Plan de relance : un pari risqué

On l’attendait depuis longtemps : après un premier report, le gouvernement a enfin présenté aujourd’hui son plan de relance de l’économie française.

100 milliards : voilà un montant qui a de quoi frapper les esprits. Malheureusement, il ne semble pas à la hauteur de l’enjeu. Le Premier ministre l’a précisé, c’est l’équivalent de 4 points de PIB, soit, selon les estimations de l’Insee, la perte de richesse subie par l’économie française du fait du confinement. Le gouvernement procède donc à un rééquilibrage d’ampleur équivalente. Sauf que… Le plan s’étale sur deux ans. Nous voilà donc à 2 points de PIB seulement pour l’an prochain. 50 milliards qui, compte tenu de la difficulté à lancer rapidement des projets, pourraient se transformer en 30 milliards effectivement déboursés selon Bercy, soit 1,2 point…

Le montant pourrait également ne pas être à la hauteur des objectifs poursuivis. Par exemple, il met sur la table 2 milliards pour faire de la France un socle du développement de l’hydrogène quand l’Allemagne met 9 milliards et le Portugal 7 milliards. De même, les 2 milliards dédiés à la rénovation technique des logements privés sont jugés largement insuffisants par beaucoup.

Il faut enfin préciser que toutes les aides à l’investissement industriel du plan vont se traduire par un surcroît d’importations de biens d’équipements. Cela va jouer négativement sur notre commerce extérieur, et donc sur la croissance. Bref, on peut avoir des doutes sur le fait que les montants soient à la hauteur de l’enjeu.

Le plan de relance est spécifiquement destiné à la relance de l’offre ; logiquement, les entreprises en sont les premières bénéficiaires. De nombreuses mesures étaient nécessaires : après les aides sectorielles (aéronautique, tourisme, etc.), les TPE pourront prendre jusqu’à cinq ans pour rembourser leurs prêts garantis par l’Etat. Les PME se verront, elles, affecter 3 milliards d’euros pour renforcer leur capital et alléger le poids de leurs dettes (de quoi mobiliser en tout 10-15 milliards avec des fonds privés soit l’ordre de grandeur estimé par le Trésor des besoins en fonds propres). Un milliard d’euros seront par ailleurs affecté au soutien aux relocalisations (11 marchés clés ont été identifiés à ce titre par le ministère des Finances).

Le soutien à la demande est toutefois loin d’être absent. Il faudra affiner le calcul, mais le plan de relance semble pouvoir engager environ 25 milliards d’euros de commandes publiques – un quart de son montant total. On peut y ajouter les 15 milliards en faveur de l’emploi, qui sont un soutien direct au pouvoir d’achat.

C’est pour les plus démunis, malheureusement, que le bât blesse : 800 millions d’euros d’aides aux plus précaires, c’est largement insuffisant. Certes, les Françaises et les Français ont plus réduit leur consommation que leurs revenus durant le confinement, et se retrouvent à la tête d’un surcroît d’épargne important estimée à 100 milliards d’euros. Mais le constat vaut surtout pour les ménages les plus aisés, ceux qui consomment moins leurs augmentations de revenu. Les plus démunis, eux, ont pu seulement réduire un peu leur endettement ; soutenir leur pouvoir d’achat aurait été une bonne manière d’aider les entreprises à remplir leurs carnets de commande.

La surprise est venue de l’annonce d’une baisse de 20 milliards, étalée sur deux ans, des impôts dits de production, ceux qui taxent le processus de production (main-d’œuvre, bâti, chiffre d’affaires) quels que soient les bénéfices de l’année. Le gouvernement a raison de souligner que ces taxes, et en particulier leur niveau élevé, posent des problèmes. Mais c’est oublier que la France est également en tête des pays subventionnant le plus la production.

Surtout, et le Premier ministre l’a fermement rappelé le 3 septembre, la suppression partielle de ces taxes est octroyée sans aucune contrepartie. Rien n’est exigé des entreprises en termes d’égalité femmes/hommes, de comportement fiscal responsable ou de mesures environnementales. Espérons que le débat à l’Assemblée nationale permettra d’y remédier. La baisse des impôts de production n’a rien à voir avec la pandémie et ses effets, elle représente un gage donnée à la partie la plus anti-fiscale des représentants du patronat.

Enfin, qui va payer ces 100 milliards ? 20 milliards passeront par des prêts de la BPI ou de la Caisse des dépôts. Mais les 80 milliards restant vont accroître le déficit budgétaire et la dette publique. Le gouvernement ne manque pas de mettre en avant qu’il n’y pas de souci à se faire puisque l’Europe va payer largement ! La France peut effectivement bénéficier de 40 milliards d’euros maximum en provenance du vaste plan de relance européen. Mais uniquement dans le cas où tous ses projets seront acceptés, et le parlement européen n’a pas encore statué sur les critères d’éligibilité… Il faudra ensuite que la machine à dialogue se mette en place entre le parlement et les Etats européens. Bref, les 40 milliards ne sont pas encore tout à fait à portée de mains. Pas de quoi décourager le gouvernement : même si cela devait se traduire par un déficit budgétaire supplémentaire et plus de dettes, les taux d’intérêt sont à zéro et c’est la Banque centrale européenne qui finance ! Bizarrement, on n’entend pas les libéraux se plaindre…

Le gouvernement met les moyens pour aider les entreprises françaises à passer le cap difficile des effets du confinement. Mais il laisse l’impression de ne pas mettre l’argent en face des objectifs, de sacrifier les bas revenus et de laisser « à la responsabilité des chefs d’entreprises » comme dit le Premier ministre le soin d’agir avec cet argent dans l’intérêt collectif. Un sacré pari.

Christian Chavagneux Alternatives économiques 03/09/20