{"id":190,"date":"2010-11-11T11:51:45","date_gmt":"2010-11-11T11:51:45","guid":{"rendered":"http:\/\/www.shukuru.fr\/?p=190"},"modified":"2023-09-16T10:10:54","modified_gmt":"2023-09-16T10:10:54","slug":"le-tour-du-monde-dun-jean","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.shukuru.fr\/?p=190","title":{"rendered":"Le tour du monde d&rsquo;un Jean"},"content":{"rendered":"<p>Dans le centre commercial d&rsquo;Ipswich, dans  l&rsquo;est de l&rsquo;Angleterre, une pancarte vante des \u201cGrandes marques \u00e0 19, 95  livres [30 \u20ac]\u201d. Juste un jean, se nichant parmi des dizaines d&rsquo;autres  identiques. Un Lee Cooper, mod\u00e8le LC10. Du 100 % coton. Mais aucune  mention de l&rsquo;origine, ce qui est sans doute tout aussi bien, car que  mettre si on la connaissait vraiment ? \u201cFabriqu\u00e9 en Tunisie, en Italie,  en Allemagne, en France, en Irlande du Nord, au Pakistan, en Turquie, au<\/p>\n<p>Japon, en Cor\u00e9e du Sud, en Namibie, au B\u00e9nin,  en Australie et en Hongrie\u201d ? Car cette boutique est le terminus d&rsquo;un  voyage dont les \u00e9tapes, mises bout \u00e0 bout, feraient une fois et demie le  tour du monde.<\/p>\n<p>Ces jeans sont arriv\u00e9s ici il y a quelques  jours dans une camionnette depuis l&rsquo;entrep\u00f4t de Lee Cooper au nord de  Londres. Auparavant, il avait travers\u00e9 la Manche par le tunnel, dans un  camion parti d&rsquo;un entrep\u00f4t similaire \u00e0 Amiens et, avant cela encore,  avait quitt\u00e9 la Tunisie par train et par bateau. Il venait de Ras Jebel  plus pr\u00e9cis\u00e9ment, \u00e0 une bonne heure de route au nord de Tunis, une  petite ville de 3 000 \u00e2mes, banale, tranquille et poussi\u00e9reuse, qui ne  compte pas moins de trois usines fabriquant des v\u00eatements Lee Cooper.  Ici, 500 femmes travaillent \u00e0 un rythme effr\u00e9n\u00e9, les yeux baiss\u00e9s, tous  les muscles du corps tendus. Chacune a sa sp\u00e9cialit\u00e9 : fermetures  Eclair, poches, coutures lat\u00e9rales, ourlets. Mais cet atelier, cette  petite communaut\u00e9 d&rsquo;ouvri\u00e8res, ne signe pas le d\u00e9but de notre pantalon.  En un sens, il en marque plut\u00f4t la fin : la destination. Il y a, par  exemple, cette toile rigide, d&rsquo;un bleu sombre, le denim Kansas. Il  arrive \u00e0 Ras Jebel par les voies terrestre et maritime, en provenance de  l&rsquo;usine Italdenim de Milan, \u00e0 pr\u00e8s de 1 000 kilom\u00e8tres de l\u00e0, o\u00f9 il a  \u00e9t\u00e9 fil\u00e9, tiss\u00e9 et teint avec de l&rsquo;indigo synth\u00e9tique manufactur\u00e9 \u00e0  environ 500  kilom\u00e8tres plus au nord, \u00e0 Francfort, en Allemagne. A Ras  Jebel, on le coupe, le coud et le transforme de nouveau, cette fois en  un tissu doux et agr\u00e9able \u00e0 porter, dans de gigantesques machines \u00e0  laver industrielles, en utilisant de la pierre ponce extraite d&rsquo;un  volcan \u00e9teint de Turquie.<\/p>\n<p>Et qu&rsquo;en est-il du coton qui sert \u00e0 fabriquer  la toile ? Italdenim compte plusieurs sources d&rsquo;approvisionnement, la  principale \u00e9tant le B\u00e9nin, en Afrique de l&rsquo;Ouest. Ainsi, apr\u00e8s avoir  parcouru plus de 4 000  kilom\u00e8tres en direction du nord, vers Milan, ce  coton refait le chemin inverse, plusieurs centaines de kilom\u00e8tres vers  Tunis, avant de repartir de nouveau vers le nord, pour se rendre en  Angleterre.<\/p>\n<p>Le B\u00e9nin est l&rsquo;un des pays cultivateurs  d&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest. En raison de la corruption et de la mauvaise  gestion, les cultivateurs sont pour la plupart rest\u00e9s aussi pauvres  qu&rsquo;il y a cent ans, lorsque les Fran\u00e7ais ont introduit cette culture  dans la r\u00e9gion. Nous voici sur les 3 hectares appartenant \u00e0 Nestor  Zinkponon, au village de Saklo Agoume, dans le centre du pays. Aux  moments les plus charg\u00e9s de la saison, lors des semailles et de la  cueillette, 48 personnes travaillent dans ces champs pour 6 FF par jour.  Ces d\u00e9penses mettent Nestor Zinkponon \u00e0 la merci de la moindre mauvaise  r\u00e9colte. L&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re, les pluies du d\u00e9but de saison ne sont pas  tomb\u00e9es, et l&rsquo;engrais fra\u00eechement \u00e9pandu a \u00e9t\u00e9 emport\u00e9 par les vents. En  cons\u00e9quence, il a r\u00e9alis\u00e9 \u00e0 peine 23 \u20ac de b\u00e9n\u00e9fices sur une tonne et  demie de coton &#8211; de quoi s&rsquo;acheter une jambe d&rsquo;un Lee Cooper LC10.<\/p>\n<p>A Tunis, le coton b\u00e9ninois n&rsquo;est pas le seul  qui entre dans la fabrication de nos jeans. Il y a aussi celui de Cor\u00e9e  du Sud ou du Pakistan, fil\u00e9 et trait\u00e9 par la chaleur dans ce dernier  pays. Il y a aussi le, ou plut\u00f4t les fils \u00e0 coudre en coton &#8211; ils sont  produits \u00e0 Lisnaskea, en Irlande du Nord, mais aussi en Hongrie et en  Turquie. Ils sont teints en Espagne et mis en bobine \u00e0 Tunis, avant  d&rsquo;\u00eatre exp\u00e9di\u00e9s \u00e0 Ras Jebel. L&rsquo;entreprise ach\u00e8te la fibre polyester, qui  donne au fil sa solidit\u00e9, au Japon, o\u00f9 on la fabrique avec des produits  p\u00e9troliers. Tout comme la bande en polyester de la fermeture Eclair  qui, par une pure co\u00efncidence, est produite en France par une autre  firme japonaise, YKK. Le laiton des dents de la fermeture provient  \u00e9galement du Japon. Le laiton est un alliage compos\u00e9 principalement de  cuivre avec un peu de zinc. Les rivets et une partie des boutons sont  aussi en laiton. Ils sont fournis par Prym, une entreprise allemande qui  produit son propre laiton avec du zinc et du cuivre import\u00e9s  d&rsquo;Australie et de Namibie.<\/p>\n<p><strong><em>THE GUARDIAN <\/em><\/strong>(extraits) &#8211; Londres<\/p>\n<p>Fran Abrams et James Asill<\/p>\n<p>Article traduit et publi\u00e9 par <strong><em>Courrier International<\/em><\/strong><\/p>\n<p>02\/08\/2001, Num\u00e9ro 561<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans le centre commercial d&rsquo;Ipswich, dans l&rsquo;est de l&rsquo;Angleterre, une pancarte vante des \u201cGrandes marques \u00e0 19, 95 livres [30 \u20ac]\u201d. Juste un jean, se nichant parmi des dizaines d&rsquo;autres identiques. Un Lee Cooper, mod\u00e8le LC10. Du 100 % coton. 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