Les Nobel d’Économie vent debout contre le bitcoin

Le monde de la finance a tendance à être divisé sur l’avenir des crypto-monnaies. La directrice du FMI Christine Lagarde avait déclaré en octobre que ces monnaies virtuelles pourraient très bien devenir « plus stables et sécurisées » que les monnaies traditionnelles. Plus nuancé, le patron de Goldman Sachs Lloyd Blankfein affirmait que, bien qu’il n’aime pas trop le bitcoin, il était « ouvert à un avenir » pour ces monnaies virtuelles. Jamie Dimon, le numéro un de JPMorgan, avait des mots bien plus durs: « Si vous êtes assez stupides pour acheter cela vous le paierez un jour! », prévenait-il le 16 octobre.

Chez les lauréats du prix Nobel d’Économie, il n’y a pas vraiment débat. Tous se sont montrés très critiques vis-à-vis des crypto-monnaies en général et du bitcoin en particulier. Dans une tribune dans le Financial Times, le Français Jean Tirole, lauréat 2014, émet d’importants doutes sur la viabilité de la monnaie. Il précise d’emblée que ses critiques ne portent pas sur la blockchain (la technologie assurant la sécurité des transactions en bitcoin et qui intéresse fortement les banques), que le doyen de l’Université de Toulouse décrit comme « une innovation bienvenue ».

Tulipes néerlandaises

« Le bitcoin pose deux questions bien distinctes. Premièrement: est-ce une monnaie viable à long terme? Deuxièmement, à supposer que cela le soit, contribue-t-elle au bien commun? Mes réponses sont: probablement pas et définitivement pas », écrit-il.

Jean Tirole explique que le bitcoin est une bulle au sens où il s’agit d’un actif qui n’a pas de valeur intrinsèque (« son prix tombe à zéro si la confiance disparaît »). Il se peut que le bitcoin devienne une « bulle durable » comme l’or. Mais le prix Nobel tricolore n’y croit pas trop et évoque plutôt la première bulle spéculative, celle des tulipes néerlandaises du XVIIe siècle, dont l’éclatement avait été violent, précipitant bon nombre de marchands dans la faillite.

Surtout, l’économiste remet en cause toute « valeur sociale » que le bitcoin pourrait avoir. Il soulève notamment la question de l’émission de monnaie et du seigneuriage, c’est-à-dire l’augmentation de l’offre de monnaie qui « fournit traditionnellement davantage de ressources au gouvernement », rappelle Jean Tirole. De cette façon, l’émission monétaire bénéficie à la communauté. Ce qui n’est absolument pas le cas avec le bitcoin.

« Mineurs » et « course aux armes »

« Les premières pièces frappées sont allées dans les mains d’intérêts privés. Et l’émission de nouveaux bitcoins crée l’équivalent d’une inutile course aux armes », poursuit Jean Tirole. Les nouveaux bitcoins créés vont en effet aux « mineurs » qui mettent à disposition la puissance de calcul de leurs ordinateurs pour enregistrer et sécuriser les transactions en bitcoin.

En récompense de leurs services fournis, ces « mineurs » reçoivent les nouveaux bitcoins générés par un algorithme (à raison de 12,5 bitcoins émis toutes les 10 minutes, soit 120.000 dollars à l’heure actuelle). Mais les calculs nécessaires pour sécuriser les nouveaux blocs de transactions en bitcoins sont de plus en plus complexes. Mis en compétition entre eux, les « mineurs » sont obligés d’investir dans des ordinateurs de plus en plus puissants, consommant de plus en plus d’électricité. Voilà « l’inutile courses aux armes » que qualifie Jean Tirole.

« Le bitcoin s’apparente à un rêve libertaire mais il s’agit d’une vraie migraine pour n’importe qui qui perçoit la politique publique comme un complément à l’économie de marché. La monnaie est trop souvent utilisée pour de l’évasion fiscale ou du blanchiment d’argent », dénonce Jean Tirole. Autre interrogation soulevée par l’économiste: comment les banques centrales peuvent-elles implanter des politiques monétaires efficaces si le monde se retrouve dominé par les monnaies virtuelles?

« Bitcoin is evil »

Le prix Nobel 2014 profite également de l’occasion pour critiquer l’ICO (Initial Coin Offering) un procédé par lequel une entreprise se finance en émettant des titres (appelés « token », ou « jetons ») qui s’échangent contre des monnaies virtuelles. Ce procédé n’est pas sans rappeler l’introduction en Bourse (IPO en anglais) sauf que dans ce cas de figure, l’entreprise se finance directement auprès des potentiels investisseurs, sans contrôle. Et c’est justement ce dernier point que critique Jean Tirole. Les ICO « négligent un aspect fondamental de la finance: l’utilisation d’intermédiaires de confiance pour évaluer la solidité des projets ».

« Les gouvernements qui ont toujours de la considération pour le bitcoin et les ICO seraient bien avisés de protéger leurs citoyens et les institutions financières contre tous développements dangereux et risqués », prévient Jean Tirole.

La tribune du Français s’ajoute à une longue liste de mises en garde déjà formulée par d’autres Prix Nobel. Dès 2013, Paul Krugman (prix Nobel 2008) écrivait, très sobrement comme à son habitude, que « Bitcoin is Evil » (« le bitcoin c’est le mal »). Le volubile économiste estimait que « pour être un succès une monnaie doit remplir deux fonctions: être un moyen d’échange et une réserve de valeur (c’est-à-dire qu’elle peut être conservée dans le temps pour reporter les achats, et sans perdre de valeur s’il n’y pas d’inflation, NDLR) ». Paul Krugman jugeait alors que le bitcoin n’avait absolument pas démontré qu’il était fait pour remplir la deuxième fonction. Son collègue Joseph Stiglitz ne fait pas non plus dans la mesure. Le prix Nobel 2001 affirme que le bitcoin « ne marche qu’à cause de sa capacité de contournement et son absence de contrôle ». « Cette monnaie devrait être hors la loi et ne remplit aucune fonction sociale, c’est juste une bulle », s’exclame-t-il, utilisant l’argument énoncé par Jean Tirole.

Un peu moins virulent, le prix Nobel d’Économie 2014 Robert Shiller jugeait sur CNBC en octobre que cette crypto-monnaie était « une mode destinée à s’effacer » comme avait pu être le « bimétallisme au XIXe siècle ». Pour les rares lecteurs qui n’ont pas connu le XIXe siècle, le bimétallisme signifiait tout simplement que les monnaies étaient convertibles dans deux métaux, à savoir l’or et l’argent. Ce système n’a pas perduré en raison de ses nombreux désavantages.

Julien Marion 30/11/2017

http://bfmbusiness.bfmtv.com/entreprise/les-nobel-d-economie-vent-debout-contre-le-bitcoin-1316313.html

 

Bitcoin : tout comprendre à cette monnaie virtuelle

D’un simple petit programme informatique inventé en 2008 est née une monnaie virtuelle qui pèse aujourd’hui 260 milliards de dollars (220 milliards d’euros). Décryptage du phénomène.

Le Bitcoin est-il une vraie monnaie ?
Oui, mais. C’est une monnaie électronique décentralisée. Autrement dit, elle ne passe pas par les banques et elle n’est pas régulée, organisée par des autorités publiques (banques centrales, etc.). Il existe aujourd’hui 16,7 millions de bitcoins en circulation. Un nombre qui ne pourra pas, à terme, dépasser les 21 millions. Le bitcoin est une monnaie très particulière. Il est possible de la diviser jusqu’à 8 chiffres après la virgule. En clair, vous pouvez acheter 0,00000001 bitcoin. Sa valeur d’échange avec les autres monnaies, son cours, fluctue énormément. Aujourd’hui, comptez environ 12 500 euros pour vous offrir un bitcoin.

Les échanges de Bitcoin sont-ils sécurisés ?
Oui, en principe. Créée entre 2008 et 2010 par un informaticien ou un groupe d’ingénieurs prenant le pseudonyme Satoshi Nakamoto, cette monnaie est fabriquée par un réseau d’ordinateurs. Un bitcoin n’est au final qu’une série de lignes de code cryptées. D’où son nom de crypto-monnaie. Le hic, c’est qu’en informatique tout se copie aisément. Un petit malin pourrait par de simples copier-coller multiplier à l’envie ses bitcoins. Un système de vérification des transactions a donc été inventé pour s’assurer que lorsque Marcel donne son bitcoin à Jeanine pour lui acheter une table, il ne refourgue pas, en parallèle, une copie de son bitcoin à Antoine pour lui acheter une voiture. C’est la « chaîne de bloc ». En gros, les transactions, regroupées par blocs de 1 000, sont vérifiées et validées par des ordinateurs. Ils s’assurent que le bitcoin est bien passé d’un porte-monnaie à un autre. Tous les échanges, à tout moment, sont ainsi enregistrés sur un gigantesque registre.

Peut-on les acheter et les revendre facilement ?
Oui. Il existe des bourses d’échange. Pour détenir un bitcoin, il faut au préalable posséder un porte-monnaie électronique. Attention, la notion de prélèvement n’existe pas dans ce monde-là. Il est seulement possible d’effectuer des virements. Vous recevrez alors deux types de clés : l’une, dite publique, est une sorte de RIB (relevé d’identité bancaire) où l’on peut vous envoyer votre argent ; l’autre, privée, est votre code d’accès au bitcoin. Attention de ne pas la perdre…

Est-ce risqué d’investir sur le bitcoin ?
Oui.
 « C’est certainement l’actif le plus risqué qui existe sur le marché. A tout moment, tout peut être perdu », estime Nicolas Houy, chercheur au CNRS. D’ailleurs, de nombreux krachs éclair, de gigantesques dégringolades de cours, ont marqué la jeune histoire de cette monnaie. En cas de pépin, impossible de faire appel aux lois qui protègent habituellement les épargnants (garantie des dépôts, etc.).

Peut-on payer en bitcoins ?
Oui. Mais, les frais de transaction, parfois supérieurs à 15 euros,et le yo-yo incessant de sa valeur en rebutent plus d’un. Ainsi, le site de jeux vidéo Steam a décidé, il y a peu, d’arrêter de les accepter comme moyen de paiement. Le site Bitcoin.fr publie même une liste de commerçants qui acceptent la crypto-monnaie. On y trouve des restaurants, des hôtels, des agences de voyages et des sociétés de services digitaux (création de sites, hébergeurs Web, fournisseurs de logiciels…). Pour l’heure, en France, les grands sites marchands et les banques n’autorisent pas les transactions en bitcoins. Seule la néobanque Revolut a intégré récemment cette option à son appli.

Est-ce la monnaie des mafias ?
Pas forcément. « En anonymisant les transactions, le bitcoin favoriserait les échanges illicites » : une affirmation qui fait rire les connaisseurs du sujet. « Les transactions sont enregistrées à vie. Donc, si vous deviez avoir une activité illégale, surtout n’utilisez pas le bitcoin ! », sourit Nicolas Houy.

Est-ce vrai que les transactions sont extrêmement énergivores ?
Oui. Pour valider les transactions, les échanges de bitcoins, des ordinateurs — les mineurs — tournent à plein régime aux quatre coins de la planète. Selon le site Internet Digiconomist.net, le bitcoin consomme autant d’électricité que 3 millions de ménages américains. Une transaction en bitcoins nécessiterait l’équivalent de huit jours d’électricité pour une famille !

Boris Cassel|26 décembre 2017, Le parisien eco

Méthodologie de la dissertation

  1. Le choix du sujet (10’)

Lire les deux sujets (EC et Dissertation)

Regarder les documents et les questions de l’épreuve composée

 

  1. La construction de la dissertation

      Lire et délimiter le sujet (10’)          Manuel p 43

Quels sont les mots utilisés, la ponctuation …

Reconnaître le type de sujet

 

      Trouver la problématique (15’)

Formulation d’une question à laquelle le devoir permet de répondre

 

      Analyser les documents (30’)          Manuel p 71

Travail détaillé sur les documents (sous forme de tableau : N° du document, Idée principale, idées secondaires, idées personnelles ou exemple, partie où le document sera utilisé)

Pas de paraphrase. Si possible établir des relations entre les documents

A compléter avec les connaissances personnelles

 

      Recherche du Plan (35’)                   Manuel p 103

Plan détaillé avec les sous parties. Respectez l’équilibre entre les parties

 

      Rédaction de l’Introduction et de la conclusion (20 ‘)                Manuel p 283 et 341

Obligatoire avant de commencer à rédiger le devoir. Rédiger la conclusion permet de savoir où l’on va et d’éviter de bâcler celle-ci parce qu’on n’a plus de temps en fin d’épreuve.

 

                              Introduction en 5 points :

  • Présentation de l’intérêt du sujet grâce à l’actualité
  • Délimiter le sujet dans le temps et l’espace
  • Annoncer la problématique
  • Définir les termes importants
  • Annoncer le plan choisi

 

                              Conclusion en 3 points

  • Synthèse, récapitulation de la démarche suivie
  • Réponse claire à la question posée dans l’introduction
  • Ouverture du sujet vers un autre thème

 

 

      Rédaction du devoir (1h50)            Manuel p 133

La mobilisation des connaissances est indispensable, les documents ne sont pas suffisants pour traiter le sujet

 

      Relecture (10’)

Orthographe, mots oubliés …

 

 

 

Analyse du sujet

Méthodologie : analyse du sujet

Regardez la vidéo

Prenez des notes pour retenir ce qui est important dans cette vidéo

Réalisez les trois activités suivantes :

Activité 1 : à partir des énoncés suivants :

  • encadrer le terme qui permet d’identifier la consigne ;
  • repérer le type de sujet dont il s’agit ;
  • identifier le type de progression que cela implique.

 

  • Vous montrerez que les variations de la demande globale sont un facteur important des fluctuations économiques.

 

  • Les fluctuations économiques ne s’expliquent-elles que par les variations de la demande globale ?

 

  • Vous montrerez qu’il existe une multiplicité de critères pour rendre compte de la structure sociale.

 

Activité 2 : Travail autour de la problématisation d’un sujet

Voici des propositions de problématiques pour 3 sujets. Indiquer pour chacune si la proposition est acceptable ou non. Justifier.

1er sujet : Dans quelle mesure les variations de la demande expliquent-elles les fluctuations économiques ?

 

 

Proposition 1 : Quelles sont les causes et les conséquences des fluctuations économiques ?

 

 

Proposition 2 : Les variations de la demande sont-elles les principales déterminants des fluctuations

 

 

Proposition 3 : La demande détermine-t-elle seule les variations de la croissance ?

 

 

 

2e sujet : Comment les politiques conjoncturelles peut-elle permettre de relancer la demande globale ?

Proposition 1 : La politique budgétaire est-elle la seule arme conjoncturelle efficace pour augmenter la consommation, l’investissement et le solde extérieur ?

 

 

Proposition 2 : De quelle manière la politique budgétaire va-t-elle augmenter la consommation, l’investissement et le solde extérieur ?

 

 

Proposition 3 : Comment les politiques conjoncturelles permettent-elles d’agir sur la demande globale ?

 

 

3e sujet : Dans quelle mesure les classes sociales existent-elles aujourd’hui en France ?

Proposition 1 : Peut-on encore parler de classes sociales aujourd’hui en France ?

 

 

Proposition 2 : Les classes sociales ont elles disparu aujourd’hui en France ?

 

 

Proposition 3 : Le concept de classe sociale est-il opportun pour analyser la stratification sociale en France aujourd’hui ?

 

 

Activité 3 : A partir du sujet de dissertation suivant, proposer une analyse de sujet devant déboucher à une problématique et une ébauche de plan.

L’analyse en termes de classes sociales est-elle pertinente pour rendre compte de la structure sociale ?

 

Vous pouvez télécharger les activités grâce au lien ci-dessous :

activites-analyse-de-sujet

Vers « la disparition de l’argent liquide » ?

Par Henri Bourguinat (Professeur émérite d’économie à l’université Montesquieu-Bordeaux-IV)

Signe des temps, voilà qu’on annonce le recul, sinon la disparition, de l’argent liquide. Nos chers billets et pièces seraient sur le point de s’effacer. Il est clair que – hormis, peut-être, pour la menue monnaie du Caddie des grandes surfaces – tout se règle de plus en plus par chèque ou, plus encore, par ces rectangles presque magiques que sont nos Cartes bleues. A tous les niveaux, on s’acharne à décourager les règlements en espèces, de plus en plus considérés comme ringards, pour ne pas dire arriérés.

Bien sûr, cela se comprend, eu égard à la commodité et à la rapidité sans cesse accrue d’une société de plus en plus pénétrée par le numérique. Néanmoins, on ne peut s’empêcher d’être plutôt réservé, lorsque notre banque nous annonce qu’elle ferme ses guichets au profit des automates pour distribuer des billets ; plus encore quand, au Forum économique mondial de Davos, en janvier, Christine Lagarde, directrice du Fonds monétaire international, paraît – rapport fouillé à l’appui – se rallier à la « société sans cash » de demain. Elle rejoint en cela le ministre français des finances, Michel Sapin, qui déclare lui-même que« la Banque centrale européenne [BCE] pourrait alors mieux insuffler de l’inflation grâce aux taux négatifs ».

 Tout est dit, en peu de mots : le recul désiré du rôle de l’argent liquide ne serait pas que de commodité, ou de simple économie. Sans doute épargnerait-il les frais de la traque de la fausse monnaie ou de l’installation des coûteux automates bancaires ; sans doute entraverait-il fortement les opérations illicites (drogue, prostitution, commerce des armes, évasion fiscale et travail au noir). Mais le fait de vouloir restreindre la place de l’argent liquide ne s’explique pas seulement par cela.

Si le nombre des ralliements à la diminution, voire à la suppression du cash, explose, c’est d’abord parce que la politique monétaire actuelle s’épuise. Après les Etats-Unis, qui ont choisi, de 2010 à 2014, d’inonder les marchés de liquidités (3 500 milliards de dollars, soit environ 3 200 milliards d’euros), avec le fameux « assouplissement quantitatif » (quantitative easing, QE), c’est la BCE, en reprenant généreusement toutes les obligations et titres à long terme que lui présentent les banques européennes, qui a pris le relais.

Le principe est prorogé d’un an, et les montants initiaux largement dépassés (1 500 milliards d’euros contre 1 140 milliards d’euros). Le président de la BCE, Mario Draghi, prévient qu’il est prêt à aller plus loin. La politique de la BCE n’est limitée « ni en volume ni en intensité ».

Inefficacité de la politique monétaire de surliquidité

En fait, la volonté de plus en plus manifeste de faire reculer le « cash » est directement liée à l’inefficacité de cette politique monétaire de surliquidité. Alors qu’aux Etats-Unis on s’oriente vers l’abandon du QE, l’Europe, elle, ouvre davantage les vannes.

Mais, comme on arrive à la limite des taux d’intérêt proches de zéro, on semble, dès lors, ne pouvoir éviter d’élargir la place des taux négatifs. Déjà, sur les 9 000 milliards d’euros d’obligations émises par les pays de l’Union européenne, 2 000 milliards le sont à taux négatifs.

Lire aussi :   La proposition des Banquiers centraux de « supprimer les billets et les pièces n’est pas une farce »

Partout, on s’endette non pas en payant un intérêt, mais en recevant une rémunération. C’est là le monde à l’envers qui s’installe. Jusqu’à la BCE elle-même qui, pour reprendre d’une main ce qu’elle a donné de l’autre, exige que les déposants acquittent un taux d’intérêt (0,3 %).

Et les dégâts sont là : ces taux d’intérêt négatifs ne sont plus des signaux pertinents pour l’affectation des ressources ; ils renforcent l’addiction à l’endettement et pénalisent l’épargnant, sans, notablement, entraîner l’économie réelle. L’inflation tant désirée n’est pas non plus au rendez-vous. Cela n’empêche pas les décideurs de compter sur cette arme car, avec des taux positifs de plus en plus proches de zéro, ils ne peuvent guère aller plus loin dans le sens de la baisse.

Pauvres harpagons attardés

C’est ici que la croisade anticash prend tout son sens. Avec l’argent liquide détenu en espèces, la population disposerait d’un recours : entre des avoirs en billets ou en pièces qui ne rapporteraient rien et ceux qui seraient soumis à des taux négatifs qu’on leur imposerait pour garder leur argent en banque, l’arbitrage au profit du cash serait vite évident.

En plus de l’or, ils disposeraient d’un refuge, sans doute peu commode à stocker, mais non pénalisé par les taux. Par rapport à ce pis-aller, les modernistes ont beau jeu de vanter les extraordinaires avantages du numérique. Dès lors, disent-ils, n’hésitons pas à faire en sorte que le minimum d’encaisses tangibles reste aux mains de la population, faisons en sorte que le maximum aille vers des formes modernes (paiements sans contact ou, bientôt, avec le « block chain », ce grand livre électronique évoqué à Davos, qui permettrait d’enregistrer entre pairs toutes les transactions cryptées, sans aucun intermédiaire). Par comparaison avec ces projets prometteurs, la défense du cash paraît devoir seulement attirer de pauvres harpagons attardés.

Pourtant, avant de franchir le pas et de nous rallier au camp des anticash, un motif majeur – outre les dangers du taux négatif – nous retient. La société sans cash qu’on nous promet grâce au numérique donnerait aux décideurs – sans possibilité d’échappatoire pour les particuliers, faute d’avoir assez d’argent liquide – les moyens de contrôler tout le système : pensons au verrouillage récent des retraits de cash en Grèce.

Gageons qu’il serait bien préférable de ne pas essayer de bousculer le cash, tout en laissant la technique faire son œuvre. On éviterait ainsi de trop encourager les taux négatifs, qui finiront, si l’on n’y prend garde, par miner la confiance qu’on doit avoir dans la monnaie.

Henri Bourguinat est notamment l’auteur, avec Eric Briys, deL’Arrogance de la finance. Comment la théorie financière a produit le krach, La Découverte, 2009.

Henri Bourguinat, le Monde.fr  2 mars 2016

4 idées reçues sur la famille française

Idée reçue n°1 : la « famille traditionnelle » a explosé

Les familles « traditionnelles », définies par l’Insee comme composées d’un couple d’adultes cohabitants, mariés ou non, et d’enfants nés de leur union (ou adoptés ensemble), et partageant le même logement, représentent encore bien plus des deux tiers (70 % en 2011) des familles.

En 20 ans, le modèle de la famille « traditionnelle » n’a pas perdu sa dominance
Même si son poids a baissé (75 % en 1990), la « famille traditionnelle » demeure largement dominante par rapport aux familles monoparentales et recomposées. La part des familles recomposées a peu changé sur la dernière décennie.

Idée reçue n°2 : le mariage est en déclin

Autre enseignement, le mariage reste la situation conjugale la plus répandue.

Même si le mariage recule et que l’union libre augmente, le modèle traditionnel reste dominant (répartition en %)
Bien que la tendance soit à la baisse par rapport à 1990, les unions contractualisées – englobant mariage et Pacs (Pacte civil de solidarité) – concernent 8 couples sur 10.

Idée reçue n°3 : les familles nombreuses sont « traditionnelles »

En chiffres bruts, il y a davantage de familles nombreuses de style « traditionnel », que de familles recomposées ou monoparentales avec plusieurs enfants.

Mais, au sein de chacun de ces groupes, il y a, en proportion, plus de familles nombreuses (au moins trois enfants) dans les familles recomposées que dans les familles « traditionnelles ».

Les familles nombreuses sont plutôt le fait des familles recomposées en 2011

On voit par exemple qu’il y a plus souvent trois enfants ou plus dans des familles recomposées que dans des familles monoparentales ou les familles « traditionnelles ».

Idée reçue n°4 : les femmes tirent profit des divorces

Hommes comme femmes perdent financièrement à se séparer, avec une perte plus importante pour les femmes : la perte de niveau de vie directement imputable à la rupture est de l’ordre de 20 % pour les femmes et de 3 % pour les hommes.

Avec trois enfants et plus, un homme gagne en niveau de vie une fois séparé
Variation entre 2008 et 2010 du niveau de vie des femmes et des hommes ayant divorcé ou rompu un Pacs en 2009

Les femmes mettent plus de temps à retrouver un conjoint, et l’augmentation de la part des familles monoparentales a donc pour corollaire une monoparentalité toujours essentiellement maternelle (les femmes ont la charge de 85 % des familles monoparentales), laquelle est liée à une insertion moins facile sur le marché du travail. Moins diplômées, elles sont confrontées à un taux de chômage de 15 % – celui des femmes en couple est de 7 %.

En reprenant les résultats de l’enquête Insee-Ined de 2005, l’institut de statistiques s’attend à ce qu’une femme sur trois soit au moins une fois dans sa vie à la tête d’une famille monoparentale. Pour les hommes, le ratio est d’un homme sur dix.

Le Monde.fr

      |

Par Mathilde Damgé

http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2015/12/16/quatre-idees-recues-sur-la-famille-francaise_4833337_4355770.html

http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/COUFAM15a_VE_Couples-familles.pdf

 

 

Déficit et dette : quel fardeau ?

Le déficit d’un pays représente la différence entre les recettes et les dépenses (le budget de l’Etat). En France, une partie du déficit est due au paiement des intérêts de la dette, c’est-à-dire que ce sont des créanciers qui s’enrichissent sur la dette de la France (On dit que l’Afrique a remboursé déjà trois fois l’équivalent de sa dette parce que les taux sont trop élevés)

Pourquoi sommes nous endettés : pour le prestige (l’armée, la diplomatie …) ou pour l’investissement, les écoles, la santé … ?

Si c’est pour cette seconde raison, alors cet endettement concerne l’avenir : meilleure santé, meilleure productivité (une des plus fortes du monde), meilleure qualification ; On récupère demain ce que l’on dépense aujourd’hui. Comme pour un ménage, l’endettement est-il réalisé pour acheter un salon en cuir ou pour payer financer les études supérieures des enfants.

L’endettement n’est donc pas un problème en soi.

Qui détient notre dette (qui nous a prêté de la monnaie) ?

Des français, donc c’est comme lorsqu’on emprunte de l’argent dans sa famille. Il s’agit simplement ans ce cas d’une circulation des moyens d’un ménage vers un autre. Cela relève donc davantage de la redistribution que de l’appauvrissement

Les deux tiers de cette dette est détenue par des non résidents (source France Trésor), des fonds de pension (qui fructifient ainsi les cotisations des futurs retraités), des investisseurs …

Si notre dette est détenue en majorité par des étrangers, c’est parce que ceux-ci ont confiance dans la solvabilité de notre économie (auraient-ils acquis des titres de la dette de la république démocratique du Congo).

Pourquoi ont-ils confiance dans notre capacité de remboursement ?

Parce que la France est créancière nette vis-à-vis du reste du monde. C’est-à-dire que les autres pays (Etats, entreprises, particuliers) nous doivent plus d’argent que nous ne leur en devons. Si, nous ajoutons le patrimoine national. La France est parfaitement solvable.

Dernier point, les dépenses d’aujourd’hui soutiennent la croissance (Keynes). Si nous économisons aujourd’hui, notre économie croitra moins vite, créera moins d’emplois, sera moins compétitive … Notre « vertu » d’aujourd’hui ne sera pas récompensée demain.

Conclusion : la dette n’est pas un mal en soi, ce sont les raisons de cette dette qui sont essentielles.

Les critères de Maastricht ont fixé artificiellement et sans aucune justification un niveau de dette public maximum de 60% (aujourd’hui en France il représente 73%).

L’exemple de l’Espagne et de la Grèce, pays vertueux qui ont fortement réduit leur dette et qui traversent de graves difficultés aujourd’hui, montre que cette vision « rigoriste » du budget de l’Etat est dénuée de fondements économiques.

Le succès des heures supplémentaires

Un article très intéressant à lire pour comprendre que les statistiques ont aussi un enjeu politique, et qu’il faut se méfier de ce qu’elles semblent montrer.

Enfumage sur les heures sup’

christine-lagarde.1233677761.jpgPourquoi le gouvernement a-t-il transmis au Parlement, dès la fin janvier, un rapport sur les heures supplémentaires en 2008 ? Pourquoi cet empressement à publier des chiffres au conditionnel, alors qu’il aurait suffit d’attendre trois semaines pour s’appuyer sur les chiffres définitifs que publiera l’Acoss (1) vers le 20 février ?

La seule urgence, semble-t-il, était d’enfumer l’opinion. Lui faire croire que la loi d’août 2007, dite TEPA (2) avait réellement engendré des heures supplémentaires en les défiscalisant et en les exonérant de charges sociales. Lui faire croire que « travailler plus pour gagner plus », ça avait marché, fût-ce un peu. Et que le gouvernement n’avait pas jeté 3 milliards d’euros « sur le sable », comme le dit Nicolas Sarkozy à propos des plans de relance par la consommation d’antan.

Or le service statistique du ministère du Travail avait fixé le repère.

etude-dares-heures-sup-2006-2007.1233677963.PNGEn 2007, a calculé la Dares (3), pas moins de 730 millions d’heures supplémentaires auraient été effectuées de toutes façons, sans loi les encourageant, par quelque 5,5 millions de salariés du secteur marchand non agricole. (Cliquez sur l’image pour lire cette étude)

Il était certes très difficile d’annoncer plus pour 2008. Durant les trois premiers trimestres – les seuls chiffres connus jusqu’à présent, – les entreprises du secteur marchand non agricole n’ont pas déclaré plus de 540,2 millions d’heures sup’. Pour faire aussi bien en 2008 qu’en 2007, Il faudrait qu’elles en aient déclarées près de 190 millions au quatrième trimestre. Un record absolu, en pleine crise économique !

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Même le ministère des Finances n’a pas parié là-dessus. Il table, en croisant les doigts, sur 180 millions d’heures sup’ au quatrième trimestre dans le secteur marchand non agricole, indique son rapport au Parlement. Cela ferait 720 millions en tout dans l’année. Moins qu’en 2007 !

Comment augmenter artificiellement ce chiffre calamiteux ? C’est bien simple : en étendant au secteur agricole le champ de la prévision, Bercy a arbitrairement ajouté 30 millions d’heures aux 720 millions pour en faire 750. Et c’est ce chiffre maquillé que la presse a retenu.heures-sup-mensuelles-en-2008-avec-pendule.1233678400.PNG

Salut l’artiste ! Regardons toutefois de plus près ces 30 millions d’heures supplémentaires effectuées en 2008 dans le monde agricole, selon les espoirs de la ministre de l’Economie.

Sur quoi Christine Lagarde s’est-elle appuyée pour arriver à ce chiffre ? Sur le nombre des heures sup’ recensées au premier semestre par la Mutualité sociale agricole. Un recensement dont le gouvernement nous dit quasiment tout dans un tableau bourré de chiffres à l’euro près. C’est à la page 12 de son rapport : nombre d’heures « normales », nombre d’heures supplémentaires et complémentaires, nombre de salariés agricoles concernés, salaires perçus, rémunérations des heures sup’, etc.

Or ce tableau recèle de très curieuses informations, qu’il suffit de calculer à partir des chiffres publiés. Les ratios intéressants ont été calculés dans le tableau ci-dessous. On y apprend par exemple que le salaire horaire brut « heures normales » des salariés agricoles a diminué entre l’hiver et le printemps 2008. On y apprend encore que les heures supplémentaires ont été moins bien payées que les heures normales. On y apprend enfin qu’un salarié agricole a effectué en moyenne à peine plus de 27 heures par semaine au printemps dernier – heures supplémentaires comprises.

Etonnant, non ?

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(1) Agence centrale des organismes de Sécurité sociale (C’est la caisse nationale des URSSAF).

(2) Travail, emploi, pouvoir d’achat.

(3) Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques.

http://dechiffrages.blog.lemonde.fr/2009/02/03/enfumage-sur-les-heures-sup/