{"id":1355,"date":"2018-12-17T17:25:49","date_gmt":"2018-12-17T17:25:49","guid":{"rendered":"http:\/\/www.shukuru.fr\/?p=1355"},"modified":"2023-08-30T09:21:45","modified_gmt":"2023-08-30T09:21:45","slug":"dette-publique-pas-de-quoi-paniquer","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.shukuru.fr\/?p=1355","title":{"rendered":"Dette publique : pas de quoi paniquer !"},"content":{"rendered":"\n<p>Les mesures annonc\u00e9es par Emmanuel Macron pourraient porter un coup \u00e0 la dette fran\u00e7aise qui fr\u00f4le les 100\u00a0% du PIB. Est-ce si grave\u00a0? Ce n&rsquo;est pas elle qui devrait nous inqui\u00e9ter le plus. Plong\u00e9e dans ses arcanes.<\/p>\n\n\n\n<p>En juin 2018, la dette publique fran\u00e7aise repr\u00e9sentait 2&nbsp;300 milliards d\u2019euros, l\u2019\u00e9quivalent de 99&nbsp;% du produit int\u00e9rieur brut (PIB), \u00e0 la limite de la barri\u00e8re symbolique des 100&nbsp;%. Mais les symboles sont importants&nbsp;: l\u2019\u00e9conomiste britannique John Maynard Keynes nous a expliqu\u00e9 depuis longtemps que la psychologie joue un r\u00f4le cl\u00e9 dans le comportement des m\u00e9nages, des entreprises et des investisseurs financiers. Faut-il donc s\u2019inqui\u00e9ter du niveau actuel de notre dette&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Pour les \u00e9conomistes lib\u00e9raux, la r\u00e9ponse est oui\u00a0: il refl\u00e8te une excroissance de la pr\u00e9sence de la puissance publique dans l\u2019\u00e9conomie. Et tout ce qui va financer les administrations publiques repr\u00e9sente autant d\u2019\u00e9pargne disponible en moins pour les affaires priv\u00e9es. Chez les \u00e9conomistes h\u00e9ritiers de Keynes, la r\u00e9ponse est \u00e9galement positive, mais pour une autre raison\u00a0: plus la dette monte, plus les rentiers re\u00e7oivent les int\u00e9r\u00eats de la dette et accroissent leur richesse sur le dos des contribuables et de l\u2019\u00e9conomie productive.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, aucune \u00e9tude ne d\u00e9montre qu\u2019une dette publique pose un probl\u00e8me \u00e0 partir d\u2019un niveau particulier. Les \u00e9conomistes am\u00e9ricains Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff pensaient avoir montr\u00e9 que toute progression de la dette publique au-del\u00e0 de 90&nbsp;% du PIB entra\u00eenait des cons\u00e9quences n\u00e9fastes pour l\u2019\u00e9conomie. Mais quand un jeune th\u00e9sard a refait leurs calculs, il a d\u00e9couvert qu\u2019ils s\u2019\u00e9taient tromp\u00e9s dans leurs chiffres&#8230; De fait, avec une dette publique de l\u2019ordre de 55&nbsp;% du PIB, l\u2019Argentine est en pleine crise tandis que le Japon vit sans souci avec ses 235&nbsp;%. En r\u00e9alit\u00e9, la situation de la dette publique s\u2019appr\u00e9cie au cas par cas pour chaque pays. Qu\u2019en est-il pour la France&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">1. Comment la dette publique fran\u00e7aise a-t-elle \u00e9volu\u00e9&nbsp;?<\/h2>\n\n\n\n<p>Pour bien comprendre la dynamique de la dette publique fran\u00e7aise, il faut prendre du recul. Une mise en perspective historique sur un si\u00e8cle et demi en d\u00e9voile les trois d\u00e9terminants cl\u00e9s&nbsp;: les conflits, les crises et la d\u00e9r\u00e9gulation lib\u00e9rale des derni\u00e8res d\u00e9cennies. Les deux premiers \u00e9l\u00e9ments se comprennent facilement.<\/p>\n\n\n\n<p>Les guerres entra\u00eenent un surcro\u00eet \u00e9norme de d\u00e9penses publiques qui creuse les d\u00e9ficits et les dettes. La faiblesse, voire la chute, de l\u2019activit\u00e9 lors des crises \u00e9conomiques se traduit par une diminution des recettes fiscales, en m\u00eame temps que les d\u00e9penses d\u2019un Etat-providence peu d\u00e9velopp\u00e9 (ann\u00e9es 1930) ou plus d\u00e9velopp\u00e9 (post-<em>subprime<\/em>) s\u2019accroissent. Cela accentue les d\u00e9ficits publics et les dettes en m\u00eame temps que le PIB s\u2019effondre\u00a0: le ratio dette sur PIB ne peut qu\u2019exploser.<\/p>\n\n\n\n<p>Un regard sur la longue p\u00e9riode montre que la France a d\u00e9j\u00e0 connu un niveau de dette proche de 100&nbsp;% du PIB. Du fait des deux guerres mondiales, \u00e0 cause de la Grande Crise des ann\u00e9es 1930 &#8211; aux effets bien plus forts de ce point de vue que ceux de la crise r\u00e9cente -, mais aussi en p\u00e9riode normale, \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p>Au-del\u00e0 de ces \u00e9v\u00e9nements exceptionnels, on s\u2019aper\u00e7oit que la dette publique fran\u00e7aise conna\u00eet une croissance quasi continue depuis la fin des ann\u00e9es 1970. Pour l\u2019\u00e9conomiste de l\u2019universit\u00e9 Paris 1 Bruno Tinel, cette \u00e9volution se retrouve dans d\u2019autres pays industrialis\u00e9s et repr\u00e9sente \u00ab&nbsp;<em>un fait stylis\u00e9 de la p\u00e9riode n\u00e9olib\u00e9rale<\/em>&nbsp;<em>\u00bb<\/em><a href=\"https:\/\/www.alternatives-economiques.fr\/dette-publique-de-quoi-paniquer\/00087452#footnote1_541s05b\">1<\/a>. Il montre, d\u2019abord, que le taux de croissance en volume de la d\u00e9pense publique fran\u00e7aise \u00e9tait tr\u00e8s fort dans les ann\u00e9es 1960, sans que la dette progresse, et il n\u2019a cess\u00e9 de d\u00e9cro\u00eetre depuis&nbsp;: ceux qui expliquent la mont\u00e9e de la dette par une explosion des d\u00e9penses se trompent. L\u2019explication se trouve ailleurs.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019abord, dans la forte mont\u00e9e des taux d\u2019int\u00e9r\u00eat entre la fin des ann\u00e9es 1970 et le milieu des ann\u00e9es 1990. La priorit\u00e9 donn\u00e9e \u00e0 la lutte contre l\u2019inflation a incit\u00e9 les banques centrales \u00e0 augmenter de fa\u00e7on cons\u00e9quente le niveau des taux. De ce fait, le co\u00fbt de la dette a grimp\u00e9, une partie croissante de la nouvelle dette servant \u00e0 rembourser l\u2019ancienne dans un effet boule de neige d\u00e9l\u00e9t\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Evolution de la dette publique fran\u00e7aise, en % du PIB<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.alternatives-economiques.fr\/sites\/default\/files\/public\/styles\/embed_media\/public\/media\/evolution_dette_publique.png?itok=BW2xH-d5\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>Ensuite, les baisses d\u2019imp\u00f4ts inaugur\u00e9es par le Premier ministre Jacques Chirac \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1980 seront renforc\u00e9es au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000 par le pr\u00e9sident Jacques Chirac, suivi par Nicolas Sarkozy. L\u2019effet sur la dette&nbsp;? Selon un rapport remis en 2010 par Paul Champsaur, alors pr\u00e9sident de l\u2019Autorit\u00e9 de la statistique publique, et Jean-Philippe Cotis, alors directeur g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019Insee, 400 milliards de recettes ont \u00e9t\u00e9 perdus et \u00ab&nbsp;<em>en&nbsp;l\u2019absence de baisses de pr\u00e9l\u00e8vements, la dette publique&nbsp;<\/em><em>serait environ 20 points de PIB plus faible aujourd\u2019hui&nbsp;qu\u2019elle ne l\u2019est en r\u00e9alit\u00e9<\/em>&nbsp;<em>\u00bb<\/em><a href=\"https:\/\/www.alternatives-economiques.fr\/dette-publique-de-quoi-paniquer\/00087452#footnote2_jz8lfmt\">2<\/a><em>.<\/em>&nbsp;Un \u00e9cart \u00e9norme.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut ajouter qu\u2019avec la mont\u00e9e des in\u00e9galit\u00e9s sociales, lorsqu\u2019il y a augmentation de la richesse, cela se traduit par des revenus se dirigeant de mani\u00e8re croissante vers les personnes les plus riches, qui sont davantage port\u00e9es vers l\u2019\u00e9pargne que la consommation. De plus, avec le capitalisme actionnarial, les profits se transforment plus en dividendes qu\u2019en investissements. Autant d\u2019\u00e9l\u00e9ments qui p\u00e8sent sur le rythme de croissance et qui contribuent \u00e0 faire monter le ratio dette sur PIB.<\/p>\n\n\n\n<p>Une politique mon\u00e9taire tr\u00e8s rigoureuse, des coupes dans les recettes fiscales, la financiarisation de l\u2019\u00e9conomie et la mont\u00e9e des in\u00e9galit\u00e9s repr\u00e9sentent les ferments de la pouss\u00e9e de la dette publique fran\u00e7aise.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">2. Qui d\u00e9tient notre dette&nbsp;?<\/h2>\n\n\n\n<p>En d\u00e9pit de la mont\u00e9e structurelle de la dette, la puissance publique n\u2019a jamais eu de mal \u00e0 la financer. Qui sont les investisseurs qui nous font confiance&nbsp;? Il y a encore peu de temps s\u2019appliquait, en gros, la r\u00e8gle des trois tiers&nbsp;: un tiers de Fran\u00e7ais (compagnies d\u2019assurances, fonds d\u2019investissement&#8230;), un tiers d\u2019Europ\u00e9ens non Fran\u00e7ais et un tiers de non-Europ\u00e9ens.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais, avec le lancement des politiques mon\u00e9taires dites de&nbsp;<em>quantitative easing<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019achat de titres de la dette publique par la Banque de France pour le compte de la Banque centrale europ\u00e9enne (BCE), la donne a chang\u00e9. De ce fait, la part des investisseurs domestiques a grossi de mani\u00e8re importante. Ainsi, la Banque de France d\u00e9tient aujourd\u2019hui environ 20&nbsp;% de la dette fran\u00e7aise, le m\u00eame niveau que les compagnies d\u2019assurances. Le poids des investisseurs \u00e9trangers a de ce fait diminu\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9partition de la dette publique fran\u00e7aise par type de d\u00e9tenteurs en 2017, en %<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.alternatives-economiques.fr\/sites\/default\/files\/public\/styles\/embed_media\/public\/media\/repartition.png?itok=bfaXHn1p\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>Source : Bruegel<\/p>\n\n\n\n<p>A partir de janvier 2019, la BCE n\u2019ach\u00e8tera plus de nouveaux titres de dette publique. Cela aura-t-il un effet sur notre capacit\u00e9 \u00e0 la financer&nbsp;? A priori non, et pour deux raisons. D\u2019une part, \u00e0 chaque fois que les titres d\u00e9j\u00e0 d\u00e9tenus arriveront \u00e0 \u00e9ch\u00e9ance, la BCE continuera \u00e0 r\u00e9investir l\u2019argent dans l\u2019achat de nouvelles dettes. D\u2019autre part, les investisseurs en qu\u00eate de placements sans risque en Europe voient fondre le march\u00e9 de la dette allemande&nbsp;: le pays accumule les exc\u00e9dents budg\u00e9taires, il rembourse sa dette ancienne sans en cr\u00e9er de nouvelle. Nombre d\u2019investisseurs devraient se tourner de plus en plus vers la dette fran\u00e7aise. Pas d\u2019inqui\u00e9tude donc sur notre capacit\u00e9 \u00e0 la financer.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">3. A quoi a servi l\u2019argent&nbsp;?<\/h2>\n\n\n\n<p>Une dette ma\u00eetris\u00e9e et financ\u00e9e peut tout de m\u00eame devenir inqui\u00e9tante si l\u2019argent a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9 n\u2019importe comment. Mais ce n\u2019est pas le cas en France. Un indicateur simple permet de s\u2019en rendre compte. Il suffit de recalculer le d\u00e9ficit budg\u00e9taire hors d\u00e9penses d\u2019investissements publics. Si le d\u00e9ficit persiste, voire s\u2019accro\u00eet, cela signifie qu\u2019il est d\u00fb \u00e0 un surcro\u00eet des d\u00e9penses de fonctionnement et de remboursement de la dette par rapport aux recettes fiscales. Une situation qui, si elle est durable, est mauvais signe.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9ficit de l\u2019Etat fran\u00e7ais hors d\u00e9penses d\u2019investissements publics, en % du PIB<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.alternatives-economiques.fr\/sites\/default\/files\/public\/styles\/embed_media\/public\/media\/deficit.png?itok=St4Ymsnr\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>Source : Ameco<\/p>\n\n\n\n<p>Qu\u2019en est-il en France&nbsp;? En moyenne, sur la p\u00e9riode 1978-2017, le solde budg\u00e9taire hors investissements publics a \u00e9t\u00e9 exc\u00e9dentaire de l\u2019\u00e9quivalent de 0,8&nbsp;% du PIB. La dette de l\u2019Etat a donc \u00e0 peu pr\u00e8s servi \u00e0 financer int\u00e9gralement de l\u2019investissement, avec m\u00eame un petit surplus pour les autres administrations publiques. Seules les ann\u00e9es de fort ralentissement de l\u2019activit\u00e9 (le d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, la p\u00e9riode de crise des&nbsp;<em>subprim<\/em>e et de la zone euro) correspondent \u00e0 des situations d\u00e9grad\u00e9es. Mais, de mani\u00e8re structurelle, la dette de l\u2019Etat fran\u00e7ais finance surtout de l\u2019investissement.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">4. Doit-on s\u2019inqui\u00e9ter du co\u00fbt&nbsp;?<\/h2>\n\n\n\n<p>On a pris l\u2019habitude, dans le d\u00e9bat public, de mesurer la dette en pourcentage du PIB. C\u2019est une fa\u00e7on de faire courante et qui facilite les comparaisons internationales. Mais qui n\u2019a pas forc\u00e9ment grand sens sur le plan \u00e9conomique. La dette est un stock accumul\u00e9 que l\u2019on ram\u00e8ne \u00e0 un flux, la production de richesse d\u2019une ann\u00e9e. Et il n\u2019y a pas de niveau de dette sur PIB pr\u00e9d\u00e9termin\u00e9 qui permette de savoir si le niveau est soutenable ou pas.<\/p>\n\n\n\n<p>De mani\u00e8re plus pertinente, on peut s\u2019int\u00e9resser au co\u00fbt de la dette. Les int\u00e9r\u00eats pay\u00e9s chaque ann\u00e9e en pourcentage du PIB ram\u00e8nent un flux (de paiement) \u00e0 un flux (de production de richesse). Et une mont\u00e9e rapide du ratio signale un probl\u00e8me certain. De ce point de vue, le co\u00fbt de la dette publique fran\u00e7aise est nettement orient\u00e9 \u00e0 la baisse&nbsp;: la France ne paie pas plus aujourd\u2019hui que ce qu\u2019elle payait quand sa dette ne repr\u00e9sentait que 20&nbsp;% de son PIB.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque les banques centrales, notamment la Banque de France, se sont engag\u00e9es dans des politiques mon\u00e9taires restrictives pour lutter contre l\u2019inflation, les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat ont beaucoup mont\u00e9. Cela s\u2019est ressenti sur les int\u00e9r\u00eats \u00e0 payer sur la dette publique, qui ont culmin\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9quivalent de 3,5&nbsp;% du PIB en 1997. Depuis, le co\u00fbt de la dette fran\u00e7aise n\u2019a cess\u00e9 de diminuer.<\/p>\n\n\n\n<p>Int\u00e9r\u00eat de la dette de la France sur PIB, en %<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.alternatives-economiques.fr\/sites\/default\/files\/public\/styles\/embed_media\/public\/media\/intertes_de_la_dette.png?itok=m5TrtpZ8\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>Source : Ameco<\/p>\n\n\n\n<p>La perspective de la cr\u00e9ation de la zone euro a donn\u00e9 confiance aux investisseurs, qui ont largement financ\u00e9 \u00e0 bas co\u00fbts les dettes publiques europ\u00e9ennes &#8211; quelques fois avec trop de z\u00e8le, sans appr\u00e9cier suffisamment les capacit\u00e9s de remboursement de pays comme la Gr\u00e8ce. Par la suite, l\u2019\u00e9pargne mondiale disponible pour s\u2019investir s\u2019est retrouv\u00e9e \u00e0 un niveau plus \u00e9lev\u00e9 que ce que les entreprises et les administrations publiques \u00e9taient pr\u00eates \u00e0 investir, poussant le loyer de l\u2019argent &#8211; les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat &#8211; \u00e0 la baisse.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s la crise financi\u00e8re et celle de la zone euro, les politiques mon\u00e9taires des banques centrales ont contribu\u00e9, par leurs interventions, \u00e0 maintenir les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e0 un niveau faible. Mais, du fait de l\u2019exc\u00e9dent d\u2019\u00e9pargne mondiale, ceux-ci \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 orient\u00e9s \u00e0 la baisse avant l\u2019intervention des banques centrales. La fin du&nbsp;<em>quantitative easing<\/em>, on l\u2019a vu, sera tr\u00e8s progressive puisque la BCE va r\u00e9investir pendant un moment &#8211; aucun terme n\u2019a encore \u00e9t\u00e9 fix\u00e9 &#8211; ce qu\u2019elle touche en remboursements. Elle a par ailleurs indiqu\u00e9 qu\u2019elle ne commencerait \u00e0 remonter, graduellement, ses taux d\u2019int\u00e9r\u00eat qu\u2019apr\u00e8s l\u2019\u00e9t\u00e9 2019. Enfin, la baisse du volume de la dette allemande, on l\u2019a vu, devrait inciter les investisseurs \u00e0 vouloir acheter de la dette fran\u00e7aise, ce qui contribuera \u00e9galement \u00e0 en maintenir le co\u00fbt \u00e0 un niveau faible.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">5. Aucun souci donc&nbsp;?<\/h2>\n\n\n\n<p>N\u2019y a-t-il donc aucun sujet d\u2019inqui\u00e9tude \u00e0 propos de la dette fran\u00e7aise&nbsp;? Si, il y en a m\u00eame trois. D\u2019abord, si le niveau actuel appara\u00eet supportable, bien financ\u00e9 et peu co\u00fbteux, une nouvelle crise importante &#8211; par exemple des tensions dans la zone euro dues aux probl\u00e8mes budg\u00e9taires italiens, \u00e0 un Brexit dur, \u00e0 la faillite retentissante d\u2019une Deutsche Bank mal en point, etc. &#8211; emm\u00e8nerait la dette vers des niveaux plus risqu\u00e9s et moins contr\u00f4lables. La France se doit donc de ma\u00eetriser la progression de ses d\u00e9ficits publics et de sa dette.<\/p>\n\n\n\n<p>Dette des entreprises non financi\u00e8res en France et dans la zone euro, en % du PIB<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.alternatives-economiques.fr\/sites\/default\/files\/public\/styles\/embed_media\/public\/media\/dette_des_entreprises.png?itok=0GCpFTdr\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>Source : BRI<\/p>\n\n\n\n<p>Ensuite, au-del\u00e0 de ces \u00e9v\u00e9nements conjoncturels et qui ne d\u00e9pendent pas de la France, la tendance structurelle de la mont\u00e9e de la dette fran\u00e7aise r\u00e9sulte pour une partie significative de l\u2019id\u00e9ologie anti-imp\u00f4t des gouvernements de tous bords qui se sont succ\u00e9d\u00e9 au cours des vingt derni\u00e8res ann\u00e9es. La pr\u00e9sidence Macron poursuit la m\u00eame trajectoire et adopte le m\u00eame discours volontaire de r\u00e9duction de la dette, tout en se privant des moyens d\u2019y arriver en supprimant des recettes fiscales.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, s\u2019il faut s\u2019inqui\u00e9ter d\u2019une dette, c\u2019est aujourd\u2019hui plut\u00f4t celle des entreprises priv\u00e9es qui suscite des craintes. Le Haut Conseil de stabilit\u00e9 financi\u00e8re, l\u2019organisme charg\u00e9 de surveiller le syst\u00e8me financier fran\u00e7ais afin d\u2019\u00e9viter les prochaines crises, s\u2019en est d\u00e9j\u00e0 ouvert plusieurs fois au cours des derniers mois. De fait, on constate une mont\u00e9e rapide de l\u2019endettement des entreprises fran\u00e7aises, une utilisation d\u2019une partie des fonds emprunt\u00e9s pour de la sp\u00e9culation financi\u00e8re et une \u00e9volution compl\u00e8tement \u00e0 contre-courant par rapport aux autres pays europ\u00e9ens.<\/p>\n\n\n\n<p>De ce point de vue, les donn\u00e9es de la Banque de France ont tendance \u00e0 minimiser le sujet. Elles indiquent un taux d\u2019endettement des entreprises non financi\u00e8res \u00e9quivalent \u00e0 72,7\u00a0% du PIB \u00e0 fin mars 2018. Mais ce chiffre n\u2019inclut pas les pr\u00eats entre entreprises, qu\u2019elles soient d\u2019un m\u00eame groupe ou \u00e9trang\u00e8res l\u2019une \u00e0 l\u2019autre. Lorsque l\u2019on inclut cette dette suppl\u00e9mentaire, comme le fait la Banque des r\u00e8glements internationaux (BRI), on constate un taux d\u2019endettement de 134,1\u00a0% du PIB \u00e0 fin mars. Un niveau bien plus \u00e9lev\u00e9 que celui de la dette publique. Mais qui, pourtant, ne fait pas l\u2019occasion d\u2019un d\u00e9bat public. Parlons dette\u00a0? D\u2019accord, mais de celle qui est vraiment pr\u00e9occupante.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><a href=\"https:\/\/www.alternatives-economiques.fr\/users\/christian-chavagneux\">CHRISTIAN CHAVAGNEUX<\/a><\/strong>17\/12\/2018\u00a0 Alternatives \u00e9conomiques<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les mesures annonc\u00e9es par Emmanuel Macron pourraient porter un coup \u00e0 la dette fran\u00e7aise qui fr\u00f4le les 100\u00a0% du PIB. Est-ce si grave\u00a0? Ce n&rsquo;est pas elle qui devrait nous inqui\u00e9ter le plus. Plong\u00e9e dans ses arcanes. En juin 2018, la dette publique fran\u00e7aise repr\u00e9sentait 2&nbsp;300 milliards d\u2019euros, l\u2019\u00e9quivalent de 99&nbsp;% du produit int\u00e9rieur brut &#8230; <a href=\"https:\/\/www.shukuru.fr\/?p=1355\" class=\"more-link\">Read More<span class=\"screen-reader-text\"> \u00ab\u00a0Dette publique : pas de quoi paniquer !\u00a0\u00bb<\/span> &raquo;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-1355","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-actualite"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.shukuru.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1355","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.shukuru.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.shukuru.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.shukuru.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.shukuru.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1355"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.shukuru.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1355\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2033,"href":"https:\/\/www.shukuru.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1355\/revisions\/2033"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.shukuru.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1355"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.shukuru.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1355"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.shukuru.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1355"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}