Réduire le temps de travail pour sauver l’environnement

A l’heure où la fiscalité environnementale monopolise les débats en France, un tout autre sujet anime le cercle des économistes écologiques, notamment aux Etats-Unis : la réduction du temps de travail.

Depuis plus de dix ans maintenant des chercheurs issus de structures aussi diverses que le CEPR de Washington (dont les spécialistes prévenaient d’une crise possible avant 2008) ou du Boston College l’attestent : il existe une corrélation forte entre le temps de travail et la dégradation de l’environnement. En somme, plus on travaille, plus on pollue.

La première étude sur le sujet date de 2005. En étudiant 18 Etats de l’OCDE, la sociologue américaine Juliet Schor (Boston College) conclut que plus les individus travaillent, moins ils disposent de temps pour « faire » : ils consomment donc des biens à forte empreinte écologique en privilégiant, par exemple, pour gagner du temps, l’avion ou les plats préparés. Le lien entre pollution et temps de travail s’explique ici par la « structure » de la consommation.

En 2007, les économistes et modélisateurs, David Rosnick et Mark Weisbrot (CEPR, Washington) démontrent que les différences de niveau de pollution et de consommation d’énergie entre les États-Unis et l’Europe, toutes choses égales par ailleurs, s’expliquent précisément par les différences entre les deux pays en termes de temps de travail. D’après leurs analyses, si les Européens avaient adopté un temps de travail équivalent à celui des Américains, ils consommeraient 30 % d’énergie en plus.

A l’inverse, si les Etats-Unis avaient adopté́ les standards européens de temps de travail, leurs émissions de CO2 en 2000 auraient été́ 7 % moindres que celles de 1990. Et les accords de Kyoto auraient été respectés… Les chercheurs insistent sur un effet volume : un temps de travail élevé entraîne une hausse de la croissance du PIB, et puisque celle-ci est corrélée à l’émission des gaz à effets de serre, un accroissement de facto de la pollution.

Quelques années plus tard, l’économiste suédois Jonas Nässén précise ces recherches. Ses études montrent qu’une réduction de 1 % du temps de travail engendrerait une réduction de la consommation d’énergie et d’émission de gaz à effet de serre de 0,8 % en moyenne. À l’heure où la RTT est sévèrement critiquée en France, Nässén préconise une semaine de travail de 30 heures par semaine pour faciliter l’atteinte des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

D’autres études, menées par Kyle Knight, Eugene Rosa et Juliet Schor, en 2013, portant sur l’ensemble des pays de l’OCDE de 1970 à 2007, le démontrent : non seulement la corrélation entre temps de travail et impact environnemental est forte, mais en plus les pays qui ont réduit leur temps de travail ont vu une amélioration très nette de leurs indicateurs environnementaux.

Lewis King et Jeoren Van de Bergh, en 2017 qui étudient différents scénarios de réduction du temps de travail concluent quant à eux, que les 30 heures hebdomadaire ne sauraient faire l’objet d’une annualisation : la semaine de 4 jours constitue l’option la plus bénéfique à l’environnement.

Pour l’instant, la faiblesse de ces études réside dans le fait qu’elles mettent en lumière une corrélation et non une causalité. Une faiblesse toute relative car le consensus scientifique est aujourd’hui très clair : les activités économiques sont responsables du dérèglement climatique.

Reste à affiner ces recherches pour mieux comprendre les ressorts de ce lien et éviter tout effet rebond en cas de réduction du temps de travail (c’est-à-dire d’éviter qu’elle ne se traduise par plus de voyages en avion par exemple), penser les conséquences en termes de revenu…

La réduction du temps de travail permet de créer des emplois, d’améliorer la qualité de vie et l’état de l’environnement : c’est un triple dividende positif. Mais, surtout, n’en débattons pas, affirment les économistes bien en cours.

Aurore Lalucq codirectrice de l’Institut Veblen pour les réformes économique
Article très intéressant, puisqu’il nous incite à la réduction du temps de travail.
Un temps de travail qui pourrait s’effectuer sur 4 jour serait intéressant à plusieurs égards.
D’une part, comme l’explique cet article, cela permettrait de réduire la consommation d’énergie et donc la pollution, ce qui serait favorable pour la planète
En effet, on peut penser qu’une journée de moins à travailler, limite les déplacements et entraîne des modifications dans notre mode de vie.
Ensuite, réduire le temps de travail, permet à la fois d’améliorer la productivité (moins de fatigue, plus de concentration …) et d’améliorer également la santé (moins malade parce que moins sollicité, moins de stress…) ce qui diminue les dépenses de santé et pourrait avoir des conséquences favorables sur les comptes de la sécurité sociale.
La réduction du temps de travail devrait également permettre le partage du temps de travail (désormais les magasins sont ouverts 6 jours sur 7, les employés ne peuvent plus seuls assumé l’amplitude horaire d’ouverture). ce partage devrait permettre de réduire le chômage et donc le coût des indemnités chômage, les dépenses de santé (l’absence d’emploi est préjudiciable à la bonne santé dans une société où travailler est l’objectif de chacun
Enfin libérer du temps de travail pourrait permettre de renforcer le lien social, grâce à un temps libre accru les échanges avec les voisins, le bénévolat pourrait se développer davantage.
Ainsi la réduction du temps de travail tant décriée par les zélateurs du capitalisme et de la liberté d’entreprendre, ne peut qu’être bénéfique pour la société.
Shukuru

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