité par l’ensemble des groupes parlementaires de l’hémicycle. En revanche, le contenu du rapport ne remporte pas une totale adhésion au sein des membres de la commission. Mardi 9 décembre, la gauche (PS et PCF) a voté pour et la droite (UMP et UDI) contre.

La bataille des 35 heures se joue-t-elle sur un terrain idéologique ou économique ?

Je suis frappée par l’idéologie autour de cette question. Quels que soient les chiffres que l’on produit, le bilan positif que l’on affiche, l’image des 35 heures « responsables de tous mes maux de l’économie », est tellement ancrée dans l’esprit de beaucoup de responsables politiques et économiques, qu’il est difficile de battre en brèche ces idées reçues. Ce combat idéologique est évidemment mené par certains représentants du patronat et de la droite, mais la gauche n’assume pas toujours l’héritage des 35 heures.

Je suis frappée par l’idéologie autour de cette question

Le gouvernement de Lionel Jospin a eu beau créer des emplois et équilibrer les comptes publics, il a tout de même perdu l’élection présidentielle en 2002. Assommée par cette défaite, une partie de la gauche n’a sans doute pas voulu poursuivre ce combat culturel et politique. Pour autant, il est assez incompréhensible qu’à une époque où la lutte contre le chômage massif est érigée en priorité nationale, l’option du partage du temps de travail ne soit même pas envisagée.

Quel est l’impact de la réduction du temps de travail sur l’économie ?

Entre 1997 et 2001, il n’y a jamais eu autant d’heures travaillées partagées par tous en France. Deux millions d’emplois salariés dans le secteur marchand ont été créés sur cette période. Aucune politique ne s’est révélée plus efficace par le passé.

Aucune politique ne s’est révélée plus efficace par le passé

Surtout si l’on considère que seuls 3 millions d’emplois ont vu le jour dans le siècle qui a précédé, entre 1896 et 1996. On peut créer beaucoup d’emplois sans nécessairement réduire le chômage, du fait de la croissance de la population active. Or, rien qu’en une année, entre 1999 et 2000, on a compté 350 000 chômeurs de moins. En outre, les 35 heures ont contribué à faire décroître le temps partiel, qui augmentait de manière continue depuis le début des années 1980.

Les détracteurs des 35 heures affirment que c’est la croissance mondiale qui a créé les emplois…

C’est ce qu’on entend souvent. Cette analyse ne résiste pas aux chiffres. Il n’y a jamais eu autant d’emplois créés par point de PIB supplémentaire qu’entre 1997 et 2000.

Il n’y a jamais eu autant d’emplois créés par point de PIB supplémentaire qu’entre 1997 et 2000

Le rapport démontre que ce sont les 35 heures qui ont stimulé la croissance, et non l’inverse. Quand on observe le taux de croissance de la France avant et après la mise en place de la réduction du temps de travail, entre 1998 et 2002, on se rend compte qu’il passe de 2,2% à 2,5%, pour retomber ensuite à 2,2%. Lors de son audition auprès de la commission, Lionel Jospin a rappelé que la croissance française était supérieure d’un point à la moyenne européenne sur cette période.

Les opposants aux 35 heures expliquent également que les emplois ont été créés grâce aux baisses de cotisations salariales concédées aux entreprises au même moment…

On ne peut pas limiter l’impact positif des 35 heures à cette seule mesure. Car, à d’autres périodes, des baisses de cotisations ont au contraire provoqué des destructions d’emplois. Le coût par emploi créé lors des 35 heures était de 12 800 euros. Si l’on rapportait les 41 milliards de baisses de charges consenties actuellement aux entreprises par le pacte de responsabilité à ces 12800 euros, on créerait aujourd’hui quelque 3 millions d’emplois. Or ce pacte n’a créé jusqu’à présent que des emplois imaginaires.

Les 35 heures, c’est un pacte de responsabilité qui a marché. Avec de vraies contreparties de part et d’autres

Les 35 heures, c’est un pacte de responsabilité qui a marché. Avec de vraies contreparties de part et d’autres : des créations d’emplois pour les salariés et de la flexibilité du temps de travail pour les entreprises.

Mais on reproche toujours aux 35 heures d’avoir miné la productivité française…

C’est faux. Notre productivité reste parmi les plus élevées au monde. Par exemple, l’annualisation du temps de travail a permis à beaucoup d’entreprises, qui le souhaitaient, de moduler les horaires des salariés en fonction des périodes de forte ou de faible activité. Ce qui leur a évité de payer trop d’heures supplémentaires. Grâce à la rotation des salariés, elles ont pu faire fonctionner davantage l’appareil de production. La durée d’utilisation des machines est passée de 50 heures en moyenne en 1996 à 55 heures en 2002. Ce qui entraîne des gains de productivité.

Parallèlement, la modération salariale qui a suivi la mise en place des 35 heures a empêché le coût du travail d’augmenter. La réduction du temps de travail n’a pas grevé la compétitivité française. En revanche, il est vrai qu’elle a baissé en 2003, au moment d’ailleurs où le nouveau gouvernement a commencé à détricoter les 35 heures.

La comparaison avec la situation allemande est pourtant souvent avancée

Nous nous sommes rendus Outre-Rhin pour cette mission d’évaluation, à Siemens notamment, où le travail « à la carte » a été instauré, sans contrôle des horaires. Ce qui est frappant, c’est que les Allemands se sont beaucoup appuyés sur la réduction du temps de travail pour réussir à traverser la crise, en puisant dans les comptes épargne temps, en utilisant le chômage partiel – le gouvernement y a consacré 6 milliards d’euros contre 600 millions chez nous… Tout cela en bonne intelligence avec leurs partenaires sociaux.

Vos auditions ont-elles mis en lumière les aspects négatifs des 35 heures ?

Il y a eu inévitablement des perdants. Individuellement, certains ont vu leurs salaires stagner pendant 18 mois en moyenne après la mise en place des 35 heures.

Il y a eu inévitablement des perdants

Avec l’annualisation du temps de travail dans certaines entreprises, des salariés peu qualifiés, surtout des femmes, ont perdu leurs heures supplémentaires. Dans les plus petites entreprises, celles de moins de 20 salariés qui ne sont pas « passées aux 35 heures » en 2002, le régime d’heures supplémentaires est devenu moins favorable. La RTT à l’hôpital a également été très compliquée. Les 35 heures n’étaient initialement pas prévues dans la fonction publique et ce passage a sans doute été réalisé trop tôt. En dépit de 45000 personnes embauchées dans le secteur hospitalier entre 2002 et 2004, cela n’a pas suffi à régler les problèmes. Mais les personnels interrogés continuent d’apprécier leurs jours RTT et ne veulent pas y renoncer.

Globalement, les Français les plus satisfaits sont ceux qui ont obtenu des journées ou demi-journées de RTT. Ceux qui n’ont gagné que quelques minutes quotidiennes en ressentent moins les bénéfices. On ne peut pas nier non plus une certaine intensification du travail, surtout chez les salariés en forfait annuels en jour (par accord collectif, les conventions de forfait annuel en jour permettent aux salariés de travailler jusqu’à 218 jours par an sans compter les heures journalières, mais avec une coupure obligatoire de 11 heures entre chaque journée travaillée). Il est donc important de sanctuariser les temps de repos, sans compter que les nouvelles technologies font exploser les frontières entre vie privée et professionnelle.

Lorsque vous avez auditionné le ministre de l’Economie, Emmanuel Macron, il a parlé de faire respirer les 35 heures. Faut-il les assouplir ?

Ce serait méconnaître la législation du travail. Depuis 2003, les 35 heures ont été progressivement vidées de leur substance.

Assouplir les 35 heures, ce serait méconnaître la législation du travail

Il est difficile de faire sauter des verrous supplémentaires. Le recours aux heures supplémentaires a été étendu… jusqu’à la loi de sécurisation de l’emploi qui autorise les entreprises, par accord majoritaire de maintien dans l’emploi, à modifier le temps de travail sans hausse de salaire. Le ministre de l’Economie s’est interrogé : « Qui sommes-nous pour empêcher les gens de travailler plus ? » Mais il faudrait connaître les conditions de ce travail supplémentaire.

Que vous inspirent les conclusions de ce rapport ? Faut-il aller plus loin et appliquer réellement les 35 heures

Ce serait une mesure de gauche de relancer le partage du temps de travail en période de chômage massif

L’objectif de ce rapport était de dresser un bilan des 35 heures, pas d’interroger les intervenants sur leurs préconisations pour le futur. Cela étant, dans nos conclusions, nous proposons un certain nombre de pistes qui vont dans le sens d’un réel partage du temps de travail. Pourquoi ne pas envisager de réduire le temps de travail, pas nécessairement sur la semaine, mais en développant des comptes épargne temps qui permettraient aux salariés de prendre des congés sabbatiques rémunérés au bout de plusieurs mois ou d’avoir accès à une formation ?

Lors de son audition, Lionel Jospin a expliqué que si la période n’avait pas été marquée par la croissance, son gouvernement ne se serait pas lancé dans les 35 heures. Or, il me semble que ce serait justement une mesure de gauche de relancer le partage du temps de travail en période de chômage massif. Ce qui implique, oui, d’appliquer réellement les 35 heures, de revoir à la baisse le contingent d’heures supplémentaires… Pour partager le travail avec ceux qui n’en ont pas ou pas assez.

PROPOS RECUEILLIS PAR CLAIRE ALET – SANDRINE FOULON10/12/2014

Les propositions du MEDEF

Non, deux jours fériés de moins ne donnent pas un point de croissance en plus
Le Monde.fr | 15.09.2014 Par Alexandre Pouchard

Le mouvement patronal évoque une série d’idées pour relancer la croissance, qu’il assume comme parfois « agressives ou caricaturales ».
Parmi les propositions, qui restent pour le moment à l’état de brouillon, mais dont plusieurs ont déjà fuité dans la presse, un certain nombre ont effectivement fait particulièrement réagir. Et en premier lieu l’idée de supprimer deux jours fériés.

1. Deux jours fériés en moins ne créeront pas 1 % de croissance
1% Selon le Medef, cité par Les Echos, ces deux jours créeraient à eux seuls 1 % de croissance et 100 000 emplois
« Le nombre de jours fériés (11 au total) et les complexités d’organisation qu’ils induisent sont un frein à la croissance et donc à l’emploi. »

POURQUOI C’EST EXAGÉRÉ ?

Si on doit encore attendre la version définitive des propositions du Medef pour étudier sa méthode de calcul, l’effet supposé sur la croissance de la suppression de ces deux jours fériés paraît d’ores et déjà exagéré.
Selon une étude de l’Insee, l’effet sur le produit intérieur brut des 251 jours ouvrés de 2014 (le même nombre qu’en 2013), incluant cinq jours par semaine et les onze jours fériés annuels, devrait être de -0,04 point (estimation avec un intervalle de confiance de 95 % compris entre -0,09 et 0 point).
L’Institut national de la statistique et des études économiques juge ainsi que 2014 n’est « quasiment pas marquée par l’effet des jours ouvrés sur la croissance ».
Il y aura en 2015 un jour de semaine ouvré supplémentaire par rapport à 2014, soit 252. L’Insee estime à +0,06 point l’impact du calendrier sur la croissance (estimation avec un intervalle de confiance de 95 % compris entre 0,00 et 0,12 point).
En 2016, année bissextile avec 253 jours de semaine ouvrés, l’effet du calendrier devrait lui aussi être positif sur le PIB, à 0,11 point.
Bien qu’en tenant compte de la marge d’erreur (entre 0,04 et 0,17 point), l’estimation de 0,11 point de bénéfice pour la croissance des deux jours ouvrés supplémentaires en 2015 se situe bien loin de celle d’une croissance de 1 % réalisée par le Medef.
A noter que cette étude annuelle de l’Insee, consacrée aux « corrections de jours ouvrables dans les comptes trimestriels », tient compte des spécificités de chaque secteur, rappelant qu’« intuitivement, l’effet d’un samedi [ou d’un jour férié] ne sera pas le même sur la consommation en restaurants que sur la production automobile ».

Autrement dit, l’industrie peut être pénalisée par un jour férié, mais le tourisme et les loisirs en bénéficient.

2. Un effet limité de la réforme des seuils sociaux
C’est une demande récurrente de l’organisation patronale : un « lissage » des seuils sociaux, qui imposent aux entreprises une centaine d’obligations en fonction de leur taille, comme la mise en place d’un comité d’entreprise (CE) à partir de 50 salariés, la contribution au « 1 % logement » au-delà de 20 salariés ou encore une cotisation à la formation professionnelle, exponentielle en fonction du nombre de salariés.
Selon le Medef, une réforme de ces seuils – objet d’une intense négociation avec les syndicats – permettrait de créer entre 50 000 et 100 000 emplois. Ce chiffre est proche de celui avancé par la fondation Ifrap, un think tank libéral, selon lequel la suppression des seuils sociaux pourrait créer entre 70 000 et 140 000 nouveaux emplois.
Comme nous l’expliquions dans un précédent article, l’Ifrap s’est appuyée sur des calculs d’une étude de l’Insee, réalisée en 2011 à partir de données de 2005, pour savoir si les entrepreneurs évitaient parfois d’embaucher pour que leur entreprise ne franchisse pas certains seuils sociaux.
Les données fiscales, remplies par les entreprises elles-mêmes et jugées « approximatives » par l’Insee, tendent à montrer « une accumulation d’entreprises ayant des effectifs situés juste en dessous des seuils ».

On constate ainsi sur le tableau ci-dessous (données 2006) un nombre beaucoup plus important d’entreprises de 49 salariés (1 600) que de 50 salariés (600).

Répartition des entreprises françaises autour des seuils.
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A partir de ces données, un « lissage » des seuils sociaux aurait un effet « significatif », la probabilité qu’une entreprise de 9 salariés passe à 10 augmentant de 5 points, qu’une de 19 passe à 20 de 9 points et qu’une de 49 passe à 50 de 14 points.
Dans ce cas, la réforme des seuils sociaux aurait bien un impact positif sur l’emploi – sans que l’Insee ne le quantifie dans son étude.
Toutefois, l’institut de la statistique juge plus précises les données issues de l’Union de recouvrement des cotisations pour la Sécurité sociale et les allocations familiales (Urssaf), qui propose « un recensement individuel exhaustif de chacun des salariés rémunérés par l’entreprise et de leurs périodes d’emploi ».
A partir de ces données-là, et contrairement aux données fiscales, l’Insee n’observe pas d’effet de seuil et estime que « les probabilités de croissance des effectifs sont tout à fait comparables de part et d’autre des trois seuils de 10, 20 et 50 salariés ». L’institut conclut ainsi que la suppression des seuils sociaux n’aurait qu’un effet modéré en la matière.

Cet article du Monde est un peu complexe, avec les calculs de l’INSEE pour deux mesures proposées par le MEDEF. La dépèche AFP ci dessous présente les propositions du MEDEF

Le Medef propose de supprimer des jours fériés et de pouvoir déroger à la durée légale du travail ou au salaire minimum, dans son projet visant à créer un million d’emplois en France, dévoilé dimanche par Les Echos.
Le document d’une cinquantaine de pages produit par l’organisation patronale, intitulé «Comment relancer la dynamique de création d’emplois en France?», liste une série de mesures qu’elle juge nécessaire de mettre en oeuvre pour stimuler l’emploi dans le pays.
«Chaque mesure, qu’elle soit d’ordre social, fiscal et parfois très sectorielle, est quantifiée en termes de créations d’emplois attendues», précise le journal économique Les Echos sur son site internet.
Le document doit être présenté mercredi au cours d’une conférence de presse.
Dans une réaction à l’AFP, un porte-parole du Medef a toutefois tenu à préciser qu’il s’agissait d’«éléments de travail» qui «ne correspondent pas exactement aux propositions que fera le Medef dans les prochains jours».
Pour créer 1% de croissance et 100.000 emplois, le Medef propose de supprimer deux jours fériés sur 11, selon Les Echos.
Il espère aussi de 50.000 à 100.000 emplois sur cinq ans en dérogeant au Smic pour certaines catégories de demandeurs d’emploi, et sur trois ans en remontant les seuils sociaux.
Autoriser les commerces à ouvrir le soir et le dimanche permettrait par ailleurs d’engendrer à terme entre 50.000 et 200.000 emplois nouveaux dans le tourisme, et entre 40.000 et 100.000 dans le commerce et la distribution, estime-t-il.
Ces propositions «apparaîtront certainement agressives ou caricaturales à certains », reconnaît le Medef en conclusion de son document, cité par le quotidien.
«Ils ont tort. Il s’agit avant tout d’animer un débat (…) Notre conviction est que nous n’avons pas +tout essayé contre le chômage+, nous avons juste essayé ce qui n’a marché nulle part et oublié ce qui a fonctionné partout .»

AFP

Ce que l’on peut conclure de ces « pistes de travail » c’est que le MEDEF pratique du lobbying pour transformer le marché du travail, le libéraliser.
Toutes ces mesures ne tiennent pas compte de la situation des travailleurs. Ce sont des « allègements » du droit du travail, qui consistent à faire travailler les gens plus longtemps dans la semaine (dérogation aux 35 heures), dans l’année (suppressions des jours fériés) et limiter les droits (en reculant les seuil sociaux).
Ce qui est sous entendu, c’est que davantage de liberté pour les entreprises les inciteraient à embaucher. Sans contrainte pour les entreprises, le chômage n’existerait pas !
Et pourtant, les travailleurs doivent être productifs (travailler davantage ne rend pas plus productif), ce sont aussi des consommateurs (réduire leur rémunération ou la limiter ne leur permettra pas de consommer). Une simple réflexion de bon sens montre que ces mesures sont très loin de garantir un succès aux entreprises.
Enfin, il faut noter que l’allègement des charges de 50 milliards ne permettra peut être même pas de créer le million ’emplois attendus par le gouvernement, rien ne garantit qu’en déréglementant le marché du travail, les entreprises embaucheront.
L’économie de l’offre connait certaines limites que le MEDEF ne semble pas maîtriser.

Shukuru

La montée du chômage

Un article descriptif du Figaro

http://www.lefigaro.fr/economie/2009/02/26/04001-20090226ARTFIG00006-pres-de-300000-chomeurs-de-plus-en-un-an-.php

Regarder la vidéo qui explique la situation.

La montée du chômage était attendue en France avec la crise économique.

Le comportement des entreprises correspond-t-il à la théorie néo classique ?

L’équilibre sur le marché du travail serait le résultat de la confrontation de l’offre des individus et de la demande des entreprises. Cependant, on constate que le marché du travail n’est pas en situation de concurrence pure et parfaite. C’est la demande qui fait le marché. Les entreprises anticipent une évolution favorable ou non du marché des biens et des services (pour simplifier) et cette anticipation permet de définir les besoins en main d’oeuvre (cela correspond davantage à l’analyse de Keynes).

Aujourd’hui les entreprises sont craintives. Elles pensent que la situation ne va pas s’améliorer, que la consommation va diminuer ou stagner, donc elles n’embauchent pas, ou elles licencient (Conforama, FNAC, La Redoute …)

La conséquence de ce comportement va être une baisse de pouvoir d’achat pour les personnes licenciées, une crainte de l’avenir pour les personnes qui espéraient être embaucher … Tout ceci va freiner la consommation, alors les entreprises vont licencier …

Les économistes parlent de prophéties autoréalisatrices. C’est à dire que le comportement des agents provoquent la situation attendue.

Dans ces conditions, le “plan de relance” français risque d’avoir des effets très faibles. La crise économique va s’installer durablement.

Shukuru

L’économie française se remet à détruire des emplois

L’économie française a recommencé à détruire des emplois au premier trimestre dans le secteur marchand, où 21 700 postes (-0,1%) ont disparu, du fait de l’intérim, selon des données définitives de l’Insee publiées vendredi. Dans son estimation provisoire, publiée mi-mai, l’Institut de la statistique avait évalué que 23 600 postes avaient été perdus au 1er trimestre.

Sur un an, 44 400 postes ont été rayés de la carte (-0,3%), malgré une légère reprise des créations d’emplois à la fin de l’année dernière. Au premier trimestre, tous les secteurs d’activité sont concernés par ces pertes d’emploi, mais l’intérim est particulièrement frappé. La baisse atteint 0,2% dans l’industrie, 0,3% dans la construction et 0,1% dans le tertiaire, où sont comptabilisés tous les emplois en intérim. Dans le secteur du travail temporaire, considéré précurseur des évolutions du marché de l’emploi, 26 200 postes ont été détruits (-4,8%).

Pour la première fois depuis début 2012, l’économie française s’était remise – modestement – à créer des emplois au quatrième trimestre 2013, essentiellement grâce à une hausse de l’intérim : 21 000 créations nettes d’emplois enregistrées.

Le ministre des Finances Michel Sapin a réaffirmé mercredi la prévision du gouvernement de 1% de croissance pour 2014. Or, la plupart des économistes estiment que seule une croissance annuelle supérieure à 1,5% par an peut faire baisser le chômage. En conséquence, aucun organisme international ne prévoit de reprise de l’emploi en 2014.

On compte en France près de 16 millions d’emplois salariés dans le secteur marchand. Chaque année, plus de 100 000 nouveaux actifs arrivent sur le marché de l’emploi. Il faut donc plus de 100 000 créations d’emplois pour stabiliser le chômage.

Après une baisse inattendue fin 2013, le taux de chômage mesuré par l’Insee s’est stabilisé au premier trimestre 2014, à 9,7% en métropole, à contre-courant du nombre d’inscrits à Pôle emploi qui continue de grimper mois après mois. Sur le même premier trimestre 2014, le nombre de demandeurs d’emploi sans activité inscrits à Pôle emploi, l’autre indicateur du chômage, a augmenté de 42 000 personnes, battant chaque mois de nouveaux records. Fin avril, il a atteint son plus haut historique à 3,364 millions.

Le ministre du Travail François Rebsamen s’est fixé l’objectif de ramener le nombre de chômeurs sans activité «le plus près possible des trois millions» d’ici la fin du quinquennat de François Hollande en mai 2017. Le président de la République a admis début mai qu’il n’aurait pas la crédibilité nécessaire pour briguer un second mandat si le chômage ne baissait pas d’ici à 2017.

AFP 13 juin 2014

 

La politique menée n’est donc pas la bonne, et nous ne sortiront pas de la crise avec de l’austérité !

 

Shukuru