{"id":937,"date":"2014-09-17T09:24:27","date_gmt":"2014-09-17T09:24:27","guid":{"rendered":"http:\/\/www.shukuru.fr\/?p=937"},"modified":"2023-08-27T14:49:17","modified_gmt":"2023-08-27T14:49:17","slug":"un-constat-de-levolution-des-conflits-sociaux-realise-par-un-syndicat-de-cadre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.shukuru.fr\/?p=937","title":{"rendered":"Un constat de l&rsquo;\u00e9volution des conflits sociaux, r\u00e9alis\u00e9 par un syndicat de cadre"},"content":{"rendered":"<p>Entre 1975 et 2005, le nombre de jours de gr\u00e8ve comptabilis\u00e9s en France aurait \u00e9t\u00e9 divis\u00e9 par dix-huit ! Toutefois, il serait illusoire d\u2019en conclure que notre pays b\u00e9n\u00e9ficierait d\u2019un climat social apais\u00e9. En effet, on assiste \u00e0 l\u2019\u00e9mergence de nouvelles formes de conflits, moins visibles, moins structur\u00e9s, mais tout aussi ravageurs pour les entreprises. Les grandes gr\u00e8ves sont moins nombreuses. Mais le malaise social est toujours l\u00e0, notamment chez les cadres. Alors que la crise s\u2019installe, il est urgent de le prendre en compte dans l\u2019expression du dialogue social, comme s\u2019y attelle la FIECI.<\/p>\n<p>Sur le papier, la France jouit d\u2019un climat social de plus en plus apais\u00e9. Les statistiques du minist\u00e8re du Travail sont sans appel. Elles d\u00e9crivent un d\u00e9clin continu du nombre de jours de gr\u00e8ve. En 1975, la France aurait totalis\u00e9 quelque 4,5 millions de jours de gr\u00e8ve contre seulement 750.000 en 1985 et 250.000 en 2005 ! Mais ces statistiques refl\u00e8tent-elles la r\u00e9alit\u00e9 v\u00e9cue sur le terrain par les chefs d\u2019entreprises et les salari\u00e9s ? Rien n\u2019est moins s\u00fbr ! Lors d\u2019une r\u00e9cente conf\u00e9rence organis\u00e9e par l\u2019Institut de l\u2019entreprise, Jean-Michel Denis, ma\u00eetre de conf\u00e9rences en sociologie \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Marne-la-Vall\u00e9e, s\u2019est attach\u00e9 \u00e0 d\u00e9montrer pourquoi (1). <\/p>\n<p>Des gr\u00e8ves mal comptabilis\u00e9es<\/p>\n<p>Pour ce chercheur du Centre d\u2019\u00c9tudes de l\u2019Emploi, il faut d\u2019abord relativiser la fiabilit\u00e9 des statistiques du minist\u00e8re du Travail. En effet, il y aurait :<\/p>\n<p>\u2022    un probl\u00e8me de fiabilit\u00e9 car le signalement des conflits n\u2019est accompagn\u00e9 d\u2019aucun acte administratif obligatoire. De nombreuses gr\u00e8ves ne seraient donc pas recens\u00e9es.<\/p>\n<p>\u2022    un probl\u00e8me d\u2019exhaustivit\u00e9 li\u00e9 au difficile rep\u00e9rage des gr\u00e8ves dans les PME et des arr\u00eats de travail de courte dur\u00e9e (gr\u00e8ves d\u2019une journ\u00e9e et d\u00e9brayages). Or ceux-ci se sont d\u00e9velopp\u00e9s \u00e0 mesure que se r\u00e9pandait le travail \u00e0 flux tendus.<\/p>\n<p>Au final, il y aurait donc une sous-\u00e9valuation croissante des gr\u00e8ves. \u00ab Dans le ressort de l\u2019inspection de droit commun, trois quarts des journ\u00e9es individuelles non travaill\u00e9es (JINT) ne sont pas recens\u00e9es en 2004 contre la moiti\u00e9 en 1992 \u00bb, reconna\u00eet Alexandre Carlier, de la Direction de l\u2019Animation de la Recherche, des \u00c9tudes et des Statistiques (DARES) du minist\u00e8re du Travail (2).<\/p>\n<p>Un constat d\u00e9menti sur le terrain<\/p>\n<p>Pour se faire une id\u00e9e du climat social, mieux vaut donc observer ce qui se passe sur le terrain. C\u2019est bien s\u00fbr ce que font quotidiennement les cadres et les \u00e9lus de la FIECI. C\u2019est \u00e9galement la d\u00e9marche retenue par l\u2019Enqu\u00eate REPONSE (Relations professionnelles et n\u00e9gociations d\u2019entreprises) r\u00e9alis\u00e9e de janvier \u00e0 juin 2005 (3). Les donn\u00e9es recueillies aupr\u00e8s de 2.930 repr\u00e9sentants de la direction, 1.970 repr\u00e9sentants du personnel et 7.940 salari\u00e9s brossent un portrait social bien diff\u00e9rent de celui r\u00e9sultant du seul comptage des jours de gr\u00e8ve. En effet :<\/p>\n<p>\u2022    30 % des directions d\u2019\u00e9tablissements ont d\u00e9clar\u00e9 avoir connu au moins un conflit collectif entre 2002 et 2004, contre 21 % entre 1996 et 1998 ;<br \/>\n\u2022    la proportion d\u2019\u00e9tablissements ayant connu des conflits avec arr\u00eat de travail a augment\u00e9 de 2,4 points entre les p\u00e9riodes 1996-1998 et 2002-2004 ;<\/p>\n<p>\u2022    dans le m\u00eame temps, la proportion d\u2019\u00e9tablissements ayant connu des conflits sans arr\u00eat de travail a augment\u00e9 de 6,9 points.<\/p>\n<p>Des conflits collectifs en transformation<\/p>\n<p>Selon Jean-Pierre Denis, les conflits n\u2019ont donc pas disparu. Ils se sont transform\u00e9s. L\u2019Enqu\u00eate REPONSE permet ainsi de constater :<\/p>\n<p>\u2022    une baisse de la proportion d\u2019\u00e9tablissements touch\u00e9s par des gr\u00e8ves de deux jours et plus (2,5 % contre 3 %) ;<br \/>\n\u2022    une hausse de la proportion d\u2019\u00e9tablissements touch\u00e9s par des gr\u00e8ves de moins de deux jours (8,8 % contre 7,5 %) ;<br \/>\n\u2022    une augmentation de la proportion des d\u00e9brayages (10 % contre 7,5 %) ;<br \/>\n\u2022    une explosion du refus des heures suppl\u00e9mentaires (9,6 % contre 3,2 %).<\/p>\n<p>Si bien qu\u2019au total, la proportion d\u2019\u00e9tablissements frapp\u00e9s par un conflit collectif a augment\u00e9 de 30 % entre 1996-1998 et 2002-2004. Et il faut aussi prendre en compte des conflits individuels en tr\u00e8s forte hausse !<\/p>\n<p>Des conflits individuels en explosion<\/p>\n<p>L\u2019Enqu\u00eate REPONSE permet en effet de constater une forte augmentation du nombre d\u2019\u00e9tablissements concern\u00e9s par les diff\u00e9rentes sanctions prises \u00e0 l\u2019encontre des salari\u00e9s entre 1998 et 2004 et particuli\u00e8rement des :<\/p>\n<p>\u2022    Avertissements \u00e9crits : + 4,8 %<br \/>\n\u2022    Mises \u00e0 pied : + 7,1 %<br \/>\n\u2022    Licenciements pour faute : +10,6 %<\/p>\n<p>De m\u00eame, les recours prud\u2019homaux et les probl\u00e8mes d\u2019absent\u00e9isme se sont multipli\u00e9s. Ils concernent respectivement 42 % et 47 % des \u00e9tablissements en 2002-2004.<\/p>\n<p>Une individualisation des conflits touchant singuli\u00e8rement les cadres<\/p>\n<p>Par nature moins port\u00e9s aux grands conflits collectifs, les cadres sont de plus en plus nombreux \u00e0 adopter des comportements relevant de la r\u00e9volte individuelle d\u00e9clar\u00e9e ou larv\u00e9e \u00e0 l\u2019encontre de leur hi\u00e9rarchie. Professeurs de management \u00e0 l\u2019EM-Lyon et \u00e0 l\u2019INSEAD, David Courpasson et Jean-Claude Thoenig se sont int\u00e9ress\u00e9s \u00e0 ce ph\u00e9nom\u00e8ne dans un r\u00e9cent ouvrage au titre r\u00e9v\u00e9lateur : \u00ab Quand les cadres se rebellent \u00bb (4). Ils estiment que ces confrontations ont des cons\u00e9quences ambivalentes. Elles laissent des cicatrices durables, mais sont aussi \u00ab une occasion unique de produire des changements \u00bb, b\u00e9n\u00e9fiques tant pour le rebelle que pour l\u2019entreprise. Mais pour cela encore faut-il que les motifs des r\u00e9voltes soient compr\u00e9hensibles par les directions. C\u2019est l\u00e0 l\u2019un des r\u00f4les majeurs du syndicalisme-cadres : transformer en revendications collectives intelligibles, le malaise social diffus et souvent invisible ressenti par les cadres. Seul un authentique dialogue social permettra de surmonter les nouvelles formes de conflits sociaux qui d\u00e9stabilisent les entreprises.<\/p>\n<p>(1) \u00ab Les nouvelles formes de conflictualit\u00e9 dans l\u2019entreprise \u00bb, conf\u00e9rence organis\u00e9e le 11 mars 2009, par l\u2019Institut de l\u2019entreprise, \u00e0 Paris (texte mis en ligne sur le site www.institut-entreprise.fr sous le titre D\u00e9clin ou transformation des conflits du travail).<br \/>\n(2) www.travail-solidarite.gouv.fr<br \/>\n(3) www.35h.travail.gouv.fr<br \/>\n(4) \u00ab Quand les cadres se rebellent \u00bb, par David Courpasson et Jean-Claude Thoenig, \u00c9ditions, Vuibert, ao\u00fbt 2008, 174 p., 19 \u20ac.<\/p>\n<p>EXTRAITS :<\/p>\n<p>Augmentation et transformation des conflits sociaux &#8211; \u00ab On constate une augmentation, mais surtout une transformation des conflits du travail. Il y a notamment une progression des conflits courts, des conflits sans arr\u00eat de travail et des conflits individuels. Du reste, la distinction entre conflits collectifs et individuels est moins nette qu\u2019auparavant comme le montre le refus croissant des heures suppl\u00e9mentaires. \u00bb<br \/>\n\u00ab D\u00e9clin ou transformation des conflits de travail \u00bb, intervention prononc\u00e9e par Jean-Michel Denis le 11\/03\/09 \u00e0 l\u2019Institut de l\u2019entreprise.<\/p>\n<p>Des cadres en r\u00e9bellion contre le management &#8211; \u00ab Des contestations existent dans les entreprises, qui sont le fait de cadres ou assimil\u00e9s et qui ne sont r\u00e9ductibles en aucune mani\u00e8re \u00e0 des mouvements sociaux encadr\u00e9s. Aucun drapeau ne les identifie. Elles ne se r\u00e9f\u00e8rent pas non plus \u00e0 une id\u00e9ologie de type anti-quelque chose. Elles ne visent pas \u00e0 balayer le n\u00e9ocapitalisme ou \u00e0 changer la soci\u00e9t\u00e9. Elles ne font pas la une des m\u00e9dias. Elles restent discr\u00e8tes. Ceux qui ont contest\u00e9 le gardent pour eux. Ces r\u00e9bellions portent sur quelque chose de particulier : des enjeux de type manag\u00e9rial. \u00bb<br \/>\n\u00ab Quand les cadres se rebellent \u00bb, David Courpasson et Jean-Claude Thoenig, op. cit.<\/p>\n<p>Source : http:\/\/www.fieci-cgc.org\/Notes-d-Actu\/conflits-sociaux.html<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Entre 1975 et 2005, le nombre de jours de gr\u00e8ve comptabilis\u00e9s en France aurait \u00e9t\u00e9 divis\u00e9 par dix-huit ! Toutefois, il serait illusoire d\u2019en conclure que notre pays b\u00e9n\u00e9ficierait d\u2019un climat social apais\u00e9. En effet, on assiste \u00e0 l\u2019\u00e9mergence de nouvelles formes de conflits, moins visibles, moins structur\u00e9s, mais tout aussi ravageurs pour les entreprises. &#8230; <a href=\"https:\/\/www.shukuru.fr\/?p=937\" class=\"more-link\">Read More<span class=\"screen-reader-text\"> \u00ab\u00a0Un constat de l&rsquo;\u00e9volution des conflits sociaux, r\u00e9alis\u00e9 par un syndicat de cadre\u00a0\u00bb<\/span> &raquo;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[47],"tags":[],"class_list":["post-937","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.shukuru.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/937","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.shukuru.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.shukuru.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.shukuru.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.shukuru.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=937"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.shukuru.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/937\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2122,"href":"https:\/\/www.shukuru.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/937\/revisions\/2122"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.shukuru.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=937"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.shukuru.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=937"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.shukuru.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=937"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}