Justice sociale et inégalités

Sanctions contre les chômeurs, mesure de justice sociale ?

Faut-il renforcer le contrôle des chômeurs ? Le point de vue d’Aurélien Taché, député LREM du Val-d’Oiserapporteur sur le volet assurance-chômage du projet de loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel.

Guillaume Souvant/AFP 02/01/2019

Le fait de faire appliquer des sanctions à des fraudeurs avérés – par exemple des personnes très qualifiées en capacité de retrouver facilement un emploi ou encore percevant des montants élevés d’allocation-chômage – participe à la justice sociale. Car l’assurance-chômage est financée par l’argent des Français, même les plus modestes. En ce sens, il doit y avoir un système de contrôle et de sanctions. Et celles-ci se doivent d’être respectées.

En revanche, s’il s’agit de sanctionner des personnes aux métiers difficiles, percevant de faibles allocations, dans des situations de fragilité, je considérerais qu’il y a une forme d’injustice. Pour aller plus loin, je pense qu’il est nécessaire d’ouvrir un débat sur le plafonnement de l’allocation de chômage à partir d’une certaine durée.

Avec le décret publié dimanche 30 décembre au Journal officiel , Pôle emploi est en mesure de décider selon ses propres grilles et sur quelles bases s’effectuent les contrôles et les sanctions. Autrefois, le chômeur définissait un projet libre et flou avec son conseiller. Au bout de trois mois, s’il n’avait pas trouvé un emploi, des règles mécaniques étaient censées s’appliquer. En théorie, la personne était alors obligée d’accepter un travail, même si le poste se trouvait à des dizaines de kilomètres du domicile et la rémunération plus faible que celle espérée. Et cela que vous soyez une femme avec enfants et sans voiture dans un bassin d’emploi industriel ou un jeune cadre célibataire vivant à Paris. Dans les faits, les procédures pour faire appliquer les sanctions étaient longues et n’aboutissaient pas.

Je ne voudrais pas que ce décret soit perçu comme une perte de confiance vis-à-vis des chômeurs – la plupart d’entre eux est en recherche d’emploi active –, mais plutôt un moyen de se rapprocher de ceux qui ont perdu confiance en eux et ont encore plus besoin d’accompagnement.

Comment expliquez-vous qu’un certain nombre de personnes en recherche d’emploi n’aient plus de contact avec leur conseiller ?

Il y a plusieurs raisons à cela : certaines entreprennent des recherches par leurs propres moyens, d’autres, sans être fraudeuses, sont découragées et donc démobilisées.

Selon une étude, sur 100 chômeurs, 66 personnes recherchent un emploi et 34 ne sont pas actives dans leurs démarches, dont 20 sont totalement démobilisées. Il a été démontré que lorsque Pôle emploi reprenait contact avec elles, cela débouchait sur une reprise d’emploi. Finalement, plus que de sanctions, les personnes qui se sont éloignées du travail ont besoin d’accompagnement. Et c’est tout l’intérêt du contrôle

Le point de vue de ce député sur la justice sociale est édifiant.

Pour lui la justice consiste à punir ceux qui trichent. Tricher signifie profiter des aides, de la redistribution de l’Etat sans faire d’effort.

Ce qui est intéressant dans son propos est le renversement de la responsabilité. L’individu est responsable de sa situation. Comme le disait il y a quelques semaines le président de la République à un chômeur, il suffit de traverser la rue pour trouver un emploi.

Ce n’est donc pas la société qui en réclamant davantage de productivité, de compétence de diplôme … qui est responsable de l’éviction de certains individus, ce sont ces personnes qui ne font pas d’effort pour rester insérée.

Cette conception de la justice sociale qui renvoie à l’individualisme méthodologique permet de tenir facilement la posture de l’Etat responsable, qui aide les citoyens, lesquels sont tentés de tricher en permanence.

Deuxième point de vue

Faut-il renforcer le contrôle des chômeurs ? Le point de vue de Bruno Crépon, économiste, professeur à l’École nationale de la statistique et de l’administration économique (Ensae).

Contrôler les demandeurs d’emploi, et éventuellement renforcer des sanctions si ces derniers ne se plient pas aux exigences de recherche de travail, sont des décisions qui sont loin d’être anodines. Les personnes indemnisées changent-elles alors de comportement et cherchent-elles un travail avec plus d’efficacité ? Retrouvent-elles plus vite un emploi – et d’ailleurs, quel type d’emploi – et le gardent-elles plus longtemps ? Le marché du travail s’en trouve-t-il amélioré ? Avant de s’engager vers des mesures coercitives, il serait important de connaître les réponses à ces questions

Or nous n’avons aucune preuve de l’efficacité de ce type de politique publique sur l’emploi. Il n’y a jamais eu, en France, de véritable étude scientifique sur l’impact de tels dispositifs de contrôle et de sanctions.

Même à l’étranger, il n’y a guère eu que des études empiriques sans véritable protocole scientifique. L’une des plus sérieuses, réalisée en Suisse, a montré que les demandeurs d’emploi retrouvent plus rapidement un travail lors de l’application d’un système de contrôle et de sanctions. Mais elle montre aussi que ces personnes conservent moins longtemps leur emploi et que leur rémunération est plus faible qu’auparavant.

Dans ces conditions, il n’est pas certain que l’économie nationale en soit améliorée. Il n’est pas sûr non plus que les demandeurs d’emploi passent davantage de temps en emploi : certes, ils sortent plus vite du chômage mais y retournent plus vite aussi. En outre, l’emploi retrouvé correspond moins à leurs compétences et leurs attentes, donc il entraîne de plus faibles revenus et une moindre contribution à l’activité économique.

En outre, il y a eu de nombreuses études, en France et à l’étranger, sur l’impact de l’accompagnement des chômeurs à la recherche d’emploi. Les résultats sont bons, avec des demandeurs qui trouvent plus facilement un emploi, mais le marché du travail ne s’en trouve pas amélioré pour autant : ceux qui trouvent un emploi le font au détriment d’autres chômeurs. Il n’y a aucune raison de penser que ce n’est pas ce qui se passerait avec un renforcement des sanctions, qui forcerait des personnes à se précipiter vers des emplois.

Affirmer que les contrôles et les sanctions inhérentes vont améliorer le fonctionnement du marché du travail relève plus du domaine de l’idéologie que de la mise en œuvre d’une politique aux fondements bien établis. La sagesse serait d’en tester les effets avant de l’imposer. En outre, d’autres voies existent.

Améliorer par exemple l’adéquation entre demandeurs d’emploi et postes. Les besoins des entreprises sont souvent très différents les uns des autres mais les attentes des chômeurs aussi. Il y a des gains importants à les rapprocher au mieux. De nombreux outils modernes et innovants peuvent être mobilisés pour cela et testés.

Justice sociale et sélection

La réforme d’APB (admission post bac) est menée au prétexte que l’algorithme ne fonctionnait pas. Au delà du prétexte (comment permettre à 800 000 étudiants de trouver leur voie alors qu’il y a 654 000 places ?), cette réforme permet de réintroduire une sélection dans l’orientation.

« Nous ferons en sorte que l’on arrête, par exemple, de faire croire à tout le monde que l’université est là pour tout le monde, E.MACRON

La nouvelle plateforme parcoursup, ainsi que les prérequis affichés par les universités dessinent les contours d’une sélection des étudiants.

Est ce une bonne chose ?
La sélection est un choix opéré entre des personnes par exemple, afin de déterminer celles qui conviennent le mieux. Dans ce sens, sélectionner peut permettre d’éviter les échecs, les mauvaises orientations … Mais si on évoque la justice sociale (une construction morale et politique qui vise à l’égalité des droits …), on ne peut envisager la sélection comme des barrières qui rendent l’accès d’une partie de la population,  impossible à certaines formations. Il est nécessaire de construire des formes d’aide (soutien, remédiation …) pour permettre à chacun d’ouvrir les domaines du possible.

Concrètement, si un bac scientifique permet à son détenteur de réussir dans des études supérieures d’ingénieur, il faut mettre en place, pour ceux qui n’ont pas pu décrocher ce diplôme, les moyens de progresser et d’atteindre ce niveau. On pourrait donc envisager une année de propédeutique (année qui permettrait de se préparer aux études) à l’université pour éviter que le baccalauréat ne soit le critère déterminant de l’orientation.

Le baccalauréat existe sous trois formes différentes : général, technologique et professionnels. Les études (cf. https://www.inegalites.fr/L-inegal-acces-au-bac-des-categories-sociales) montrent que le milieu social est déterminant dans la réussite et dans l’obtention d’un baccalauréat plutôt qu’un autre.

Ainsi, si le fait de posséder tel baccalauréat plutôt que tel autre, permet l’accès un type d’étude donnée, il faut que cet accès ne soit plus socialement déterminé.

Parcoursup et les attendus des universités renforcent donc le déterminisme puisque les inégalités de départ ne sont pas réduites.

Cette réforme va donc accroître les inégalités, puisqu’elle va permettre aux établissements de l’enseignement supérieur de choisir, de trier les étudiants qu’ils veulent accueillir, au motif que seuls ceux sélectionnés pourront réussir.

Que se passera -t-il pour l’ensemble des étudiants ?

Un classement va s’opérer, en fonction du baccalauréat, des compétences des étudiants …  Les établissements d’enseignement supérieur, en fonction de leur prestige et de la difficulté de leur cursus, pourront choisir les premiers, les deuxièmes, les troisièmes … les derniers étudiants. Les meilleurs poursuivront les « meilleures » études, les derniers poursuivront les études qu’on leur propose, et comme il n’y a pas suffisamment de places pour tous, certains ne pourront pas étudier.

Cela s’appelle du tri social : le baccalauréat ne permettra plus à chacun de poursuivre des études supérieures.

L’effet sur la cote des diplômes sera immédiat, les diplômes prestigieux verront leur prestige se renforcer, et à l’autre bout de la hiérarchie, un certain nombre de diplôme seront dévalorisés.

Dans un monde où l’absence de qualification est problématique, inciter les élèves à poursuivre l’école le plus longtemps possible (démocratisation de l’école) mais provoquer un tri social, entraînera nécessairement une plus forte relégation pour une partie de la population.

S’il s’agit de la conception de la justice sociale qui prévaut désormais aujourd’hui dans notre pays, alors il est nécessaire de la combattre.

Shukuru

Inégalités, revenus : les Français noircissent le tableau

Un vrai décalage. Le rapport que publie France Stratégie, mercredi 12 octobre, dresse le portrait d’un pays profondément pessimiste. Tiraillé aussi par des fractures – entre riches et pauvres, jeunes et vieux, habitants des métropoles et ceux des zones rurales, entre trajectoires sociales ascendantes et les autres – qui font que chacun se sent du côté des fragiles. En croisant études statistiques, sondages sur la vision de l’avenir des Français et le regard d’une vingtaine de chercheurs, l’organisme de prospective auprès du premier ministre dresse le diagnostic d’un pays tenaillé par le sentiment d’une détérioration de son avenir individuel et collectif. Intitulé « Lignes de faille », le rapport révèle un malaise social.

Un premier constat saute aux yeux : la France reste marquée par une division qui vient surclasser toutes les autres, celle qui sépare les riches et les pauvres. Cette coupure est très prégnante dans la perception qu’ont les Français de l’état actuel de leur société. Huit personnes sur dix estiment que les inégalités ont augmenté depuis cinq ans. Vision négative de la répartition des revenus, peur de la pauvreté, anxiété face aux fins de mois… l’avenir dessiné est très noir. Une personne sur trois se sent directement concernée par le risque de tomber dans la misère.

Nettement moins injuste

La réalité est pourtant nettement plus nuancée. La France est en effet un des pays les moins inégalitaires au regard de ses voisins européens ou des Etats-Unis. Contrairement à la représentation en forme de pyramide qu’en ont les Français (avec une large base de bas revenus), la répartition des revenus ressemble à une toupie (la majorité a des revenus moyens). Nettement moins injuste. Les inégalités se sont certes de nouveau creusées depuis la crise économique de 2008, mais la captation des fruits de la croissance économique par les hauts revenus est moins nette que dans le reste des pays développés. Et la pauvreté y a nettement moins progressé.

Cette angoisse nourrit une identification de classe frappante : trois Français sur quatre disent appartenir aux classes moyennes inférieures et populaires, une perception en augmentation constante depuis 1999. Du coup, leur vision des antagonismes sociaux est particulièrement aiguë. 64 % estiment ainsi que la lutte de classes est une évidence dans la société française, un chiffre en progression de vingt points en cinquante ans ! Le niveau de vie des Français est pourtant nettement moins alarmant. Ils sont même un tiers à le sous-estimer.

C’est peu dire qu’avec une telle image de soi, la peur du déclassement est omniprésente. En 2015, 54 % considèrent que leur situation sociale est moins enviable que celle de leurs parents, contre 17 % en 2002. Les Français pensent aussi que leur pouvoir d’achat se dégrade depuis cinq ans, déclarant mettre moins d’argent de côté ou prendre des crédits pour boucler leur budget. Là encore, la réalité est moins sombre.
La situation des jeunes moins enviable
Si le niveau de vie des Français a cessé d’augmenter avec la crise, entre les générations des parents et celle des enfants, la progression est constante. Les trajectoires sociales s’améliorent pour 39 % des générations comprises entre 30 et 59 ans. Le poids des classes populaires est également moindre que dans l’imaginaire : deux tiers des ménages appartiennent à la classe moyenne, catégorie dont le salaire est compris entre deux tiers et deux fois le revenu médian (1 772 euros net mensuels). L’ascenseur social est donc beaucoup moins en panne qu’on ne le déplore. Même si cette mobilité continue à varier d’un territoire à l’autre et est plus bloquée pour les moins diplômés.
La situation des jeunes adultes est en revanche moins enviable. Ils sont en effet 72 % à déclarer avoir dû faire des compromis pour rentrer sur le marché du travail, notamment en acceptant un emploi sous-qualifié. L’âge moyen du premier emploi stable est passé de 20 ans en 1960 à 28 ans en 2015, constate le rapport. La France est cependant un des pays où le niveau d’éducation des jeunes générations a le plus progressé en trente ans, ajoute-t-il. Il n’empêche : à peine plus d’un jeune Français sur quatre juge son avenir prometteur. Le pessimisme passe d’une génération à l’autre.

Sylvia Zappi   LE MONDE |

 

 

On se trouve confronté à l’écart qui existe entre les inégalités et la perception des inégalités. Dans notre société les inégalités reculent mais celles qui demeurent deviennent dès lors plus visibles et inadmissibles. Cela renvoie aux notions de pauvreté absolue et de pauvreté relative. La pauvreté absolue a très fortement reculé dans notre société mais il existe toujours une pauvreté relative (elle est fonction du niveau de vie du pays). Cette pauvreté relative dans une société riche comme la notre, alors que nous gaspillons chaque jour des ressources, apparaît comme scandaleuse.

Shukuru

 

Ségrégation spatiale

La France, mais elle n’est pas une exception, a vu s’aggraver depuis les années quatre-vingt, la ségrégation sociale et spatiale.

Le lien avec la montée des inégalités est évident : quand le chômage pèse sur l’insertion professionnelle, que la précarité devient la règle pour la frange la plus fragile de la population, que le marché toujours plus « libre » maintient en permanence les petites entreprises et la sous-traitance à la limite de la rupture, les inégalités progressent mécaniquement, la ségrégation s’installe et rien ne peut entraver son expansion.
Il n’est nullement besoin, pour en comprendre le mécanisme de faire appel aux explications morales : les stratégies d’évitement des classes sociales les plus favorisées qui conduisent à spécialiser les territoires existent depuis toujours et reposent moins sur l’ostracisme à l’égard des moins favorisés que sur la recherche de l’entre-soi et la rationalité individuelle des choix de localisation. Les mécanismes, également très anciens et sans lien avec un développement récent du « communautarisme », qui conduisent les migrants à se localiser près de leurs « semblables » pour pouvoir bénéficier des solidarités familiales et des effets de réseaux amicaux ou tout simplement de connaissance, sont à l’œuvre depuis toujours. Ils expliquent que les bretons d’Ile de France soient plutôt localisés près de la gare Montparnasse !

La question n’est donc pas celle de la spécialisation spatiale en général mais celle de son expansion, de son enkystement et de l’aggravation de la pauvreté au sein des zones ou se regroupent les moins favorisés. Comment en sortir ? Combattre le retour à une société de classe liée à la montée des inégalités et à l’éviction de la classe moyenne implique de revenir en partie sur la libéralisation économique car le marché est par essence inégalitaire. La « liberté » ne peut pas justifier le maintien du pouvoir de plus en plus absolu des grandes entreprises. A cet égard les agriculteurs, les salariés et les patrons des petites entreprises du bâtiment ou ceux des sous-traitants externalisés sont dans la même situation : la recherche du prix le plus bas (seul critère d’efficacité pour une économie dominée par le marché) ne peut que conduire à l’affaiblissement des plus faibles.

Il y a donc un premier chantier de régulation du marché qui doit être rouvert d’urgence. La difficulté dans ce domaine est qu’il ne peut l’être dans une économie ouverte qu’au niveau international. L’Europe doit se saisir d’urgence de cette question. Le second chantier concerne le chômage : sa réduction doit devenir l’objectif central de la politique économique général. Réduire le chômage, sans passer par le canal de la flexibilisation qui ne fait que partager le travail en affaiblissant un peu plus le pouvoir de marché des salariés, est le meilleur moyen de retrouver le chemin vers une société plus fluide et moins inégalitaire.

En attendant que ces évolutions (utopiques ?) remettent les sociétés occidentales sur la voie du progrès, il reste à soutenir les politiques de transferts sociaux qui limitent quand même les inégalités et les initiatives microéconomiques et microsociales qui permettent, autant que faire se peut, d’apporter un peu d’air à des zones de relégation des plus pauvres qui sont le symbole de l’échec des politiques publiques depuis le milieu des années quatre vingt.

Gérard Cornilleau www.economiematin.fr/  12 avril 2016

 

On constate depuis quelques années que les  groupes sociaux les plus favorisés se déplacent vers des espaces dans lesquels ils sont majoritaires créant une forme de « ghettoïsation par le haut ». La mixité sociale existe de moins en moins, ainsi 53 % des cadres et professions intellectuelles supérieures résident dans ces espaces marqués. Ce n’est pas le cas des groupes sociaux moins favorisés. Ils habitent dans des espaces « mélangés ».

Les cadres vivent essentiellement en ville (76% d’entre eux), L’éloignement des pôles urbains devient une nécessité pour les classes populaires (prix des logements inférieurs).

Selon Anne Lambert (sociologue et chercheuse à l’INED), la localisation résidentielle des ménages influe sur les chances d’accéder à certaines ressources offertes par les grands centres urbains (emploi, établissements d’enseignement supérieur).

Le département de naissance apparaît désormais comme une cause majeure d’inégalités sociales. Le lieu où l’on naît va jouer sur notre réussite sociale.

Plus que jamais l’espace devient le lieu des inégalités

 

Shukuru

 

 

1% de la population mondiale détient plus de la richesse mondiale

En Janvier 2015, l’Oxfam avait prédit dans une publication du Crédit Suisse qu’à l’horizon d’un an, le centile le plus riche au monde posséderait plus de la moitié de la fortune mondiale. Finalement, la balance s’est déséquilibrée à l’automne 2015, plus vite que prévu.

Depuis 2008, les 1% les plus riches n’ont cessé d’accroître leur richesse, pour atteindre aujourd’hui 50,4% de la fortune totale. L’explication de ce basculement tient notamment au fait que la classe moyenne mondiale s’est largement réduite. En conséquence, Mark Goldring, le directeur de la confédération a estimé : «Cela montre à quel point les dirigeants de ce monde doivent résoudre ce problème en urgence. Ceci est la preuve ultime que l’inégalité est hors de contrôle.»

Autre preuve que les inégalités augmentent, selon l’Oxfam, la catégorie de population la plus pauvre, qui représente 71% des adultes au monde, détient seulement 3% de la richesse totale.

Surtout, le rapport montre une évolution majeure dans la répartition des richesses entre 2014 et 2015. Sur cette période, la fortune de l’Afrique a évolué de 7,9% à la baisse, celle de l’Europe de 12,4% et celle de l’Amérique du Sud de 17,1%. La Chine, portée par la croissance de sa classe moyenne a vu sa richesse augmenter de 7%.

Oxfam et le Crédit Suisse, à l’origine de l’étude souffrent néanmoins de critiques : en janvier 2015, France Tv Info via son blog «Classe éco y avait pointé des erreurs de méthodologie. Selon les calculs réalisés à partir du patrimoine net, un Chinois avec peu d’argent est notamment plus riche qu’un Américain criblé de dettes.

http://www.liberation.fr/direct/element/les-1-des-plus-fortunes-detiendraient-504-de-la-richesse-mondiale_20446/

Les milliardaires toujours plus nombreux, toujours plus riches

Nouvelle année, nouveau record : le monde compte 1 826 milliardaires. D’après le 29e classement annuel Forbes des plus grandes richesses de la planète, ces fortunes colossales pèsent un total de 7 000 milliards de dollars, contre 6 400 l’an passé. Bill Gates garde la tête du classement, une position qu’il a occupée 16 fois au cours des 21 dernières années. Sa fortune a augmenté de 3,2 milliards de dollars en un an, passant à 79,2 milliards, malgré son don d’actions Microsoft d’une valeur de 1,5 milliard de dollars à la Fondation Bill & Melinda Gates.
Le Mexicain Carlos Slim reste deuxième et l’Américain Warren Buffet récupère la troisième place des mains de l’Espagnol Amancio Ortega. C’est Buffet qui s’est le plus enrichi cette année, avec un gain de 14,5 milliards de dollars, pour une fortune estimée à 72,7 milliards. Le patron de Facebook, Mark Zuckerberg, gagne cinq places et se retrouve 16e, atteignant pour la première fois le clan des vingt plus riches de la planète.

Deux cent quatre-vingt-dix petits nouveaux font leur entrée dans le classement, dont 71 viennent de Chine. Les jeunes font une percée : 46 milliardaires ont moins de 40 ans, un autre record. Le plus jeune est Evan Spiegel, 24 ans, le cocréateur de l’application Snapchat. A 31 ans, Elizabeth Holmes, à la tête de l’entreprise de tests sanguins Theranos, devient la plus jeune self made woman.

Le grand perdant est le Nigérian Aliko Dangote, dont la fortune a dégringolé à 14,7 milliards contre 25 l’an passé, conséquence de la faiblesse de la devise locale et de la baisse de la demande en ciment. Il reste malgré tout l’Africain le plus riche. La Russie est le pays ayant perdu le plus grand nombre de milliardaires, passant de 111 à 88. Soit moins que les Etats-Unis et la Chine, mais aussi l’Allemagne et l’Inde.

Une grande majorité de ces milliardaires (1 191) se sont faits tout seuls («self made»), seuls 230 ont hérité de leur fortune. Quatre cent cinq ont hérité d’une partie mais travaillent à leur enrichissement.

LIBERATION, 2 MARS 2015

La crise n’est pas vécue par tout le monde de la même façon. Les écarts se creusent, les riches gagnent toujours plus d’argent. Bill Gates qui ne dirige plus son entreprise et a donné de l’argent à sa fondation s’enrichit davantage chaque année. Pendant ce temps, l’austérité pour les ménages, parce que les dettes publiques et les déficits sont trop importants. Les gouvernements ont baissé les taux d’imposition les plus élevés, ils n’ont pas lutté contre l’optimisation fiscale, ni contre les paradis fiscaux. Au final, certains ne sont vraiment pas dans le besoin.
la conclusion est intéressante : « une grande majorité de ces milliardaires se sont faits tout seuls ». Sans doute à l’image du mythe de Rockefeller qui a acheté une pomme, l’a fait briller et l’a revendue plus chère … Cela signifie que nous pourrions tous devenir milliardaires, ce qui n’a pas encore été prouvé mais demeure un appui important pour la société capitaliste !

Shukuru

La date de libération fiscale

Chaque année, à l’été, c’est la même plaisanterie : émus et solennels, les antifiscalistes de tous poils célèbrent le «jour de libération fiscale». En 2014, l’événement tombe ce lundi. L’occasion de faire le point sur un indicateur plus idéologique que scientifique.

DE QUOI S’AGIT-IL ?
Le «jour de libération fiscale» est censé être la date à partir de laquelle les contribuables travaillent «pour eux» et non plus pour l’Etat. On le détermine souvent en calculant le taux de prélèvements «subi» par les salariés et en le rapportant aux 365 jours de l’année. La date peut ainsi évoluer en fonction de l’évolution de la fiscalité. Ainsi, selon une étude de l’institut économique Molinari, en 2014, «le salarié moyen français travaillera jusqu’au 28 juillet pour financer les dépenses publiques, soit deux jours de plus que l’an passé».
Le concept n’est pas nouveau, ni propre à la France. Selon l’organisation américaine Tax Foundation, il a été créé en 1948 par l’homme d’affaires Dallas Hostetler. En 1980, dans son ouvrage La liberté du choix, l’économiste libéral Milton Friedman proposait de faire de ce jour une «nouvelle fête nationale» – «le jour de l’année où nous […] commencerions à payer les biens que nous choisissons», par opposition à des dépenses publiques jugées arbitraires. Selon l’institut Molinari, la Belgique est le pays européen où cette date est la plus tardive (le 6 août). La France n’est pas loin derrière, tandis que pour l’Allemagne cette journée tombe le 11 juillet. Le plus gros contingent bascule en juin, tandis que Chypre est «fiscalement libéré» dès le 21 mars. Des comparaisons à prendre avec des pincettes, tant il reste délicat de comparer les différentes fiscalités nationales, construites selon des modèles très différents.

COMMENT LA DATE EST-ELLE CALCULÉE ?
«La méthode la plus courante est de prendre le poids des dépenses publiques par rapport au PIB et de le rapporter au nombre de jours, explique Cécile Philippe directrice de l’institut Molinari. Pour notre part, nous procédons autrement. Nous partons du salaire annuel brut moyen d’un salarié français – environ 36 000 euros. Nous en retirons les charges salariales et patronales, l’impôt sur le revenu et la TVA, et on regarde ce qui reste».
Ce mode de calcul n’est pas sans raccourcis. Il considère les cotisations patronales comme des prélèvements subis par le salarié ; il se base sur un cas type, celui d’un célibataire sans enfants locataire de son logement, ce qui permet d’agglomérer des prélèvements individuels (TVA, cotisations) et l’impôt sur le revenu, payé par foyer; il considère que 35% du revenu disponible après prélèvements est consacré au loyer, et la moitié du restant à la consommation – avec paiement du taux maximum de TVA. La date de «libération fiscale», si tant est que l’on prenne le concept au sérieux, est donc sujette à caution. Avec une autre méthode de calcul, l’association «Contribuables associés» la situe d’ailleurs au 27 juillet, soit… deux jours plus tôt que l’année dernière.

LE CONCEPT EST-IL NEUTRE ?
Plus qu’une donnée scientifique, cette date est un outil de communication, efficace car extrêmement concret dans sa présentation. Le vocabulaire utilisé par ses promoteurs est polémique – il s’agit de se «libérer» d’un «fardeau». Cécile Philippe ne s’en cache d’ailleurs pas : «Mon objectif, c’est que l’on pense que l’Etat en fait trop, et qu’il devrait en faire moins et mieux. Il n’y a plus un domaine de la vie des individus qui ne soit pas réglementé, taxé. Je considère que cela nuit au développement de toutes les autres institutions d’une société». Cet indicateur n’en bénéficie pas moins de nombreuses reprises dans les médias, souvent sans recul :«L’année dernière, nos chiffres ont fait un buzz terrible. Moins cette année», regrette Cécile Philippe.
Outre les réserves de méthode formulées plus haut, le principal écueil du concept est l’idée selon laquelle, avant la date de «libération», le salarié ne travaillerait que pour«financer les dépenses publiques» – autrement dit, que pour nourrir un terrible Moloch qui ferait disparaître l’argent perçu. C’est oublier qu’une grande partie de cet argent revient aux contribuables sous formes de prestations sociales (retraites, assurance maladie, assurance chômage…) ou d’équipements (routes, écoles, hôpitaux…)
Ainsi, selon un rapport de 2012 de l’Insee, la proportion de personnes dont le niveau de vie est inférieur à 1 000 euros par mois passe de 22% avant redistribution à 17% après. Dans une étude de 1998, l’OCDE calculait par ailleurs un taux de prélèvements obligatoires «net de transferts [sociaux]» n’était que de 17%, niveau«remarquablement stable depuis 1959». Ce qui n’interdit pas, certes, de reconnaître que le poids des prélèvements fiscaux en France reste parmi les plus élevés en Europe; ni de s’interroger sur l’efficacité des dépenses publiques, comme le fait un récent rapport de France Stratégie (ex-commissariat à la Stratégie).

LA «DATE DE LIBÉRATION FISCALE» NOUS APPREND-ELLE QUELQUE CHOSE ?

Pour contourner cette critique, les promoteurs de la «libération fiscale» mettent en avant d’autres enseignements. Ainsi, plutôt que l’argent «perdu» par le contribuable, la date soulignerait l’importance des «dépenses non choisies» par celui-ci – qui n’a pas, par exemple, la possibilité de préférer un organisme privé à la Sécurité sociale. Pour autant, rien, reconnaît Cécile Philippe, ne garantit que le secteur privé coûterait moins cher à ses clients que le public. La directrice de l’institut Molinari avance également une mission de «transparence» : «En France, on a beaucoup de débats sur l’impôt sur le revenu, mais on oublie souvent que les cotisations représentent la plus grande partie des prélèvements.» Fallait-il tant de biais pour le démontrer ?

Dominique ALBERTINI Libération 28 juillet 2014

 

Encore une manifestation du grand degré de réflexion des ultra libéraux.
L’impot est nécessairement une contrainte. L’Etat gaspille toujours davantage et ne fait que prélever. Aucun service n’est rendu aux citoyens.
Par exemple, l’école gratuite doit elle être considérée comme une dépense excessive de l’Etat ? Le coût supporté par la collectivité n’est-il pas compensé par tout ce que ce service apporte ?
Sans parler de la justice, du service de soins … bref, l’ensemble des services publics.
Si les habitants pouvaient financer eux même ces services, cela leur coûterait-il moins d’argent ? Est ce que la qualité du service serait meilleur ? Difficile de répondre par l’affirmative.
L’article évoque aussi la redistribution et la diminution du nombre de pauvres après celle-ci. Si on demeure à un stade purement égoïste, si je ne suis pas pauvre, je ne veux pas payer pour réduire la pauvreté. J’ignore complètement le concept de solidarité.
Enfin, évoquons les retraités (qui sont souvent plus égoïstes et plus libéraux que les jeunes), ils perçoivent une retraite (issue d’une cotisation sociale) qui est donc incluse dans ces jours de travail pour l’Etat, mais calcule-t-on à quel moment, un retraité rapporte de l’argent à la société (puisqu’il dépense le montant de sa retraite); C’est aussi stupide que le reste.
Tous les moyens sont bons pour dénigrer notre système.

Shukuru

Les 500 plus fortunés de France se sont enrichis de 25 % en un an

Un peu de bonheur dans ce monde cruel, un article du Monde du 10 juillet 2013

Les 500 premières fortunes de France ne connaissent pas la crise et ont même vu leur richesse globale augmenter de près d’un quart en un an (hebdomadaire Challenge du 11 juillet 2013).

Leur richesse cumulée s’établit désormais à 330 milliards d’euros et n’a jamais été aussi élevée depuis 1996, année où Challenges a lancé le classement des « 500 ». Elle a quadruplé en une décennie et représente 16 % du produit intérieur brut du pays. Elle compte aussi pour 10 % du patrimoine financier des Français,« soit un dixième de la richesse entre les mains d’un cent-millième de la population »

Ce groupe de 500 compte 55 milliardaires, soit 10 de plus que l’année dernière. Le plus petit des 445 millionnaires affiche, pour sa part, quelque 64 millions d’euros de patrimoine. Et la tendance ne semble pas faiblir. Les dix premiers du classement ont vu leur fortune croître de 30 milliards en douze mois, à 135 milliards (40 % du total).

En tête de liste, Bernard Arnault, PDG de LVMH, affiche une fortune de 24,3 milliards d’euros, en hausse de 3,1 milliards (il avait demandé la nationalité Belge et souhaitait s’installer dans ce pays pour permettre de transmettre son patrimoine à ses enfants, avec moins d’imposition). Il est suivi de l’héritière de L’Oréal, Liliane Bettencourt, avec une fortune de 23,2 milliards, qui a fait un bond de 7,9 milliards. Gérard Mulliez, du groupe de distribution Auchan, arrive non loin derrière, avec 19 milliards (+ 1 milliard), suivi de Bertrand Puech (Hermès), dont la richesse s’est maintenue à 17,4 milliards.

Les suivants sont Serge Dassault (aéronautique, 12,8 milliards d’euros), François Pinault (11 milliards), Vincent Bolloré (8 milliards), Pierre Castel (7 milliards), qui fait cette année son entrée dans le top 10,Alain Wertheimer de Chanel (7 milliards) est lui aussi un nouveau membre du club des dix.

Enfin, le dernier du top 10 est le fondateur de l’opérateur Free, Xavier Niel (actionnaire à titre individuel du groupe Le Monde) entré dans le classement des 500 plus grandes fortunes de France en 2003 avec 80 millions d’euros et qui pèse actuellement plus de 70 fois plus (5,9 milliards).

L’année n’a cependant pas été aussi profitable à tous les riches de France. C’est le cas de Jacques Servier, qui a pâti des suites de l’affaire du Mediator qui ont réduit de 15 % la valorisation du groupe pharmaceutique. Le financier Romain Zaleski, actionnaire d’Eramet et étranglé par ses dettes, a subi une baisse de 40 % de sa fortune et doit vendre peu à peu ses autres participations.Le secteur automobile est également particulièrement touché. La famille Peugeot, ancien membre du top 10, a ainsi vu sa fortune baisser en deux ans de 70 %.

Selon le classement des 100 familles les plus riches d’Europe, publié mercredi par le magazine suisse Bilan, c’est l’espagnol Amancio Ortega Gaona, qui a créé le groupe textile Zara, qui est la première fortune d’Europe, avec un patrimoine de 40,9 milliards d’euros. Un quart de ces cent familles très riches vivent en Suisse.

En deuxième position figure le Suédois Ingwar Kamprad (Ikea), suivi par Bernard Arnault (LVMH) et Liliane Bettencourt (L’Oréal). Les Français sont bien représentés dans le classement avec quatre fortunes dans les dix premiers (familles Arnault, Bettencourt, Mulliez et Hermès). Au total, ce classement compte douze familles françaises.

 

Une bonne année globalement pour les plus riche.

A mettre en relation avec ce constat :

Le Credoc vient de publier son étude sur l’évolution de la consommation des ménages. Selon les résultats de cette étude, en 2012 et en 2013, le pouvoir d’achat par ménage devrait reculer de 1,2% par an, soit au total quatre années consécutives de baisse.

 

Ainsi, les inégalités progressent, tandis que les actionnaires s’enrichissent (2 milliards de dividende distribués par EDF), les ménages s’appauvrissent (augmentation de 5% des tarifs de l’électricité pour permettre à EDF de financer ses investissements)

Les difficultés de notre société ne sont pas liée un problème de richesses mais de répartition de celles-ci.

Shukuru

L école républicaine est-elle égalitaire

Si le niveau global d’instruction a considérablement augmenté en France, les inégalités n’ont pas disparu pour autant. Un constat qui révèle d’abord un problème de société.

Le manque d’emploi renforce la compétition à l’école. Si les parcours scolaires se sont allongés pour tous, les inégalités demeurent. Le haut de la hiérarchie scolaire reste peu accessible aux enfants des catégories popu­laires. On est loin de l’égalité des chances.

Le niveau de diplôme s’élève

La seconde moitié du XXe siècle aura été marquée en France par une élévation considérable du niveau scolaire. Dans la génération née en ­1932, seuls 30 % des personnes ont poursuivi des études après l’âge de 16 ans. Dans celle de 1962, ce pourcentage a atteint 90 %. Depuis, il a encore légèrement progressé, Le ­niveau de diplôme de l’ensemble de la population ne cesse donc de ­croître. De même, l’âge moyen de ­fin d’étude était de 14 ans et demi en 1935, il est passé à 18 ans en 1985 et à 21 ans en 1995. Avec près de 60% des jeunes de moins de 30 ans en cours d’études, la France a ainsi un des taux de scolarisation les plus élevé d’Europe. Et ce mouvement est destiné à se poursuivre. En effet la loi d’orientation de 1989 a fixé l’objectif d’amener 80% d’une classe d’âge au baccalauréat en l’an 2000, un objectif déjà pratiquement atteint.

Cette élévation d’ensemble a permis de réduire très fortement la traditionnelle inégalité selon les sexes. C’est là un bouleversement social sans précédent à l’échelle historique. Certes, il existe encore des différences dans la répartition des garçons et des filles, selon les filières de l’enseignement scolaire général et de l’enseignement supérieur. Ainsi, la traditionnelle opposition entre la Terminale L, littéraire (plutôt féminine), et la Terminale S, scientifique (plutôt masculine), ne se réduit qu’avec une extrême lenteur. Du coup, les formations scientifiques et les écoles d’ingénieurs demeurent largement masculines, tandis que les facultés de Lettres sont féminines à plus de 70%. Cependant, la poussée féminine est générale et continue. La parité est atteinte dans la plupart des grandes écoles de commerce. La classique opposition entre la médecine masculine et la pharmacie féminine n’est plus valide ; Les facultés de Droit et de Sciences économiques se féminisent de même.

Les Inégalités sociales se déplacent

Depuis l’institution du collège unique en 1975, relayée par la loi Savary de 1984 et la loi d’orienta­tion de 1989, le système scolaire français offre une formation théori­quement uniforme jusqu’en classe de Troisième (en réalité, il existe des inégalités de moyens selon les régions, les départements et même les établissements). Il opère ensuite une première sélection en orientant les adolescents soit dans des filières générales, soit dans des filières dites techniques ou professionnelles. Le caractère social de cette sélection est manifeste puisque ces dernières filières sont massivement occupées par des jeunes issus des couches populaires. De plus, à la fin du collège, plus de 5 % des élèves (issus presque exclusivement des couches populaires) ont été exclus ou bien ont d’ores et déjà quitté l’école.

Au total, chaque année, près de 80 000 jeunes sortent du système sans aucun diplôme. Pour eux, l’ave­nir est déjà très obscurci.

Si le niveau scolaire d’ensemble ne cesse de s’élever, les inégalités n’ont pas disparu pour autant. Elles se sont déplacées vers le haut. Après le tri opéré à la fin de la Troisième, l’entrée puis le maintien dans l’enseignement supé­rieur constitue la seconde grande bar­rière sociale qui joue de deux manières. D’abord, par la nature des études, supérieures les bacheliers d’origine ouvrière s’orientent massivement vers les filières courtes ou généralistes de l’université, tandis que les grandes écoles accueillent essentiellement des enfants issus de familles de cadres supérieurs et d’en­seignants.

La durée des études supérieures oppose également les milieux sociaux. Un tiers des étudiants de premier cycle universitaire sont issus de familles de cadres supérieurs et d’enseignants, contre seulement 14% d’enfants d’ouvriers. A l’arrivée en troisième cycle, les premiers repré­sentent la moitié des effectifs, contre seulement 7% pour les seconds.

Le ralentissement de la crois­sance et ses conséquences sur la structure des emplois a accru la sélection sociale au haut de l’échelle scolaire. Le nombre de cadres a continu à augmenter, mais pas aussi massivement que celui des diplômés. Du coup, la lutte s’est accrue pour les meilleures places, favorisant les enfants des catégo­ries supérieures. Le même méca­nisme a conduit à une dévaluation des titres : un niveau de diplôme donné ne donne plus accès aux mêmes positions sociales.

Pourquoi l’égalité des chances n’est-elle pas assurée ?

L’école républicaine n’assure donc pas l’égalité des chances. Le constat est ancien. Pour qui cherche des solutions, la difficulté réside dans l’interprétation. La simple dénonciation du “ système”, incluant les enseignants et leurs pratiques pédagogiques paraît aujourd’hui insuffisante.

Tout d’abord sans doute parce que les gouvernements affichent presque toujours leur volontarisme, les politiques publiques d’éducation ont été trop rarement mises en cause. Pourtant, la grève des enseignants de Seine-Saint ­Denis au printemps 1998 a révèle ce que les enquêtes di­sent depuis de nom­breuses années derrière l’unité ap­parente du système, se cachent en réalité des disparités géo­graphiques. Les éta­blissements disposent de dotations budgétaires et de taux d’encadre­ment très différents, engendrant des inégalités considérables. Mais surtout, la ségrégation spatiale – qui s’explique en partie par le prix de l’immobilier – fait en sorte que les bons élèves des catégories favori­sées, se retrouvent entre eux, quitte à accepter dans certains cas des classes surchargées.

Ces inégalités structurelles sont plus ou moins bien connues des parents d’élèves. La maîtrise de l’in­formation peut parfois s’avérer déci­sive. Contrairement aux milieux populaires, les milieux aisés et les milieux cultivés (notamment les enseignants) choisissent avec soin les filières d’orientation et se bat­tent pour obtenir ce qu’ils souhaitent pour leurs enfants. La relation qu’entretiennent les familles avec le système scolaire joue un rôle central. Les études sur les aspirations des lycéens et des lycéennes ont montré que leurs parents ont des représentations différentes de ce qui constitue la “réussite” pour un garçon et pour une fille, Le même rai­sonnement peut être fait en fonction du milieu social, sans doute est-il plus déterminant encore. Le niveau de ce qui sera considéré comme un “succès” n’est pas le même pour un enfant de cadre supérieur et pour un enfant d’ouvrier. De même, du côté des élèves, la connaissance et le jugement sur la difficulté des filières dépend aussi de la position de leurs parents. Le fait d’avoir des parents qui sont “passés par-là” est un plus évident.

Que ce soit à travers les moyens mis en œuvre ou l’or­ganisation du système d’en­seignement (programmes, filières, etc.), l’école a sa part de responsabilité dans les inégalités de fin de parcours, comme dans les difficultés d’insertion de nombreux jeunes. Pour autant, ce n’est pas en réformant le système scolaire qu’on réduira le chômage, ni qu’on supprimera les inégalités sociales. On ne peut demander à l’école seule ce que la société ne sait pas, ou ne veut pas, faire.

Alternatives Economiques HS N°40, 2e trimestre 1999