La politique d’Emmanuel Macron a fait « nettement » augmenter les inégalités

On s’en doutait, l’Insee vient de le confirmer : la politique fiscale d’Emmanuel Macron a creusé les inégalités. Deux études, qui viennent d’être publiées, en attestent.

Comme chaque année à cette période, la première fait le point sur l’évolution des principaux indicateurs d’inégalités (niveaux de vie, indice de Gini, pauvreté, etc.). Ce rendez-vous statistique annuel était particulièrement attendu cette fois-ci, car il concerne l’année 2018 et permet donc d’appréhender les effets des premières réformes mises en œuvre par Emmanuel Macron. Le titre de cette publication est d’ailleurs explicite : « En 2018, les inégalités de niveaux de vie augmentent ». Elles s’accroissent même « nettement » apprend-on un peu plus loin dans la publication. Fermez le ban !

La deuxième étude, publiée mardi 8 septembre, se penche plus précisément sur l’impact des réformes de 2018 de la fiscalité du capital. C’est-à-dire la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) et son remplacement par un impôt sur la fortune immobilière (IFI), ainsi que la mise en place d’une flat tax sur les revenus du capital, également appelée prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 30 %. Là aussi, la conclusion, fondée toutefois sur une modélisation et non sur des constats statistiques, est sans appel : les grands gagnants sont les 5 % des Français les plus riches, qui voient leur niveau de vie annuel augmenter de plus de 1 000 euros.

Des riches plus riches et des pauvres plus pauvres : voilà malheureusement un bon résumé de l’évolution des niveaux de vie, tel que mesuré par l’Insee.

Si l’on regarde le milieu de la distribution, il n’y a pas grand-chose à signaler. Le niveau de vie médian, celui qui partage la population en deux (une moitié vit mieux, l’autre moins bien) est de 1 771 euros par mois et par personne en 2018, en progression de 0,3 % par rapport à l’année précédente. Ce faisant, « il poursuit sa lente progression depuis cinq ans ». En dix ans, il a gagné 1 %. Cette relative stagnation est à mettre sur le compte de la crise de 2008. Avant que le système des subprime ne s’effondre, le niveau de vie médian en France augmentait à un rythme nettement plus vigoureux (+ 1,4 % par an en moyenne entre 1996 et 2008).

Au-delà de la médiane, le sort des deux extrémités de l’échelle sociale diffère assez nettement. En 2018, les 30 % des Français les moins riches ont vu leur niveau de vie diminuer. La baisse est particulièrement prononcée au sein des 10 % les moins bien lotis, dont le niveau de vie plafond 1 a baissé de 2,9 % en dix ans.

Pour l’année 2018, c’est la diminution du montant des allocations logement qui est en cause. Même s’il est vrai que les locataires du parc social ont obtenu en contrepartie une baisse de leur loyer, qui n’est pas prise en compte dans ces chiffres.

Résultat, la pauvreté continue son ascension et atteint 14,8 % de la population, son niveau le plus haut depuis 1996, date à laquelle commence la série statistique de l’Insee. En 2018, 9,3 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté officiel (à 60 % du niveau de vie médian), c’est-à-dire avec moins de 1 063 euros par mois, soit 400 000 personnes de plus qu’en 2017. Davantage de personnes ont également basculé sous le seuil à 50 % du niveau de vie médian qui a augmenté de 0,3 point pour atteindre 8,3 % en 2018, alors qu’il stagnait depuis plusieurs années.

Ce taux de pauvreté augmente notamment pour les retraités, sous l’effet du gel des pensions et de la hausse de la CSG. Il augmente aussi fortement pour les familles monoparentales, passant de 33,6 % à 35,3 %, ce qui est encore plus inquiétant, étant donné que les mères isolées étaient déjà très exposées à la pauvreté. Là encore, on peut y voir un effet de la baisse des allocations logement. Comme le précise l’Insee : « Le niveau de vie des familles monoparentales, très présentes parmi les familles pauvres, a été davantage pénalisé par la réforme des aides au logement : une famille monoparentale sur deux (50,4 %) bénéficie d’une allocation logement, contre 22 % de l’ensemble des ménages. »

Et cette dégradation du niveau de vie des moins bien lotis n’est pas simplement conjoncturelle, comme le souligne Louis Maurin, le directeur de l’Observatoire des inégalités : « On voit une remontée de la pauvreté et des inégalités à la fois à court terme, qui résulte des mesures prises dès le changement de majorité en 2017, mais aussi de plus long terme, avec notamment une progression de la pauvreté qui s’amorce dès 2002. »

Côté ménages aisés, c’est une tout autre histoire. Signe de leur bonne fortune, le seuil d’entrée dans le club des 10 % les plus riches a augmenté de 0,6 %, pour atteindre 39 130 euros, « dépassant légèrement son niveau d’avant la crise économique de 2008 », précise l’Institut statistique. Et plus on grimpe dans la hiérarchie des revenus, mieux on se porte : le niveau de vie plancher des 5 % les plus aisés augmente plus nettement, de 1,2 %.

« La progression des revenus d’activité a été un peu plus importante dans le haut de la distribution, retrace l’Insee. Les ménages les plus aisés ont également davantage bénéficié de l’augmentation des revenus du patrimoine, portée par une forte hausse des dividendes reçus par les ménages, dans un contexte de fiscalité plus incitative avec la mise en place du prélèvement forfaitaire unique. »

Résultat, les indicateurs d’inégalités sont logiquement orientés à la hausse. Ils dépassent même leur niveau de 2008, tout en restant inférieurs au point haut de 2011. C’est ce que montre notamment l’évolution de l’indice de Gini, qui passe de 0,289 en 2017 à 0,298 en 2018. Or, plus cet indicateur (dont la valeur oscille entre 0 et 1) augmente, plus les inégalités sont fortes.

« Sans surprise pour ceux qui ont suivi l’actualité politique, la politique sociale et fiscale d’Emmanuel Macron est régressive : les ménages les plus pauvres perdent une part d’allocations logement tandis que les plus riches bénéficient de la réforme de la fiscalité sur le capital », commente l’économiste Guillaume Allègre. L’effet des choix budgétaires du gouvernement est particulièrement manifeste sur les ménages les plus pauvres : « Alors que le 1er décile avant redistribution augmente entre 2017 et 2018, il diminue après redistribution », ajoute Guillaume Allègre.

Concernant les plus riches, l’effet de la politique fiscale du gouvernement est moins évident dans les statistiques de l’Insee. Et pour cause : « Le remplacement de l’impôt de solidarité sur la fortune par l’impôt sur la fortune immobilière n’est pas pris en compte ici, précise l’Insee. Il aurait principalement un impact sur le niveau de vie des 5 % les plus aisés, sans avoir d’effet significatif sur le dernier décile de niveau de vie. »

On touche ici une des limites des statistiques de l’Insee sur les inégalités, qui se contente de découper la population française en fonction de ses revenus par tranche de 10 % – les fameux déciles. On peut comparer le sort des 10 % les plus pauvres avec les 10 % les plus riches, c’est le rapport interdécile. Mais ce n’est pas assez précis pour comprendre l’évolution des revenus des très riches, où beaucoup de choses se jouent à l’échelle des centiles (1 %) voire en deçà. « Les indicateurs sont trompeurs : ce n’est pas parce que le neuvième décile (les 10 % les plus riches, ndlr) ne bouge pas qu’il ne s’est rien passé, car l’ISF ne concernait qu’environ 1 % des ménages les plus riches », confirme Guillaume Allègre.

L’étude de Félix Paquier et Michaël Sicsic, parue quelques jours plus tôt, donne davantage de précisions. Le remplacement de l’ISF par l’IFI en 2018 a fait perdre 3,44 milliards d’euros de recettes fiscales à l’Etat, au profit de 340 000 ménages gagnants. « L’effet moyen sur les ménages qui sont affectés par la mesure est de + 9 770 euros sur le revenu disponible et + 6 700 euros en 2018 sur le niveau de vie », précisent les auteurs.

A cela s’ajoutent les effets, également bénéfiques pour les plus riches, de la « flat tax ». Les 5 % de personnes les plus aisées ont empoché un gain de niveau de vie de 640 euros par an, si l’on prend en compte le changement de comportement induit par la réforme (c’est-à-dire essentiellement le fait que les riches ont touché davantage de dividendes grâce à cette fiscalité plus incitative).

« Au final, le passage de l’ISF à l’IFI ne représente que 3 milliards d’euros, ce qui est relativement peu dans le revenu des ménages les plus aisés, souligne Guillaume Allègre. Mais si cet argent avait été consacré aux plus pauvres, les inégalités auraient sensiblement baissé, davantage en tout cas qu’elles n’ont augmenté en le consacrant aux plus aisés car, proportionnellement, 3 milliards représentent une part bien plus importante du revenu des ménages pauvres. »

Ces chiffres nous renseignent sur l’impact des premières années de gouvernement d’Emmanuel Macron. Ils ne nous disent rien, en revanche, sur ce qui s’est passé en 2019 ni depuis la crise sanitaire. Or tout porte à croire que la hausse des inégalités a dû s’accélérer depuis.

« Ce sont les effets de la crise du Covid-19 qui seront prédominants pour 2019-2020. D’un point de vue économique, les travailleurs précaires sont touchés en premier : les CDD et les intérimaires. Les jeunes, aussi, qui auraient pu s’attendre à trouver un emploi. Et les premières victimes du confinement ont été les sans-abri », juge Guillaume Allègre. Avant d’ajouter : « Contrairement à 2008, la hausse attendue des inégalités due à la crise économique ne devrait pas être compensée par une hausse de la redistribution. Le plan de relance ne prévoit que très peu de mesures en faveur des ménages les plus précaires. »

Un point de vue que partage Louis Maurin : « La hausse des inégalités que l’Insee mesure pour 2018, ce n’est rien comparé à la situation de 2020. La politique actuelle est totalement aveugle aux difficultés sociales, notamment des jeunes. »

LAURENT JEANNEAU 10/09/2020 Alternatives économiques

La théorie du ruissellement, selon laquelle, la richesse grandissante des premiers de cordée, ruissellera sur l’ensemble de la population, n’est donc qu’un faux prétexte pour permettre aux plus riches de s’enrichir davatange.

Les inégalités progressent, il n’y a aucune conséquence positive de l’enrichissement du 9ème décile sur l’ensemble de la population.

Est-ce étonnant ? Pas vraiment, les plus riches n’investissent pas et ne consomment pas nécessairement en France, donc le pays ne retire aucun profit des faveurs qui leurs sont accordées.

Shukuru

Plan de relance : un pari risqué

On l’attendait depuis longtemps : après un premier report, le gouvernement a enfin présenté aujourd’hui son plan de relance de l’économie française.

100 milliards : voilà un montant qui a de quoi frapper les esprits. Malheureusement, il ne semble pas à la hauteur de l’enjeu. Le Premier ministre l’a précisé, c’est l’équivalent de 4 points de PIB, soit, selon les estimations de l’Insee, la perte de richesse subie par l’économie française du fait du confinement. Le gouvernement procède donc à un rééquilibrage d’ampleur équivalente. Sauf que… Le plan s’étale sur deux ans. Nous voilà donc à 2 points de PIB seulement pour l’an prochain. 50 milliards qui, compte tenu de la difficulté à lancer rapidement des projets, pourraient se transformer en 30 milliards effectivement déboursés selon Bercy, soit 1,2 point…

Le montant pourrait également ne pas être à la hauteur des objectifs poursuivis. Par exemple, il met sur la table 2 milliards pour faire de la France un socle du développement de l’hydrogène quand l’Allemagne met 9 milliards et le Portugal 7 milliards. De même, les 2 milliards dédiés à la rénovation technique des logements privés sont jugés largement insuffisants par beaucoup.

Il faut enfin préciser que toutes les aides à l’investissement industriel du plan vont se traduire par un surcroît d’importations de biens d’équipements. Cela va jouer négativement sur notre commerce extérieur, et donc sur la croissance. Bref, on peut avoir des doutes sur le fait que les montants soient à la hauteur de l’enjeu.

Le plan de relance est spécifiquement destiné à la relance de l’offre ; logiquement, les entreprises en sont les premières bénéficiaires. De nombreuses mesures étaient nécessaires : après les aides sectorielles (aéronautique, tourisme, etc.), les TPE pourront prendre jusqu’à cinq ans pour rembourser leurs prêts garantis par l’Etat. Les PME se verront, elles, affecter 3 milliards d’euros pour renforcer leur capital et alléger le poids de leurs dettes (de quoi mobiliser en tout 10-15 milliards avec des fonds privés soit l’ordre de grandeur estimé par le Trésor des besoins en fonds propres). Un milliard d’euros seront par ailleurs affecté au soutien aux relocalisations (11 marchés clés ont été identifiés à ce titre par le ministère des Finances).

Le soutien à la demande est toutefois loin d’être absent. Il faudra affiner le calcul, mais le plan de relance semble pouvoir engager environ 25 milliards d’euros de commandes publiques – un quart de son montant total. On peut y ajouter les 15 milliards en faveur de l’emploi, qui sont un soutien direct au pouvoir d’achat.

C’est pour les plus démunis, malheureusement, que le bât blesse : 800 millions d’euros d’aides aux plus précaires, c’est largement insuffisant. Certes, les Françaises et les Français ont plus réduit leur consommation que leurs revenus durant le confinement, et se retrouvent à la tête d’un surcroît d’épargne important estimée à 100 milliards d’euros. Mais le constat vaut surtout pour les ménages les plus aisés, ceux qui consomment moins leurs augmentations de revenu. Les plus démunis, eux, ont pu seulement réduire un peu leur endettement ; soutenir leur pouvoir d’achat aurait été une bonne manière d’aider les entreprises à remplir leurs carnets de commande.

La surprise est venue de l’annonce d’une baisse de 20 milliards, étalée sur deux ans, des impôts dits de production, ceux qui taxent le processus de production (main-d’œuvre, bâti, chiffre d’affaires) quels que soient les bénéfices de l’année. Le gouvernement a raison de souligner que ces taxes, et en particulier leur niveau élevé, posent des problèmes. Mais c’est oublier que la France est également en tête des pays subventionnant le plus la production.

Surtout, et le Premier ministre l’a fermement rappelé le 3 septembre, la suppression partielle de ces taxes est octroyée sans aucune contrepartie. Rien n’est exigé des entreprises en termes d’égalité femmes/hommes, de comportement fiscal responsable ou de mesures environnementales. Espérons que le débat à l’Assemblée nationale permettra d’y remédier. La baisse des impôts de production n’a rien à voir avec la pandémie et ses effets, elle représente un gage donnée à la partie la plus anti-fiscale des représentants du patronat.

Enfin, qui va payer ces 100 milliards ? 20 milliards passeront par des prêts de la BPI ou de la Caisse des dépôts. Mais les 80 milliards restant vont accroître le déficit budgétaire et la dette publique. Le gouvernement ne manque pas de mettre en avant qu’il n’y pas de souci à se faire puisque l’Europe va payer largement ! La France peut effectivement bénéficier de 40 milliards d’euros maximum en provenance du vaste plan de relance européen. Mais uniquement dans le cas où tous ses projets seront acceptés, et le parlement européen n’a pas encore statué sur les critères d’éligibilité… Il faudra ensuite que la machine à dialogue se mette en place entre le parlement et les Etats européens. Bref, les 40 milliards ne sont pas encore tout à fait à portée de mains. Pas de quoi décourager le gouvernement : même si cela devait se traduire par un déficit budgétaire supplémentaire et plus de dettes, les taux d’intérêt sont à zéro et c’est la Banque centrale européenne qui finance ! Bizarrement, on n’entend pas les libéraux se plaindre…

Le gouvernement met les moyens pour aider les entreprises françaises à passer le cap difficile des effets du confinement. Mais il laisse l’impression de ne pas mettre l’argent en face des objectifs, de sacrifier les bas revenus et de laisser « à la responsabilité des chefs d’entreprises » comme dit le Premier ministre le soin d’agir avec cet argent dans l’intérêt collectif. Un sacré pari.

Christian Chavagneux Alternatives économiques 03/09/20

Tache complexe risque

Tous les individus sont-ils exposés  de la même manière au risque  et en ont-ils la même perception ?  Illustration par les risques écologiques
Étape 1 : Définition du risque et des enjeux de la séquence.

1- Sensibilisation 

  • Qui a peur de monter dans un avion ? Dans une voiture ?

2- Quelques définitions : 

  1. A votre avis, qu’est-ce qu’un risque ? Comment peut-on définir le risque ?
  2. Quelle peuvent être les différences entre : exposition au risque, la perception du risque , l’aversion au risque les conduites à risques ?
  • A votre avis qu’est-ce qu’un risque écologique ? Citez-en 
Étape 2 : Une exposition au risque et une perception du risque socialement différenciée.

1-  Une exposition au risque inégale.

Document 1 : les agriculteurs face aux risques liés aux pesticides.

Source : France 2 Extrait du magazine « 13h15 le samedi » du 13 avril 2019

https://www.francetvinfo.fr/economie/emploi/metiers/agriculture/video-pesticides-les-industriels-nous-ont-fait-la-propagande-de-leurs-produits-dangereux-pendant-des-decennies-selon-paul-francois-qui-a-gagne-contre-monsanto_3396351.html

1- De quel risque est-il question ici ? 

2- Quel type de population y est davantage soumis? Pourquoi ? 

Document 2 :   Les effets différenciés du changement climatique.

Les inégalités en matière d’impacts appréhendé globalement, le changement climatique se mesure en élévation des températures moyennes, mais cela se traduit localement par des effets très différenciés : l’élévation des températures est plus marquée dans les régions arctiques que sous d’autres latitudes ; la hausse du niveau des mers frappe plus les populations habitant des basses terres et a déjà chassé les habitants d’un certain nombre d’îles ; et l’accentuation des phénomènes climatiques est plus sensible dans les zones tropicales que dans les zones plus tempérées. Or, ce qui renforce cette distribution géographique inégale et en fait une véritable injustice, c’est le fait que les populations les plus touchées (les habitants du delta du Gange ou les Inuits en Arctique) sont celles qui ont le moins contribué au changement climatique et donc qui en sont les moins responsables (dans tous les sens du terme). On se trouve dès lors au centre même de la question de la justice – ou, plutôt, de l’injustice – environnementale : le tort moral vient se surajouter aux dommages physiques . Mais les dommages ne sont pas purement physiques. Ce ne sont pas seulement les effets du changement climatique qui sont inégalement répartis, ce sont aussi ses impacts et les façons dont ses effets sont ressentis. On l’a vu à La Nouvelle-Orléans, après le passage de l’ouragan Karina, en 2005 : les plus touchés ont été les habitants afro-américains des quartiers les plus pauvres, ceux qui ont eu le plus de mal à évacuer la zone (ils n’avaient pas de voiture) et auxquels il a fallu ensuite le plus de temps pour retrouver des conditions de vie à peu près normales, et les opérations foncières réalisées par la suite y ont servi à « requalifier sociologiquement » (si l’on peut dire) les quartiers désertés. Ce qui renforce donc en termes d’impacts les effets des dégradations environnementales, c’est une plus grande vulnérabilité des populations touchées (qui sont beaucoup plus étroitement dépendantes de la situation dans laquelle elles se trouvent) et leur moindre résilience (du fait qu’elles ont moins de solutions de rechange à leur disposition).

Catherine Arrière F.F.E. | « Annales des Mines – Responsabilité et environnement

RESPONSABILITÉ & ENVIRONNEMENT – JUILLET 2015 – N°79 77

Questions : 

1- De quel risque est-il question ici ? 

2- En quoi peut-on dire que nous n’y sommes pas tous exposés de la même manière ? 

2- Une perception du risque inégale.

Document 3 :  la sensibilité au risque n’est pas toujours rationnelle. 

Depuis le début des années 80, les études consacrées au risque se sont multipliées. L’ouvrage de P. Peretti-Watel en propose un tour d’horizon. L’auteur s’intéresse aux approches sociologiques des « événements dommageables » (menaces, dangers) tels qu’ils sont perçus par les individus. Premier constat : le risque est une construction sociale. Ainsi, il n’y a rien de commun entre la façon dont une bureaucratie gère son rapport au risque de façon adverse et aveugle et celle de l’entrepreneur, pour qui le risque constitue, dans l’univers mouvant du marché, une véritable opportunité d’enrichissement. Si l’on compare les craintes de la damnation qui angoissaient l’homme du Moyen Age à l’invention du risque social moderne (accident de travail, chômage, risque écologique), on note que, d’un point de vue historique également, la notion a beaucoup évolué. Des risques nouveaux (globaux, irréversibles, invisibles) ont vu le jour au cours de ces dernières décennies : la crise de la vache folle en est un exemple. Second constat : la conscience des risques n’est pas réductible à un simple pari rationnel. En témoigne, par exemple, la perception différenciée des risques (cancer, chômage, nucléaire) par les adolescents : le sexe, l’âge et la filière scolaire influencent les indicateurs de gravité et de fréquence perçues ainsi que de crainte déclarée, mais rarement en revanche la structure des interactions entre ces trois composantes. Autre résultat intéressant: les individus les moins exposés aux risques d’agression et de cambriolage sont souvent les plus tourmentés par l’insécurité! Dernier constat de l’auteur : dans la société contemporaine, les individus tendent à nier certains risques pourtant réels et omniprésents. Ainsi, les statistiques officielles de la mortalité routière ont-elles peu d’impact sur les perceptions de nombreux conducteurs. Lorsqu’on les interroge, ces derniers donnent de « bonnes raisons » de ne pas respecter les règles au motif que la fatalité statistique ne concernerait qu’un homme moyen auquel tout le monde se sent supérieur. Comme l’illustre d’abondance le présent ouvrage, parmi les faits sociaux qui ont gagné récemment leurs lettres de noblesse au sein du champ d’étude des sciences humaines, le risque occupe donc désormais une place de choix. En ce domaine, l’on ne disposait pas pourtant de synthèse critique en langue française. C’est maintenant chose faite.

Patrick Peretti-Watel, Armand Colin, 2000, 288 p., 140 F. MICHEL LALLEMENT Février 2001

1- Quelle est la thèse principale de l’auteur exprimée dans cet article ? 

2- Quelles sont toutes les variables énoncées qui peuvent modifier la perception du risque ? Comment ? 

Document 4 :  Déterminants du sentiment d’exposition à des risques liés au changement climatique 

( régression logistique :  base 100)

Questions : 

1- Lire les données entourées 

2- Quels sont les facteurs qui augmentent le sentiment d’exposition à des risques liés au changement climatique ? 

3- Quels sont les facteurs qui le diminuent ? 

Document 5 :  Perceptions plurielles des risques industriels.

Questions : 

1- De quel risque est-il question ici ? Pouvez-vous donner des exemples ?

2- A l’oral, après deux minutes d’observation, expliquez comment a été construit ce graphique.

3- Quelles sont les variables qui sont étudiées ?

5- Quelle(s) catégorie(s) de la population a (ont) le plus fort sentiment d’exposition en absence de risque ?

6- Quelle(s) catégorie(s) de la population a (ont) le plus faible sentiment d’exposition en absence de risque ?

7- Quelle(s) catégorie(s) de la population a (ont) la plus forte conscience du risque ?

8- Quelle(s) catégorie(s) de la population a (ont) la plus faible conscience du risque ?

9- Finalement, quelles sont les catégories de la population à sembler manifester une certaine « rationalité » dans la perception du risque ?  Quelles sont les catégories les moins rationnelles ?

Étape 3 Tâche finale : Produire une synthèse de réponse guidée à la problématique.

Mission :

A l’aide des étapes 1 et 2, et en vous appuyant et en citant les documents, vous montrerez que les individus n’ont pas tous la même perception et le même degré d’exposition face aux risques écologiques.

TD 2 Seconde, Introduction (2/2)

Quelles interrogations pour les économistes, les sociologues et les politistes ?

Support : Vidéo : Vacances en Ré  https://www.dailymotion.com/video/xdk5t6  19’18

  1. Complétez le tableau ci-dessous
 Famille 1Famille2Famille 3
Métier exercé     
Hébergement de vacances   
Loisirs pratiqués     
Nourriture et habillement   
Vocabulaire utilisé     
  • Comment expliquez-vous les différences constatées ?
  • Entourez les autres critères sociaux explicatifs qui influencent les styles de vacances :

La publicité – La mode – Les revenus – Les amis – Le développement du low cost – L’âge – Les nouvelles technologies – Airbnb – Le prix de l’essence.

Évaluation en fin de la séance : rédigez un paragraphe expliquant les différents modes de vie en fonction des milieux sociaux.                                        
 
       






Qu’est-ce qu’une allocation optimale des ressources ?

Support : Document chiffré

  1. Que signifie : « 417 euros – Ceux qui resteront chez eux » ?
  2. Définissez la notion de budget moyen
  3. Comment expliquez-vous les différences de budget moyen dédié aux vacances ? Justifiez à partir des données chiffrées.
Évaluation en fin de la séance :  Vrai  / Faux  VRAIFAUX
Les foyers dépensent en moyenne 452 euros pour les vacances d’été
Le budget des français a augmenté de 38 euros entre 2016 et 2017
Ceux qui partent en vacances consacrent, en moyenne, 1410 euros à leurs vacances d’été  
  

Carte de l’ile de Ré

1/ Quelles particularités présente la carte de l’ile de Ré ?

2/ Pourquoi la densité et les revenus sont-ils si différents sur cette ile ?

3/ Comment la politique intervient-elle dans cette répartition ?

TD 1 Seconde, Introduction (1/2)

Vidéo confinement

https://www.capital.fr/economie-politique/espagne-nouveau-confinement-local-en-catalogne-1375376      1’04

Comment le sociologue aborde-t-il ce sujet ?

Comment le politiste aborde-t-il ce sujet ?

Ces approches sont-elles complémentaires ou antagoniques ?

Vidéo Bar à chats

https://www.youtube.com/watch?v=1xKefFhgl6A        3’33

Comment l’économiste aborde-t-il ce sujet ?

Comment le sociologue aborde-t-il ce sujet ?

Comment le politiste aborde-t-il ce sujet ?

Expliquer pour le sport est un fait éco, social et politique

TD Lutter contre le chômage en soutenant l’offre

Document 1 :

Si on laisse faire, la flexibilité des salaires rétablira spontanément l’équilibre. Mais si les rigidités institutionnelles empêchent la libre négociation et la baisse des salaires, le chômage persiste car le coût du travail est structurellement supérieur à son niveau d’équilibre. A long terme, la hausse du prix relatif du travail incite les entreprises à substituer du capital au travail … ; les entreprises compensent aussi le surcoût du travail par la surqualification des travailleurs, ce qui pénalise plus spécialement les jeunes sans expérience et les travailleurs non qualifiés…

La baisse du coût relatif du travail stimulerait directement l’emploi en incitant les entreprises à substituer du travail au capital ; elle devrait aussi le faire indirectement en soutenant l’activité par divers canaux : effet de compétitivité (amélioration de la compétitivité prix favorable aux exportations) ; effets de profitabilité (hausse de la part des profits dans la valeur ajoutée favorable à l’investissement) ; désinflation qui libère le pouvoir d’achat disponible pour la consommation.

Jacques Généreux, Les vraies lois de l’économie, Seuil, 2008

  1. Expliquez la première phrase
  2. Expliquez la phrase soulignée et donner un exemple de secteur d’activité touché par cette évolution
  3. Le chômage touche-t-il de la même façon tous les individus, quels qu’ils soient ?
  4. Expliquez et illustrez les trois canaux évoqués à la fin du texte

Document 2 : Baisse des charges patronales

Jean Balas, patron dans le BTP, regrette l’abandon de la baisse des charges sociales. Il estime qu’elle aurait dopé la rentabilité des entreprises

C’était l’une des propositions phares de Louis Gallois : créer un « choc de confiance » de nature à relancer l’investissement, et notamment l’investissement industriel, grâce à une baisse significative des charges sociales. Pour réduire le coût du travail, cette solution avait sa faveur, car elle « a un impact direct et rapide sur les marges d’exploitation des entreprises, et donc sur leur capacité d’autofinancement », expliquait-il dans son rapport, précisant que sa préférence allait « à un choc sur une année », sous peine de courir « un risque de dilution ».

Stéphanie Benz – L’expansionl’express.fr 06/12/2012 à 09:11

  1. Que voulait ce patron ?
  2. Quel est l’intérêt d’une telle mesure ?

Document 3 :

  1. Commentez le tableau

TD Lutter contre le chômage en soutenant la demande

Explication keynésienne du chômage. Il s’agit d’un chômage involontaire provoqué par une insuffisance de la demande de biens et de services. Les entrepreneurs n’embauchent pas parce qu’ils estiment qu’ils n’ont pas de débouchés pour leurs produits.

Explication du chômage dans le courant libéral. Les prix sur le marché des biens et services sont trop bas pour des salaires trop élevés, ce qui revient à dire que le travail coûte trop cher relativement à sa productivité. Les entreprises ne jugent pas rentable de satisfaire la demande et de créer des emplois.

Coût du travail et chômage

 Coût salarial dans l’industrieTaux de chômage (%)
 2000201120002011
 Euros par heure
Etats-Unis28354,09
France27338,89,5
Allemagne29347,86,5
Royaume Uni18285,57,9
Zone euro22289,110
Japon34274,74,8

Sources : OCDE et INSEE 2011

  1. Analysez le tableau
  2. Permet-il de confirmer la théorie néoclassique du chômage ?
  3. Dans quels pays peut-on parler de chômage keynésien ?
  1. Expliquez et analysez le schéma
  2. Quels sont les avantages et les risques d’une politique keynésienne ?

TD Evolution du travail

Document 1 : Evolution de l’emploi en France

https://youtu.be/WONey9HemHA

Document 2 : Digitalisation du travail

Les nouvelles technologies jouent un double rôle par rapport aux mutations du travail ou ce que l’on appelle parfois la digitalisation du travail. Le digital est à la fois une cause mais également un accélérateur des évolutions que l’on observe sur le marché du travail.

Alors une cause, parce-que grâce à ces nouvelles technologies le travail s’est dématérialisé. Les nouvelles technologies ont permis de libérer le travail de la loi de la pesanteur. Autrefois, c’était compliqué pour un ouvrier travaillant chez Renault de ramener une porte à terminer le soir chez lui. Aujourd’hui avec les nouvelles technologies et l’accès aux mails ou nos fichiers quel que soit l’endroit où on se trouve, le travail a perdu son unité de temps et de lieu. Vous pouvez travailler n’importe quand et n’importe où, puisque tous vos fichiers sont accessibles en permanence. La nature même du travail a changé du fait de cette « mobi-quité ». Nous sommes tous mobiles maintenant, on reste connectés 24H/24 et on a donc ce don d’ubiquité aussi dans le monde du travail.

L’autre grande transformation qu’apporte la digitalisation dans le monde du travail, c’est cette économie des plateformes qui font de l’intermédiation sur le marché du l’emploi. Uber, Upwork, Hopwork ou Amazon Mechanical Turk créent également une révolution dans le marché du travail puisque grâce à celles-ci, vous pouvez décrocher des missions. On parle même aujourd’hui de human cloud.

Si vous avez un site internet à concevoir, vous allez pouvoir mettre ce projet sur une plateforme et c’est sans doute quelqu’un qui va être basé en Chine ou en Inde qui va réaliser cette mission pour vous. On voit là-encore cette idée de délocalisation du travail. Ou autrement dit le fait que le travail n’est plus forcément un endroit où l’on se rend, mais plutôt une tâche à accomplir. Et cette tâche peut être faite virtuellement dans les nuages à travers ces plateformes numériques. Une nouvelle façon de contracter le travail se développe, avec de nouvelles opportunités pour des travailleurs indépendants.

Denis Pennel, Mutations du travail : quel avenir pour le marché de l’emploi ? Unow.fr, mars 2017

Populisme de droite ou de gauche ? Une question de portefeuille

Depuis la crise des subprimes, les électorats de nombreux pays ont renforcé le poids politique des leaders les plus radicaux quand ils ne les ont pas portés au pouvoir comme en Hongrie, au Venezuela, au Brésil ou encore aux Etats-Unis. Comment s’explique cette montée ? Pourquoi certains pays ont-ils connu un vote radical de droite, alors que d’autres ont versé dans le vote radical de gauche. Comment comprendre la différence de choix ? Voici les deux questions auxquelles ont tenté de répondre quatre chercheurs dans une étude socio-politique.

Leur principale explication est simple, elle repose sur l’analyse de la position sociale relative des individus. Les personnes qui voient leur position se détériorer accusent les politiques suivies par les gouvernements qui se sont succédé auxquelles s’ajoute le plus souvent un coupable idéal. Les forces politiques radicales n’ayant pas exercé le pouvoir sont alors bien vues, d’autant plus qu’elles entretiennent la liste des bouc-émissaires : la mondialisation, l’Europe, les étrangers, les élites…

Les statistiques sur les déciles de revenus sont disponibles pour mesurer l’évolution relative de chaque segment de la société et des enquêtes européennes permettent de connaître la dynamique des soutiens politiques aux différents partis. Le croisement des deux donne un résultat clair : les personnes dont le revenu moyen a moins progressé que l’ensemble des revenus du pays, sur une période de cinq ans, déclarent un soutien croissant aux partis politiques les plus radicaux. Elles correspondent également à la catégorie de celles et ceux qui se retirent du marché politique et ne votent plus. Une moindre progression relative du revenu multiplie par trois la probabilité de choisir un parti très à droite et fait plus que quadrupler celle de choisir un parti très à gauche.

Afin d’affiner ce dernier résultat, les quatre chercheurs, Brian Burgoon, Sam van Noort, Matthijs Rooduijn et Geoffrey Underhill, ont observé de près ce qui se passe lorsque des personnes situées parmi les 10 % les plus riches et parmi les 10 % les plus pauvres voient leur position sociale relative se dégrader. Là encore, le résultat statistique est massif. Les catégories aisées qui perdent en position sociale se tournent vers les partis radicaux de gauche ou bien vers l’abstention, les plus pauvres qui subissent le même sort penchent à l’inverse vers les partis de droite.

L’étude montre ensuite que la dynamique relative des revenus est bien le facteur explicatif prioritaire. Le genre, l’âge, le lieu et la région de résidence, les choix religieux, le nombre d’heures de travail, le fait d’avoir été au chômage ou pas, la composition de la famille…, aucun de ces éléments ne vient corriger le résultat. Une seule exception : les individus nés à l’étranger ou dont les parents sont nés hors des frontières se dirigent moins qu’attendu vers les partis de droite. A ceux qui refusent la montée en puissance des extrêmes, une seule politique possible : ne pas accroître les inégalités, et, encore mieux, les réduire.

CHRISTIAN CHAVAGNEUX 24/06/2019

Il existe donc un lien fort entre le vote populiste et la montée des inégalités. Si celle-ci est limitée, le vote extrême devrait reculer. Mais il faut également noter que ce ne sont pas les inégalités réelles qui comptent mais les inégalités ressenties.

Shukuru

Les Nobel d’Économie vent debout contre le bitcoin

Le monde de la finance a tendance à être divisé sur l’avenir des crypto-monnaies. La directrice du FMI Christine Lagarde avait déclaré en octobre que ces monnaies virtuelles pourraient très bien devenir « plus stables et sécurisées » que les monnaies traditionnelles. Plus nuancé, le patron de Goldman Sachs Lloyd Blankfein affirmait que, bien qu’il n’aime pas trop le bitcoin, il était « ouvert à un avenir » pour ces monnaies virtuelles. Jamie Dimon, le numéro un de JPMorgan, avait des mots bien plus durs: « Si vous êtes assez stupides pour acheter cela vous le paierez un jour! », prévenait-il le 16 octobre.

Chez les lauréats du prix Nobel d’Économie, il n’y a pas vraiment débat. Tous se sont montrés très critiques vis-à-vis des crypto-monnaies en général et du bitcoin en particulier. Dans une tribune dans le Financial Times, le Français Jean Tirole, lauréat 2014, émet d’importants doutes sur la viabilité de la monnaie. Il précise d’emblée que ses critiques ne portent pas sur la blockchain (la technologie assurant la sécurité des transactions en bitcoin et qui intéresse fortement les banques), que le doyen de l’Université de Toulouse décrit comme « une innovation bienvenue ».

Tulipes néerlandaises

« Le bitcoin pose deux questions bien distinctes. Premièrement: est-ce une monnaie viable à long terme? Deuxièmement, à supposer que cela le soit, contribue-t-elle au bien commun? Mes réponses sont: probablement pas et définitivement pas », écrit-il.

Jean Tirole explique que le bitcoin est une bulle au sens où il s’agit d’un actif qui n’a pas de valeur intrinsèque (« son prix tombe à zéro si la confiance disparaît »). Il se peut que le bitcoin devienne une « bulle durable » comme l’or. Mais le prix Nobel tricolore n’y croit pas trop et évoque plutôt la première bulle spéculative, celle des tulipes néerlandaises du XVIIe siècle, dont l’éclatement avait été violent, précipitant bon nombre de marchands dans la faillite.

Surtout, l’économiste remet en cause toute « valeur sociale » que le bitcoin pourrait avoir. Il soulève notamment la question de l’émission de monnaie et du seigneuriage, c’est-à-dire l’augmentation de l’offre de monnaie qui « fournit traditionnellement davantage de ressources au gouvernement », rappelle Jean Tirole. De cette façon, l’émission monétaire bénéficie à la communauté. Ce qui n’est absolument pas le cas avec le bitcoin.

« Mineurs » et « course aux armes »

« Les premières pièces frappées sont allées dans les mains d’intérêts privés. Et l’émission de nouveaux bitcoins crée l’équivalent d’une inutile course aux armes », poursuit Jean Tirole. Les nouveaux bitcoins créés vont en effet aux « mineurs » qui mettent à disposition la puissance de calcul de leurs ordinateurs pour enregistrer et sécuriser les transactions en bitcoin.

En récompense de leurs services fournis, ces « mineurs » reçoivent les nouveaux bitcoins générés par un algorithme (à raison de 12,5 bitcoins émis toutes les 10 minutes, soit 120.000 dollars à l’heure actuelle). Mais les calculs nécessaires pour sécuriser les nouveaux blocs de transactions en bitcoins sont de plus en plus complexes. Mis en compétition entre eux, les « mineurs » sont obligés d’investir dans des ordinateurs de plus en plus puissants, consommant de plus en plus d’électricité. Voilà « l’inutile courses aux armes » que qualifie Jean Tirole.

« Le bitcoin s’apparente à un rêve libertaire mais il s’agit d’une vraie migraine pour n’importe qui qui perçoit la politique publique comme un complément à l’économie de marché. La monnaie est trop souvent utilisée pour de l’évasion fiscale ou du blanchiment d’argent », dénonce Jean Tirole. Autre interrogation soulevée par l’économiste: comment les banques centrales peuvent-elles implanter des politiques monétaires efficaces si le monde se retrouve dominé par les monnaies virtuelles?

« Bitcoin is evil »

Le prix Nobel 2014 profite également de l’occasion pour critiquer l’ICO (Initial Coin Offering) un procédé par lequel une entreprise se finance en émettant des titres (appelés « token », ou « jetons ») qui s’échangent contre des monnaies virtuelles. Ce procédé n’est pas sans rappeler l’introduction en Bourse (IPO en anglais) sauf que dans ce cas de figure, l’entreprise se finance directement auprès des potentiels investisseurs, sans contrôle. Et c’est justement ce dernier point que critique Jean Tirole. Les ICO « négligent un aspect fondamental de la finance: l’utilisation d’intermédiaires de confiance pour évaluer la solidité des projets ».

« Les gouvernements qui ont toujours de la considération pour le bitcoin et les ICO seraient bien avisés de protéger leurs citoyens et les institutions financières contre tous développements dangereux et risqués », prévient Jean Tirole.

La tribune du Français s’ajoute à une longue liste de mises en garde déjà formulée par d’autres Prix Nobel. Dès 2013, Paul Krugman (prix Nobel 2008) écrivait, très sobrement comme à son habitude, que « Bitcoin is Evil » (« le bitcoin c’est le mal »). Le volubile économiste estimait que « pour être un succès une monnaie doit remplir deux fonctions: être un moyen d’échange et une réserve de valeur (c’est-à-dire qu’elle peut être conservée dans le temps pour reporter les achats, et sans perdre de valeur s’il n’y pas d’inflation, NDLR) ». Paul Krugman jugeait alors que le bitcoin n’avait absolument pas démontré qu’il était fait pour remplir la deuxième fonction. Son collègue Joseph Stiglitz ne fait pas non plus dans la mesure. Le prix Nobel 2001 affirme que le bitcoin « ne marche qu’à cause de sa capacité de contournement et son absence de contrôle ». « Cette monnaie devrait être hors la loi et ne remplit aucune fonction sociale, c’est juste une bulle », s’exclame-t-il, utilisant l’argument énoncé par Jean Tirole.

Un peu moins virulent, le prix Nobel d’Économie 2014 Robert Shiller jugeait sur CNBC en octobre que cette crypto-monnaie était « une mode destinée à s’effacer » comme avait pu être le « bimétallisme au XIXe siècle ». Pour les rares lecteurs qui n’ont pas connu le XIXe siècle, le bimétallisme signifiait tout simplement que les monnaies étaient convertibles dans deux métaux, à savoir l’or et l’argent. Ce système n’a pas perduré en raison de ses nombreux désavantages.

Julien Marion 30/11/2017

http://bfmbusiness.bfmtv.com/entreprise/les-nobel-d-economie-vent-debout-contre-le-bitcoin-1316313.html