Justice sociale et sélection

La réforme d’APB (admission post bac) est menée au prétexte que l’algorithme ne fonctionnait pas. Au delà du prétexte (comment permettre à 800 000 étudiants de trouver leur voie alors qu’il y a 654 000 places ?), cette réforme permet de réintroduire une sélection dans l’orientation.

« Nous ferons en sorte que l’on arrête, par exemple, de faire croire à tout le monde que l’université est là pour tout le monde, E.MACRON

La nouvelle plateforme parcoursup, ainsi que les prérequis affichés par les universités dessinent les contours d’une sélection des étudiants.

Est ce une bonne chose ?
La sélection est un choix opéré entre des personnes par exemple, afin de déterminer celles qui conviennent le mieux. Dans ce sens, sélectionner peut permettre d’éviter les échecs, les mauvaises orientations … Mais si on évoque la justice sociale (une construction morale et politique qui vise à l’égalité des droits …), on ne peut envisager la sélection comme des barrières qui rendent l’accès d’une partie de la population,  impossible à certaines formations. Il est nécessaire de construire des formes d’aide (soutien, remédiation …) pour permettre à chacun d’ouvrir les domaines du possible.

Concrètement, si un bac scientifique permet à son détenteur de réussir dans des études supérieures d’ingénieur, il faut mettre en place, pour ceux qui n’ont pas pu décrocher ce diplôme, les moyens de progresser et d’atteindre ce niveau. On pourrait donc envisager une année de propédeutique (année qui permettrait de se préparer aux études) à l’université pour éviter que le baccalauréat ne soit le critère déterminant de l’orientation.

Le baccalauréat existe sous trois formes différentes : général, technologique et professionnels. Les études (cf. https://www.inegalites.fr/L-inegal-acces-au-bac-des-categories-sociales) montrent que le milieu social est déterminant dans la réussite et dans l’obtention d’un baccalauréat plutôt qu’un autre.

Ainsi, si le fait de posséder tel baccalauréat plutôt que tel autre, permet l’accès un type d’étude donnée, il faut que cet accès ne soit plus socialement déterminé.

Parcoursup et les attendus des universités renforcent donc le déterminisme puisque les inégalités de départ ne sont pas réduites.

Cette réforme va donc accroître les inégalités, puisqu’elle va permettre aux établissements de l’enseignement supérieur de choisir, de trier les étudiants qu’ils veulent accueillir, au motif que seuls ceux sélectionnés pourront réussir.

Que se passera -t-il pour l’ensemble des étudiants ?

Un classement va s’opérer, en fonction du baccalauréat, des compétences des étudiants …  Les établissements d’enseignement supérieur, en fonction de leur prestige et de la difficulté de leur cursus, pourront choisir les premiers, les deuxièmes, les troisièmes … les derniers étudiants. Les meilleurs poursuivront les « meilleures » études, les derniers poursuivront les études qu’on leur propose, et comme il n’y a pas suffisamment de places pour tous, certains ne pourront pas étudier.

Cela s’appelle du tri social : le baccalauréat ne permettra plus à chacun de poursuivre des études supérieures.

L’effet sur la cote des diplômes sera immédiat, les diplômes prestigieux verront leur prestige se renforcer, et à l’autre bout de la hiérarchie, un certain nombre de diplôme seront dévalorisés.

Dans un monde où l’absence de qualification est problématique, inciter les élèves à poursuivre l’école le plus longtemps possible (démocratisation de l’école) mais provoquer un tri social, entraînera nécessairement une plus forte relégation pour une partie de la population.

S’il s’agit de la conception de la justice sociale qui prévaut désormais aujourd’hui dans notre pays, alors il est nécessaire de la combattre.

Shukuru

La croissance au deuxième trimestre 2016 revue à la baisse

L’économie française s’est contractée au deuxième trimestre, reculant de 0,1 %, selon un nouveau chiffre publié vendredi 23 septembre par l’Insee, qui estimait jusqu’ici que la croissance avait été nulle (0,0 %) sur cette période. Cette révision est faite à quelques jours de la présentation par le gouvernement du projet de budget 2017 qui table sur une hausse annuelle de 1,5 %.

L’institut, qui avait encore confirmé à la fin août une croissance de 0 % au deuxième trimestre, a abaissé cette prévision en raison de « l’intégration d’indicateurs indisponibles lors de la deuxième estimation et par l’actualisation des coefficients de corrections des variations saisonnières », a-t-il précisé lors de la publication de sa troisième et définitive estimation de la croissance au deuxième trimestre.

La performance au deuxième trimestre contraste avec la forte hausse du produit intérieur brut (PIB) au premier qui avait atteint 0,7 %. Ce sont les dépenses de consommation des ménages, moteur traditionnel de la croissance française, qui se sont repliées à – 0,1 % entre avril et juin, alors que les prévisions précédentes tablaient sur une croissance nulle. Au premier trimestre, elles avaient connu une forte hausse de 1,1 %. Au deuxième trimestre, la consommation des ménages « recule tandis que leur pouvoir d’achat s’améliore, de sorte que leur taux d’épargne augmente », en passant de 14,5 % à 14,8 %, souligne l’Insee.

Les importations ont nettement reculé de 1,8 % au deuxième trimestre alors que les exportations ont connu une légère augmentation de 0,2 %. « Ainsi, le solde extérieur contribue positivement à la croissance du PIB », de 0,6 point, souligne l’Insee.

Selon l’Insee, le déficit public a diminué d’avril à juin. Le besoin de financement des administrations publiques (APU) a reculé de 0,2 point de PIB, atteignant 3,2 % du PIB (après 3,4 %), grâce notamment aux « recettes des ventes des fréquences 4G [qui] contribuent à réduire ce déficit à hauteur de 0,1 point de PIB ». Les dépenses ont, quant à elles, ralenti, en reculant de 0,9 % à 0,2 %,« après un premier trimestre dopé par le retour à la normale de la contribution de la France au budget de l’Union européenne », explique l’Insee.

Le gouvernement table sur une croissance de 1,5 % en 2016 et en 2017 pour revenir dans les clous européens l’année prochaine, avec un déficit public sous la barre fatidique des 3 % du PIB, malgré les nouvelles dépenses et les baisses d’impôt annoncées par l’exécutif. Cette prévision est en ligne avec les prévisions de la Banque de France, mais plus optimiste que celle du FMI (1,2 %) et de l’OCDE, qui l’a abaissé mercredi à 1,3 %.

Le Monde.fr avec AFP |

Une fois encore l’obsession de la croissance toute puissante à nous sortir de la crise et à faire notre bonheur est refroidie par de nouvelles prévisions revues à la baisse.

Il faut cependant considérer que les prévisions ne peuvent être exactes, que la marge d’erreur est aussi grande que le taux de croissance (quelques dixièmes de points). ainsi lorsqu’on annonce une croissance de 0,3 % elle pourrait aussi bien être supérieure à 0,5 % ou être égale à 0 %. Le fait de commenter ces prévisions de croissance trimestrielle n’a donc guère d’intérêt. La croissance par définition est un phénomène de long terme. Trois ou six mois en économie cela correspond à du court terme.

Par ailleurs, la croissance saint Graal n’a pas n’ont plus de signification. On ne retrouvera jamais les taux de croissance des trente glorieuses parce qu’ils étaient exceptionnels et que la structure de l’économie ne le permettra pas. Il est plus facile de connaître de la croissance lorsque c’est le secteur secondaire qui se développe (les emplois dans l’industrie, dans les usines sont nombreux, la valeur ajoutée produite est importante) que lorsque c’est le secteur tertiaire (la valeur ajoutée des service à la personne est faible).

Il serait plus judicieux de construire et de regarder des indicateurs de bien être, de niveau d’éducation ou de réduction des inégalités.

Shukuru

« La sociologie, ce n’est pas la culture de l’excuse ! »

Le Premier ministre, Monsieur Manuel Valls, ne devrait pas parler dans la précipitation : il confond deux verbes simples, « excuser » et « expliquer ». C’est en tout cas ce que laissent penser ses mots, répétés la semaine dernière au Sénat et dans les médias : « J’en ai assez de ceux qui cherchent en permanence des excuses ou des explications culturelles ou sociologiques à ce qui s’est passé [i.e. les attentats du 13 novembre] »

Si chercher à expliquer tel ou tel phénomène permet généralement de le comprendre, le processus d’explication ne présage en rien de ce qui relève d’un autre enjeu : juger, et donc condamner ou excuser. Surtout, la recherche d’explications est indispensable à l’action, qu’elle soit politique, économique ou encore militaire. Et nous ne saurions croire que le premier ministre et son gouvernement engagent l’action de la République française, en cette période extrêmement grave, sous le coup des seules émotions.

Qu’aurait-on pensé si Manuel Valls avait dit : « J’en ai assez de ceux qui cherchent en permanence des explications géologiques aux tremblements de terre » ou encore « j’en ai assez de ceux qui cherchent en permanence des explications médicales au cancer » ?

Mais aujourd’hui, c’est à nouveau la sociologie qui est attaquée, comme le sont de plus en plus souvent les sciences humaines et sociales, qui ont pourtant fait et font aussi la renommée intellectuelle de notre pays.

Frédéric Lebaron est président de l’Association française de sociologie (AFS) ;

Fanny Jedlicki et Laurent Willemez sont co-présidents de L’Association des sociologues enseignant-e-s du supérieur (ASES).

 Le Monde.fr |

 

A la suite des attentats de novembre, le premier ministre avait fortement critiqué les sociologues qui évoquaient les déterminismes sociaux du terrorisme. Pour le premier ministre, expliquer est synonyme de justifier. Les sociologues sont donc « accusés » de chercher des excuses aux auteurs d’attentat. C’est méconnaître profondément la sociologie que de tenir de tels propos. la sociologie et les sociologues ne cautionnent, ni ne dénoncent rien, ils tentent d’expliquer les causes et les conséquences des actions interactions de hommes.

La sociologie peut être définie comme la branche des sciences humaines qui cherche à comprendre et à expliquer l’impact de la dimension sociale sur les représentations (façons de penser) et les comportements (façons d’agir) humains.

Le pauvre Durkheim qui a développé la sociologie en France doit se retourner dans sa tombe en entendant de tels propos.

Si l’explication vaut caution, alors on ne pourra plus rien expliquer et surtout plus rien comprendre.

Nous vivons dans une société et sommes soumis à des échanges, des interactions avec les autres; il est donc logique que ce qui se passe autour de nous est une incidence sur nos comportements.

Il faut défendre la sociologie et poursuivre l’analyse de nos comportements pour mieux les comprendre et agir.

Shukuru

Combien coûterait l’iPhone s’il était fabriqué aux États-Unis ?

Dans une interview à la télévision américaine, le patron d’Apple a assuré que si son entreprise produit ses smartphones en Chine, ce n’est pas pour faire des économies. La stricte vérité? Oui et non. Explications.

Croissance : l’Insee s’attend à 1,1% en 2015

Le gouvernement peut souffler. Selon le dernier «point de conjoncture»de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), publié jeudi soir, la France devrait connaître en 2015 une croissance de 1,1%. Soit un tout petit peu plus que la prévision actuelle de l’exécutif (1%). Après un premier trimestre sur les chapeaux de roues (+0,7%) et un deuxième à l’arrêt (0%), l’économie devrait repartir de manière progressive, avec +0,2% au troisième trimestre et +0,4% pour les trois derniers mois de l’année.

«Pour l’ensemble des secteurs, le climat des affaires […] en septembre est au plus haut depuis quatre ans», note ainsi l’institut pour justifier sa prévision. La production manufacturière, surtout, après avoir «traversé un trou d’air au début de l’été» se redresserait «rapidement». En revanche, le bâtiment et les travaux publics continueraient de traverser un climat «dégradé». Car si les ménages devraient bénéficier d’une nette accélération de leur pouvoir d’achat cette année (+1,7%), «leur investissement en logement continuerait de reculer».

Inférieur à la moyenne de la zone euro

Cette bonne nouvelle sur le front de la croissance doit néanmoins être relativisée. D’abord parce que ce chiffre reste, comme l’année dernière, largement inférieur à la moyenne de la zone euro (+1,6% en 2015). Ensuite, et surtout, parce que ce redémarrage serait trop faible pour faire baisser le chômage.

Le croissance du PIB en France et en Europe

Certes, la France créerait 41 000 postes dans le secteur marchand en 2015 (après -63 000 en 2014), auxquels il faut ajouter 55 000 emplois non marchands, essentiellement des contrats aidés. Mais ce rebond de l’emploi, «par ailleurs favorisé par le CICE et le pacte de responsabilité», souligne l’Insee, permettra tout juste de compenser l’augmentation de la population active. Autrement dit, le taux de chômage (10,3%) serait seulement stabilisé au second semestre. Pour une baisse «crédible» et «durable» du chômage, condition définie par François Hollande pour une candidature en 2017, il faudra donc attendre au moins l’année prochaine, où le gouvernement espère, cette fois-ci, 1,5% de croissance.

Luc Peillon Libération, 1er octobre 2015

 

La croissance française est toujours aussi « instable », la reprise économique ne se fait pas sentir. La France ne crée pas assez d’emplois pour stabiliser puis réduire le chômage. Dès lors la confiance, élément moteur de la croissance ne peut s’installer.

Il est probable que le suivi trimestriel de la croissance, ne crée pas les conditions favorables à la confiance. A scruter chaque évolution comme ci elle était vitale pour la suite, on instaure un climat de crainte qui n’est pas favorable à la croissance.

La croissance est une évolution de long terme, le trimestre ne correspond pas à cette définition

Shukuru

L’intérimaire aux 700 contrats

Il aurait pu avoir une médaille d’honneur, couleur vermeil. Celle que l’on donne aux travailleurs après trente ans de bons et loyaux services, avec, en bonus, une gratification de l’employeur, si ce dernier est généreux. Mais au lieu de tout cela, il n’a eu droit qu’à prendre la porte. Son tort ? Avoir réclamé un peu de stabilité après avoir enchaîné 703 contrats d’intérim comme manutentionnaire puis cariste, pour le compte d’une seule et même entreprise, Placoplatre, filiale du groupe Saint-Gobain. C’était en 2013. L’intérimaire, un Malien arrivé en France en 1982, embauché par le biais de la société d’intérim Manpower, a «simplement demandé à Placoplatre d’être en CDI», raconte Régis Verbeke du syndicat Force ouvrière (FO). Mais le sésame, indispensable pour faire venir sa femme et ses enfants en France, lui a été refusé «au motif qu’il ne parlait pas assez bien français», précise le délégué syndical qui l’aide dans son combat. Alors, après avoir travaillé sans broncher et sans vacances, pendant des années, l’homme de 55 ans, locataire d’un foyer de migrants en Seine-Saint-Denis, a décidé d’attaquer Manpower France et la société Placoplatre aux prud’hommes. A la barre du tribunal de Bobigny, il devait demander, ce mercredi, à 13h30, la requalification de ses missions d’intérim en contrat à durée indéterminée. Avant de renoncer à l’action en justice.

«Timide», «ne parlant pas bien français», selon les proches du dossier, l’intérimaire ne veut pas s’exprimer. De quoi rassurer Manpower France qui évoque un dossier «déontologiquement sensible», mais ne souhaite pas, non plus, en dire plus sur le sujet. Soucieux d’arrêter cette histoire depuis sa médiatisation, le groupe aurait, selon nos informations, proposé, dans une première phase de conciliation, un chèque de 60 000 euros à l’intérimaire. Ce dernier demandait de son côté 150 000 euros pour la perte de son emploi et les dommages subis. «Une issue à l’amiable a été trouvée, mais nous ne souhaitons pas communiquer sur le contenu», conclut Manpower.

L’affaire, du «jamais vu», selon le délégué FO, est désormais close. Mais le cas est loin d’être isolé, selon lui. Même constat d’André Fadda, secrétaire général de la CGT intérimaire qui note que «les tribunaux des Prud’hommes regorgent d’histoire comme celle-là». Le syndicaliste dénonce les renouvellements des contrats successifs sans limite, un système «généralisé par le patronat, en toute illégitimité et avec la complaisance du ministère du Travail depuis les années 90». Sous-traitance des sites industriels, aéroportuaire, logistique, BTP, plusieurs secteurs seraient, selon les syndicats, touchés par de tels abus au Code du travail. «A Saint-Nazaire, par exemple, une entreprise d’installation de tuyauterie a remporté un contrat commercial sur le chantier naval de huit mois, mais n’a signé que des contrats à la semaine à des intérimaires, raconte André Fadda. Cela permet aux entreprises de se soustraire aux risques économiques et de jeter les gens au bout de quelques jours s’ils se plaignent des conditions de travail ou de sécurité, ou quand ils sont simplement épuisés par le rythme des heures supplémentaires».

Difficile dans ces conditions pour les intérimaires de se faire entendre. «Ils n’osent pas, résume Régis Verbeke de FO, surtout les étrangers qui ne maîtrisent pas assez la langue, n’ont parfois jamais entendu parler de syndicat et craignent pour leur titre de séjour». Mais s’il reconnaît qu’il n’est pas évident de mobiliser, le délégué FO espère que cette affaire créera un «effet boule de neige».

La législation encadrant le recours à l’intérim est pourtant précise. En France, l’appel à un intérimaire est uniquement possible pour remplacer un salarié (sauf pour une grève) ou afin d’assurer la continuité de l’activité de l’entreprise en cas notamment d’accroissement temporaire d’activité ou d’emploi à caractère saisonnier. Ainsi, selon le Code du travail, le contrat d’intérim, «quel que soit son motif, ne peut avoir ni pour objet ni pour effet de pourvoir durablement un emploi lié à l’activité normale et permanente de l’entreprise utilisatrice». Ce qui fait de la loi française, «la règlementation la plus pointilleuse et rigide d’Europe», selon François Roux, délégué général de Prism’emploi, l’organisation professionnelle des sociétés d’intérim. Aussi, avec 16 millions de contrats de travail intérimaires signés chaque année, l’affaire de l’intérimaire de Placoplatre est «statistiquement explicable», selon lui, et ne remet pas en cause l’«exemplarité» d’un secteur «très dépendant de la chaîne de décision et des informations données par le client».

Les syndicalistes, eux, dénoncent des brèches nombreuses dans lesquelles s’engouffrent les employeurs. «Certaines sociétés jonglent avec les faux remplacements, d’autres trichent sur les motifs et prétextent un accroissement temporaire d’activité injustifié», explique André Fadda de la CGT. Un constat légèrement nuancé par un délégué CGT du secteur de l’aéroportuaire: «Par peur des tribunaux, certaines sociétés se sont mises au propre et ont revu leur mode de gestion des contrats intérimaires».

Depuis mars 2014, les entreprises disposent par ailleurs d’un nouvel outil pour trouver un équilibre entre flexibilité et respect du Code du travail: le CDI intérimaire (CDI-I), issu de l’accord sur la sécurisation des parcours professionnels des intérimaires de 2013. Avec ce nouveau type de contrat, les salariés intérimaires disposent, entre leurs missions, de périodes d’intermission payées au Smic, mais au cours desquelles ils sont tenus d’être à la disposition de l’entreprise de travail temporaire qui l’a embauché. Pour le gouvernement, il s’agit de sécuriser les parcours professionnels. Mais les syndicats FO et CGT se sont montrés très critiques face à ce nouveau contrat accusé de rendre les intérimaires toujours plus corvéables. «C’est un bracelet posé au poignet de l’intérimaire pour le faire travailler quand on veut. On revient aux années 80, quand on faisait faire tout et n’importe quoi aux intérimaires», pointe Régis Verbeke de FO.

Reste que, pour l’heure, le dispositif est loin de faire un carton plein. A ce jour, Prism’emploi recense environ 2500 CDI-I signés, bien loin de l’objectif initial fixé par la profession d’atteindre 20 000 contrats en trois ans. Et ce alors que le secteur connaît «une baisse d’activité considérable depuis 2012, avec une perte de 70 000 emplois en trois ans, estime François Roux de Prism’emploi qui note toutefois une petite reprise cette année. Selon Pôle emploi, le nombre d’intérimaires en mai s’établit à 614 900 en valeur corrigée des variations saisonnières. Soit une hausse de 1% sur un mois et une progression de 4,5% sur un an.

Amandine CAILHOL, Libération 9 juillet 2015

L’intérim a été conçu pour permettre aux entreprises de remplacer ponctuellement un travailleur absent (un serveur dans un restaurant par exemple) et/ou pour faire face à un surcroît temporaire de travail.
Le cas de cet homme relève de la deuxième possibilité. Mais le temporaire est une notion différente pour un employeur et pour un travailleur. Peut être que la filiale de St Gobain (leader mondial de l’habitat selon son site) estime que 30 ans représente une période temporaire.
Ce qu’il faut constater :
– la notion de flexibilité pour les entreprises (celle qui doit permettre de lutter contre le chômage sans pénaliser les entreprises), est parfaitement maîtrisée par les entreprises qui l’utilisent aux dépens des travailleurs
– l’existence des syndicats apparaît indispensable pour limiter et contrôler les abus des employeurs
– l’arrangement à l’amiable est surtout favorable à l’entreprise qui évite les poursuite et paye probablement moins que ce que la justice aurait pu lui infliger comme dommage et intérêt.

Finalement, on peut conclure que les entreprises profitent d’une législation et d’un code du travail qui ne défend pas tant que cela le travailleur (c’est vrai qu’il n’y a que très peu de contrôle puisque les inspecteurs du travail sont trop peu nombreux). Ainsi le concept de flexicurité apparaît comme une idée saugrenue face à de telles entreprises. L’Etat et donc la collectivité devrait prendre en charge la formation, les périodes de chômage … pour que l’employeur puisse embaucher.
On pourra toujours objecter que toutes les entreprises n’abusent pas ainsi mais cet argument ne repose que sur la méthode coué.
L’esclavage moderne existe, les entreprises l’ont développé.
Vive le capitalisme, vive l’esprit d’entreprise.

Shukuru

Total devra payer une taxe pour la pollution

On ne l’a appris que mardi : la Cour de cassation a rendu fin mai un arrêt « condamnant Total à verser la taxe générale sur les activités polluantes (TGAP) ». Cette décision fait suite à une « activité d’injection d’effluents industriels sur le site dit “Crétacé 4000” », à Lacq.
La période incriminée couvre, selon la notification publiée par la Cour, une période allant « des années 2003 à 2006 ». Mardi, et malgré nos tentatives tant auprès de la Cour de cassation que du service communication du groupe pétrolier, nous n’avons pas pu connaître le montant de cette taxe dont Total devra s’acquitter. On sait seulement que la jurisprudence, en la matière, fait état de montants parfois très importants.

Selon un proche du dossier, les douanes avaient, en 2008, déjà signalé à Total un certain nombre d’infractions. Celles-ci reposaient, notamment, sur « l’omission de soumettre [au paiement de la TGAP] divers tonnages de déchets industriels banals et spéciaux ». L’opérateur aurait alors estimé qu’il n’exerçait pas « une activité relevant de la nomenclature des installations classées pour la protection de l’environnement ».Un argumentaire destiné, semble-t-il, à lui permettre de contourner le règlement de la fameuse taxe…

Cette façon d’aborder le problème n’avait alors pas convaincu la cour d’appel. Selon nos informations, elle s’était exprimée en ces termes sur le sujet: « Tout exploitant d’une installation d’élimination par stockage, ou par incinération des déchets, est assujetti au paiement [de la TGAP] sans que les installations soient visées par la nomenclature ». L’arrêt de la Cour de cassation ne fait donc que suivre la décision de la cour d’appel, sans que l’autorisation d’exploitation dont jouissait Total durant l’exploitation de « Crétacé 4000 » soit pour autant remise en cause.

Mais il y a aussi un autre lot de consolation pour le groupe pétrolier : depuis la loi de finances 2012, il est… exonéré de taxe. Une décision fortement dénoncée à l’époque…

GC 10/06/2015 La république des Pyrénées

Dans le cadre du développement durable et des préoccupations sur l’état de la planète, il est regrettable de constater que la justice doit intervenir pour sanctionner une entreprise qui pollue. Comment diminuer les émissions de carbone par exemple si les entreprises n’acceptent pas les règles et trichent. Ce comportement permet à l’entreprise de conserver son mode de production polluant et de ne pas chercher à préserver davantage environnement.
Par ailleurs, les grandes entreprises peuvent attendre des décisions de justice pour être contrainte de moins polluer, alors que les entreprises de taille plus modestes sont obligées de se plier à la loi.
Encore une inégalité qui montre que le libre marché ne fonctionne pas tel que les libéraux le pensent.

Shukuru

Michel Sapin réfute le Capital au XXIe siècle sur Tumblr

Le ministre de l’Economie s’en prend à la somme de Thomas Piketty en 332 mots et une équation.
Par Sophie Garrot, libération 1er Avril 2015

L’ancien jeune rocardien pointe plusieurs erreurs dans le raisonnement de Piketty. Premièrement il souligne que l’idée d’une augmentation indéfinie et exponentielle des inégalités est absurde : « les arbres ne poussent pas jusqu’au ciel, tout ce qui monte finit bien par descendre ». Il en veut pour preuve que les inégalités n’ont jusqu’ici pas augmenté indéfiniment, et donc qu’il n’y a aucune raison que cela arrive dans le futur. Ce serait faire preuve d’un pessimisme exagéré alors que « les jeunes français de tous les horizons ont tellement de ressources ». Il ajoute que l’économie n’est pas un long fleuve tranquille, « la roue tourne ».

Pour le Ministre des Finances et des Comptes Publics, Thomas Piketty a tout faux sur l’évolution du capital car son augmentation est en grande partie due au logement. Or, il faut bien se loger ! De fait, Michel Sapin reprend l’argument de quatre économistes spécialistes du sujet : comme il faut se loger, il est nécessaire de diviser le prix du logement par lui-même, de sorte que « le prix réel du logement est toujours égal à 1 » (car KL/KL=1). En utilisant cette formule, on trouve que la valeur du capital a très peu augmenté. En l’étendant à l’ensemble du capital, on trouve même une étonnante stabilité du capital au cours du XXème siècle (autour de 1 plus ou moins les erreurs de mesure).

Enfin, Michel Sapin ne croit pas à la théorie de la substitution du travail par des robots. Pour l’ancien Ministre du Travail, c’est de la « complète science-fiction ». En effet, on aura toujours besoin de bons employés de maison. L’ancien Conseiller général de l’Indre souligne que « l’économie domestique est un énorme gisement d’emploi » et rappelle qu’au XIXe siècle, une famille bourgeoise faisait vivre jusqu’à 5 domestiques. C’est bien la preuve que la thèse de Piketty est erronée.

Un grand respect pour notre ministre de l’économie qui produit une analyse fabuleuse pour contredire Picketty.
Les deux arguments utilisés sont d’une profondeur extrême : les inégalités ne vont pas progresser parce que rien n’est infini, un jour les choses s’arrêtent. Bref, il suffit d’attendre puisqu’après la pluie vient le beau temps. Donc la démonstration de Picketty concernant la détérioration de la situation n’a pas de sens.
Une telle analyse est édifiante. Si on l’applique au chômage, on pourrait dire qu’un jour il va cesser d’augmenter. Si l’économie se résume à attendre et à laisser faire parce que les choses ne peuvent pas durer éternellement, alors elle ne sert à rien. Ce type d’argument n’a aucun intérêt.
Deuxième argument utilisé : la substitution du capital au travail n’existe pas. On aura toujours besoin de bons employés ! Là encore, grosse pensée et analyse. On le constate d’ailleurs fort bien avec la disparition des caissiers remplacés par des distributeurs automatiques, la disparition des pompistes, et demain celles des caissier(e)s dans les supermarchés. la délocalisation de toutes les industries de main d’oeuvre témoignent de l’analyse brillante de notre ministre.
Enfin le fait qu’on a besoin de se loger donc le patrimoine immobilier ne peut entrer dans le calcul de l’augmentation du patrimoine et donc des inégalités, relève aussi de l ‘analyse fine.
Bref, on peut ne pas être d’accord avec l’analyse de Thomas Picketty et le débat mérite d’être ouvert, mais il faut pour cela avoir de vrais arguments et non des poncifs.
Il ne reste plus qu’à espérer qu’il s’agit d’un poisson d’avril sinon cela montrerait le niveau de compétence en matière d’analyse économique de notre ministre.

Shukuru

Les milliardaires toujours plus nombreux, toujours plus riches

Nouvelle année, nouveau record : le monde compte 1 826 milliardaires. D’après le 29e classement annuel Forbes des plus grandes richesses de la planète, ces fortunes colossales pèsent un total de 7 000 milliards de dollars, contre 6 400 l’an passé. Bill Gates garde la tête du classement, une position qu’il a occupée 16 fois au cours des 21 dernières années. Sa fortune a augmenté de 3,2 milliards de dollars en un an, passant à 79,2 milliards, malgré son don d’actions Microsoft d’une valeur de 1,5 milliard de dollars à la Fondation Bill & Melinda Gates.
Le Mexicain Carlos Slim reste deuxième et l’Américain Warren Buffet récupère la troisième place des mains de l’Espagnol Amancio Ortega. C’est Buffet qui s’est le plus enrichi cette année, avec un gain de 14,5 milliards de dollars, pour une fortune estimée à 72,7 milliards. Le patron de Facebook, Mark Zuckerberg, gagne cinq places et se retrouve 16e, atteignant pour la première fois le clan des vingt plus riches de la planète.

Deux cent quatre-vingt-dix petits nouveaux font leur entrée dans le classement, dont 71 viennent de Chine. Les jeunes font une percée : 46 milliardaires ont moins de 40 ans, un autre record. Le plus jeune est Evan Spiegel, 24 ans, le cocréateur de l’application Snapchat. A 31 ans, Elizabeth Holmes, à la tête de l’entreprise de tests sanguins Theranos, devient la plus jeune self made woman.

Le grand perdant est le Nigérian Aliko Dangote, dont la fortune a dégringolé à 14,7 milliards contre 25 l’an passé, conséquence de la faiblesse de la devise locale et de la baisse de la demande en ciment. Il reste malgré tout l’Africain le plus riche. La Russie est le pays ayant perdu le plus grand nombre de milliardaires, passant de 111 à 88. Soit moins que les Etats-Unis et la Chine, mais aussi l’Allemagne et l’Inde.

Une grande majorité de ces milliardaires (1 191) se sont faits tout seuls («self made»), seuls 230 ont hérité de leur fortune. Quatre cent cinq ont hérité d’une partie mais travaillent à leur enrichissement.

LIBERATION, 2 MARS 2015

La crise n’est pas vécue par tout le monde de la même façon. Les écarts se creusent, les riches gagnent toujours plus d’argent. Bill Gates qui ne dirige plus son entreprise et a donné de l’argent à sa fondation s’enrichit davantage chaque année. Pendant ce temps, l’austérité pour les ménages, parce que les dettes publiques et les déficits sont trop importants. Les gouvernements ont baissé les taux d’imposition les plus élevés, ils n’ont pas lutté contre l’optimisation fiscale, ni contre les paradis fiscaux. Au final, certains ne sont vraiment pas dans le besoin.
la conclusion est intéressante : « une grande majorité de ces milliardaires se sont faits tout seuls ». Sans doute à l’image du mythe de Rockefeller qui a acheté une pomme, l’a fait briller et l’a revendue plus chère … Cela signifie que nous pourrions tous devenir milliardaires, ce qui n’a pas encore été prouvé mais demeure un appui important pour la société capitaliste !

Shukuru

La Grece, seul pays d’Europe ou le salaire minimal a baisse depuis 2008

a Grèce, une exception européenne. Alors que tous les pays de l’Union européenne (UE) ont augmenté leur salaire minimal depuis 2008, Athènes a diminué le sien, selon les chiffres de l’office européen des statistiques (Eurostat) publiés jeudi 26 février. Exprimé en monnaie nationale, le salaire minimal a chuté entre 2008 et 2015 de 14 %. Après élimination des différences de niveau des prix, la baisse est de 12 %.
Les autres pays européens ont observé un mouvement inverse. Les hausses les plus importantes sur la même période ont été enregistrées en Roumanie (+ 95 %), en Bulgarie (+ 64 %), en Slovaquie (+ 58 %) et en Lettonie (+ 57 %), des pays où le salaire mensuel minimal est inférieur à 400 euros, selon les données d’Eurostat au 1er janvier 2015. En France, le salaire minimal a augmenté de 14 % depuis 2008.
Au sein de l’UE, la Bulgarie est le pays au salaire minimal le plus bas (184 euros). A l’opposé, le Luxembourg offre un salaire minimal de 1 923 euros, soit un ratio de 1 à 10. Toutefois, après ajustement des disparités de pouvoir d’achat, l’écart entre les Etats membres se réduit à 1 à 4, souligne Eurostat.

Dix Etats offrent un salaire minimal inférieur à 500 euros (Bulgarie, Roumanie, Lituanie, République tchèque, Hongrie, Lettonie, Slovaquie, Estonie, Croatie, Pologne), quand sept proposent un salaire supérieur à 1 000 euros (Royaume-Uni, France, Irlande, Allemagne, Belgique, Pays-Bas, Luxembourg). Six Etats membres de l’UE n’appliquent pas de salaire minimal : l’Autriche, Chypre, le Danemark, l’Italie, la Finlande et la Suède.

Ces statistiques sont publiées alors que le débat sur le salaire minimal a été relancé en Europe, avec la volonté de la Grèce de le relever. Le gouvernement de gauche radicale de la Syriza d’Alexis Tsipras veut le porter à nouveau à 751 euros, le niveau qu’il avait atteint avant d’être réduit à 580 euros sous la pression des créanciers du pays. Mais certains ministres des finances de la zone euro sont contre, qui reprochent à la Grèce d’avoir un salaire minimal plus élevé que celui de pays n’étant pas sous perfusion financière.

La Grèce a mis en oeuvre la politique imposée par la troïka (FMI, UE et BCE). Malheureusement, la dette n’en fini pas de croître et le niveau de vie des grecs de diminuer (le pays a perdu un quart de son PIB en huit ans voir l’article http://www.slate.fr/tribune/67519/grece-pire-que-ce-vous-imaginez). La diminution du salaire minimum (a contrario de ce qui se passe en Europe), n’a eu qu’un effet néfaste sur l’économie : il a baissé le pouvoir d’achat.
Il est temps qu’on laisse la Grèce changer sa politique économique qu’on lui fasse confiance en lui prêtant de l’argent à des taux raisonnables …
Mais ce n’est pas pour demain

Shukuru