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La déforestation au Brésil, une stratégie économique perdante ?

La déforestation en Amazonie aurait augmenté de 278 % en un an, apprenait-on en juillet dernier. Quelques semaines plus tard, en amont du G7, un bras de fer opposait le président brésilien Jair Bolsonaro à Emmanuel Macron à propos des incendies sévissant en Amazonie, puis le hashtag #PrayForAmazonia envahissait Twitter.

Le 3 septembre, nouveau rebondissement : le président brésilien annonçait qu’il ne participerait pas au sommet régional sur l’Amazonie, prévu quelques jours plus tard en Colombie, pour des raisons médicales.

L’attention médiatique que suscite actuellement la déforestation offre l’occasion de réfléchir à la pertinence de la stratégie de développement défendue par le gouvernement actuel au Brésil. Car au-delà des considérations environnementales, le choix de mettre en avant l’agriculture interroge aussi, à long terme, en matière de croissance économique.

La question de la « transition forestière »

Entre 2005 et 2013, la déforestation au Brésil a reculé de 70 %. Il n’était alors pas absurde de penser que le pays allait tôt ou tard entamer une phase de reforestation, et que l’enjeu était que celle-ci arrive le plus tôt possible.

Certains travaux suggèrent en effet, sur la base d’observations empiriques, qu’il y aurait une relation « systématique » entre le niveau de développement d’un pays et la déforestation. À un certain stade de développement, de sécurité alimentaire et de dynamisme économique dans les secteurs non agricoles, la conversion des forêts en terres cultivables est supposée ralentir, puis prendre fin. C’est ce que la littérature en géographie a appelé la transition forestière, et qui fut observé en France, aux États-Unis, ou plus récemment en Chine, en Inde ou au Vietnam.

En économie de l’environnement et de la croissance, une large littérature portant sur la courbe environnementale de Kuznets a également cherché à tester une relation similaire, avec plus ou moins de succès. L’idée est la suivante : le niveau de dégradation environnementale par unité de PIB augmente jusqu’à un certain seuil de revenu par tête, puis diminue durablement.

Si ces liens entre croissance économique, ressources naturelles et environnement demeurent, le relatif optimisme d’il y a quelques années quant à la reforestation au Brésil semble aujourd’hui remis en cause.

Un choix au nom du développement économique

Le président brésilien a fondé une partie de sa stratégie de développement économique sur l’exploitation des ressources naturelles nationales – les forêts, la terre, les mines, etc. Dans nombre de pays, ces ressources fournissent une rente à laquelle certains gouvernements refusent de renoncer, même au nom de l’environnement.

Cette situation fait écho au débat qui a eu lieu en France en 2015 à propos du forage pour l’exploitation des gaz de schiste ; ou encore, plus récemment, à propos de l’exploitation de la mine de la Montagne d’or en Guyane. Dans ces deux cas, le gouvernement a choisi d’interdire l’exploitation de ressources naturelles (au moins temporairement) face à l’incertitude quant aux dommages environnementaux que peut engendrer leur activité extractive.

Le gouvernement brésilien pourrait tout à fait renoncer à autoriser et encourager l’exploitation des sols en Amazonie, au nom du réchauffement climatique, de la biodiversité, mais aussi des dernières populations indigènes vivant sur place. Mais Jaïr Bolsonaro ne semble pas disposé à aller dans ce sens, et y perçoit plutôt un potentiel énorme de conversion des forêts pour produire du soja ou faire paître du bétail, pour résumer les choses simplement.

Si cette vision peut se justifier par la logique d’équité en matière de développement entre les pays du Nord et ceux du Sud, des interrogations subsistent. Car même en faisant fi de toute considération environnementale ou humaniste, l’histoire suggère que cette stratégie n’est pas une garantie de développement ; du moins, pas nécessairement la meilleure.

Un pari pas assuré

Historiquement, c’est le secteur industriel qui semble garantir les plus grands progrès en matière de croissance économique pour les nations.

Ceci s’explique principalement par un fort taux de progrès technique, un taux d’absorption élévé de la population active (y compris pour les travailleurs peu qualifiés), des économies d’échelle et un accès au marché international. C’est la révolution industrielle qui a permis la croissance soutenue de la productivité et des revenus en Grande-Bretagne, puis dans les pays qui ont suivi. C’est aussi l’industrialisation qui a rendu possible les « miracles » de croissance asiatiques et la convergence des niveaux de vie entre des pays comme le Japon et ceux de l’Ouest.

À l’heure de l’avènement annoncé de l’intelligence artificielle, il ne s’agit pas de reproduire à l’identique l’industrialisation telle qu’elle a existé ailleurs, et encore moins de la considérer comme l’unique voie possible vers le développement. Mais la ligne défendue par Jaïr Bolsonaro ne résiste pas à une question : poursuivre l’expansion de secteurs non agricoles perçus comme à fort potentiel (par exemple les services échangeables) ne pourrait-il pas générer plus de croissance à long terme ?

Il n’est pas garanti qu’une spécialisation trop importante dans le secteur agricole, par exemple pour répondre à la demande mondiale de soja, offre à un pays les mêmes perspectives de progrès à long terme. Même s’il présente l’avantage de l’accès au marché international, ce modèle pourrait s’avérer fragile. Au-delà des questions cruciales de taux de croissance de la productivité et de taux d’emploi, des chocs de demande – comme un changement dans les préférences des consommateurs en faveur de l’environnement, ou encore un apaisement dans la guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis, pourraient compromettre cette stratégie même à court terme.

Il faut aussi ajouter que la conversion de la forêt amazonienne en terres cultivables pourrait à terme bouleverser le cycle hydrologique et réduire les précipitations, ce qui impacterait en retour les rendements agricoles. Certaines régions pourraient alors perdre leur avantage comparatif dans la production agricole.

Soulignons enfin que la part de l’agriculture dans le PIB brésilien est passée de 18 à 4 % entre 1960 et 2018, et que le taux d’emploi dans ce secteur a diminué de plus de 50 % depuis 1991.

Ces chiffres sont le signe d’une transformation structurelle de l’économie brésilienne, de l’agriculture vers l’industrie et les services. C’est le modèle de croissance, et donc de développement, qui a permis de faire reculer la pauvreté et d’augmenter les niveaux de vie dans la plupart des pays où il a eu lieu. Même à considérer que le réchauffement climatique et la disparition de la biodiversité ne seraient que le problème des pays riches, quel sens cela a-t-il de vouloir rediriger, au moins dans les paroles, l’effort productif vers l’agriculture ?

Une vision en décalage avec son temps

Cette orientation pourrait aussi faire perdre au Brésil des partenariats économiques majeurs. L’Allemagne et la Norvège ont par exemple bloqué l’équivalent de 65 millions d’euros d’aide destinée à la lutte contre la déforestation ; à terme, c’est l’économie brésilienne tout entière qui pourrait souffrir de cette mauvaise image au niveau mondial.

Il faut bien entendu rester très prudent quant à la réelle mise en œuvre et au succès de ces politiques publiques, mais signalons que d’autres pays en développement envoient des signaux totalement différents sur la question environnementale. L’Afrique du Sud met en place un marché carbone, l’Éthiopie annonce planter 4 milliards d’arbres et le Costa Rica a depuis plusieurs années développé un tourisme écologique. Si l’on se fie aux déclarations de son dirigeant, le Brésil quant à lui ne marquera sans doute pas les esprits par ses choix de politiques publiques novatrices et en phase avec leur temps, celui de l’urgence climatique. Et ce sans pour autant que cela lui garantisse les meilleures performances de croissance à très long terme.

http://theconversation.com/la-deforestation-au-bresil-une-strategie-economique-perdante-122897

11 septembre 2019, Julien Wolfersberger

Maître de conférences en économie, Agro ParisTech – Université Paris-Saclay

L’Allemagne a révisé ses prévisions de croissance à la baisse. Le moteur économique de la zone euro est en train de caler ?

Oui, on peut dire ça. C’est la deuxième fois en moins de deux mois que le gouvernement allemand abaisse sa prévision : Berlin n’espère plus qu’un petit 0,8 % de croissance en 2019. Alors qu’on attend presque deux fois plus de croissance en France. On en avait perdu l’habitude : chaque année ou presque depuis presque quinze ans, l’Allemagne nous coiffait au poteau.

Mais voilà, le moteur allemand s’est enrayé brusquement et le pays a échappé de justesse à la récession en fin d’année dernière.

Que s’est-il passé ?

« Rien n’indique que la lame de fond populiste menée par Trump s’estompera »

Eh bien l’industrie automobile allemande, qui représente à elle seule 14 % du PIB, continue de payer les conséquences du dieselgate. A l’automne dernier, Volkswagen ou BMW ont eu du mal à faire homologuer certains de leurs modèles aux nouvelles normes européennes, plus strictes, qui encadrent les émissions des véhicules neufs. Au point d’interrompre temporairement leur production.

Surtout, à force d’avoir tout misé sur le diesel, les constructeurs allemands sont incapables pour l’instant de répondre à la demande croissante des consommateurs pour les véhicules électriques, même s’ils investissent massivement pour rattraper leur retard.

C’est une mauvaise passe temporaire pour l’Allemagne ?

Non, c’est plus sérieux que ça. L’économie allemande est toute entière tournée vers les exportations, qui représentent quasiment la moitié de la richesse nationale produite chaque année. Ce modèle de croissance est menacé par deux grands dangers.

Le premier, c’est le ralentissement brutal de la croissance en Chine. Depuis vingt ans, l’empire du Milieu achetait à tour de bras des biens d’équipement et les voitures de luxe allemands. Cet âge d’or semble bel et bien révolu.

L’autre péril, c’est la politique de l’America First de Donald Trump. Le président américain veut faire baisser le déficit commercial des Etats-Unis avec l’Europe. Dans son viseur, les ventes de berlines allemandes sur le marché américain : Donald Trump menace d’instaurer des droits de douane de 25 % sur ces importations.

Que peut faire le gouvernement allemand pour éviter le mur ?

Changer sa politique économique pour que sa demande intérieure prenne le relais. Par exemple, en investissant massivement dans les infrastructures du pays : les ponts, les routes, les écoles qui sont souvent dans un état inquiétant. Ou en compensant les effets sociaux négatifs des réformes du marché du travail menées il y a quinze ans et qui ont créé des millions de travailleurs pauvres et précarisé les chômeurs.

Ça supposerait que le gouvernement d’Angela Merkel accepte d’augmenter la dépense publique et de s’affranchir des règles constitutionnelles limitant le déficit : pour les Allemands, ce serait briser un véritable tabou.

https://www.alternatives-economiques.fr/panne-de-croissance-de-lallemagne-va-durer/00088678

La hausse des salaires fait débat

Les économistes sont partagés sur l’augmentation des salaires. Pour les uns, elle détruirait l’emploi local, pour d’autres, elle le doperait, voire ferait progresser l’activité.

Que se passe-t-il dans une entreprise lorsque les salaires augmentent sous la pression des salariés ou à la suite d’une décision de l’Etat (hausse du Smic, des cotisations sociales patronales, réduction du temps de travail sans baisse de salaire…) ? Il n’en résultera que des malheurs pour l’emploi, avance la majorité des économistes « traditionnels » (Pierre Cahuc, Francis Kramarz, Thomas Philippon…). Car si l’entreprise répercute cette hausse dans ses prix de vente, elle risque de voir ses clients se détourner d’elle au profit de concurrents, notamment étrangers, ce qui réduira d’autant son activité. Et si, à l’inverse, elle décide de ne pas augmenter ses prix, sa rentabilité diminuera, voire deviendra nulle ou négative, condamnant du même coup sa capacité à se développer ou à innover. Elle peut certes s’efforcer de gagner en productivité pour effacer ce qu’elle a perdu en compétitivité, mais cela implique des suppressions de postes par intensification du travail, robotisation ou abandon des productions les moins rentables. Enfin, l’entreprise peut aussi choisir de délocaliser son activité dans des pays à moindres coûts salariaux, voire être contrainte à la fermeture. Bref, dans tous les cas, moins d’emplois dans le pays d’origine.

Quantité et qualité

Ce n’est pas (toujours) faux : la désindustrialisation de la France au cours des quarante dernières années en porte témoignage. Mais ce n’est pas (toujours) vrai pour autant. Henry Ford, en 1908, a doublé le salaire des ouvriers de l’automobile, tout en divisant par trois le prix de vente des voitures, le tout grâce aux gains de productivité issus du travail à la chaîne. Plus près de nous, en 1968, la forte augmentation du Smig (devenu Smic par la suite) a stimulé l’activité économique et l’emploi, tout comme, aux Etats-Unis en 1992, lorsque l’Etat du New Jersey a augmenté de 19 % le salaire minimum, alors que l’Etat voisin de Virginie le laissait inchangé. L’emploi dans les fast-foods (au personnel le plus souvent payé au salaire minimum) a augmenté au New Jersey, mais pas en Virginie : l’effet « pouvoir d’achat » l’a emporté sur l’effet « coût salarial ».

Certes, aujourd’hui, les gains de productivité sont faibles, voire nuls, dans bon nombre de services. Mais la valorisation boursière croissante de la plupart des sociétés cotées montre que les actionnaires anticipent des résultats néanmoins croissants. Cela tient à une cause essentielle : la bonne santé des entreprises tient désormais plus à leur capacité à innover qu’à leurs gains de productivité. Dit autrement, les gains de qualité sont désormais plus importants que les gains de quantité : cela vaut aussi bien pour l’industrie pharmaceutique ou automobile que pour la distribution, les transports, les logements ou l’alimentation. En outre, l’innovation se traduit le plus souvent en brevets ou en marques qui réduisent – au moins pour un temps – l’intensité de la concurrence et donnent davantage de marges de manœuvre aux entreprises concernées. Cela se traduit par un niveau d’exigence plus élevé de la part des employeurs sur leurs salariés, en matière de compétences, de capacités d’adaptation ou d’autonomie. Autant de dimensions qui justifient que les salariés deviennent davantage partie prenante dans le partage des revenus, au lieu que l’actionnaire dormant s’arroge un résultat largement dû aux efforts des salariés.

Salaire d’équilibre ou salaire d’efficience

Les « économistes traditionnels » ont du mal à intégrer ces raisonnements. Ils en sont restés à l’idée que le marché du travail, en confrontant l’offre de travail (ceux qui recherchent un emploi) et la demande de travail (les employeurs ayant un poste à pourvoir), aboutissait à un « salaire d’équilibre » pour une qualification et une expérience données. Les chercheurs d’emploi qui refusent de travailler pour ce salaire se retrouvent au chômage : ils n’ont qu’à s’en prendre à leurs prétentions excessives.

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SALAIRES 

Quand le Smic sauve des vies

Pourtant, Adam Smith, dès 1776, avait souligné que cet « équilibre » était biaisé : « Les ouvriers désirent gagner le plus possible, les maîtres donner le moins qu’ils peuvent. […]. [Ceux-ci] pourraient en général vivre un an ou deux sur les fonds qu’ils ont déjà amassés. Beaucoup d’ouvriers ne pourraient pas subsister sans travail une semaine. […]. Il n’est pas difficile de prévoir lequel des deux partis doit avoir l’avantage dans le débat et imposer forcément à l’autre toutes ses conditions. » Mais les économistes « traditionnels » ignorent savamment l’asymétrie des forces, ou bien tiennent les chômeurs pour des victimes soit d’un salaire minimum fixé au-dessus du niveau d’équilibre, soit de syndicats qui empêchent le marché du travail de fixer « librement » le salaire d’équilibre.

Des économistes contemporains plus futés – George Akerlof et Joseph Stiglitz, tous deux « nobélisés » en 2001 – ont franchi un pas important avec le « salaire d’efficience » : bien payer les salariés est source d’efficacité, parce que, leur patron les traitant correctement, ils sont incités à travailler correctement (Akerlof), et parce qu’ils savent qu’ils perdraient beaucoup en étant licenciés (Stiglitz). Ce qui inverse l’approche habituelle : ce ne sont pas les gains de productivité qui permettent les hausses de salaire, mais les hausses de salaire qui permettent les gains de productivité.

Approche « micro » ou approche « macro »

D’autres économistes (qualifiés de « post­keynésiens ») sont allés encore plus loin, généralisant une analyse développée par John Maynard Keynes lors de la crise des années 1930 : augmenter les salaires est bénéfique pour l’emploi même en période sans crise, car un pouvoir d’achat salarial plus élevé engendre plus de dépenses, donc plus d’activité économique1. Ils insistent sur les effets « macroéconomiques » (sur toute la société) de la hausse des salaires, alors que les « économistes traditionnels » focalisent sur la dimension microéconomique (à l’échelle de l’entreprise). L’Insee et l’OFCE ont récemment renforcé l’approche « macro » en indiquant que, en 2019, la progression du pouvoir d’achat liée aux mesures prises pour répondre à la crise des gilets jaunes en faveur des personnes à bas salaire (augmentation et extension de la « prime d’activité ») aurait pour conséquence une progression de l’activité économique un peu plus forte.

Ceci dit, n’oublions pas que le remède peut parfois devenir poison pour les plus fragiles des entreprises. Dans des activités comme le nettoyage, le gardiennage, les services à la personne, la propreté, l’hôtellerie-restauration, de nombreuses personnes faiblement qualifiées travaillent pour des salaires bruts proches du Smic (de 10 à 12 euros de l’heure) en raison de la forte sensibilité des clients au prix pratiqué. C’est ce qui justifie la « prime d’activité », ce complément social aux revenus d’activité trop faibles. En fin de compte, même si une hausse des salaires, surtout pour les plus faibles d’entre eux, est souhaitable afin de réduire des inégalités insupportables aussi bien entre travail et capital qu’entre les salariés eux-mêmes, sa mise en musique dépend avant tout des comptes de chacune des entreprises concernées. Bref, une potion bénéfique, mais à manier quand même avec précaution.

DENIS CLERC29/04/2019

Méthode de l’épreuve composée : étude d’un document.

Quelles sont les attentes ?

Les consignes officielles figurant sur les sujets de baccalauréat sont les suivantes :

Pour la partie 2 (Étude d’un document), il est demandé au candidat de répondre à la question en adoptant une démarche méthodologique rigoureuse de présentation du document, de collecte et de traitement de l’information.

3 attentes précises doivent être distinguées :

  1. La présentation du document ;
  2. La maîtrise de savoir-faire pour traiter les informations du document ;
  3. La capacité à répondre à la question posée.

Attention : pour cette partie de l’épreuve, il est inutile d’expliquer le document (recherche des causes, des conséquences, explicitation d’une relation), ou de mobiliser des connaissances. En revanche, les savoir-faire applicables aux données quantitatives et aux représentations graphiques qui figurent à la fin du programme de terminale sont requis.

Extrait du programme officiel de terminale : L’enseignement des sciences économiques et sociales doit conduire à la maîtrise de savoir-faire quantitatifs, qui ne sont pas exigés pour eux-mêmes mais pour exploiter des documents statistiques ou pour présenter sous forme graphique une modélisation simple des comportements économiques ou sociaux.Calcul, lecture, interprétationProportions, pourcentages de répartition (y compris leur utilisation pour transformer une table de mobilité en tables de destinée et de recrutement)Moyenne arithmétique simple et pondéréeÉvolutions en valeur et en volumePropensions moyenne et marginale à consommer et à épargnerÉlasticité comme rapport d’accroissements relatifsÉcarts et rapports interquantilesMesures de variation : coefficient multiplicateur, taux de variation, indices simples et pondérésLecture et interprétationCorrélation et causalitéTableaux à double entréeTaux de croissance moyenMédiane, écart-typeÉlasticité prix de la demande et de l’offre, élasticité revenu de la demandeReprésentations graphiques : courbes de Lorenz, histogrammes, diagrammes de répartition, représentation des séries chronologiques, y compris les graphiques semi-logarithmiquesReprésentation graphique de fonctions simples (offre, demande, coût) et interprétation de leurs pentes et de leurs déplacementsSource : http://www.education.gouv.fr/pid25535/bulletin_officiel.html?cid_bo=71834

Comment procéder ?

Conseils méthodologiques

Chaque type de document a sa propre méthode d’analyse (voir la partie méthodologique du manuel de S.E.S.). Une démarche commune peut néanmoins être proposée pour l’étude de documents.

  • Étape 1 : Présenter le document.

Dans un premier temps, il convient de présenter le document indépendamment de la question posée. Il s’agit pour cela de repérer les éléments de base :

  • Quelle est la nature ou le type de document ? (Texte, graphique, tableau)
  • Quelle est sa source ? (Elle est toujours précisée en bas du document concerné. Il y a parfois plusieurs sources.)
  • Quel est le thème du document ? (Autrement dit : de quoi parle le document ? Le thème ne doit pas être confondu avec l’idée générale)
  • Quel est le champ ? (Quelle est la population concernée ? Cette information figure généralement dans les notes de bas du document.)
  • Quel est le cadrage temporel des données ?
  • Quel est (sont) l’indicateur(s) utilisé(s) ? Quelle est l’unité ? (Une bonne lecture de l’unité permet d’éviter de graves erreurs. En présence d’un pourcentage, on se demandera s’il s’agit d’une mesure de proportion ou d’évolution. Dans ce dernier cas, on se demandera ensuite s’il s’agit d’un taux de variation classique ou annuel moyen.)

On organise ensuite ces éléments dans une ou deux phrases du type : Ce document est un (nature du document) proposée par (source) afin de présenter (thème) mesuré en (unité) pour (pays, zone, lieu) en (année, période).

  • Étape 2 Lire correctement le document.

Après la présentation du document, on doit vérifier que l’on sait correctement lire une donnée. Il s’agit d’être capable de formuler une phrase claire indiquant la signification précise d’une donnée. Par exemple, prenons le graphique suivant :

EC03

Pour lire le taux de croissance du PIB de la France en 2013, on ne pourra pas se contenter de dire : le taux de croissance du PIB en France était de 0,3 % en 2013. Ici, on ne fait que reprendre l’information encadrée et le titre du document pour faire une phrase, sans véritablement indiquer la signification du chiffre. On préfèrera dire : En France, le PIB a augmenté de 0,3 % sur l’année 2013. En effet :

Le taux de croissance du PIB en France était de 0,3% en 2013On ne sait pas ce que signifie n% (proportion ? évolution ?)Il s’agit d’une simple reprise des éléments du document (titre, valeur)
En France, le PIB a augmenté de 0,3 % sur l’année 2013.On comprend qu’il s’agit d’un taux de variation, et non d’une proportionOn comprend que 0,3 % est une augmentationOn comprend que c’est le PIB qui a augmenté

Pour lire un indice, on fera non seulement une phrase de lecture, mais également une traduction de la signification de la valeur. Il s’agit alors de transformer l’indice en taux de variation (s’il est proche de 100) en lui retranchant 100, ou en coefficient multiplicateur (si sa valeur est élevée) en le divisant par 100.

Exemple : Si pour un phénomène donné,  on a un indice base 100 pour l’année 2012, et de 105 pour l’année 2013, on pourra dire :

L’indice d’évolution du (phénomène étudié) est passé de la valeur 1001 en 2012 à 105 en 2013. Cela signifie que la grandeur considérée a augmenté de 5 %2 entre les deux dates

  1. Il s’agit de la base, celle qui indique l’année de référence à partir de laquelle les évolutions sont mesurées.
  2. 105 – 100 = + 5 % On peut aussi dire que le phénomène a été multiplié par  = 1,05
Type de documentQuelques points de vigilance
Tableaux de données statistiquesY-a-t-il une ou plusieurs unités ?Quelles informations lit-on en lignes ? en colonnes ? Par lesquelles commencer l’étude ?Y-a-t-il une ligne (ou une colonne) « Total » ou « Ensemble » ? Que révèle-t-elle ?Tableau à double entrée avec des proportions : quel est le sens de lecture du tableau (où est le total 100) ?
Graphiques, diagrammesDiagrammes de répartition, séries chronologiques, graphiques à échelle semi-logarithmique, courbe de Lorenz, représentations de fonctions …Le document présente-il une répartition ? Une variation ? Une fonction ?(Graphiques) Quelles informations sont présentées en abscisses, en ordonnées ? Quelle est leur unité respective ?Y-a-t-il une seule ou plusieurs unités (double axe des ordonnées) ?Quelle est l’échelle (arithmétique, logarithmique) ? Quelle est la légende ?
Textes de nature factuelleChronologie, extrait d’entretien, monographie, récit de vie, compte rendu d’enquête, …Remarques : ce type de document est peu probable. Quels sont les faits présentés ?Comment classer / hiérarchiser les informations présentées ? (Séparer l’essentiel de l’accessoire)
  •  Étape 3 : Analyser le type de travail demandé.

Il ne s’agit pas d’analyser le document en tant que tel, mais de répondre à une question. La lecture de la consigne de la question se fait de la même façon que dans le tableau du titre 2.2.1 (comparer, caractériser, etc.) Mais l’EC2 ne suppose pas une mobilisation de connaissances de cours. Il s’agit de mobiliser un savoir-faire : le travail consiste à extraire des données significatives qui répondent à la question posée, et éventuellement à procéder dans ce but à un traitement simple des données (calculs), tout en sachant qu’on ne disposera pas de calculatrice le jour de l’épreuve.

Les types les plus fréquents sont les suivants :

Types de sujetsTravail à effectuer
Analyser … (le plus souvent, une évolution)Remarque : L’analyse au sens classique suppose une description et une explication. Mais dans cette partie de l’épreuve, l’explication n’est pas requise.Dégager une tendance générale – Au besoin, périodiser.Rechercher des régularités : le phénomène évolue-t-il de façon régulière ? Irrégulière ? Observe-t-on une évolution cyclique ? Quelle est l’amplitude ? Quelle est la période du cycle ? Observe-t-on une évolution saisonnière ?Pour commenter une relation entre des variables : recherche de corrélation (positive ou négative), mais pas de causalité (il ne s’agit pas d’expliquer).Identifier les valeurs les plus significatives pour répondre à la question donnée (utiliser des codes couleurs pour entourer, souligner, surligner)Réfléchir à des calculs simples (écarts relatifs, absolus, …) pour appuyer la réponse.Organiser la réponse en allant du général au particulier.
Exemple de sujet :·         Vous présenterez le document, puis analyserez l’évolution de l’emploi non qualifié en France entre 1984 et 2004. (Métropole-bis – 2013 – Graphique)
Mettre en évidence … (un phénomène, une évolution)Globalement, c’est le même travail que ci-dessus, mais l’analyse peut se réduire à un aspect particulier (celui qu’il faut mettre en évidence).
Exemples de sujets :·        Vous présenterez le document puis vous mettrez en évidence l’évolution du PIB en France depuis 1950. (Afrique – 2013 – Graphique)·        Après avoir présenté le document, vous mettrez en évidence l’évolution des principales contributions à la croissance. (Antilles, Guyane – 2013 – Tableau)    
Caractériser … (une évolution, un profil)Décrire avec précision un phénomène, une évolution, en mettant en évidence ses principaux caractères :Pour une évolution : est-elle croissante ? décroissante ? régulière ? Irrégulière ? Cyclique ? Saisonnière ? Etc.Pour un phénomène : les caractéristiques dépendent de la nature de ce phénomène : par exemple, pour les inégalités, le choix des qualificatifs est large : elles peuvent être cumulatives, multidimensionnelles, économiques, sociales, croissantes ou décroissantes, etc.Identifier les valeurs les plus significatives pour illustrer ces caractéristiques.Réfléchir à des calculs simples (écarts relatifs, absolus, …) pour appuyer la réponse.Organiser la réponse en allant du général au particulier.
Exemples de sujets :·       Vous présenterez le document, puis vous caractériserez les inégalités qu’il met en évidence. (Asie – 2013 – Courbe de Lorenz)·       Vous présenterez le document puis vous caractériserez les inégalités de patrimoine qu’il met en évidence. (Métropole – 2013 – Tableau)·       Vous présenterez le document, puis vous caractériserez l’évolution des exportations mondiales de marchandises depuis 1948. (Polynésie – 2013 – Tableau)·       Vous présenterez le document, puis caractériserez l’évolution des inégalités face au chômage qu’il met en évidence. (Pondichéry – 2014 – Graphique)
Comparer Rechercher des caractéristiques communes et des différences aux phénomènes comparés.Identifier les valeurs les plus significatives pour illustrer chacun de ces deux aspects.Réfléchir à des calculs simples (écarts relatifs, absolus, …) pour appuyer la réponse.Organiser la réponse en allant du général au particulier.
Exemple de sujet :·      Vous présenterez le document puis vous comparerez l’évolution de la rémunération du travail en France et en Allemagne. (Liban – 2013 – Graphique)
Distinguer …Même travail que ci-dessus, mais sans rechercher les caractéristiques communes.
Exemple de sujet :·       Il n’y a pas encore de sujet de ce type dans les annales du bac.
Identifier …Ce type de sujet peut correspondre à un type de question vu précédemment : « Identifier les caractéristiques » = « Caractériser … » ; « Identifiez les différences » = « Distinguer …»Etc.Plusieurs possibilités selon le type de document :·       Mettre en évidence un aspect du document Pour cela, on analyse par exemple la composition ou la répartition du phénomène étudié.·       Déterminer l’impact d’une (ou plusieurs) variable(s) sur une autre. On peut par exemple rechercher une corrélation.·       Etc.Identifier les valeurs les plus significatives qui correspondent à l’élément à identifier.Réfléchir à des calculs simples (écarts relatifs, absolus, …) pour appuyer la réponse.Organiser la réponse en allant du général au particulier.
Exemple de sujet :·       Vous présenterez le document, puis identifierez les sources de la croissance économique selon les pays sur la période 1885-2010. (Amérique du Nord – 2013 – Graphique)

 Quelques erreurs fréquentes :

  • Dans la lecture des données :
    • Une différence entre des taux s’exprime en points, et non en %. (par exemple, un taux de croissance du PIB qui passerait de 1% à 2% augmente d’un point, ou de 100 % (puisqu’il est multiplié par deux), mais pas de 1%.
    • Il ne faut pas confondre des valeurs absolues et relatives: Si on observe que la proportion des cadres qui vont au cinéma est plus importante que celle des ouvriers, on ne peut pas dire de façon certaine : il y a plus de cadres que d’ouvriers qui vont au cinéma. Il faut dire : En proportion, il y a plus de cadres que d’ouvriers qui vont au cinéma – ou bien  – La part des cadres qui va au cinéma est plus importante que celle des ouvriers.
    • Dans le même esprit, il ne faut pas confondre le niveau et l’évolution d’un phénomène : cette erreur est fréquente avec la lecture d’indices. Par exemple, si l’on observe sur une période récente que le coût du travail dans l’industrie a progressé plus vite en France qu’en Allemagne, on compare des évolutions. On ne peut pas déduire du fait que l’indice français soit supérieur à l’indice allemand que le coût du travail est plus élevé en France, mais seulement qu’il a connu une plus forte augmentation.
  • Dans l’organisation de la réponse :
    • Il ne faut pas commenter toutes les données d’un tableau, de façon linéaire. L’un des savoir-faire évalué est précisément la capacité à sélectionner l’information pertinente.
    • Il ne faut pas interpréter, expliquer, rechercher les causes ou les conséquences du phénomène étudié.

Des exemples pour le programme de première.

Document 1

Question : Après avoir présenté le document, vous commenterez l’évolution présentée.

EC04

Ce document est un graphique présentant l’évolution de la part de chaque secteur d’activité dans la valeur ajoutée totale en France entre 1949 et 2012 selon les comptes nationaux de l’INSEE.

Les évolutions observées sont d’une grande régularité et révèlent le phénomène de tertiarisation de l’économie, et le bouleversement de la hiérarchie des activités en termes de création de richesses. On observe en effet que le secteur tertiaire composé des services marchands et non-marchands  totalise 35 + 11 = 46% de la valeur ajoutée de l’économie en 1949 contre 53 + 20 = 73 % en 2012, soit un gain de 27 points de pourcentage. Symétriquement, le secteur secondaire composé de l’industrie et de la construction ont vu leur part diminuer de  16 points (25 +5 = 30 % en 1949  à 11 + 3 = 14 % en 2012). Enfin, l’agriculture passe de 18 à 2% de la valeur ajoutée totale, soit une régression spectaculaire de 16 points, mais une division par 8 de sa part en termes relatifs.

Par conséquent, c’est le secteur des services qui crée le plus de valeur ajoutée dans l’économie, et cette tendance ne cesse de se renforcer sur la période étudiée.

Document 2

Question : Après avoir présenté le document, vous commenterez l’évolution présentée.

Taux de croissance annuel moyen de la production en volume.

EC05

Ce graphique mesure l’évolution de la production de différentes branches industrielles sur deux périodes : 2000-2007 et 2007-2012 en % par an, selon les données des comptes nationaux de l’INSEE.

Globalement, on observe que le taux de croissance annuel moyen des différentes branches est plutôt croissant sur la période 2000*-2007, et décroissant sur la période 2007-2012.  Ainsi, chaque année en moyenne, la production en volume de l’industrie pharmaceutique a augmenté de 5 % par an en moyenne de 2000 à 2007. Inversement, la production de l’industrie textile et de l’habillement a diminué chaque année en moyenne de 6 % entre 2007 et 2012.

Les données semblent indiquer un renforcement de la spécialisation de notre économie : ce sont plutôt les activités technologiques qui progressent (pharmacie, industrie manufacturière, …). En revanche, les activités impliquant une faible qualification ou une technologie banalisée régressent (Textile, habillement, …). Mais il est vrai que les produits informatiques et électroniques sont en régression et révèlent peut-être une moindre compétitivité des producteurs nationaux.

Des exemples pour le programme de terminale.

Document 1

Question : Après avoir présenté le document, vous comparerez la concentration du revenu disponible et celle du patrimoine financier des ménages en France.

EC06

Ce document est une courbe de Lorenz proposée par l’INSEE et la direction générale des impôts afin de présenter la concentration des revenus et des patrimoines pour la France en 2003 et 2004. Cet outil permet de mesurer les inégalités en indiquant en ordonnées quelle est la part de patrimoine (ou de revenu) détenue (ou perçue) pour les tranches des ménages classées des plus pauvres aux plus riches sur l’axe des abscisses.

La comparaison de ces deux courbes révèle que la répartition des revenus et des patrimoines en France est inégalitaire, puisque la courbe de Lorenz n’est pas confondue avec la diagonale (laquelle représente l’équi-répartition). Ainsi, on remarque qu’en 2003, la moitié des ménages ne possédaient que 5 % du patrimoine financier et percevaient un peu moins de 30% du revenu disponible.

Néanmoins, on relève une différence, puisque les inégalités de patrimoine financier sont sensiblement plus élevées que les inégalités de revenus. C’est ainsi que les 10 % des individus les plus riches détiennent 60% du patrimoine financier et perçoivent un peu plus de 20% des revenus. Il y a donc un écart de 40 points entre ces deux valeurs, et l’indice de GINI est donc plus proche de 1 (ce qui témoigne d’une forte concentration) pour le patrimoine financier que celui des revenus.

Document 2

Question : Après avoir présenté le document, vous commenterez l’évolution présentée.

EC07

Ce graphique présentant l’évolution de la part des enfants de salariés ayant obtenu le baccalauréat en fonction de la PCS du père en France pour cinq générations d’individus nés de 1964 à 1988, selon les données  des enquêtes Emploi de l’INSEE, les calculs du ministères de l’éducation nationale (MEN) et la direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP).

En premier lieu, on constate que quelle que soit l’origine sociale, la proportion des enfants ayant obtenu un baccalauréat a tendance à augmenter dans le temps (massification scolaire). De façon générale, environ 35% de l’ensemble des enfants nés entre 1964 et 1968 on obtenu un baccalauréat contre environ 65 % pour la génération née entre 1984 et 1988, soit une progression de 30 points de pourcentage.

En second lieu, on observe un rattrapage des catégories populaires : l’écart relatif entre les enfants de cadres ou profession intermédiaire et les enfants d’ouvriers ou d’employés a en effet diminué. La rapport est passé de  = 2,82 à  = 1,49. Ce dernier chiffre signifie qu’en proportion, les enfants de cadres ou professions intermédiaires sont 1,49 fois plus nombreux à accéder au baccalauréat que les enfants d’ouvriers ou d’employés. Dans une certaine mesure, on peut donc parler de démocratisation de l’accès au bac.

Document 3

Question : Après avoir présenté le document, vous caractériserez les évolutions qu’il décrit.

EC08

Ce document est une série chronologique présentant l’évolution du taux de croissance du PIB et de la productivité horaire du travail en France entre 1950 et 2012 selon les comptes nationaux de l’INSEE.

On observe que si la croissance de la production et de la productivité avaient un niveau élevé jusqu’en 1970 (avec une croissance située régulièrement entre +4 et +6%), les taux diminuent en dessous du seuil de +4% après les années 80.

L’évolution présente deux caractères :

  • Elle est simultanée : on observe une corrélation positive entre l’évolution de la productivité et celle de la croissance. Autrement dit, les phases de croissance de la productivité horaire du travail (+7% en 1960 et + 9% en 1969) se traduisent par une augmentation du taux de croissance du PIB (+7% les deux années considérées).
  • Elle est cyclique : on observe une alternance de périodes courtes de croissance et de ralentissement de croissance du PIB et de la productivité. Par exemple, le cycle allant de 1951 (reprise) à 1958 (fin du cycle) est particulièrement net.

 Comment évaluer mon travail ?

Grille d’autoévaluation de l’EC2 : Étude d’un document /4 points

3 attentesCritères de réussiteAAPNA
1 – Présentation du document·  J’ai rédigé une phrase claire indiquant :Nature du document (type de graphique, …)SourceTitre (ou thème)ChampCadrage temporel des donnéesIndicateur(s) utilisé(s) en précisant la ou les unités
2 – Maîtrise des savoir-faire· Je présente de constats et non des explications (logique compréhensive)Document statistique :· Je lis correctement les données statistiques· Je hiérarchise les informations· J’effectue les calculs appropriés (ex : coefficient multiplicateur, proportion …)Document texte :· Je relève les informations pertinentes sans paraphrase
3 – Réponse à la question posée·  J’ai sélectionné les données collectées et produites permettant de répondre à la question·  J’ai organisé ma réponse en classant les informations collectées et produites.

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TD 2 Raisonnement appuyé sur un dossier documentaire

A l’aide de vos connaissances et du dossier documentaire, vous montrerez que différents facteurs influencent le vote.

Document 1 : Les spécificités du vote catholique

La relation qui unit religion et politique est simple : plus l’intégration au catholicisme est forte (par opposition à l’autodéfinition comme « sans religion »), plus le vote pour la droite classique est élevé.  […] Les catholiques, et tout particulièrement les plus pratiquants d’entre eux, ont en effet une composition sociale spécifique : ils sont notamment plus âgés et disposent d’un patrimoine supérieur à celui de leurs concitoyens. Or, l’âge comme le patrimoine poussent à voter à droite. Le conservatisme des catholiques tient-ils donc à leur religion ou à leurs autres caractéristiques sociales ?

[…] en 2012, au 2nde tour de l’élection présidentielle, un catholique pratiquant régulier avait presque six fois plus de chances de voter pour Nicolas Sarkozy qu’un électeur se déclarant sans religion.

Claude Dargent, les catholiques entre les primaires de la droit et le vote à la présidentielle, l’enquête électorale française : comprendre 2017 N°29 Cevipof février 2017

Documents 2 :

TD 1 : Scrutin majoritaire ou propotionnel ,

Document 1

Document 2

Document 3 : Abstention

 Au fur et à mesure que les individus entrent dans la vie active et sont insérés dans les responsabilités familiales et sociales, ils votent davantage. Le taux de participation électorale baisse à partir de 70 ans, avec le retrait de la vie active, la moindre sociabilité et les problèmes d’état de santé.

Le taux d’abstention varie aussi selon les catégories socioprofessionnelles et le niveau de diplôme. Les cadres et les professions libérales votent beaucoup plus que les ouvriers. Les chômeurs et les personnes à emplois précaires s’abstiennent plus souvent. Plus on a un statu social bas, plus on tend à s’abstenir. Statut social et diplôme indiquent en fait une capacité à maîtriser son environnement et à s’exprimer politiquement.

                Pierre Bréchon, comportements et attitudes politiques, PUG 2006

  1. Expliquez la première phrase.
  2. Justifiez l’analyse de l’auteur

Document 4

Expliquez en quelques lignes ce que signifie chaque document

A partir de ces quatre documents, montrez que le choix du mode de scrutin est déterminant pour le bon fonctionnement d’une société.

Si vous étiez au pouvoir que décideriez vous pour améliorez la démocratie dans le pays

Le jour du dépassement de la finance

Calculer le jour de l’année à partir duquel les entreprises distribuent plus de dividendes qu’elles n’ont reçu de financement boursier montre que la Bourse est au service des rentiers, pas de l’investissement.

Quelle est la fonction de la finance ? La réponse à cette question pourrait sembler triviale puisque le nom incarne ici la fonction : la finance finance. Mais que finance-t-elle ? L’économie pardi ! Telle est sa justification la plus souvent mise en avant. La finance regrouperait les investisseurs qui financent l’économie grâce à leurs placements dans les entreprises, placements sans lesquels ces dernières ne pourraient investir et créer des emplois. Étonnamment, rares sont ceux qui défendent cette idée à l’aide de données chiffrées. Les chiffres, on leur fait dire ce que l’on veut, mais pas cette fois… Frédéric Lordon avance que les émissions d’actions ne représentent qu’une part tout à fait contenue du financement de l’investissement des entreprises et c’est exact : en moyenne, les émissions d’actions ne couvrent que 7,4 % du coût de l’investissement productif des entreprises sur la période 2000-2017.

Cette proportion peut paraître modeste, eu égard à la vigueur avec laquelle nos gouvernants défendent la figure de l’actionnaire comme étant le preneur de risque qui porte à bout de bras l’économie française. Mais les chiffres sont têtus : les entreprises se financent essentiellement par ressources propres (autofinancement), ensuite par endettement (crédits bancaires et obligations), et de façon marginale par émissions d’actions.

Aussi résiduel qu’il puisse paraître, le financement que les entreprises lèvent sur les marchés boursiers est encore plus faible en réalité. En effet, les entreprises procèdent à des opérations de rachats d’actions afin de soutenir le cours de l’action et d’accroître le dividende par action. Si la pratique est beaucoup moins développée en France qu’aux Etats-Unis, elle est loin d’être négligeable. Lorsque l’on retire les rachats d’actions du montant levé grâce aux émissions d’actions, la contribution de la Bourse aux entreprises se transforme en peau de chagrin : en moyenne, les émissions nettes d’actions ne représentent plus que 3,8 % du coût de l’investissement productif des entreprises sur la période 1993-2017.

De plus, qui dit financement par actions, dit nécessairement versement des dividendes. A la manière des militants écologistes qui calculent chaque année le jour du dépassement (ou Earth Overshoot Day) – soit le jour de l’année à partir duquel les humains vivent à crédit du fait d’une pression sur les ressources naturelles supérieure à ce que la planète peut endurer –, nous proposons de calculer ici un Finance Overshoot Day (FOD), un jour à partir duquel les entreprises distribuent plus de dividendes qu’elles n’ont reçu de financement boursier.

Pour l’année 2017, ce jour s’établit au 10 août. Autrement dit, en 2017 tout s’est passé comme si à partir du 10 août les entreprises françaises avaient reçu moins de financement qu’elles n’avaient versé de dividendes aux acteurs boursiers. Précisons d’emblée que nous raisonnons ici en flux de dividendes nets. Autrement dit, nous retranchons des dividendes distribués par les entreprises, les dividendes qu’elles ont reçus, de manière à ne pas faire de double comptage lié à la structuration des entreprises en réseau de maison mère/filiales. Il convient aussi de mentionner que les données récentes sur les dividendes sont sujettes à caution, le passage en base 2014 n’ayant fait qu’aggraver les incertitudes nées du passage en base 2010.

Au bout du compte, la contribution nette du secteur financier aux entreprises est strictement négative. La finance est une charge pour le secteur productif : même si le FOD se situe plus ou moins tôt dans la saison selon l’année considérée, le montant des dividendes nets est toujours plus élevé que le montant des émissions nettes d’actions, ce qui contribue in fine à l’augmentation de l’endettement des entreprises

La Bourse ne finance pas l’investissement ; elle n’est donc pas au service des entreprises. La fonction de la Bourse est de rendre deux services aux actionnaires rentiers : premièrement, leur permettre de valoriser leur patrimoine mobilier et, deuxièmement, organiser à tout moment une gigantesque brocante pour revendre ce patrimoine. Il en découle que la suppression de l’ISF décidée par l’exécutif n’est sûrement pas faite pour faciliter l’investissement des entreprises, mais bien plutôt pour privilégier l’intérêt des actionnaires rentiers.

Florian Botte et Thomas Dallery sont enseignants-chercheurs, respectivement à l’université de Lille et à l’université du Littoral Côte d’Opale, et membres du Clersé.

Article publié sur le site d’Alternatives Economiques 6 février 2019

La vraie-fausse baisse du chômage

L’Insee a rendu public le 14 août l’enquête emploi du second trimestre 2019. Ce sont ces chiffres qui font foi pour suivre l’évolution du chômage en France. Bonne surprise : celui-ci a continué de reculer de 0,2 point ce trimestre, malgré le ralentissement de l’économie, pour s’établir à 8,5 % en France (8,2 % en France métropolitaine). Un niveau qu’on a constamment dépassé depuis le début de 2009, au moment où la crise financière a commencé à toucher vraiment le pays.

Les défenseurs du pouvoir actuel, comme les économistes Gilbert Cette et Stéphane Carcillo invités ensemble à France Inter le 14 août au matin, n’ont pas manqué de mettre ce bon résultat sur le compte de la flexibilisation du marché du travail, mise en œuvre à grande échelle depuis 2017 avec la loi Travail puis les ordonnances Macron.

Sauf que, quand on y regarde de plus près, la bonne nouvelle n’en est en réalité (malheureusement) pas une. Le niveau du chômage résulte en effet de l’écart entre le nombre des personnes qui sont dites actives sur le marché du travail (qui ont un emploi ou en cherchent un) et le nombre de celles qui ont un emploi.

Or ce que nous disent les chiffres publiés par l’Insee, c’est que la baisse du chômage intervenue depuis six mois n’est pas le fruit d’une amélioration de la situation de l’emploi. Au contraire, le taux d’emploi des 15-64 ans a diminué au second trimestre 2019.  La baisse du chômage est due au recul du taux d’activité : la part de ceux qui ont un emploi ou qui en cherchent un a diminué en effet de 0,2 point depuis fin 2018 parmi les 15-64 ans. Dit autrement, la part de ceux en âge de travailler qui sont totalement sortis du marché du travail (ils n’ont pas d’emploi et n’en cherchent pas) a augmenté cette année, ce qui interrompt une tendance à la baisse quasi continue depuis 10 ans malgré la crise.

Si l’on entre dans le détail, on voit que cette dégradation touche en particulier les hommes, dont le taux d’activité a reculé de 0,5 point depuis l’année dernière. Leur taux d’emploi, lui, baissait de 0,2 point, inversant la tendance à l’œuvre depuis 2016 qui voyait (enfin) ce taux revenir progressivement à ses niveaux d’avant crise.

Ce n’est pas le cas en revanche des femmes, dont le taux d’emploi continue à progresser régulièrement, dépassant nettement les niveaux d’avant-crise. Même pour elles, cependant, la baisse du chômage au dernier trimestre s’explique par un recul du taux d’activité, interrompant là aussi une hausse quasi permanente jusque-là.

Ce recul généralisé des taux d’activité permet certes pour l’instant à la baisse du chômage de se poursuivre, malgré la dégradation de l’emploi. Mais il s’agit en réalité d’une mauvaise nouvelle pour le pays si ce recul devait se prolonger : il est en effet très difficile de ramener à l’emploi des personnes qui auront été durablement éloignées du marché du travail. On fabrique donc ainsi de nombreux exclus, condamnés le plus souvent à une pauvreté durable et au recours à l’assistance.  

GUILLAUME DUVAL14/08/2019 https://www.alternatives-economiques.fr/vraie-fausse-baisse-chomage/00090073

L’analyse de Guillaume DUVAL est édifiante, les « bons chiffres » du chômage ne sont dus qu’à une baisse de l’activité. Des hommes et des femmes se retirent du marché du travail (probablement parce qu’ils ne réussissent pas à trouver un travail et qu’ils n’ont aucun intérêt à se déclarer comme chômeur auprès de pôle emploi).

Mais les économistes « avisés », fans des réformes libérales, constatent la baisse du chômage et donnent un satisfecit au gouvernement, pour sa bonne politique.

Dans le même ordre d’idée, on pourrait évoquer l’explosion des autoentrepreneurs, pratiquement 1,2 millions en 2019. S’agit-il d’un élan des français pour entrepreneuriat, la liberté de ne pas avoir de patron … ou plutôt soit un complément de revenu parce que l’activité principale n’est pas assez rémunérée ou encore encore une obligation faite par « l’employeur », une plateforme qui demande aux travailleurs de prendre le statut d’autoentrepreneur pour ne pas avoir de charge à payer.

Ces deux exemples, montrent une détérioration forte et rapide du marché du travail. On ne peut dès lors considéré que la situation économique s’améliore. Shukuru

Populisme de droite ou de gauche ? Une question de portefeuille

Depuis la crise des subprimes, les électorats de nombreux pays ont renforcé le poids politique des leaders les plus radicaux quand ils ne les ont pas portés au pouvoir comme en Hongrie, au Venezuela, au Brésil ou encore aux Etats-Unis. Comment s’explique cette montée ? Pourquoi certains pays ont-ils connu un vote radical de droite, alors que d’autres ont versé dans le vote radical de gauche. Comment comprendre la différence de choix ? Voici les deux questions auxquelles ont tenté de répondre quatre chercheurs dans une étude socio-politique.

Leur principale explication est simple, elle repose sur l’analyse de la position sociale relative des individus. Les personnes qui voient leur position se détériorer accusent les politiques suivies par les gouvernements qui se sont succédé auxquelles s’ajoute le plus souvent un coupable idéal. Les forces politiques radicales n’ayant pas exercé le pouvoir sont alors bien vues, d’autant plus qu’elles entretiennent la liste des bouc-émissaires : la mondialisation, l’Europe, les étrangers, les élites…

Les statistiques sur les déciles de revenus sont disponibles pour mesurer l’évolution relative de chaque segment de la société et des enquêtes européennes permettent de connaître la dynamique des soutiens politiques aux différents partis. Le croisement des deux donne un résultat clair : les personnes dont le revenu moyen a moins progressé que l’ensemble des revenus du pays, sur une période de cinq ans, déclarent un soutien croissant aux partis politiques les plus radicaux. Elles correspondent également à la catégorie de celles et ceux qui se retirent du marché politique et ne votent plus. Une moindre progression relative du revenu multiplie par trois la probabilité de choisir un parti très à droite et fait plus que quadrupler celle de choisir un parti très à gauche.

Afin d’affiner ce dernier résultat, les quatre chercheurs, Brian Burgoon, Sam van Noort, Matthijs Rooduijn et Geoffrey Underhill, ont observé de près ce qui se passe lorsque des personnes situées parmi les 10 % les plus riches et parmi les 10 % les plus pauvres voient leur position sociale relative se dégrader. Là encore, le résultat statistique est massif. Les catégories aisées qui perdent en position sociale se tournent vers les partis radicaux de gauche ou bien vers l’abstention, les plus pauvres qui subissent le même sort penchent à l’inverse vers les partis de droite.

L’étude montre ensuite que la dynamique relative des revenus est bien le facteur explicatif prioritaire. Le genre, l’âge, le lieu et la région de résidence, les choix religieux, le nombre d’heures de travail, le fait d’avoir été au chômage ou pas, la composition de la famille…, aucun de ces éléments ne vient corriger le résultat. Une seule exception : les individus nés à l’étranger ou dont les parents sont nés hors des frontières se dirigent moins qu’attendu vers les partis de droite. A ceux qui refusent la montée en puissance des extrêmes, une seule politique possible : ne pas accroître les inégalités, et, encore mieux, les réduire.

CHRISTIAN CHAVAGNEUX 24/06/2019

Il existe donc un lien fort entre le vote populiste et la montée des inégalités. Si celle-ci est limitée, le vote extrême devrait reculer. Mais il faut également noter que ce ne sont pas les inégalités réelles qui comptent mais les inégalités ressenties.

Shukuru