Mobilité sociale

La structure sociale évolue favorablement, mais un quart des personnes de 30 à 59 ans expriment un sentiment de déclassement par rapport à leur père

Sur une génération, la structure sociale s’est modifiée vers le haut : en 2014-2015, 41 % des personnes de France métropolitaine âgées de 30 à 59 ans sont ou étaient cadres ou professions intermédiaires alors que ce n’était le cas que pour 29 % de leurs pères (figure 1). Ainsi, 27 % des personnes estiment que le niveau ou le statut de leur profession est plus élevé que celui atteint par leur père lorsqu’elles terminaient leurs études et 9 % qu’il est bien plus élevé (figure 2). Au total, près de quatre personnes sur dix expriment un sentiment d’ascension sociale par rapport à leur père.

Malgré cette progression globale de l’emploi vers des métiers plus qualifiés, un quart des personnes se considèrent déclassées socialement par rapport à leur père : 19 % jugent que le niveau ou le statut de leur profession est plus bas et 6 % qu’il est bien plus bas. Le sentiment de déclassement est donc minoritaire au sein de la population et moins fréquent que celui d’ascension sociale.

Enfin, 22 % des personnes pensent que leur profession est à peu près équivalente à celle de leur père et 9 % que leur profession n’est pas comparable.

Figure 1 – Catégorie socioprofessionnelle des personnes en 2014-2015 et de leurs parents

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Figure 1 – Catégorie socioprofessionnelle des personnes en 2014-2015 et de leurs parents
Ensemble Femmes Hommes Mère Père
Agriculteurs exploitants 1,7 0,9 2,5 5,5 7,8
Artisans et commerçants 6,0 3,7 8,4 5,9 11,1
Cadres et assimilés* 16,5 13,5 19,7 3,8 14,4
Professions intermédiaires 24,5 24,7 24,2 10,6 14,5
Employés et ouvriers qualifiés 31,1 29,0 33,3 22,8 33,9
Employés et ouvriers non qualifiés 18,9 25,7 11,6 25,2 13,0
N’a jamais travaillé ou profession inconnue 1,5 2,5 0,3 26,1 5,3
Ensemble 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0
  • Lecture : en 2014-2015, 19,7 % des hommes sont cadres, 25,2 % des personnes ont une mère qui était employée ou ouvrière non qualifiée à la fin de leurs études.
  • Champ : France métropolitaine, personnes de 30 à 59 ans.
  • Source : Insee, enquête FQP 2014-2015.

Figure 2 – Appréciation de sa propre profession par comparaison avec celle de ses parents

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Figure 2 – Appréciation de sa propre profession par comparaison avec celle de ses parents
Comparaison avec le père Comparaison avec la mère
Ensemble Femmes Hommes Ensemble Femmes Hommes
Par rapport au parent, le niveau ou statut de la profession est…
Bien plus élevé ou plus élevé (ascension) 35,8 31,7 40,3 40,4 38,0 43,0
Bien plus élevé 9,3 7,5 11,4 14,4 12,4 16,6
Plus élevé 26,5 24,3 29,0 26,0 25,7 26,4
À peu près le même 21,8 20,3 23,5 15,5 17,8 13,1
Plus bas ou bien plus bas (déclassement) 25,0 27,3 22,5 10,3 11,2 9,4
Plus bas 18,7 20,2 17,0 8,2 9,0 7,5
Bien plus bas 6,3 7,1 5,5 2,1 2,2 1,9
Pas comparable 9,3 11,0 7,5 6,2 5,9 6,4
Pas de réponse 3,3 3,8 2,8 2,4 2,5 2,2
Non concerné* 4,7 5,9 3,4 25,2 24,6 25,9
Ensemble 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0
  • Lecture : 40,3 % des hommes considèrent que le niveau ou le statut de leur profession est plus élevé ou bien plus élevé que celui de leur père.
  • Champ : France métropolitaine, personnes de 30 à 59 ans.
  • Source : Insee, enquête FQP 2014-2015.

Les sentiments de déclassement ou d’ascension sociale concernent, avec une intensité variable, tous les milieux sociaux

L’appréciation des personnes sur leur situation sociale, comparativement à celle de leur père, est, assez naturellement, très liée à leur propre catégorie socioprofessionnelle. Plus les personnes se situent en haut de l’échelle sociale, plus elles expriment un sentiment de promotion sociale : 50 % des cadres se considèrent mieux classés que leur père, contre 22 % des employés ou ouvriers non qualifiés (figure 3). Inversement, les employés et ouvriers non qualifiés sont les plus nombreux (36 %) à se sentir déclassés. Cependant, les sentiments de déclassement ou d’ascension sociale sont assez largement diffusés au sein de la population et concernent toutes les catégories socioprofessionnelles : quelle que soit la catégorie socioprofessionnelle considérée, six à sept personnes sur dix estiment occuper une position sociale différente de celle de leur père. Par ailleurs, près d’un cadre sur cinq se sent moins bien classé socialement que son père ; une même proportion d’ouvriers et d’employés non qualifiés se considèrent mieux classés que leur père.

L’appréciation de sa propre position sociale dépend encore plus nettement du milieu d’origine. Ainsi, seuls 16 % des enfants de cadres considèrent que leur profession est plus élevée que celle de leur père, illustrant un effet « plafond » : lorsque la position d’origine est élevée, il est a priori difficile de progresser encore dans la hiérarchie sociale. Symétriquement, seuls 13 % des enfants d’employés ou d’ouvriers non qualifiés se sentent déclassés, traduisant un effet « plancher ». Les enfants d’agriculteurs se sentent également peu souvent déclassés par rapport à leur père (13 %). Dans leur grande majorité, ils ont quitté le monde agricole et leur appréciation se réfère sans doute aux conditions de travail très difficiles de leur père.

Le lien est fort entre la mobilité sociale et la mobilité ressentie

Afin de confronter le ressenti des personnes sur leur position sociale à leur mobilité sociale, une typologie des trajectoires sociales, croisant la catégorie socioprofessionnelle des personnes et celle de leur père, est construite. Quatre grands types de trajectoires sont ainsi définis : mobilité sociale ascendante, mobilité sociale descendante, immobilité sociale et mobilité de statut.

Les situations de mobilité sociale, ascendante ou descendante, sont moins fréquentes avec cette mesure qu’à partir du ressenti des personnes (figures 2 et 4). Une personne peut en effet exercer la même profession que son père et en avoir une appréciation très différente. Néanmoins, pour les hommes, la mobilité sociale ascendante est plus importante que la mobilité sociale descendante (27 % contre 16 %), soit un rapport de 1,6, comparable à celui observé pour la mobilité ressentie (1,8). Par contre, pour les femmes, la trajectoire observée et le ressenti discordent : relativement à leur père, les femmes sont plus nombreuses à avoir une trajectoire sociale descendante qu’ascendante (27 % contre 21 %), mais elles se considèrent plus souvent mieux classées que leur père que l’inverse (32 % contre 27 %).

Figure 4 – Mobilité sociale observée par rapport au père

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Figure 4 – Mobilité sociale observée par rapport au père
Ensemble Femmes Hommes
Mobilité sociale ascendante 23,9 21,2 26,8
Immobilité sociale (même catégorie que le père) 32,8 30,5 35,2
Mobilité sociale descendante 21,7 26,9 16,3
Mobilité de statut 21,6 21,4 21,7
Ensemble 100,0 100,0 100,0
  • Lecture : 23,9 % des personnes connaissent une mobilité sociale ascendante par rapport à leur père.
  • Champ : France métropolitaine, personnes de 30 à 59 ans.
  • Source : Insee, enquête FQP 2014-2015.

Le lien est cependant fort entre la mobilité sociale et la mobilité ressentie. Ainsi, il est logiquement bien plus fréquent de se sentir déclassé lorsque l’on connaît une mobilité sociale descendante (53 % ; figure 5). De fait, 43 % des personnes qui se sentent déclassées connaissent effectivement une mobilité sociale descendante. Dans près de la moitié des cas, il s’agit d’employés ou ouvriers non qualifiés dont le père était employé ou ouvrier qualifié (10 %) ou de professions intermédiaires dont le père était cadre (11 %).

Plus l’origine et la destinée sociales sont éloignées, plus les personnes sont nombreuses à se sentir déclassées. Ainsi, 63 % des professions intermédiaires dont le père était cadre jugent leur profession moins élevée que celle de leur père (figure 5). Ce taux est de 21 points supérieur pour les employés ou ouvriers non qualifiés enfants de cadres. Passer de cadre à employé ou ouvrier est ressenti très négativement, avec la même fréquence, que l’emploi soit qualifié ou non. En revanche, lorsque le père occupait une profession intermédiaire, le sentiment de déclassement est beaucoup moins fort chez les employés ou ouvriers qualifiés (45 %) que chez les non qualifiés (66 %).

Figure 5 – Mobilité sociale et sentiment de déclassement par rapport au père

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Figure 5 – Mobilité sociale et sentiment de déclassement par rapport au père
Part au sein des personnes qui se sentent déclassées Sentiment de déclassement
Mobilité sociale ascendante 7,6 8,5
Immobilité sociale (même catégorie que le père) 29,5 24,1
Cadres et assimilés* 7,9 34,1
Professions intermédiaires 4,5 24,0
Artisans, commerçants 1,4 26,5
Agriculteurs 0,8 15,9
Employés et ouvriers qualifiés 11,4 21,5
Employés et ouvriers non qualifiés 3,5 20,7
Mobilité sociale descendante (Position du père → Position de la personne) 43,3 53,3
Cadres et assimilés* → Professions intermédiaires 10,9 62,7
Cadres et assimilés* → Employés et ouvriers qualifiés 6,9 76,6
Cadres et assimilés* → Employés et ouvriers non qualifiés 3,6 83,6
Professions intermédiaires → Employés et ouvriers qualifiés 6,6 45,4
Professions intermédiaires → Employés et ouvriers non qualifiés 5,1 65,6
Employés et ouvriers qualifiés → Employés et ouvriers non qualifiés 10,2 36,1
Mobilité de statut 19,6 23,0
Ensemble 100,0 25,0
  • Lecture : 43,3 % des personnes qui se considèrent moins bien classées que leur père connaissent une mobilité sociale descendante. 53,3 % des personnes qui connaissent une mobilité sociale descendante se sentent déclassées par rapport à leur père.
  • Champ : France métropolitaine, personnes de 30 à 59 ans.
  • Source : Insee, enquête FQP 2014-2015.

Le sentiment de déclassement concerne un quart des personnes qui appartiennent à la même catégorie que leur père

Le sentiment de déclassement ne concerne pas uniquement les personnes dont la mobilité sociale est descendante. En effet, 57 % des personnes qui se sentent déclassées connaissent soit une mobilité ascendante (8 %), soit une mobilité de statut (20 %) ou encore appartiennent à la même catégorie socioprofessionnelle que leur père (30 % ; figure 5). Par ailleurs, 24 % des personnes qui occupent la même position sociale que leur père estiment qu’elles sont moins bien classées que lui. Cette tendance est particulièrement marquée en haut de l’échelle sociale : 34 % des personnes qui, comme leur père, sont cadres se sentent déclassées. À l’inverse, ce ressenti est plus faible (16 %) chez les agriculteurs enfants d’agriculteurs, compte tenu sans doute de la profonde transformation du monde agricole : en 2014-2015, les agriculteurs sont plus diplômés que leurs pères et plus fréquemment à la tête d’exploitations de grande taille.

Pour les femmes, un ressenti plus favorable lorsqu’elles se comparent à leur mère

Se comparant à leur père, l’appréciation des femmes est en général moins favorable que celle des hommes : 27 % d’entre elles se considèrent moins bien classées socialement que leur père, contre 23 % pour les hommes (figure 2). Cet écart s’explique en grande partie par les inégalités de genre sur le marché du travail : femmes et hommes n’occupent pas les mêmes professions. En effet, si la mixité professionnelle progresse, la surreprésentation masculine dans les métiers les plus qualifiés et la surreprésentation féminine dans les emplois non qualifiés existent toujours (figure 1). À trajectoire sociale donnée, les écarts de ressenti entre femmes et hommes sont moindres. La différence de ressenti entre femmes et hommes reste marquée chez les enfants de cadres. Quand leur trajectoire sociale est descendante, les femmes se sentent plus souvent déclassées que les hommes. Il en est de même lorsqu’elles sont cadres comme leur père.

Les inégalités de genre dans les positions sociales étaient plus prononcées encore dans la génération des parents (figure 1). Ainsi, le sentiment de déclassement est nettement moins fréquent lorsque les personnes, femmes ou hommes, se comparent à leur mère : il est exprimé par 10 % des personnes quand elles se comparent à leur mère contre 25 % quand elles se réfèrent à leur père. Aussi, une autre façon de mesurer les écarts de ressenti entre femmes et hommes est de mener la comparaison avec le parent de même sexe. Les femmes se sentent alors deux fois moins souvent déclassées que les hommes (11 % contre 23 %). Et cet écart ne peut s’expliquer uniquement par la faible participation des mères au marché du travail : quand on se limite aux cas où parent et enfant travaillent ou ont travaillé, l’écart entre femmes et hommes se réduit, mais reste très marqué. Lorsqu’elles se comparent à leur mère, les femmes sont ainsi trois fois plus nombreuses à déclarer une ascension sociale plutôt qu’un déclassement.

Le sentiment de déclassement social diminue quand l’âge augmente

Se sentir déclassé par rapport à son père, tout comme le fait de connaître une mobilité sociale descendante, est moins fréquent à mesure que l’âge augmente : 29 % des personnes de 30 à 39 ans se considèrent moins bien classées que leur père, contre 22 % pour les personnes de 50 à 59 ans (figure 3). Ces différences selon l’âge pourraient refléter davantage de mobilités descendantes pour les plus jeunes générations, sans qu’il ne soit possible de conclure. En effet, les différentes générations ne sont pas observées au même stade de leur carrière : les plus jeunes sont encore au début de leur carrière alors que les plus anciennes sont plus avancées.

Minoritaire, le sentiment de déclassement existe aussi chez les cadres

Les cadres occupent une position plutôt privilégiée dans la stratification sociale et, par construction de la typologie des mobilités retenue, ils ne peuvent pas connaître de mobilité sociale descendante. D’ailleurs, la majorité se déclare mieux classée que leur père. Malgré tout, 18 % d’entre eux se considèrent moins bien classés que leur père (figure 3). Ce taux global de déclassement recouvre une certaine diversité selon la profession. En particulier, les professions de l’information, des arts et des spectacles se distinguent assez nettement des autres : le sentiment de déclassement y est particulièrement fort (30 %). La moindre proportion de contrats à durée indéterminée et la faiblesse relative des rémunérations dans ces professions expliquent probablement ce sentiment.

Les femmes cadres sont globalement plus nombreuses (20 %) à se sentir déclassées par rapport à leur père que les hommes (15 %). Cette différence ne relève ni d’un effet de structure lié aux professions exercées (elle concerne toutes les professions), ni d’un effet de structure lié aux origines sociales (femmes et hommes cadres sont aussi nombreux à avoir un père cadre). Ces écarts peuvent en revanche refléter les différences de rémunérations qui existent entre femmes et hommes.

Les conditions d’emploi expliquent en partie le ressenti des employés et des ouvriers

Les employés et les ouvriers sont les plus sujets au sentiment de déclassement : 30 % d’entre eux se sentent déclassés et ils représentent près de 60 % des personnes qui se sentent déclassées. 53 % des employés et ouvriers non qualifiés ont une position sociale moins élevée que celle de leur père et 36 % se sentent effectivement déclassés. La mobilité sociale descendante et le sentiment de déclassement sont, logiquement, moins fréquents chez les employés et les ouvriers qualifiés, avec des taux respectifs de 19 % et de 26 %.

Au sein des employés et des ouvriers, le sentiment de déclassement varie fortement selon les professions. Il est ainsi plus élevé pour les ouvriers agricoles (45 %), les caissiers (43 %), les serveurs, aides de cuisine et employés d’hôtel (40 %) ou encore les vendeurs non spécialisés (37 %). Dans ces professions, les conditions d’emploi sont en effet moins favorables (davantage de temps partiel, risque de chômage plus élevé et revenu plus faible) et les mobilités sociales descendantes plus fréquentes. À l’inverse, le sentiment de déclassement est plus faible chez les ouvriers qualifiés, notamment ceux de l’industrie, du bâtiment et des travaux publics ou de la mécanique et du travail des métaux, pour lesquels la mobilité sociale descendante est très rare (environ 10 %). Ce sentiment est également peu répandu parmi les militaires, les policiers, les surveillants pénitentiaires et les pompiers (17 %). Ces professions s’inscrivent plus souvent dans une trajectoire sociale descendante (environ 30 %), mais le risque de chômage y est plus faible et les rémunérations plus élevées que pour les autres employés ou ouvriers.

https://www.insee.fr/fr/statistiques/2897850

 

Les inégalités de niveau de vie continuent d’augmenter

Si l’on prend comme point de comparaison le début des années 1970, les inégalités de revenus ont baissé. Depuis une vingtaine d’années, changement de cap : les inégalités repartent à la hausse. Dans un premier temps, les niveaux de vie des très riches se sont envolés. Puis, à partir de la fin des années 2000 les revenus des plus pauvres ont baissé. Le jugement que l’on peut porter sur l’évolution des inégalités de revenus dépend de l’échelle de temps et de l’instrument de mesure que l’on utilise.

L’outil le plus souvent utilisé pour mesurer les inégalités de revenus est appelé « rapport interdécile », rapport entre le niveau de vie minimum des 10 % les plus riches (ce qui s’appelle un décile, le neuvième) et le niveau de vie maximum des 10 % les plus pauvres (le premier décile). Tout cela, après impôts directs et prestations sociales, pour une personne seule.

Avec cet outil, et si on observe les choses depuis les années 1970, la diminution des inégalités est nette : en 1970, les plus modestes avaient un niveau de vie maximum 4,6 fois moins élevé que les 10 % les plus riches. En 2015, ce rapport est de 3,5. La baisse des inégalités de revenus a été continue des années 1970 au début des années 1990. Depuis, ce rapport stagne aux alentours de 3,5 avec un pic à 3,6 en 2011

L’indice de Gini est un autre outil de mesure des inégalités de revenus. Il les décrit mieux que le rapport précédent car il tient compte de l’ensemble des revenus de la population, des plus faibles aux plus élevés. Le rapport interdécile ne donne aucune information sur les revenus moyens ou extrêmes notamment. Si quelques très hauts revenus (parmi les 5 % les plus riches par exemple) s’envolent, le rapport interdécile ne bouge pas alors que l’indice de Gini en tient compte. Plus cet indice est proche de zéro, plus on s’approche de l’égalité. Plus il tend vers un, plus l’inégalité est forte. Comme le rapport interdécile, l’indice de Gini montre que la situation s’est nettement améliorée entre les années 1970 et le début des années 1990 puis qu’elle s’est inversée. L’indice de Gini est remonté, avec un sommet en 2011.

Les inégalités de revenus n’explosent pas, notamment parce que notre système de protection sociale limite le creusement des écarts. Les hausses d’impôts de 2011 à 2013 ont également contribué à réduire les inégalités de niveaux de vie. Reste le changement de tendance : notre pays, comme bien d’autres, ne marche plus vers l’égalité en matière de revenus. La hausse des inégalités est réelle depuis le milieu des années 1990 même si elle reste globalement modérée.

Depuis 2003, le niveau de vie moyen des 10 % les plus pauvres ne progresse plus, alors que, jusqu’au début des années 2000, la tendance était à l’augmentation. Sur la période, le niveau de vie moyen des 10 % les plus pauvres a évolué en dents de scie [3]. En 2015, il est au même niveau que dix ans plus tôt, en 2005. Cette stagnation globale masque des périodes de progrès et de vaches maigres. La baisse notable que nous avions soulignée entre 2008 et 2012 s’est heureusement interrompue et le niveau de vie moyen des 10 % les plus pauvres a progressé depuis. Si on fait abstraction des effets conjoncturels, depuis le début des années 2000, ce niveau de vie stagne.

L’évolution du niveau de vie moyen des 10 % les plus aisés est marquée par une progression quasiment ininterrompue entre 2003 et 2011, d’autant plus étonnante que la France a connu un profond ralentissement économique. Au cours de cette période, le niveau de vie moyen mensuel des 10 % les plus riches a augmenté de 678 euros. Entre 2011 et 2013, il a diminué très nettement, sous l’effet notamment des hausses d’impôts : – 434 euros en deux ans. Depuis 2013, il est reparti à la hausse, avec un gain de 112 euros en deux ans. De 2003 à 2015, le gain est net : + 356 euros mensuels. Ce n’est plus l’euphorie de la fin des années 2000, mais les gains demeurent notables et contrastent avec la stagnation du niveau de vie des 10 % les plus pauvres.

En douze ans (de 2003 à 2015), le niveau de vie mensuel moyen des plus riches a progressé de 356 euros quand celui des plus pauvres n’a gagné que 6 euros (après inflation). L’écart entre le niveau de vie mensuel moyen des 10 % les plus riches et celui des 10 % les plus pauvres s’est fortement accru entre 2003 et 2011, du fait de la hausse des revenus des plus riches. De 3 700 euros par mois en 2003, l’écart est passé à près de 4 400 euros en 2011. Il a diminué ensuite pour passer sous la barre des 4 000 euros en 2013. Cette baisse est en partie due aux hausses d’impôts qui ont touché les plus aisés. Depuis 2014, l’écart a repris sa progression, principalement sous l’effet d’une hausse du niveau de vie des plus riches. En 2015, chaque mois les 10 % les plus favorisés disposent en moyenne d’environ 4 000 euros de plus après impôts à dépenser, que les 10 % les plus modestes.

Les commentaires sur l’évolution des inégalités de revenus sont souvent erronés. En effet, ils ne tiennent pas compte des ruptures de séries de 2010 et 2012 qui faussent les comparaisons. L’Observatoire des inégalités est le seul organisme à publier des séries qui tiennent compte des changements de méthode de l’Insee. Les exagérations sont nombreuses, entre ceux qui veulent absolument montrer que les écarts se réduisent ou, inversement, qu’ils explosent, alors que ni l’un ni l’autre n’est vrai. Le modèle social français (grâce aux systèmes de retraites et aux prestations sociales notamment) amortit les chocs même s’il n’empêche pas la stagnation du niveau de vie des plus pauvres. Nous soulignons de longue date la situation dans laquelle se trouvent les catégories populaires, qui génère de fortes tensions.

Il est difficile de préjuger de l’évolution des inégalités depuis 2015, date à laquelle s’arrêtent les données de l’Insee sur les revenus. Le niveau de vie des catégories aisées a repris sa progression depuis 2013 et on voit mal ce qui aurait pu l’interrompre depuis. Les revenus financiers notamment sont en hausse et les politiques fiscales sont redevenues plus favorables aux plus aisés. En bas de l’échelle, la baisse du chômage a un effet favorable, qui se traduit par une diminution du nombre d’allocataires de minima sociaux. Mais les politiques de baisse des allocations logement ou de suppression des contrats aidés vont avoir un effet inverse très direct. Cette situation laisse présager le retour de fortes tensions autour du partage de la richesse dans un contexte de stagnation des revenus pour les couches moyennes.

https://www.inegalites.fr/Les-inegalites-de-niveau-de-vie-continuent-d-augmenter