L’offre et le demande

Les marchés fonctionnent (lorsqu’ils sont en situation de concurrence pure et parfaite) avec une confrontation de l’offre et de la demande.

L’offre provient des producteurs, elle est une fonction croissante du prix. Plus le prix est élevé, plus les offreurs sont nombreux sur le marché et plus ils offrent de produits (leur objectif est de réaliser des profits)

La demande provient des consommateurs, elle est une fonction décroissante du prix (sauf pour certains biens particuliers qui permettent lorsqu’on les possède de montrer sa richesse; il s’agit alors d’une consommation ostentatoire). Plus le prix est faible plus il y a de consommateurs sur le marché et plus les consommateurs veulent des quantités de biens ou de services élevées.

La rencontre de l’offre et de la demande détermine un prix, qui est qualifié d’équilibre lorsqu’il satisfait les acteurs présents sur le marché.

Si le prix est jugé trop faible par les offreurs, ceux-ci se retirent du marché ou diminuent la quantité offerte. dès lors cela permet au prix d’augmenter (puisque l’offre est moindre).

Du côté de la demande, l’effet est inversé. Si les prix sont jugés comme « faibles », des consommateurs rentrent sur le marché et ceux qui y sont déjà peuvent augmenter la quantité qu’ils demandent. Cet accroissement de la demande provoque une augmentation du prix.

Ce mécanisme de hausse et de baisse de la demande et de l’offre s’appelle le tâtonnement Walrasien (Leon Walras économiste français 1834 – 1910). On va au fur et à mesure s’approcher du prix d’équilibre. A ce niveau tous les acteurs sur le marché sont satisfaits. Ceux qui ne le sont pas sont sortis du marché. C’est pour cela que l’on peut parler d’équilibre. Ce mécanisme est valable sur l’ensemble des marchés, y compris le marché du travail. Si une entrave à la flexibilité du prix (à la hausse ou à la baisse) existe, dès lors l’équilibre ne peut être atteint.

Sur la figure ci dessus, on « tourne » autour du prix d’équilibre, en proposant d’abord P2 qui est trop élevé puis P3  qui est trop faible.

Année scolaire 2013 – 2014 Plan

Croissance, fluctuation et crises

Quelles sont les sources de la croissance économique ?

Comment expliquer l’instabilité de la croissance ?

Intégration, conflit et changement social

Quels liens sociaux dans des sociétés où s’affirme le primat de l’individu ?

La conflictualité sociale : pathologie, facteur de cohésion ou moteur du changement social ?

Travail, emploi, chômage

Comment s’articulent marché du travail et organisation dans la gestion de l’emploi ?

Quelles politiques pour l’emploi ?

Mondialisation, finance internationale et intégration européenne

Quels sont les fondements du commerce international et de l’internationalisation de la production ?

Comment s’opère le financement de l’économie mondiale ?

Quelle est la place de l’Union européenne dans l’économie globale ?

Classes, stratification et mobilité sociales

Comment analyser la structure sociale ?

Comment rendre compte de la mobilité sociale ?

Justice sociale et inégalités ?

Comment analyser et expliquer les inégalités ?

Comment les pouvoirs publics peuvent-ils contribuer à la justice sociale ?

Economie du développement durable

La croissance économique est-elle compatible avec la préservation de l’environnement ?

Quels instruments économiques pour la politique climatique ?

TD Service public et ouverture à la concurrence DOCUMENTS

TD Service public et ouverture à la concurrence

DOCUMENTS

Rappel de définitions

Un service public est un service assurant des missions d’intérêt général et dont une autorité publique
(Union européenne, Etat et collectivités territoriales) a décidé explicitement d’assurer la maîtrise (la
régulation) publique en réponse à des exigences de la société découlant de différentes spécificités techniques,
économiques, sociales, culturelles ou éthiques.
C.Quin, services publics : question d’avenir ? Problèmes économiques n° 2565-2566 Avril 1998

Service d’intérêt général : Ils désignent les activités de service, marchands ou non, considérées d’intérêt
général par les autorités publiques et soumises pour cette raison à des obligations spécifiques de service
public

Service universel : service de base offert à tous dans l’ensemble de la Communauté à des conditions
tarifaires abordables et avec un niveau de qualité standard

 

Document 1 : Evolution des prix des services de télécommunication de France Télécom pour les ménages
(base 100 en 2000)
Années                                                          2000             2001                2002            2003
Abonnement                                              100                 104                   106               108
Communications locales                       100                 95                     95                   95
Communications longue distance     100                 88                      88                  88
Communications fixes vers mobiles 100                86                      80                  70
Communications internationales      100                93                       93                   93
Note : tout abonné à un téléphone fixe en France est autorisé par décision de l’Autorité de réglementation des
télécommunications (ART) à choisir un opérateur téléphonique autre que France Telecom depuis le :
– 1er janvier 1998, pour les appels longue distance et internationaux ;
– 1er novembre 2000, pour les appels d’un téléphone fixe vers un mobile ;
– 1erjanvier 2002, pour les appels locaux
D’après l’INSEE et l’ART 2004 (Sujet épreuve de synthèse France métropolitaine, juin 2005)

1. Faire une phrase avec la donnée en gras
2. Expliquez l’évolution des différents prix pratiqués par France Télécom depuis 2000

 

Document 2 : Electricité, téléphone : la libéralisation en question

A l’origine de la volonté d’instaurer la concurrence au sein de l’Union dans les services de réseau – électricité,
gaz, télécommunications, postes et chemin de fer -, il y avait une double conviction : elle était le seul moyen
de constituer des ensembles européens dans ces domaines et elle serait bénéfique tant pour les
consommateurs que sur le plan industriel.
Du point de vue des consommateurs, cette conviction s’appuyait sur la critique des monopoles développée
par les économistes. Une entreprise en situation de monopole tend en effet à abuser de son pouvoir de
marché : elle est  » faiseuse de prix  » ; à l’inverse, les entreprises en situation de concurrence pure et parfaite
ne sont que  » preneuses de prix « , c’est-à-dire qu’elles n’ont aucune influence sur leur formation. Dans le but
de maximiser son profit, l’entreprise en situation de monopole tend à restreindre sa production et à pratiquer
des prix plus élevés que dans un cadre concurrentiel.
La dérégulation des télécommunications dans les années 90, puis celle des marchés de l’énergie dans les
années 2000 n’ont cependant pas tenu leurs promesses. D’abord du côté du consommateur, sa mise en place
n’a donné lieu à des baisses de prix durables que pour des raisons qui échappent largement à la seule logique
concurrentielle. Même dans le secteur des télécoms, où l’on tire généralement un bilan positif de la
concurrence, l’affrontement entre opérateurs s’est certes traduit par une certaine guerre des prix, en
particulier pour les communications fixes et l’Internet haut débit. Mais celle-ci n’aurait pas été possible sans
les bouleversements technologiques qui ont coïncidé avec ce processus. Dans les télécoms, la libéralisation
est en effet survenue dans un contexte de ruptures technologiques, associées à une hausse de la demande
tirée par de nouvelles applications : le développement de la téléphonie mobile, de l’Internet, puis du haut
débit, des SMS, etc.Marc Chevallier, Alternatives Economiques (hors série), n° 72 (04/2007) Economiques

3. Quel est l’objectif de l’instauration de la concurrence dans les services publics ?
4. Quels sont les avantages et les inconvénients d’un monopole ?
5. Comment ce document permet-il d’expliquer le document 1
6. Le développement de la concurrence dans le secteur de la téléphonie fixe est-il favorable aux
usagers ?

 

Documents complémentaires

Document 3 : Tableau à analyser
Pour commentez un tableau, il faut appliquer une grille d’analyse.
1/ Définir le champ du document (population étudié, date, lieu …)
2/ Définir les mots clés
3/ Quel est le caractère de la population étudiée ? Combien y a-t-il de modalités, Quels sont les unités ?
4/ Comment se lit le tableau, en ligne ou en colonne ?
5/ Donnez la signification de données caractéristiques (entourées)
6/ Synthétisez l’information (utilisez le titre, les notes, la source, faites des calculs, établissez des relations)
7/ Quelle est la portée du document ? Quelle conclusion peut-on tirer du document

 

Coût du service universel pour les télécommunications (France Télécom)
En millions d’Euros                                            1998                   2000                  2002
Déséquilibre de la structure des tarifs         309                       0                          0
Péréquation géographique                               329                    220                        271
Cabines téléphoniques                                         28                       25                         24
Tarifs sociaux                                                           0                        184                       133
Annuaire                                                                     0                           0                        0
Source : ART

La péréquation est la définition d’un prix unique sur un territoire, les usagers utilisant un service à faible coût payant
pour ceux qui utilisent un service à coût élevé. Ainsi les résidents en ville payent le même tarif d’abonnement que les
ménages résidant en montagne.

1. Commentez le tableau (vous pouvez vous aidez du document 5)

 

Document 4 :
L’élargissement du marché et la suppression des barrières douanières impliquent une augmentation de la
concurrence qui doit conduire à une baisse des coûts et des prix. Certaines entreprises subiront la
concurrence, dans ce cas la baisse des prix peut se traduire par l’élimination d’entreprises peu productives.
Pour d’autres, la concurrence aura un effet stimulant et jouera un effet moteur dans la recherche de
nouveaux produits et de nouveaux marchés, ce qui pourra prendre des aspects internes (baisse des coûts,
innovations) mais aussi externes (accords de partenariat, de sous-traitance…)
Bréal 2003

1. Quel est l’effet sur les marchés de l’élargissement du marché et de la suppression des barrières
douanières ?
2. Quels sont les effets positifs de l’augmentation de la concurrence sur
a. Les prix b. Les innovations c. La compétitivité d. La production et l’emploi

Document 5 :
Le service universel fournit à tous un service téléphonique de qualité à un prix abordable. Il assure
l’acheminement gratuit des appels d’urgence, la fourniture d’un service de renseignements et d’un annuaire
d’abonnés sous forme imprimé et électronique. Il garantit la desserte du territoire en cabines téléphoniques
sur le domaine public. Le service universel prévoit des conditions tarifaires et techniques spécifiques,
adaptées aux personnes qui rencontrent des difficultés d’accès au service téléphonique en raison de leur
handicap ou de leur faible revenu.ART (Autorité de réglementation des télécommunications)

1. Expliquez la première phrase
2. Quelles évolutions ce service universel apporte-t-il par rapport au service public (France Télécom)
que nous connaissions auparavant ?

Document 6 :
Le service public en France concerne aussi bien l’action de l’Etat dans les domaines qui sont directement les
siens (justice, sécurité, enseignement) que les prestations qu’ils contrôlent sans les produire, sans les
distribuer ou sans les gérer comme c’est le cas pour les transports (SNCF), l’énergie (EDF, GDF), la poste, les
télécommunications. Dans tous les cas, le service est dit « public » parce qu’il est fourni à tous dans les
mêmes conditions de qualité et de prix (l’électricité par exemple), ou de gratuité s’il est financé par l’impôt
(l’Education Nationale).
Une autre caractéristique du service public est la continuité puisqu’il ne peut pas être interrompu, doit être
permanent et régulier même si ce principe essentiel est parfois battu en brèche par le droit de grève reconnu
en France aux agents de l’Etat […]
Aussi excellents soient-ils, les services publics français doivent être réformés pour des raisons à la fois
techniques, financières et européennes. On le voit dans les Télécommunications dont les sauts
technologiques imposent à chaque pays de s’ouvrir à la concurrence.
Enfin, l’Europe qui, depuis quarante ans, a permis aux marchandises et aux capitaux de circuler librement
doit maintenant ouvrir ses portes aux « services » européens, qu’ils soient publics ou privés : les fournitures
de gaz et d’électricité, les transports ferroviaires, aériens et routiers, dans une moindre mesure la poste ellemême … vont être soumis à la concurrence au fur et à mesure que les monopoles publics vont disparaître.
D’une façon plus fondamentale, la question se pose si l’Etat comme entrepreneur n’est pas une proie trop
facile pour les groupes d’intérêt qui « capturent » ses services publics afin de servir des intérêts ne
correspondant pas, ou pas complètement, à l’intérêt général.
P.Bezbakh, S.Gherardi, Dictionnaire de l’économie, Larousse, 2000

1. Expliquez la phrase soulignée
2. Pourquoi faut-il réformer le service public en France ?

Document 7 :
On dit qu’une entreprise est en situation de monopole lorsqu’elle est seule à offrir un certain type de bien ;
c’est elle qui détermine le prix auquel elle vend sa production. Au premier abord, il semble que les marchés
de monopole soient étrangers à la notion même de concurrence […]
Quatre causes principales expliquent l’existence de monopoles :
– on dit qu’il y a monopole naturel sur un marché quand, pour tout niveau de production, le coût des
facteurs utilisés est minimal lorsque la production est réalisée par une seule entreprise (ex : les
entreprises de transport)
– le contrôle d’une ressource rare ou d’un brevet de fabrication constitue une deuxième origine
possible de la situation de monopole
– les monopoles peuvent aussi trouver leur origine dans la protection accordée par la puissance
publique) une entreprise particulière. On parle alors de monopole institutionnel
– Enfin les lois de la concurrence elles-mêmes peuvent conduire à des situations de monopoles
(Schumpeter et la destruction créatrice)
P.Picard, Eléments de microéconomie, Montchrestien, 1998

1. Utiliser les quatre propositions pour justifier la situation de monopole de France Télécom
2. Pourquoi, aujourd’hui peut-on remettre en cause ce monopole ?

Document 8 :
Les télécommunications représentent un secteur caractéristique de la libéralisation des services publics. C’est
en effet le premier secteur où l’on est passé d’un service public produit par un opérateur public à un service
universel produit par un opérateur privatisé (France Télécom en l’occurrence) dans un secteur concurrentiel
où le régulateur a pour mission de favoriser le jeu du marché au détriment parfois de l’opérateur historique.
Ce mouvement a été en grande partie impulsé par la Commission européenne. Du Livre vert sur le marché
commun des services et équipements de télécommunication de 1987 au dernier projet de directive relative à
la concurrence dans les marchés des services de communication électroniques, les inflexions de la politique
communautaire en matière de télécommunication ont contribué à la libéralisation croissante de ce secteur.
Ce sont également les télécommunications qui ont marqué l’avènement d’une nouvelle approche de la
régulation des services publics, et en particulier la mise en place d’instances de régulation indépendantes dulégislateur. L’Autorité de régulation des télécommunications (ART) a été créée en 1997 et a contribué à
modifier la vision traditionnelle de ce secteur et à l’introduction de la concurrence face à France Télécom.
Les télécommunications sont enfin le secteur où le processus de libéralisation est le plus abouti, au point que
tous les domaines d’activité y sont désormais ouverts à la concurrence, y compris l’accès à la boucle locale qui
a longtemps constitué le dernier domaine où s’exerçait encore le monopole de l’opérateur public. Ce nouveau
contexte pose d’ailleurs la question de l’application du droit de la concurrence à ce secteur dont les missions
d’intérêt général et la fourniture du service public restent des préoccupations majeures du régulateur.
La Documentation française in www.vie-public.fr)

1. Pourquoi le mouvement de libéralisation des services publics est-il impulsé par la commission
européenne ?
2. Qu’est-ce que la concurrence devait apporter au secteur de la téléphonie ?
3. Donnez des exemples de la concurrence dans ce secteur, aujourd’hui

Document 9 : Approfondissement
Pour éviter que ne se forme cette rente de monopole, la tâche des pouvoirs publics n’est pas aisée, car il est
difficile d’obtenir la transparence des coûts. Et l’on observe souvent ce qu’on appelle un phénomène de
capture du régulateur par le régulé : l’opérateur, qu’il soit d’ailleurs public ou privé, comme les grandes
compagnies des eaux, profite de l’asymétrie d’information entre lui et le régulateur public pour imposer ses
choix tarifaires ou technologiques. L’exemple le plus marquant reste sans doute les choix énergétiques
français au cours des dernières décennies : en raison de la culture et des savoir-faire d’EDF, très orientés vers
le nucléaire, les autres alternatives énergétiques, en particulier les énergies renouvelables, ont longtemps vu
leur développement freiné.
Dernier travers des monopoles : la tendance au surinvestissement, compte tenu de la faiblesse des
contraintes de rentabilité. Là encore, le secteur électrique français constitue un bon exemple. Selon certaines
estimations, les surcapacités du programme nucléaire français ont représenté pendant plusieurs années entre
un tiers et la moitié des 60 000 MW nucléaires construits. A l’opposé, la concurrence est réputée plus
favorable au consommateur, puisqu’elle est censée tirer les prix vers le coût marginal de production, c’est-à-
dire le coût de la dernière unité produite. Elle évite aussi le surinvestissement, puisqu’une offre supérieure à
la demande se traduirait pour le producteur par des prix de vente trop bas pour couvrir son investissement.
Mais ce mouvement, tout en entraînant des coûts commerciaux très importants, a bénéficié de la faiblesse
des investissements physiques nécessaires tant pour développer la téléphonie mobile que pour populariser
l’ADSL. Ce ne sera probablement pas le cas en revanche des prochaines étapes, comme le déploiement de la
fibre optique jusqu’au consommateur final. Ces coûts ne seront supportables que par de grands opérateurs
qui ne chercheront pas à se concurrencer trop férocement pour ne pas mettre en péril la rentabilité de leurs
investissements…
Le secteur de l’électricité, quant à lui, n’a pas bénéficié d’une conjoncture technologique aussi favorable.
Aussi pouvait-on difficilement espérer des baisses de prix massives et durables. Dans un premier temps, les
prix ont certes légèrement baissé à cause de l’existence de capacités de production excédentaires héritées des
vieux monopoles. Mais ils ont rapidement remonté, à mesure que cet excédent se résorbait avec l’arrêt des
plus vieilles centrales et l’accroissement de la demande d’électricité. En outre, la logique même de marché a
rendu les prix volatils et découragé l’investissement sur ces marchés.
Au-delà de ces spécificités sectorielles, le recours à la concurrence s’est accompagné partout de coûts cachés,
souvent sous-évalués. Des coûts de transaction tout d’abord : ainsi dans les industries de réseau comme
l’électricité a-t-on choisi de découper des compagnies qui étaient jusqu’ici intégrées verticalement : la
transmission par le réseau de haute tension et la distribution par le réseau de basse et moyenne tension sont
restées de la responsabilité d’un seul opérateur, souvent une filiale de l’opérateur historique, parce que ces
activités forment ce qu’on appelle des  » monopoles naturels  » pour lesquels la mise en concurrence serait
économiquement absurde, tandis que la production et la vente ont été mises en concurrence.
Les échanges d’informations nécessaires à la coordination entre toutes ces nouvelles entités ont un coût, qui
peut être élevé dans le cas de l’électricité. L’encadrement nécessaire au fonctionnement de la concurrence est,
lui aussi, coûteux : entre les autorités de régulation, les armées de consultants et d’experts, et l’inflation du
reporting, cela nécessite une organisation lourde qui a tendance à croître en taille et en complexité à mesure
que l’on prend conscience des défauts du système concurrentiel. Enfin, la concurrence est coûteuse par les
doublons qu’elle implique entre opérateurs : les services administratifs, les budgets de recherche et
développement, les équipes de commerciaux mais aussi, et peut-être surtout, les montants faramineux
consacrés à la publicité et au marketing. France Télécom et SFR étaient ainsi respectivement le 3e et le 4e
annonceurs français avec 228 et 201 millions d’euros de dépenses en publicité et marketing en 2005 : nul
doute que le consommateur paie ces dépenses sur sa facture de téléphone. Le summum de ce type de
gaspillage a probablement été atteint, en France, avec la mise en concurrence des services de renseignements
téléphoniques.La mise en place de la concurrence n’a pour l’instant pas non plus atteint son objectif sur le plan de la
politique industrielle : la constitution de grands opérateurs paneuropéens. Du fait en particulier que la
régulation des différents marchés est restée nationale et que des différences sensibles persistent d’un pays à
l’autre. En lieu et place des anciens monopoles de services publics, on a assisté à la constitution d’oligopoles
privés nationaux dans l’électricité et le téléphone. Et ceux-ci sont souvent suspectés de s’entendre pour
freiner l’entrée de nouveaux concurrents et de se partager le marché dans le but de maintenir des tarifs
élevés. En France, Orange, Bouygues et SFR ont ainsi écopé d’une amende de 534 millions d’euros pour
entente sur le marché de la téléphonie mobile entre 2000 et 2002. En Allemagne, ce sont les quatre géants
énergétiques, E.ON, Vatenfall Europe, RWE et EnBW, qui sont suspectés de faire cartel.
Ce genre de pratiques semble assez difficile à éviter et à détecter. D’autant que les différents gouvernements
européens se montrent peu empressés de contester les prés carrés de leurs champions nationaux. Leur
attitude consiste le plus souvent à maintenir le plus possible leur territoire verrouillé à la concurrence tout en
poussant leurs opérateurs à l’attaque des autres marchés européens. Comme l’Allemagne, où les barrières à
l’entrée sur le marché de l’électricité restent importantes, mais qui soutient son fleuron E.ON dans sa
tentative de rachat de l’espagnol Endesa. Pas étonnant, dans ces conditions, que le gouvernement espagnol
s’ingénie à inventer des conditions très strictes à cette reprise pour dissuader E.ON. Le refus des Etats
membres, répété encore une fois en mars 2006, de créer un super-régulateur européen, n’est pas de nature à
faire évoluer cette situation.
Marc Chevallier, Alternatives Economiques (hors série), n° 72 (04/2007) Economiques

1. Rappelez ce qu’est une rente de monopole, donnez des exemples
2. Quels sont les avantages de la concurrence sur le monopole ?
3. Pourquoi est-ce désormais valable pour les services publics ?
4. La concurrence est-elle toujours profitable aux usagers ?
5. Pourquoi des oligopoles se sont-ils créés à la place des monopoles publics ?

TD Service public et ouverture à la concurrence

Déroulement de la séance
TD Service public et ouverture à la concurrence
Thème : Intégration européenne et politiques économiques et sociales
Sous thème : Les nouveaux cadres de l’action publique
Notions abordées :
 Service public, service universel, concurrence, monopole
Objectif final :
.
 réfléchir au contenu de la notion de service public et de service universel
 La mise en concurrence a-t-elle toujours des effets bénéfiques ?
Objectifs intermédiaires:
 Analyser des documents de nature différente
 Reformuler des chiffres et faire des calculs
 Expliquer des extraits de textes
 Proposer une synthèse
Objectifs opérationnels :
 Rappeler les effets attendus de l’ouverture à la concurrence sur un marché
 Réfléchir aux limites d’une analyse en termes de coûts
 Distinguer service public et service universel
Nous avons travaillé dans le cadre du cours sur les nouveaux cadres de l’action publique,
en évoquant les concepts de service public et de service universel.
Ce TD a pour objectif de vous faire réfléchir et analyser le choix que les pays européens ont
fait de « transformer » leurs services publics en services universels.
Ce TD comporte différents documents que vous n’aurez pas tous à utiliser.
Il existe différents parcours, en fonction de votre capacité à répondre aux questions posées
pour chaque document.
Le déroulement est le suivant :
Document 1 : tous les élèves répondent aux deux questions posées.
Pour les élèves qui éprouvent des difficultés avec la formulation des réponses à la question
2, vous passez au document 3 Tableau à analyser. Avec l’aide des indications vous
répondez à la question 4 puis vous passez au document 2
Pour ceux qui n’éprouvent pas de difficultés à répondre aux deux questions, vous passez au
document 2
Document 2 : tous les élèves répondent aux questions 3, 4, 5 et 6
Pour ceux qui éprouvent des difficultés pour la réponse à la question 3 Passez au document
4, 5 et 6Pour ceux qui éprouvent des difficultés pour répondre à la question 4 Passez au document
7
Pour ceux qui éprouvent des difficultés pour répondre à la question 5 Passez au document
8
Pour ceux qui n’éprouvent aucune difficulté sur les questions du document 2, passez au
document 9
Les réponses aux questions 1 et 2 du document 1 sont corrigées collectivement
En fin de TD les réponses 3, 4 et 5 du document 2 sont corrigées collectivement
Fin du travail à la maison, rédaction de la question 6
Pour ceux qui n’ont pas travaillé sur les différents documents parce qu’ils n’ont pas
éprouvé de difficultés, rédaction d’une réponse de deux pages, incluant les éléments du
document 9
Pour ceux qui ont pendant le TD travaillé sur les autres documents, réponse sur une page.
Pour les documents intermédiaires (document 3 à 8) en fonction de la progression de
chaque élève, soit les réponses sont fournies, soient ils les formulent seuls. L’ensemble est
ramassé.

Services publics / service universel

Trois principes permettent de définir le service public d’un point de vue juridique : la continuité, l’égalité, l’adaptabilité, par laquelle l’entreprise s’adapte aux besoins et peut évoluer quantitativement et qualitativement. D’un point de vue économique, les services publics se définissent par le fait qu’ils peuvent et doivent prendre en compte certains aspects dans le domaine des investissements, de l’exploitation et de la tarification afin de garantir à tous un accès égal à certains services.

Mais le concept est essentiellement de type politique. Les services publics garantissent le maintien du pacte social et en sont eux-mêmes le résultat.

L’alliance de tous les acteurs sociaux (élus politiques, responsables syndicaux, personnels et consommateurs) a permis la création des grands services publics nationaux. Cependant, d’autres principes se sont ajoutés au concept de service public. Il s’agit de la péréquation des tarifs, la neutralité des services publics à l’égard de tous les usagers, ainsi que l’obligation de fourniture et la minimisation des coûts pour la collectivité.

La notion européenne de service universel apparaît en France en 1996 au sujet des télécommunications. Désormais le service public est découpé en trois : le service universel, les services obligatoires et les missions d’intérêt général. Cette définition remet en cause l’égalité des usagers, remplacée par l’idée d’assistance à certaines catégories, et la péréquation tarifaire, fondements de la notion de service public. Elle laisse de côté la question du financement des services obligatoires, ou de la représentation de tous els acteurs dans le processus de décision et d’évaluation.

P.Bauby Service universel – service public : opposition ou convergence ? Avril 1997

 

 

Le service universel fournit à tous un service téléphonique de qualité à un prix abordable. Il assure l’acheminement gratuit des appels d’urgence, la fourniture d’un service de renseignements et d’un annuaire d’abonnés sous forme imprimée et électronique. Il garantit la desserte du territoire en cabines téléphoniques sur le domaine public. Le services universel prévoit des conditions tarifaires et techniques spécifiques, adaptées aux personnes qui rencontrent des difficultés d’accès au service téléphonique en raison de leur handicap ou de leur faible revenu.

Le service universel est une des trois composantes du service public des télécommunications :

–          le service universel des télécommunications ;

–          les services obligatoires des télécommunications. Ils comprennent une offre, sur l’ensemble du territoire, d’accès au réseau numérique à intégration de services, de liaisons louées, de communication de données par paquet, de services avancés de téléphonie vocale et de services télex

–          les missions d’intérêt général dans le domaine des télécommunications, en matière de défense, de sécurité, de recherche publique et d’enseignement supérieur.

 

 

En millions d’euros 1998 2000 2002
Déséquilibre de la structure des tarifs 309 0 0
Péréquation géographique 329 220 271
Cabines téléphoniques 28 25 24
Tarifs sociaux 0 184 133
Annuaire 0 0 0
Total 666 429 428

Autorité de réglementation des télécommunications.

Effet Hawthorne

On appelle effet Hawthorne les résultats, positifs ou négatifs, qui ne sont pas dus aux facteurs expérimentaux, mais à l’effet psychologique que la conscience de participer à une recherche et d’être l’objet d’une attention spéciale exerce sur le sujet ou sur le groupe expérimental. Hawthorne est un faubourg de Chicago.
Au cours d’une expérience, faite vers 1925, dans une usine de la Western Electric Company, afin de mesurer les effets d’un meilleur éclairage sur le rendement des ouvriers, C.E. SNOW a fait les observations suivantes :

Première expérience.

Un groupe d’ouvriers, prévenus qu’une expérience est en cours, travaillent dans une lumière électrique relativement constante de 16 à 18 bougies (groupe de contrôle). Le groupe expérimental, également prévenu, travaille dans trois conditions différentes : même lumière que groupe de contrôle, lumière double, lumière triple. Le rendement des deux groupes augmente de façon similaire.

Deuxième expérience.

Le groupe de contrôle reçoit une lumière constante de 10 bougies. Le groupe expérimental commence à travailler à 10 bougies; on diminue progressivement la lumière, à raison d’une bougie à la fois, jusqu’à 3 bougies. Le rendement du groupe expérimental et du groupe de contrôle s’élève progressivement.

Troisième expérience.

L’éclairage habituel n’est en rien modifié. Périodiquement, des électriciens remplacent les ampoules électriques par des ampoules identiques, mais déclarent qu’elles éclairent mieux. Le rendement augmente.

Ainsi, il a été prouvé que tout changement des conditions extérieures peut provoquer des transformations de comportement, indépendamment de la nature du changement apporté. Bien des gains attribués à telle méthode “nouvelle”, à telles techniques audio-visuelles ou autres, ne sont, dans bien des cas, que des effets Hawthorne.

Aussi, R. ROSENTHAL suggère qu’en sicences humaines, on ne se limite plus à un seul groupe de contrôle (sans traitement expérimental), mais qu’on ajoute un groupe de contrôle de l’effet Hawthorne ne participant qu’à un simulacre d’expérience. Pareille recommandation est plus facile à formuler qu’à suivre. Selon nos observations, la meilleure façon de vaincre l’effet Hawthorne est d’attendre l’usure du temps. Car, passé le premier enthousiasme, la routine reprend ses droits. Ceci est confirmé par D. COOK qui a spécialement étudié les effets d’un essai de programme de mathématique nouvelle qui a duré deux ans. Bien que les instituteurs aient été remplacés par des maîtres spéciaux et que les élèves avaient été prévenus qu’ils participaient à une expérience, Cook considère que l’effet Hawthorne n’a pa influencé significativement les résultats.

Fascinations pour un nouveau mysticisme

AOUT 1997 LE MONDE DIPLOMATIQUE

DE LA SERIE « THE X‑FILES » A LA VOGUE NEW AGE

Fascinations pour un nouveau mysticisme

Comment expliquer le succès planétaire d’une série télévisée comme « The X‑Files » (« Aux frontières du réel ») ? Le « je pense » de Descartes aurait‑il cédé la place à un « je crois » très mystique, très New Age, sorti de la nuit des temps ? De nouvelles fascinations intellectuelles, culturelles et religieuses ont envahi ces dernières années les médias de masse, journaux, livres, films, télévision, Internet. Nos sociétés en quête de spiritualité, déboussolées semblent prêtes à se laisser séduire. Pourquoi ? Que signifie cette nouvelle vague de symbolisme contemplatif ? Par PIERINE PIRAS

Des croix à l’envers, le chiffre 666 (« le nombre de la bête » de l’Apocalypse) tracé sur des tombes, les profanations dites « sataniques » sont devenues monnaie courante, comme un phénomène de mode qui ferait tache d’huile et submergerait une jeunesse sans repères. Certains sociologues y voient une forme actuelle de rébellion, comme si la fin du XXe siècle par un étrange retour en arrière, se devait de replonger dans les ténèbres après les années « heureuses » de l’essor industriel et du progrès technologique.

Un sondage récent donnait à connaître les mots les plus représentatifs aux yeux des jeunes français. Après «chômage» «préservatif» et «Internet», 19 % d’entre eux citaient «The X‑Files», la série américaine de C.Carter, produite par la Fox, diffusée en France par la chaîne M 6 sous le titre «Aux frontières du réel» et dont tous les épisodes commencent par cette affirmation «La vérité est ailleurs».

L’essayiste S.Leys très critique de notre temps et de ses idoles, écrit : « Un ancien philosophe grec avait remarqué avec justesse que, si les chevaux avaient des dieux, ces dieux auraient des figures de chevaux. »

Chaque époque place dans ses panthéons les icônes qu’elle mérite, et en qui elle se reconnaît. Notre âge aura été jusqu’au bout celui de la Frime et de L’Amnésie ».

Que « The X‑Files » soit érigée en guide ‑ on parle d’ elle comme d’ une «série culte» ‑ peut surprendre mais que ce feuilleton, dans une société dite évoluée propose comme explication des problèmes du monde contemporain , « un complot venu d’ailleurs » est préoccupant.

« The X-Files » phénomène médiatique, se décline aussi en revues, guides, livres, sites internet, cassettes vidéo et fan club avec leurs produits commerciaux. Lors des dernières fêtes de Noël, les magasins à grandes surfaces, ainsi que les maisons de la presse proposaient par piles les livres X-Files – l’éditeur J’ai lu en aurait d’ailleurs vendu 1,5 millions.

L’hebdomadaire Télérama dans son numéro du 14 décembre 1996, s’interrogeait en couverture : «The X‑Files à qui profite le complot ?», et, plus récemment, le quotidien italien la Stampa précisait que pas moins de 850 sites Internet étaient dédies à «The X‑Files». Télérama évoquait la mise en scène d’ «un monde désenchanté où règnent le désordre, le trouble, le mensonge et la complexité », où les vrais gouvernants de la terre appartiennent à un club secret et « collaborent avec des extraterrestres depuis la seconde guerre mondiale ».

Pour l’essayiste M. J.Attali, la série «The X‑Files » prépare un jour où l’on pourra dénoncer un groupe social comme responsable des malheurs du monde. L’extrême droite semble corroborer cette analyse : ainsi A.Sanders du Front national, a déclaré : «Tous les jours on a la preuve qu’on nous cache quelque chose, qu’on ne nous dit pas tout, que la vérité est ailleurs.» Et d’encourager les militants lepénistes à rejoindre les fan‑clubs de la « série culte » qui compteraient, en France, quelque 10 000 membres.

Dans un autre domaine qui ne se pare pas des plumes de la fiction, le magazine de Jacques Pradel intitulé «L’odyssée de l’étrange», sur la chaîne TF1, avait lancé en France, en octobre 1995, l’affaire de l’«extraterrestre de Roswell», auquel la majorité de l’opinion publique américaine croirait. Environ 25 000 cassettes vidéo représentant l’«autopsie d’un extraterrestre» ont été vendues en France à la suite de la diffusion de l’émission. La chaîne TF1, qui a commercialisé le film ‑ réalisé par un cinéaste de l’armée américaine resté anonyme ‑, s’est vue contrainte de diligenter une enquête… pour vérifier s’il s’agissait d’une supercherie ! Et la productrice Pascale Breugnot n’écarte pas, dans l’affaire Roswell, la piste des néonazis.

Bien que la littérature soit un art tissant réel et imaginaire, les engouements du public disent également les espoirs et les craintes qui animent notre époque. Plusieurs phénomènes de librairie, par les ventes extraordinaires qu’ils suscitent à l’échelle européenne reflètent le nouveau mysticisme qui se répand dans nos sociétés déboussolées par la crise économique et sociale. Ce mouvement témoigne d’un véritable courant de «pensée» : les best‑sellers de la littérature New Age sont autant de signes, d’indicateurs de I’état actuel des mentalités collectives.

Avec le roman L’Alchimiste de l’auteur brésilien Paulo Coelho ‑ un livre qui se veut une sorte de conte moderne incitant à la réflexion, à la façon du Petit Prince d’Antoine de Saint‑Exupéry ‑ on a assisté à un record international de diffusion. Trois ans après sa parution, cet ouvrage, traduit dans de multiples langues, reste en France sur les listes des meilleures ventes…

Chez nos voisins transalpins, la polémique fait rage depuis plusieurs années au sujet de la personnalité et des oeuvres de l’écrivain devenue célébrissime, Susanna Tamaro. Cette romancière à la mode remplit les colonnes des journaux littéraires. L’immense réussite de Va où ton coeur te porte, confère à S.Tamaro le rôle de symbole européen pour toute une jeunesse en mal de valeurs. Du récit d’initiation, voyage à la recherche de soi, se dégage une philosophie ainsi résumée : « Le coeur est le centre de l’esprit » On y parle de spiritisme, de karma, de réincarnation, d’astrologie… et une grande violence affective traverse la vie de la narratrice, d’abord contre une mère qui, juive, doit se cacher pendant la guerre sans qu’on sache rien de sa situation, ensuite contre un mari qu’elle n’aime pas et qui s’avère ne pas être le père de sa fille, enfin contre cette fille, une révolutionnaire ou supposée telle…

Le conte préféré de la narratrice était dans son enfance une histoire d’anticipation où, à bord d’une soucoupe volante on pose la question : « et les anarchistes, les révolutionnaires, ils existent encore ? Oh! bien sûr qu’ils existent avait répondu leur guide en souriant. Ils vivent dans des villes rien qu’a eux sous la glace des pôles, de sorte que, si par hasard ils voulaient nuire aux autres, ils seraient incapables de le faire (… ) Les anarchistes, Les révolutionnaires ! Que de cauchemars. Ces deux mots ont suscités durant mon enfance ! »

Cet auteur prodige qui tient une rubrique régulière dans l’hebdomadaire catholique Famiglia cristiana, semble se sentir investie d’une mission salvatrice. Elle trouve des accents par moment, quasi paranoïaques et se réfugie dans le mysticisme dont elle imprègne ses personnages.

… Les scores du dernier ouvrage de la romancière Italienne, Anima Mundi, sont aussi époustouflants dans la péninsule Ibérique. En Espagne, ce livre se classe sixième et, au Portugal, il est premier, alors que Va où ton coeur le porte demeure cinquième sur la liste des livres les plus vendus. La polémique a récemment rebondi dans la presse littéraire portugaise : la critique souligne la faiblesse des oeuvres et s’interroge sur les raisons de l’engouement du public pour S.Tamaro. Cet événement sociologique en dit sans doute long sur l’identification de nombreux lecteurs aux personnages romanesques d’un auteur qualifié par certains critiques, dans son propre pays, de réactionnaire et démagogue

Dans le domaine de la littérature de grand tirage, l’heroic fantasy, envahit les rayons. Très prisé par le jeune public ce genre a, pour une large part, remplacé la science‑fiction des années 50‑70. Il fait appel, non plus au futur cher à la science‑fiction classique qui voyait les hommes vivre les conséquences ultimes d’une certaine modernité, mais à un ailleurs qui les replonge dans le Moyen Age, les temps obscurs et les abîmes primitifs. Dans cet ailleurs, sont convoqués, pèle‑mêle, les puissances du bien et du mal, les ténèbres, l’univers gothique de la confrontation avec l’inhumain, les sorcières, les ombres, la nuit, la forêt…

Des collections d’une prolixité étonnante ont récemment vu le jour. Chez J’ai lu, la formule qui orne la quatrième de couverture donne à elle seule le style et la profession de foi des auteurs : « Un prodigieux voyage au coeur du songe là où la magie fait briller l’aventure. »

Ces récits mystico‑mythologiques mettent en jeu des angoisses existentielles. Et les sectes veillent au grain.

Ainsi, la revue CyberDreams (« Les nouveaux mondes de la science‑fiction ») fait état de I’inquiétude de lecteurs à propos des éditions New Era, liées à l’Église de scientologie… CyberDreams argue, pour sa défense, du fait que les autres éditeurs sont liés à des groupes finan­ciers, immobiliers, industriels, voire d’armement !

L’église de scientologie souvent mise en cause pour sa manipulation des esprits, a vu ses adeptes se multiplier au cours de la dernière décennie. Des pétitions en sa faveur circulent à Hollywood. wood et des artistes connus les signent.

Le journal italien La Repubblica n’hésite pas à publier à la « une » une publicité en faveur du livre du fondateur de I’Eglise de scientologie Ron Hubbard Dianetics (17 millions d’exemplaires vendus en 21 langues). Des journaux américains ont publié, en 1996, des articles ou des tribunes pour dénoncer les attaques contre les scientologues et soutenir la ” liberté de religion ‑en danger ». Certains sont même allés jusqu’à établir une comparaison entre les attaques contre les scientologues par les Etats démocratiques et la persécution des juifs par les nazis.

L’examen du cédérom du journal Le Monde (qui contient la totalité des articles publiés depuis 1987) est un bon indicateur de la multiplication des informations concernant les sectes, tout au long de ces dernières années. En cinq ans, l’accroissement du nombre des articles répertoriés sous le mot « sectes » a été de 290 % ! Si l’on ajoute à cela la place grandissante dévolue aux religions dans les journaux et les revues – l’énorme médiatisation du bouddhisme par exemple – il semble clair que l’on assiste à une orientation nouvelle de notre monde culturel et spirituel. N’est‑il pas remarquable de voir le quotidien communiste italien L’Unita après avoir ouvert il y a quelques années une page Bourse veut créer une page « religion » ?

Une bibliographie établie par la base de données Electre dans Livres hebdo, recense près de 500 ouvrages récemment parus ou à paraître en 1997 sur le thème de l’ ésotérisme..

En cette fin de siècle, le sacré est devenu commercial et le spirituel sert parfois des fins vulgaires. Est‑ce si étonnant quand on nous dit chaque jour que la vraie valeur est la Bourse, pouvoir invisible et occulte, magie même ? Si le virtuel suffit à combler nos fantasmes, pourquoi ne pas désirer une vie de simulacre, de passivité plutôt qu’agir selon la raison ?

Les errements de l’âme ne sont pas les seuls dont parlent les best‑sellers de cette fin de millénaire. Les maladies du corps constituent un véritable filon dont certains entendent profiter. C’est ainsi que reviennent à la mode de nouvelles thérapies qui promettent la guérison par la prière. Le rapport sur les sectes en France donne d’ailleurs comme typologie dominante ou associée 19 fois le terme « guérisseurs » pour 36 sectes répertoriées. Nombre d’ouvrages parus récemment aux Etats‑Unis (et traduits en Europe) font l’apologie d’une « médecine », souvent fortement matinée d’orientalisme qui vante le pouvoir curatif de la foi.

Une enquête menée par l’hebdomadaire américain Time et la chaîne CNN auprès de 1 400 lecteurs, évalue à 82 % les « croyants » en cette forme de traitement L’Indien Deepak Chopra, qui serait endocrinologue, a professé aux Etats‑Unis une médecine fondée sur le mysticisme hindou. « Maître à penser de nombreuses stars du cinéma, scientifique et médecin réputé » annonce l’éditeur dans un ouvrage récemment paru dont le titre, Le Retour de Merlin, laisse présager une curieuse scientificité. Du même auteur et dans la même veine vient de paraître la Voie du magicien, où l’on apprend que les ouvrages de Deepak Chopra sont traduits en 25 langues et que le maître. non content de conseiller les vedettes, aide également des chefs d’entreprise et des responsables politiques…

L’aveuglement de toute raison ouvre la voie qui mène au culte du chef, prépare l’individu à la passivité et à l’adhésion fanatique. Ainsi, lorsqu’on dit que les croyances apportent une solution à la crise du sens, il s’agit pour certains d’offrir une explication hors du sens, hors de la raison. Toute démarche intellectuelle se voit dès lors dissuadée, car le « non‑sens » est l’explication d’un monde où la raison devient tabou, afin de mieux servir les passions (le fanatisme) ou la passivité (le suivisme). C’est la porte grande ouverte aux sectes qu’elles soient religieuses ou politiques, l’abdication par le citoyen de la maîtrise ou du choix de son futur.

La confiance dans la raison, qui coha bita pendant des siècles avec les utopies sociales, est en perte de vitesse. L’idée que l’homme est raisonnable, capable de penser l’universel engendrait naguère des illusions cohérentes des espoirs collectifs et positifs. L’ascension de l’irrationnel, la fascination par l’extase contemplative, risquent de colorer notre futur en noir. On peut craindre en effet que, comme l’affirmait Goya, le sommeil de la raison engendre des monstres.