Les SES pour tous

Seul ce que j'ai perdu m'appartient à jamais

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TD 10 Comment la socialisation influence-t-elle le choix du conjoint ?

Document 1 : Répartition des hommes en couple selon leur groupe social et celui de leur conjointe en %

  1. Faites une phrase avec la valeur 56.4 %
  2. Que représente la diagonale ?
  3. Dans quel groupe l’homogamie est-elle la plus importante ?

Homogamie : situation ans laquelle deux conjoints appartiennent au même groupe social.

Document 2

Issue d’un milieu modeste (père ouvrier dans une usine et mère femme de ménage), Laura est mariée avec un homme chef d’entreprise, élevé dans l’opulence.  

La mixité du couple que forme Laura et Gabin est rare. L’adage « qui se ressemble s’assemble » se vérifie en effet dans les statistiques. Selon une étude publiée par l’Observatoire des inégalités, 78% des ouvriers vivent avec une ouvrière ou une employée, contre 3% avec une femme cadre supérieure. « Il est difficile de mesurer dans le temps l’évolution de l’homogamie, notamment à cause de l’élévation du taux d’activité des femmes et l’augmentation globale du niveau des diplômes, nuance Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités. Mais on peut affirmer que l’on se met massivement en couple avec une personne du même milieu que le sien. »  

Après six mois de relation, Laura a rencontré les parents de Gabin. Une étape qui a cristallisé le fossé entre sa classe sociale et la leur. « J’ai pris conscience de nos différences. Dans cette maison à la décoration soignée, j’avais le sentiment d’être un éléphant dans un magasin de porcelaine. Je réfléchissais à mes moindres faits et gestes, osais à peine ouvrir la bouche de peur d’être jugée sur mon langage ou de paraître inculte. » 

Ce sentiment de ne pas être à sa place, Théo, l’a ressenti lors de sa première visite chez les parents -tous deux cadres supérieurs- de Gabrielle. « J’ai pénétré dans le temple de la décoration. Tout était raffiné et choisi avec goût, de la peinture du salon jusqu’à la soucoupe de ma tasse. Chez ma mère (aide-soignante) on lave les pots de pâte à tartiner pour s’en servir comme verre et le canapé a été récupéré chez l’une de mes tantes.

« Nos centres d’intérêt, notre manière de parler, de nous habiller sont structurés par notre socialisation », souligne Louis Maurin.

Les parents de Laura aussi ont eu l’impression que leur fille reniait sa classe d’origine. « Ils trouvaient que je les prenais de haut. Ils m’accusaient de ne plus les trouver « assez bien » et d’avoir des airs qui les rabaissaient. Je devais constamment prouver mon appartenance à mon milieu et en parallèle justifier de la légitimité de ma relation auprès de mes beaux-parents. »

« Dans la majorité des cas, les couples avec une différence de classe importante se soldent par un échec », déplore Louis Maurin. Heureusement, la réalité est plus contrastée. « Rien n’est figé. Nos valeurs sont le fruit de notre individualité. Un enfant ne vote pas forcément comme ses parents par exemple. » 

Camille Moreau 20/10/2018

https://www.lexpress.fr/styles/psycho/quand-la-difference-de-classe-sociale-fragilise-le-couple_2040145.html

  1. Quel problème est présenté par ce texte ?
  2. Pourquoi est-ce un problème ?
  3. Expliquez la phrase soulignée
  4. Quel est le lien avec la socialisation ?
  5. Quelles peuvent être les réactions de l’entourage ?
  6. Les gens rencontrent-ils leur conjoint dans n’importe quel lieu ?

TD 8 Asymétrie d’information

Document 1

La loi définit l’obsolescence programmée comme « l’ensemble des techniques par lesquelles un metteur sur le marché vise à réduire délibérément la durée de vie d’un produit pour en augmenter le taux de remplacement. »

L’obsolescence programmée nourrit la surconsommation ainsi que la surproduction. Elle participe à l’accroissement des déchets, l’intensification de la pollution ainsi que l’augmentation du gaspillage des matières premières et d’énergie.

Il existedifférents types d’obsolescence programmée : technique ; esthétique ou logicielle.

L’obsolescence technique

« Désolé, monsieur, ce modèle de batterie n’existe plus ! » Bienvenue dans l’obsolescence technique, c’est-à-dire quand un bien a cessé de fonctionner, car un des composants a une durée de vie limitée et n’est pas réparable, ou quand la pièce de rechange n’existe plus (obsolescence indirecte).

L’obsolescence esthétique

L’obsolescence esthétique, c’est lorsqu’une même entreprise présente en peu de temps un nouveau produit vanté comme plus performant dans ses campagnes promotionnelles.

L’obsolescence logicielle

L’obsolescence logicielle, c’est lorsqu’une nouvelle version d’un logiciel ou d’une application rend désuète l’ancienne. C’est aussi lorsqu’on rend incompatibles, de manière accélérée, les formats de l’ancienne et de la nouvelle version d’un même logiciel ou application.

https://www.mtaterre.fr/dossiers/pourquoi-nos-produits-durent-ils-de-moins-en-moins-longtemps/lobsolescence-programmee-cest

  1. Qu’est-ce que l’obsolescence programmée ?
  2. Pourquoi peut-on considérer qu’il s’agit aussi d’un problème d’asymétrie d’information
  3. Quelles sont les externalités négatives de l’obsolescence programmée ?

Document 2

Les français et les véhicules d’occasion, Enquête La centrale-OpinionWay, Février 2016

  1. Faites une phrase avec la donnée entourée
  2. Quels sont les deux principaux freins à l’achat d’une voiture d’occasion ?
  3. Comment peut-on réduire l’asymétrie d’information ?

TD 7 Externalités

Document 1 : Vidéo

https://education.francetv.fr/matiere/actualite/seconde/video/cliquer-c-est-polluer

  1. Comment l’utilisation d’équipements informatiques génèrent-elles des externalités ?
  2. Ces externalités sont-elles uniquement négatives ? (donnez des exemples)
  3. Comment l’Etat pourrait-il intervenir pour limiter ces externalités ?

Document 2 :

  1. Par combien les quantités pêchées dans le monde ont-elles été multipliées entre 1950 et 1990 ?
  2. Comment évoluent les quantités pêchées entre 1990 et 2016
  3. Comment peut-on expliquer les évolutions observées sur ce graphique ?
  4. Quel type de problème pose l’évolution de la pêche ?

Document 3 :

Chaque année, un célèbre guide gastronomique attribue aux chefs de restaurants, une, deux trois étoiles, ou aucune. En raison du niveau d’exigence à atteindre pour obtenir une première étoile, les chefs doivent supporter des coûts financiers (embauche de personnels issus des plus grandes écoles d’hôtellerie restauration, rénovation de la salle de restauration …) et psychologiques (stress, mise au point de nouvelles recettes, concurrence avec les autres chefs …). Malgré cela, la plupart d’entre eux n’hésitent pas à se lancer dans une véritable course aux étoiles : l’obtention d’une étoile permet d’accroitre significativement la clientèle, malgré le prix généralement élevé des repas.

                                                                                     SES première Magnard 2019

  1. Quel type de défaillance du marché la notation des restaurants cherche-t-elle à surmonter ?
  2. Si les restaurants n’ont pas d’étoile, qu’est ce qui détermine le choix pour le client ?
  3. Pourquoi malgré les coûts élevés, les chefs cherchent-ils à obtenir des étoiles ?
  4. Ce système est-il efficace selon vous ?

TD 6 : Dilemme du prisonnier et politique de concurrence

A partir des deux documents suivants, montrer que la confrontation entre appel et Samsung s’apparente à la théorie des jeux, où les deux participants sont perdants. En cas de collaboration, que pourrait-il se passer sur le marché (donnez des exemples) ?

Document 1 :

Alors que les consommateurs sont de plus en plus avides de nouvelles technologies, les constructeurs se livrent une bataille sans merci pour se différencier et accroitre leurs parts de marché.

Depuis l’été 2010, Apple et Samsung se livrent ce que la presse appelle une « guerre des brevets ». Apple a poursuivi Samsung pour reproduction illicite des caractéristiques de ses produits (fonctionnalités, design, couleur, etc.) dans plusieurs pays. Samsung a poursuivi Apple pour violation de brevets également dans plusieurs pays.


Apple reproche à Samsung, de s’être livré à une concurrence déloyale, en ayant enfreint plusieurs brevets dont certains relatifs au design des produits de la marque à la pomme. Plus d’une dizaine de modèles Samsung seraient visés. Parmi les brevets, on retrouve celui instauré par Steve Jobs en 2005 sur les coins arrondis de la tablette.

Apple accuse également Samsung d’avoir « délibérément copié » la forme et l’interface de l’iPhone et de l’iPad, protégés par ses brevets. L’entreprise réclame 2,5 milliards de dollars (2 milliards d’euros) de dommages et intérêts.

Samsung, en retour, accuse Apple de chercher à l’exclure « sans raison » du marché des Smartphones et des tablettes, mais aussi d’enfreindre ses brevets sur la technologie 3G. Ainsi, Samsung accuse Apple d’abus de position dominante.

Le 25 mai 2018, Le Figaro

Le groupe sud-coréen Samsung a bien copié le design de l’iPhone de son concurrent américain Apple et devra donc s’acquitter d’une amende de 533 millions de dollars, ont tranché jeudi des jurés américains à l’issue de plusieurs jours de délibérations. Samsung, qui ne commercialise plus le modèle incriminé, devra en outre payer 5 millions de dollars pour l’usage de certaines fonctions de l’iPhone.

La justice américaine semble avoir donné raison à Apple, qui avait argué tout au long de ce procès que le design de ses smartphones était essentiel. Elle a toutefois imposé une amende finalement médiane puisqu’Apple réclamait un peu plus d’un milliard de dollars quand Samsung était disposé à dédommager son concurrent à hauteur de 28 millions.

Les deux groupes, qui détiennent actuellement à eux deux environ 35% du marché mondial, s’affrontent sur cette question de violation de brevets depuis sept ans. En 2011, un premier procès avait déjà donné raison à Apple, condamnant alors Samsung à payer 400 millions de dollars. Mais la société sud-coréenne avait contesté ce verdict. Leur querelle était alors remontée jusqu’à la Cour suprême des États-Unis qui a annulé en 2016 la sanction de 400 millions de dollars, renvoyant le dossier dans le système judiciaire ordinaire.

TD 5 Monopole et stratégie

Document 1 :

Puisque l’entreprise en situation de monopole est seule, elle peut donc fixer à la fois les prix et la quantité produite. Evidemment, elle fait face à la contrainte qui dit que prix et quantité produite devront être compatibles avec la demande des consommateurs.

Le monopole est-il efficace ? Pour le savoir on peut analyser le surplus du marché. Il y a ici une perte de surplus que l’on appelle aussi la perte sèche du monopole. Ainsi, le pouvoir de marché du monopole le conduit à fixer un prix trop élevé par rapport au prix concurrentiel et à réduire la consommation du bien produit par ce monopole.

Etienne Wasmer, Principes de microéconomie, Pearson 2017

  1. Quels sont les avantages et les inconvénients de la situation du monopoleur ,
  2. Pourquoi le prix de vente ne doit-il pas être trop élevé pour le consommateur ?

Document 2

  1. Pourquoi le prix du monopole occasionne-t-il une perte pour l’entreprise ?
  2. Que doit faire l’entreprise pour accroitre ses profits ?
  3. Le monopole est-il une bonne situation ?

Document 3

Des systèmes de brevets ont été mis en place afin d’accroître les incitations à l’innovation. Les brevets accordent à leur détenteur un monopole temporaire sur l’exploitation de la technologie brevetée. En l’absence de système de brevets, l’inventeur ne peut s’approprier l’intégralité des gains liés à une innovation et l’effort d’innovation est alors insuffisant. Ainsi, les brevets renforcent les incitations à l’innovation au prix d’une restriction temporaire de la concurrence.

La détention d’un brevet offre par définition la possibilité d’attaquer un contrevenant présumé par des procédures judiciaires pour l’empêcher d’utiliser l’innovation ou obtenir une rétribution pour cet usage. Ce droit peut être utilisé de manière opportuniste pour porter préjudice à des concurrents.

Louise Rabier, brevets et normalisation technique : comment concilier concurrence et innovation, Trésor -Eco mars 2017

  1. Quel est le rôle d’un brevet ?
  2. Quel est le lien entre le brevet et le monopole ?
  3. Quels sont les avantages et les inconvénients des brevets ?

Manuel Hachette Activité 3 p 44

TD 4 : Le fonctionnement du marché

Construction de la courbe d’offre

Une dizaine d’entreprises sont sur un marché en concurrence pure et parfaite. Elles produisent de marché de la production de sweat. L’offre de l’ensemble de ces entreprises est présentée dans le tableau suivant :

Prix de vente Quantité offerte
40 100 000
45 111 000
50 119 000
55 124 000
60 127 000
65 130 000
  1. Tracer la courbe d’offre du marché

Construction de la courbe de demande

Le marché des sweats est un marché sur lequel la demande est nombreuse et assez sensible aux variations de prix. Cette demande est présentée dans le tableau ci-dessous :

Prix de vente Quantité demandée
40 160 000
45 145 000
50 137 000
55 124 000
60 112 000
65 101 000
  • Tracer la courbe de demande du marché
  • Quel est le prix et la quantité d’équilibre sur le marché ?
  • Que signifie cette notion d’équilibre ?

Le marché du coton, principale matière première dans la fabrication des sweats, et perturbé par des conditions climatiques extrêmes. La production de coton est inférieure à ce qu’elle était l’année précédente.

  • Quelle sera la principale conséquence sur le marché du coton ?
  • Quelle va être la conséquence sur le marché des sweats ?

Nouvelle offre

Prix de vente Quantité offerte
40 90 000
45 107 000
50 112 000
55 125 000
60 130 000
65 137 000
  • Tracer la nouvelle courbe d’offre
  • Cela modifie-t-il l’équilibre sur le marché
  • Quel sera le nouvel équilibre (lecture sur le graphique)

La mode évolue et les sweats sont moins demandés par les clients

Voici le nouveau tableau de demande

Prix de vente Quantité demandée
40 140 000
45 128 000
50 105 000
55 110 000
60 98 000
65 95 000
  1. Tracer la nouvelle courbe de demande
  2. Cela modifie-t-il l’équilibre sur le marché ?
  3. Quel sera le nouvel équilibre (lecture sur le graphique)

Documents pour chapitre 5 Comment la socialisation contribue-t-elle à expliquer les différences de comportement des individus ?

Document 1

L’influence culturelle parentale s’observe surtout dans le partage d’activités entre les enfants et tel ou tel de leurs parents, voire les deux. Ainsi Anthony (mère sans profession, beau-père carreleur au chômage, père conducteur d’engins agricoles, a commencé il y a cinq ans à regarder le feuilleton, Plus belle la vie (« au début je comprenais pas trop, mais … après ben, j’aimais bien ! Mais je continue à suivre »). Il y a été conduit par ses parents qui, à certains moments de la journée, ont la main mise sur les programmes TV (« c’est les parents qui mettent la télé »)

Thomas (mère enseignante aux beaux-Arts ; père sous-directeur de la direction des construction navales de Toulon ; il vit avec sa mère (« des musées j’en ai vu plein, vu que ma mère est peintre ». A côté des visites de musées et des voyages culturels, Thomas fait de la voile avec ses parents (son père seulement depuis leur séparation).

                               Fanny Renard, Reproduction des habitudes, Sociologie, 2013

  1. Quelles différences existent entre les pratiques culturelles de ces deux enfants ?
  2. Pourquoi existe-t-il ces différences ?
  3. Quelles conséquences cela peut-il avoir sur les pratiques à l’âge adulte ? Sur les relations à l’âge adulte ? Sur la profession ?

Document 2

Si les enfants d’immigrés constituent une population en moyenne plus défavorisée que les autres élèves, leur réussite au collège est néanmoins très inégale selon les caractéristiques de leur milieu familial : lorsqu’on les compare entre eux, c’est toujours quand leur famille dispose d’un plus fort capital culturel que leurs chances de réussite sont plus élevées. Par ailleurs, leur réussite n’est pas indépendante du nombre de frères et sœurs : au-delà de trois enfants, parcours scolaires et niveau d’acquis se dégradent au fur et à mesure que la fratrie d’accroît.

J-P Caille, A.Cosquéric, E.Miranda et L.Viard-Guillot, la réussite scolaire des enfants d’immigrés au collège … Insee références,22 novembre 2016

  1. Expliquez la phrase soulignée
  2. Donnez des exemples
  3. Pourquoi le nombre d’enfants est-il déterminant dans la réussite ?

Document 3

Guy Bedos affiche un sourire à moitié gêné quand la première question posée par Laurent Ruquier fuse, le 12 septembre, sur le plateau d’On n’est pas couché, où il fait la promo de son auto-biographie, Je me souviendrai de tout (Fayard), porte sur le succès de ses deux enfants, Nicolas (humoriste et metteur en scène) et Victoria (scénariste et comédienne, co-auteur du scénario de La Famille Bélier). « C’est extraordinairese gausse l’heureux paternel. J’en viens même à avoir honte d’avoir des enfants qui réussissent, qui sont doués, qui travaillent, alors que le pays, notamment sa jeunesse, est tellement mal en point ».

Guy Bedos n’est évidemment pas le seul artiste dont la progéniture occupe, à sa suite, le devant de la scène. Qu’ils évoluent dans le monde économique, politique ou artistique, les « enfants de » tiennent le haut du pavé dans leurs domaines respectifs. Comme si, cinquante ans après que le sociologue Pierre Bourdieu a pointé du doigt la reproduction sociale des élites en France, l’entre-soi des élites n’avait jamais été aussi intense, et la méritocratie en panne. C’est ce que démontrent les journalistes Aurore Gorius et Anne-Noémie Dorion dans un ouvrage passionnant, Fils et filles de… Enquête sur la nouvelle aristocratie française (éd. La Découverte).

Cette plongée au cœur de la fabrique des privilèges commence dans les fameuses écoles libres des quartiers chics de Paris, où les élites économiques et culturelles envoient leurs chères têtes blondes. On en recensait 150 il y a dix ans, elles sont 700 aujourd’hui. Qu’elles s’appellent Montessori, Ecole internationale bilingue, Montaigne ou Jeannine-Manuel, elles accueillent de nombreux descendants de politiques, d’hommes d’affaires ou de stars, biberonnés de manière précoce à l’anglais, au chinois et aux sorties culturelles.

Parmi les anciens de l’Ecole alsacienne, on compte par exemple les enfants de Simone Veil, Wolinski, Martine Aubry, Elisabeth Guigou, Arnaud Montebourg, Alain Juppé ou encore de Vincent Peillon (« paradoxe extrême ») quelques années avant qu’il ne devienne ministre de l’Education nationale. « Le caractère privé de l’école ne semble pas froisser le patriotisme des hommes politiques, y compris ceux de gauche », remarquent les auteurs.

Plus tard, ces élèves privilégiés participeront aux mêmes soirées – des rallyes organisés par de grandes familles – et fréquenteront les mêmes boîtes de nuit, comme Le Baron, avenue Marceau, club le plus branché de Paris. Pour intensifier l’entre-soi, ils se retrouvent en vacances ensemble aussi, à Megève ou Saint-Barth, loin de la masse des touristes. Bref tout est fait pour renforcer les dynasties en les unissant.

Mais au-delà des ghettos du gotha déjà parcourus de long en large par les sociologues Monique et Michel Pinçon-Charlot, et des irréductibles dynasties politiques locales ou partisanes, les auteurs révèlent que les « fils et filles de » monopolisent aussi le monde de la culture. A commencer par le cinéma : « En 22 ans d’existence, les Césars ont ainsi consacré une douzaine d’enfants issus de familles d’artistes ou de professionnels du cinéma », écrivent-ils, comme Vanessa Paradis (nièce du comédien Didier Pain, qui l’a parrainée à ses débuts), Guillaume Depardieu, Lola Dewaere, Louis Garrel, Chiara Mastroianni, Laura Smet, Pierre Rochefort ou encore Izïa Higelin. Les nouveaux talents récompensés par le meilleur espoir sont donc bien souvent des héritiers.

Ce sont cependant les trois frères de la famille Seydoux qui incarnent le mieux « le family business à la française du septième art ». Jérôme, président de Pathé, Nicolas de Gaumont et Michel, producteur. Léa prolonge cet héritage à l’écran, tandis que la fille de Nicolas, Sidonie Dumas, a pris les rênes de Gaumont en 2004 : « Gaumont fonctionne selon le bon vieux schéma du capitalisme patrimonial ».

Au cours de leurs pérégrinations dynastiques, Aurore Gorius et Anne-Noémie Dorion croisent le chemin d’héritiers dont le patronyme s’avère parfois écrasant, comme l’acteur Marius Colucci, le fils de Coluche. « Je ne peux pas lutter contre mon ascendance. Il y a les ‘fils de’ et les ‘fils de monstres sacrés’ », raconte-t-il. Par la force des choses, à force de baigner dans l’univers cinématographique, il embrasse la même voie que son père. A neuf ans, il exécute son unique duo avec lui, dans un clip réalisé par Jean-Baptiste Mondino. Et à douze ans, grâce à l’amitié de sa mère avec le réalisateur Gérard Mordillat, il décroche son premier rôle dans Cher frangin.

La musique n’échappe pas à ce phénomène de transmission héréditaire. Les métros parisiens ne se sont-ils récemment couverts d’affiches réunissant la famille Chédid (Matthieu, Joseph et Anna) pour promouvoir ses concerts ?

https://www.lesinrocks.com/2015/09/17/livres/livres/comment-les-fils-et-filles-de-ont-pris-le-pouvoir-sur-la-culture-en-france/
  1. Que deviennent les enfants de « personnalités » ?
  2. Pourquoi sont-ils dans les mêmes écoles ?
  3. Quelles conséquences peuvent avoir la fréquentation des mêmes lieux ?
  4. S’agit-il de socialisations familiales différenciées ?

Document 4

Jacques, petit commerçant passé de la gauche à la droite « populiste », comme une manifestation de l’effet de la socialisation professionnelle sur les positions politiques et le rapport au politique. L’engagement à gauche de longue date de Jacques, expliqué par sa socialisation primaire familiale, entre peu à peu en tension avec son activité professionnelle (il tient une droguerie-Herboristerie à Genève), qui va l’amener, après des années appartenance au Parti socialiste, à s’engager au sein de l’Union démocratique du centre suisse (située à la droite de la droite).

                L.Bargel & M.Darmin, La socialisation politique, www. Politika.io, 2017

  1. Comment la socialisation dans l’enfance a-t-elle influencé les choix de Jacques ?
  2. Pourquoi ce changement de croyance ?

La déforestation au Brésil, une stratégie économique perdante ?

La déforestation en Amazonie aurait augmenté de 278 % en un an, apprenait-on en juillet dernier. Quelques semaines plus tard, en amont du G7, un bras de fer opposait le président brésilien Jair Bolsonaro à Emmanuel Macron à propos des incendies sévissant en Amazonie, puis le hashtag #PrayForAmazonia envahissait Twitter.

Le 3 septembre, nouveau rebondissement : le président brésilien annonçait qu’il ne participerait pas au sommet régional sur l’Amazonie, prévu quelques jours plus tard en Colombie, pour des raisons médicales.

L’attention médiatique que suscite actuellement la déforestation offre l’occasion de réfléchir à la pertinence de la stratégie de développement défendue par le gouvernement actuel au Brésil. Car au-delà des considérations environnementales, le choix de mettre en avant l’agriculture interroge aussi, à long terme, en matière de croissance économique.

La question de la « transition forestière »

Entre 2005 et 2013, la déforestation au Brésil a reculé de 70 %. Il n’était alors pas absurde de penser que le pays allait tôt ou tard entamer une phase de reforestation, et que l’enjeu était que celle-ci arrive le plus tôt possible.

Certains travaux suggèrent en effet, sur la base d’observations empiriques, qu’il y aurait une relation « systématique » entre le niveau de développement d’un pays et la déforestation. À un certain stade de développement, de sécurité alimentaire et de dynamisme économique dans les secteurs non agricoles, la conversion des forêts en terres cultivables est supposée ralentir, puis prendre fin. C’est ce que la littérature en géographie a appelé la transition forestière, et qui fut observé en France, aux États-Unis, ou plus récemment en Chine, en Inde ou au Vietnam.

En économie de l’environnement et de la croissance, une large littérature portant sur la courbe environnementale de Kuznets a également cherché à tester une relation similaire, avec plus ou moins de succès. L’idée est la suivante : le niveau de dégradation environnementale par unité de PIB augmente jusqu’à un certain seuil de revenu par tête, puis diminue durablement.

Si ces liens entre croissance économique, ressources naturelles et environnement demeurent, le relatif optimisme d’il y a quelques années quant à la reforestation au Brésil semble aujourd’hui remis en cause.

Un choix au nom du développement économique

Le président brésilien a fondé une partie de sa stratégie de développement économique sur l’exploitation des ressources naturelles nationales – les forêts, la terre, les mines, etc. Dans nombre de pays, ces ressources fournissent une rente à laquelle certains gouvernements refusent de renoncer, même au nom de l’environnement.

Cette situation fait écho au débat qui a eu lieu en France en 2015 à propos du forage pour l’exploitation des gaz de schiste ; ou encore, plus récemment, à propos de l’exploitation de la mine de la Montagne d’or en Guyane. Dans ces deux cas, le gouvernement a choisi d’interdire l’exploitation de ressources naturelles (au moins temporairement) face à l’incertitude quant aux dommages environnementaux que peut engendrer leur activité extractive.

Le gouvernement brésilien pourrait tout à fait renoncer à autoriser et encourager l’exploitation des sols en Amazonie, au nom du réchauffement climatique, de la biodiversité, mais aussi des dernières populations indigènes vivant sur place. Mais Jaïr Bolsonaro ne semble pas disposé à aller dans ce sens, et y perçoit plutôt un potentiel énorme de conversion des forêts pour produire du soja ou faire paître du bétail, pour résumer les choses simplement.

Si cette vision peut se justifier par la logique d’équité en matière de développement entre les pays du Nord et ceux du Sud, des interrogations subsistent. Car même en faisant fi de toute considération environnementale ou humaniste, l’histoire suggère que cette stratégie n’est pas une garantie de développement ; du moins, pas nécessairement la meilleure.

Un pari pas assuré

Historiquement, c’est le secteur industriel qui semble garantir les plus grands progrès en matière de croissance économique pour les nations.

Ceci s’explique principalement par un fort taux de progrès technique, un taux d’absorption élévé de la population active (y compris pour les travailleurs peu qualifiés), des économies d’échelle et un accès au marché international. C’est la révolution industrielle qui a permis la croissance soutenue de la productivité et des revenus en Grande-Bretagne, puis dans les pays qui ont suivi. C’est aussi l’industrialisation qui a rendu possible les « miracles » de croissance asiatiques et la convergence des niveaux de vie entre des pays comme le Japon et ceux de l’Ouest.

À l’heure de l’avènement annoncé de l’intelligence artificielle, il ne s’agit pas de reproduire à l’identique l’industrialisation telle qu’elle a existé ailleurs, et encore moins de la considérer comme l’unique voie possible vers le développement. Mais la ligne défendue par Jaïr Bolsonaro ne résiste pas à une question : poursuivre l’expansion de secteurs non agricoles perçus comme à fort potentiel (par exemple les services échangeables) ne pourrait-il pas générer plus de croissance à long terme ?

Il n’est pas garanti qu’une spécialisation trop importante dans le secteur agricole, par exemple pour répondre à la demande mondiale de soja, offre à un pays les mêmes perspectives de progrès à long terme. Même s’il présente l’avantage de l’accès au marché international, ce modèle pourrait s’avérer fragile. Au-delà des questions cruciales de taux de croissance de la productivité et de taux d’emploi, des chocs de demande – comme un changement dans les préférences des consommateurs en faveur de l’environnement, ou encore un apaisement dans la guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis, pourraient compromettre cette stratégie même à court terme.

Il faut aussi ajouter que la conversion de la forêt amazonienne en terres cultivables pourrait à terme bouleverser le cycle hydrologique et réduire les précipitations, ce qui impacterait en retour les rendements agricoles. Certaines régions pourraient alors perdre leur avantage comparatif dans la production agricole.

Soulignons enfin que la part de l’agriculture dans le PIB brésilien est passée de 18 à 4 % entre 1960 et 2018, et que le taux d’emploi dans ce secteur a diminué de plus de 50 % depuis 1991.

Ces chiffres sont le signe d’une transformation structurelle de l’économie brésilienne, de l’agriculture vers l’industrie et les services. C’est le modèle de croissance, et donc de développement, qui a permis de faire reculer la pauvreté et d’augmenter les niveaux de vie dans la plupart des pays où il a eu lieu. Même à considérer que le réchauffement climatique et la disparition de la biodiversité ne seraient que le problème des pays riches, quel sens cela a-t-il de vouloir rediriger, au moins dans les paroles, l’effort productif vers l’agriculture ?

Une vision en décalage avec son temps

Cette orientation pourrait aussi faire perdre au Brésil des partenariats économiques majeurs. L’Allemagne et la Norvège ont par exemple bloqué l’équivalent de 65 millions d’euros d’aide destinée à la lutte contre la déforestation ; à terme, c’est l’économie brésilienne tout entière qui pourrait souffrir de cette mauvaise image au niveau mondial.

Il faut bien entendu rester très prudent quant à la réelle mise en œuvre et au succès de ces politiques publiques, mais signalons que d’autres pays en développement envoient des signaux totalement différents sur la question environnementale. L’Afrique du Sud met en place un marché carbone, l’Éthiopie annonce planter 4 milliards d’arbres et le Costa Rica a depuis plusieurs années développé un tourisme écologique. Si l’on se fie aux déclarations de son dirigeant, le Brésil quant à lui ne marquera sans doute pas les esprits par ses choix de politiques publiques novatrices et en phase avec leur temps, celui de l’urgence climatique. Et ce sans pour autant que cela lui garantisse les meilleures performances de croissance à très long terme.

http://theconversation.com/la-deforestation-au-bresil-une-strategie-economique-perdante-122897

11 septembre 2019, Julien Wolfersberger

Maître de conférences en économie, Agro ParisTech – Université Paris-Saclay

L’Allemagne a révisé ses prévisions de croissance à la baisse. Le moteur économique de la zone euro est en train de caler ?

Oui, on peut dire ça. C’est la deuxième fois en moins de deux mois que le gouvernement allemand abaisse sa prévision : Berlin n’espère plus qu’un petit 0,8 % de croissance en 2019. Alors qu’on attend presque deux fois plus de croissance en France. On en avait perdu l’habitude : chaque année ou presque depuis presque quinze ans, l’Allemagne nous coiffait au poteau.

Mais voilà, le moteur allemand s’est enrayé brusquement et le pays a échappé de justesse à la récession en fin d’année dernière.

Que s’est-il passé ?

« Rien n’indique que la lame de fond populiste menée par Trump s’estompera »

Eh bien l’industrie automobile allemande, qui représente à elle seule 14 % du PIB, continue de payer les conséquences du dieselgate. A l’automne dernier, Volkswagen ou BMW ont eu du mal à faire homologuer certains de leurs modèles aux nouvelles normes européennes, plus strictes, qui encadrent les émissions des véhicules neufs. Au point d’interrompre temporairement leur production.

Surtout, à force d’avoir tout misé sur le diesel, les constructeurs allemands sont incapables pour l’instant de répondre à la demande croissante des consommateurs pour les véhicules électriques, même s’ils investissent massivement pour rattraper leur retard.

C’est une mauvaise passe temporaire pour l’Allemagne ?

Non, c’est plus sérieux que ça. L’économie allemande est toute entière tournée vers les exportations, qui représentent quasiment la moitié de la richesse nationale produite chaque année. Ce modèle de croissance est menacé par deux grands dangers.

Le premier, c’est le ralentissement brutal de la croissance en Chine. Depuis vingt ans, l’empire du Milieu achetait à tour de bras des biens d’équipement et les voitures de luxe allemands. Cet âge d’or semble bel et bien révolu.

L’autre péril, c’est la politique de l’America First de Donald Trump. Le président américain veut faire baisser le déficit commercial des Etats-Unis avec l’Europe. Dans son viseur, les ventes de berlines allemandes sur le marché américain : Donald Trump menace d’instaurer des droits de douane de 25 % sur ces importations.

Que peut faire le gouvernement allemand pour éviter le mur ?

Changer sa politique économique pour que sa demande intérieure prenne le relais. Par exemple, en investissant massivement dans les infrastructures du pays : les ponts, les routes, les écoles qui sont souvent dans un état inquiétant. Ou en compensant les effets sociaux négatifs des réformes du marché du travail menées il y a quinze ans et qui ont créé des millions de travailleurs pauvres et précarisé les chômeurs.

Ça supposerait que le gouvernement d’Angela Merkel accepte d’augmenter la dépense publique et de s’affranchir des règles constitutionnelles limitant le déficit : pour les Allemands, ce serait briser un véritable tabou.

https://www.alternatives-economiques.fr/panne-de-croissance-de-lallemagne-va-durer/00088678