{"id":194,"date":"2010-11-11T11:54:02","date_gmt":"2010-11-11T11:54:02","guid":{"rendered":"http:\/\/www.shukuru.fr\/?p=194"},"modified":"2023-09-16T10:17:04","modified_gmt":"2023-09-16T10:17:04","slug":"entre-les-riches-et-les-pauvres-les-classes-moyennes-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.shukuru.fr\/?p=194","title":{"rendered":"Entre les riches et les pauvres, les classes moyennes"},"content":{"rendered":"<p>Par Louis Chauvel, sociologue, observatoire sociologique du changement, CNRS<br \/>\nL\u2019approche comparative retenue dans les contributions pr\u00e9c\u00e9dentes pr\u00e9sente l\u2019int\u00e9r\u00eat, en<br \/>\nd\u00e9finitive peu fr\u00e9quent, de confronter riches (Pin\u00e7on et Charlot) et pauvres (Thomas), et de compl\u00e9ter le point de vue par un panorama sur la r\u00e9partition globale du revenu (Lollivier). Lachose n\u2019est pas banale : les organismes officiels ayant en charge la gestion des probl\u00e8mes sociaux auraient plut\u00f4t tendance \u00e0 s\u2019int\u00e9resser aux seuls pauvres, et les recherches acad\u00e9miques, en \u00e9conomie sociale notamment, se livrent plus fr\u00e9quemment \u00e0 une analyse des indicateurs d\u2019in\u00e9galit\u00e9 globale, sans n\u00e9cessairement s\u2019int\u00e9resser aux exp\u00e9riences v\u00e9cues par les individus situ\u00e9s \u00e0 la cime ou dans l\u2019ab\u00eeme des courbes de r\u00e9partition du revenu.L\u2019approche que nous avons ici permet en revanche de comparer et de renvoyer dos \u00e0 dos deux exp\u00e9riences limites : celles des extr\u00eames, de l\u2019opulence et des difficult\u00e9s.N\u00e9anmoins, dans ce choix de pr\u00e9sentation, on notera la mise \u00e0 l\u2019\u00e9cart d\u2019un troisi\u00e8me groupe,d\u2019un tiers ici exclu, c\u2019est-\u00e0-dire, quel que soit le terme que l\u2019on veut utiliser, des classes ou des cat\u00e9gories moyennes : un groupe moyen ou interm\u00e9diaire (de nombreux guillemets seraient ici de rigueur). On remarquera \u00e9galement que, d\u2019embl\u00e9e, la discussion s\u2019est polaris\u00e9e sur des diff\u00e9rences quantitatives entre ceux qui ont plus et ceux qui ont moins et a plut\u00f4t mis \u00e0 l\u2019\u00e9cart d\u2019autres modes de repr\u00e9sentation de l\u2019architecture sociale, \u00e0 savoir des approches plus cat\u00e9goriques, ou, pour utiliser une vieille terminologie, des approches en termes de classes sociales.<br \/>\nJ\u2019y reviendrai, apr\u00e8s avoir soulign\u00e9 trois \u00e9l\u00e9ments importants que les analyses pr\u00e9sent\u00e9es ici ont apport\u00e9 \u00e0 la r\u00e9flexion. D\u2019abord, le fait qu\u2019il est devenu impossible de comprendre les positions sociales en ne faisant appel qu\u2019\u00e0 une dimension ; la question sociale est devenue profond\u00e9ment multidimensionnelle. Ensuite, le fait que l\u2019on ne peut plus rien comprendre avec une simple observation statique des conditions, et qu\u2019il existe une dynamique, une trajectoire et une carri\u00e8re, tant au sein des grandes fortunes, qui exigent la longue mobilisation de g\u00e9n\u00e9rations et de lign\u00e9es complexes, qu\u2019au sein de la pauvret\u00e9, o\u00f9 la pauvret\u00e9 transitoire et passag\u00e8re est moins probl\u00e9matique que celle qui semble se structurer actuellement, avec la formation d\u2019une \u00ab sous classe \u00bb (underclass), qui n\u2019est pas sans rappeler le Lumpen proletariat d\u2019hier, que le plein emploi avait peu \u00e0 peu int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 salariale \u00ab normale \u00bb. Enfin, le fait qu\u2019entre riches et pauvres, aux deux extr\u00e9mit\u00e9s de l\u2019\u00e9chelle sociale, les situations sont totalement dissym\u00e9triques : la richesse n\u2019est pas le contraire de la pauvret\u00e9. Enfin, que Pauvret\u00e9 et richesse, des probl\u00e8mes multidimensionnels<br \/>\nLa question de la multidimensionnalit\u00e9 pose de plus en plus un probl\u00e8me de fond, difficile \u00e0<br \/>\ng\u00e9rer, dans la recherche sociologique : le constat que pauvret\u00e9, comme richesse, correspond \u00e0 des cumuls de situations. L\u2019observation du seul revenu ne permet pas de rep\u00e9rer des cat\u00e9gories fragilis\u00e9es, cumulant des handicaps nombreux, handicaps que le revenu ne permet pas n\u00e9cessairement de pallier. Le revenu \u00e0 lui seul ne suffit pas non plus \u00e0 d\u00e9finir la puissance sociale de certains individus ou familles dans l\u2019organisation sociale. Le questionnaire \u00ab Etes vous une ou un bourgeois ? \u00bb de Pin\u00e7on et Charlot correspond \u00e0 une multitude de crit\u00e8res,assez sp\u00e9cifiques, en mesure de juger de ressources sociales qui ne peuvent \u00e0 la limite pas s\u2019acheter. Le revenu, \u00e0 lui seul (non plus que le patrimoine, \u00e0 lui seul, non plus que tout autre crit\u00e8re, \u00e0 lui seul), ne permet pas de rep\u00e9rer ou de d\u00e9finir de fa\u00e7on univoque les conditions d\u2019existence de groupes typiques. Il est donc n\u00e9cessaire, pour tout chercheur comme pour tout gestionnaire de populations sp\u00e9cifiques, de se fonder sur la position des individus non plus sur une \u00e9chelle unique mais dans un espace aux dimensions multiples. La position sociale ne se d\u00e9finit pas sur un simple crit\u00e8re, mais par le croisement d\u2019une multitude de ressource et de handicaps cumul\u00e9s. Il ne fait pas de doute que pour le gestionnaire, qui aime cibler des populations par un crit\u00e8re pr\u00e9cis permettant de rep\u00e9rer des fronti\u00e8res sociales certaines entre un groupe sp\u00e9cifique qui l\u2019int\u00e9resse et les autres, c\u2019est l\u00e0 une tr\u00e8s mauvaise nouvelle : la r\u00e9solution des probl\u00e8mes sociaux ne se contentera pas de frappes chirurgicales sur des populations circonscrites. La population cible est une groupe plus flou aux fronti\u00e8res plus poreuses que ce que l\u2019on a cru ; pire, la cible est mouvante.<br \/>\nPauvret\u00e9 et richesse, de la statique \u00e0 la dynamique<br \/>\nEn effet, le probl\u00e8me pos\u00e9 par la multidimensionnalit\u00e9 a son pendant d\u00e8s que la question du temps est int\u00e9gr\u00e9e \u00e0 la d\u00e9marche. Pin\u00e7on et Charlot nous montrent que le propre des grandes familles est de se perp\u00e9tuer dans une certaine forme d\u2019immobilit\u00e9 s\u00e9culaire de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration. Il ne faut pas insister sur les mots \u00ab immobilit\u00e9 \u00bb mais sur \u00ab s\u00e9culaire \u00bb et \u00ab g\u00e9n\u00e9ration \u00bb : la richesse et la grandeur des familles se conquiert dans la dynamique d\u2019un temps infiniment long. De la m\u00eame fa\u00e7on, la pauvret\u00e9 n\u2019est pas le probl\u00e8me d\u2019une chute de quelques mois \u00e0 un niveau de revenu vu comme indigent ; la difficult\u00e9 est celle de sa structuration diachronique en un \u00e9tat susceptible de se transmettre de parents en enfants.Autour de 1985, lorsque l\u2019on d\u00e9couvrait progressivement les probl\u00e8mes de la \u00ab nouvelle  pauvret\u00e9 \u00bb, le plein emploi n\u2019\u00e9tait aboli que depuis dix ans, et les ravages de la nouvelle \u00e8re ne pouvaient encore \u00eatre \u00e9valu\u00e9s ; en 2000, un quart de si\u00e8cle apr\u00e8s l\u2019\u00e9mergence du ch\u00f4mage de masse, nous allons commencer \u00e0 observer la cr\u00e9ation de lign\u00e9es de d\u00e9saffili\u00e9s. En d\u00e9finitive, la richesse et la pauvret\u00e9 individuelle se jugent \u00e0 une carri\u00e8re, une trajectoire et une dynamique plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 un \u00e9tat transitoire ; les riches, comme les pauvres, ne peuvent se concevoir que comme des groupes inscrits dans des carri\u00e8res familiales interg\u00e9n\u00e9rationnelles,en mesure de d\u00e9passer l\u2019horizon des p\u00e9riodes de l\u2019histoire sociale.<br \/>\nPauvret\u00e9 et richesse en dissym\u00e9trie<br \/>\nJusqu\u2019ici, nous avons vu la richesse et la pauvret\u00e9 comme des \u00e9tats contraires, mais<br \/>\nsusceptibles d\u2019\u00eatre jug\u00e9s selon la m\u00eame aune : les manques des uns \u00e9tant les exc\u00e8s des autres.<br \/>\nC\u2019est un peu ce que nous avons vu pour les deux premiers points. En d\u00e9finitive, beaucoup les voient comme occupant des positions oppos\u00e9es mais sym\u00e9triques dans l\u2019\u00e9chiquier sociales. Il ne faut pourtant pas se m\u00e9prendre : les conditions des uns et des autres sont bien au contraire totalement dissym\u00e9triques. On le con\u00e7oit ais\u00e9ment en comprenant que s\u2019il est possible de produire le nom et l\u2019identit\u00e9 des \u00ab 200 familles \u00bb, comme nagu\u00e8re, ou des \u00ab 500 fortunes professionnelles \u00bb comme dans la presse hebdomadaire d\u2019aujourd\u2019hui, personne ne recherche l\u2019identit\u00e9 des \u00ab 200 pauvres \u00bb. Le RMI permet certes de conna\u00eetre l\u2019identit\u00e9 d\u2019un million de pauvres, mais ce n\u2019est pas \u00e0 titre personnel, contrairement \u00e0 Mme Bettencourt ou Mr Owen-Jones (resp. principale actionnaire et PDG de l\u2019Or\u00e9al, ici \u00e0 titre d\u2019exemples). Personne ne s\u2019int\u00e9resse au titulaire du RMI de l\u2019ann\u00e9e. On notera aussi la tr\u00e8s forte dissym\u00e9trie entre le questionnaire de Pin\u00e7on et Charlot (\u00ab Etes-vous un(e) bourgeois(e) ? \u00bb) et celui qui correspondrait \u00e0 \u00ab \u00eates vous un ou une pauvre ? \u00bb.Les crit\u00e8res qui permettent de d\u00e9finir la richesse, l\u2019appartenance \u00e0 la haute soci\u00e9t\u00e9 sont<br \/>\nextr\u00eamement vari\u00e9s mais ne sont pas les m\u00eames que ceux qui permettent d\u2019appr\u00e9hender la pauvret\u00e9. On ne va gu\u00e8re s\u2019int\u00e9resser \u00e0 l\u2019\u00e9tat de sant\u00e9 des riches ou des super-riches, en termes de privation de capacit\u00e9s fonctionnelles ou de difficult\u00e9 \u00e0 effectuer seul un ensemble d\u2019action ; la richesse, ce n\u2019est pas disposer de facult\u00e9s physiques plus qu\u2019olympiques. Il ne fait pas de doute que, m\u00eame en chaise roulante, un riche reste riche, alors que l\u2019incapacit\u00e9 \u00e0f aire soi-m\u00eame son m\u00e9nage ou ses courses est privatif de ressources pour qui dispose de moyens marchands (ou de ressources sociales) insuffisant(e)s pour acheter (se voir mettre \u00e0 disposition) le travail d\u2019autrui. Pour ce qui est de l\u2019acc\u00e8s du riche aux services de sant\u00e9, la question pertinente sera la disponibilit\u00e9 d\u2019un encadrement m\u00e9dical \u00e0 plein temps, la possibilit\u00e9 d\u2019acc\u00e9der \u00e0 l\u2019H\u00f4pital Am\u00e9ricain ou au Val-de-Gr\u00e2ce, le cas \u00e9ch\u00e9ant, etc. Pour le pauvre,l\u2019acc\u00e8s \u00e0 un dispensaire et la r\u00e9gularit\u00e9 des visites m\u00e9dicales seront des variables plus pertinentes.<br \/>\nPour ce qui est des pauvres on va s\u2019int\u00e9resser \u00e0 tout un ensemble de situations qu\u2019il ne<br \/>\nviendrait pas \u00e0 l\u2019id\u00e9e pour rep\u00e9rer les riches, et r\u00e9ciproquement. Le fait qu\u2019une rue de Paris ou d\u2019ailleurs porte le nom d\u2019un membre de la famille n\u2019a pas de question proche ou ne serait-ce qu\u2019homologue chez les pauvres. Ce constat n\u2019est pas neutre : m\u00eame si, en partie, les riches et les pauvres sont susceptibles d\u2019\u00eatre oppos\u00e9s sur une \u00e9chelle, quelque chose d\u2019autre les distingue n\u00e9anmoins\u2026<\/p>\n<p>Il s&rsquo;agit des premi\u00e8res pages d&rsquo;un article de Louis CHAUVEL sur les classes moyennes. Vous pouvez trouver sur internet la totalit\u00e9 de l&rsquo;article<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Louis Chauvel, sociologue, observatoire sociologique du changement, CNRS L\u2019approche comparative retenue dans les contributions pr\u00e9c\u00e9dentes pr\u00e9sente l\u2019int\u00e9r\u00eat, en d\u00e9finitive peu fr\u00e9quent, de confronter riches (Pin\u00e7on et Charlot) et pauvres (Thomas), et de compl\u00e9ter le point de vue par un panorama sur la r\u00e9partition globale du revenu (Lollivier). 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