Grandes écoles : l’ouverture sociale au point mort

EVA MIGNOT 28/01/2021 Alternatives économiques

Ecole normale supérieure, HEC, Sciences Po, Polytechnique… Ces écoles aux noms prestigieux créées au XVIIIe ou au XIXe siècle étaient d’emblée réservées à une certaine élite sociale. Deux siècles plus tard, malgré plusieurs rappels à l’ordre, les choses n’ont malheureusement pas beaucoup changé.

Les résultats d’un récent rapport de l’Institut des politiques publiques (IPP) sur le sujet sont accablants : en 2016, les étudiants des grandes écoles n’étaient que 9 % à être issus des catégories sociales défavorisées (ouvriers et personnes sans activité professionnelle), alors que c’était le cas de 36 % des jeunes de 20 à 24 ans.

Surtout, cette ouverture sociale a complètement stagné depuis dix ans. A Polytechnique par exemple, la proportion d’étudiants défavorisés est passée de 2 % en 2008 à… à 0 % en 2016 (contre une augmentation de la part des catégories très favorisées de 87 à 92 % sur la même période).

« La faible ouverture sociale des grandes écoles s’explique par plusieurs facteurs », selon l’économiste Julien Grenet, coordinateur du rapport.

« Il y a des phénomènes d’auto-censure : à performances scolaires comparables, les élèves issus de milieux sociaux défavorisés ont tendance à moins candidater dans ces établissements que les élèves de milieux favorisés. Il y a aussi un accès à l’information très imparfait : les lycéens CSP + sont plus souvent orientés vers les formations sélectives. Des barrières financières et géographiques sont aussi présentes : le coût de la mobilité peut être trop important pour les élèves de milieux défavorisés ou éloignés des grandes agglomérations. »

Les chercheurs montrent par exemple que les élèves parisiens ont une probabilité presque trois fois plus élevée d’accéder à une grande école que les élèves non franciliens ! « Tout cela va se cumuler et, finalement, ces inégalités vont être particulièrement fortes dans les écoles qui sont en bout de chaîne », résume Julien Grenet.

Difficile en effet pour les grandes écoles de rectifier à elles seules le tir des inégalités sociales et scolaires qui se sont cumulées tout au long du parcours qui mène à leur seuil.

Cela ne veut pas dire pour autant qu’elles ne peuvent rien faire. Sous le feu des critiques, elles avaient d’ailleurs, depuis le début des années 2000, cherché à mettre en place des dispositifs d’ouverture sociale. Mais ces derniers n’ont pas eu l’effet escompté. Y compris le plus emblématique d’entre eux : les Conventions éducation prioritaire (CEP) de Sciences Po, une voie d’admission réservée aux élèves d’une centaine de lycées partenaires, qui reposait sur un concours spécifique.

« Les CEP constituent, jusqu’à présent, le seul vrai dispositif de discrimination positive porté par une grande école », précise la sociologue Alice Pavie, qui les a étudiées de près dans le cadre d’une thèse sur les politiques d’ouverture sociale dans l’éducation. « A l’époque, cela avait d’ailleurs été très critiqué, en interne et par les autres établissements qui ont préféré se tourner vers des dispositifs d’accompagnement des lycéens, plus en amont. »

Les résultats sont pourtant mitigés : « Cette voie d’entrée rassemble beaucoup plus de personnes de milieux populaires que les autres, mais la proportion reste très marginale à l’échelle de l’établissement : les élèves issus de la voie CEP représentent entre 8 et 10 % des effectifs entre 2014 et 2018. De plus, il s’avère que, parmi ces élèves, seulement 30 % sont issus de milieux populaires », poursuit la chercheuse.

Dans les autres écoles, les dispositifs relèvent davantage de l’accompagnement des collégiens et lycéens de milieux défavorisés. Mais, en plus de porter sur un temps long, pas forcément mesurables avec l’enquête de l’IPP, elles ne portent que sur des petits effectifs.

« Les Cordées de la réussite, qui ont pour objectif d’accompagner les élèves et les aider à intégrer des formations sélectives, concernent chaque année moins de 2 % des collégiens et lycéens. Ce sont des actions très parcellaires », rappelle Julien Grenet.

D’autres programmes mis en place pour compléter les Cordées de la réussite, tels les « parcours d’excellence » (2016), « ont eux des objectifs sans doute trop larges et trop flous pour faire une véritable différence au niveau des grandes écoles », estime Alice Pavie.

Pour agir plus directement et rapidement, les écoles peuvent toutefois intervenir sur leurs modalités d’admission. Mises sous pression par la ministre de l’Enseignement supérieur Frédérique Vidal, qui a mis en place en juillet un comité stratégique « diversité sociale dans l’enseignement supérieur », les écoles planchent sur de nouvelles solutions.

Depuis 2015, par exemple, l’ENS-Ulm a mis en place une nouvelle procédure d’admission appelée « concours normalien étudiant », ouvert aux étudiants ayant suivi un cursus universitaire – la majorité des postulants venant des classes préparatoires, très sélectives. « Là où nous avons 19 % de boursiers via le recrutement post-prépa, le nouveau concours en compte 26 %. Cette voie n’est pas du tout marginale : elle représente désormais 40 % de nos intégrés », précise Marc Mézard, directeur de l’établissement parisien.

Plus généralement, ce sont les modalités des concours CPGE (classes préparatoires aux grandes écoles), la voie principale pour accéder à ces établissements, qui sont en ligne de mire.

« On cherche à changer les choses sans créer de nouvelles injustices », résume Chantal Dardelet, animatrice du groupe de travail ouverture sociale de la Conférence des grandes écoles et directrice du pôle Egalité des chances à l’Essec. « Dans notre établissement, nous envisageons de mettre en place une double barre d’admissibilité, dont une réservée aux boursiers, tout en gardant une seule barre d’admission, les boursiers ayant souvent une meilleure note à l’oral que les non-boursiers. »

Des pistes de travail assez proches de celles de l’ENS-Ulm : « Sur le concours CPGE, nous avons 29 % de boursiers parmi les candidats, et seulement 19 % parmi les admissibles. En revanche, ce taux est identique parmi les admis. C’est donc au niveau de la première étape du concours qu’il faut agir avec une mécanique simple, juste et précise », analyse Marc Mézard.

L’école envisage ainsi de mettre en place des points de bonification qui permettraient à certains élèves (boursiers, primo-accédants à l’enseignement supérieur par exemple, c’est-à-dire les élèves dont les parents n’ont pas poursuivi leurs études après le lycée) de se présenter devant un jury alors qu’ils n’auraient pas pu avoir cette chance avec le système actuel.

Sciences Po Paris compte, de son côté, changer la donne avec une nouvelle carte des CEP dans le cadre d’une réforme qui sera mise en place à partir de la rentrée 2021.

« La carte des lycées partenaires n’avait pas changé depuis longtemps alors qu’un certain nombre d’établissements, notamment dans les banlieues parisiennes ayant connu un phénomène de gentrification, n’accueillaient plus autant de lycéens de milieu populaire », relate Bénédicte Durand, directrice de la formation de l’école.

Une centaine de nouveaux partenariats devraient en plus être conclus. « D’autre part, nous travaillons désormais avec ces lycées CEP pour qu’ils s’engagent à accueillir dans les ateliers préparatoires un maximum de candidats boursiers. Nous-mêmes nous visons 30 % de boursiers recrutés, dont 15 % par la voie CEP », poursuit-elle.

En parallèle, la fin des épreuves écrites et son remplacement par l’étude approfondie du dossier Parcoursup pourraient encourager la diversification des candidatures en réduisant l’effet d’auto-censure.

Suffisant ? Sans doute pas à l’échelle globale des grandes écoles. Pour Julien Grenet, les quotas de boursiers imposés dans les formations publiques devraient être relevés et surtout s’appliquer aussi à l’ensemble des formations privées.

« On aurait tort de se priver de cet instrument potentiellement puissant. La mise en place de quotas en faveur des élèves boursiers pour l’affectation au lycée à Paris (procédure Affelnet) a par exemple permis de réduire considérablement la ségrégation sociale dans les lycées publics parisiens », assure le chercheur.

Surtout, un énorme travail doit être effectué au niveau des collèges où déjà des différences apparaissent au moment de faire un choix entre voie générale, voie technologique et voie professionnelle, et au lycée, où les nombreuses heures dédiées à l’orientation sont très souvent utilisées (notamment dans les établissements accueillant des élèves issus de milieux défavorisés) pour la préparation du baccalauréat.

« Aux Etats-Unis, une expérimentation a été menée dans le Michigan pour réduire les inégalités d’accès à l’information sur l’enseignement supérieur. Des courriers personnalisés ont été envoyés aux lycéens issus de milieu sociaux défavorisés ayant un fort potentiel scolaire pour les informer sur les voies qui leur étaient ouvertes. Cela a donné des résultats très impressionnants », raconte l’économiste Julien Grenet.

« En France, je pense que l’on peut faire quelque chose de similaire : on est capable de repérer ces élèves prometteurs. Ce sont des actions pas forcément très coûteuses à mettre à œuvre mais qui peuvent donner des résultats très importants. »

Une électricité 100 % renouvelable en France : possible… et pas cher

L’Hexagone pourrait se passer des énergies fossiles et fissiles pour couvrir ses besoins en électricité à l’horizon 2050, pour un coût égal ou inférieur au coût actuel, selon une étude du Cired.

C’est une étude embarrassante pour la direction d’EDF, les industriels concernés, les élus et ceux parmi l’exécutif qui veulent engager la France dans un plan de construction de nouveaux réacteurs nucléaires pour rajeunir un parc de centrales arrivant en fin de course.

Le 19 novembre dernier, trois chercheurs du Cired ont publié dans The Energy Journal, une revue scientifique à comité de lecture, un article sur ce que seraient les coûts futurs d’un système électrique 100 % renouvelable en France métropolitaine, en intégrant les incertitudes fortes qui entourent ce sujet. Leur conclusion, après analyse de 315 scénarios de coûts : en 2050, un tel système, investissements ­compris, ne coûterait pas plus cher que celui qui existe aujourd’hui, soit de l’ordre de 52 euros par MWh hors coûts de réseau (21,4 milliards d’euros par an).

Comment Behrang Shirizadeh (Cired-Total R&D), Quentin Perrier (I4CE et ex-Cired) et Philippe Quirion (Cired-CNRS) parviennent-ils à ce résultat ? C’est un travail de modélisation qui repose sur des hypothèses de demande et de coûts futurs.

Côté demande, le scénario est celui projeté par l’Ademe en 2050 : la forte progression du véhicule électrique et de la consommation d’électricité dans l’industrie est ­compensée par les économies d’énergie réalisées partout ailleurs, si bien que la consommation globale reste stable. Celle-ci est modélisée au pas horaire : la production renouvelable doit répondre à la demande de chaque instant, aussi bien à minuit le 1er juillet quand elle est faible que le 1er janvier à 18 heures quand elle est très élevée. Prudents, les auteurs ont choisi d’intégrer dans leur modèle des contraintes fortes sur la demande : le recours aux importations est exclu, de même que les effacements de consommation en période de pointe, par exemple en pilotant grâce aux « réseaux intelligents » l’usage d’appareils électriques domestiques.

Pour répondre à cette demande, les moyens les moins coûteux et qui offrent le plus grand potentiel de déploiement sont, sans surprise, l’éolien et les grandes installations photovoltaïques, qui représentent dès lors l’essentiel du mix électrique en 2050 (46 % pour l’éolien terrestre, 11 % pour l’éolien marin et 31 % pour le solaire). Les hypothèses de coûts sont celles du JRC, le centre de recherches conjoint de l’Union européenne, comparables à celles d’autres institutions, et le productible a été étudié sur la base de dix-huit années de données météo (2000-2017). Bien entendu, ces sources très majoritaires sont variables et non pilotables, si bien que pour faire coïncider à tout instant la courbe de l’offre avec celle de la demande, il faut « boucher les trous ». D’une part, avec des centrales à biogaz (environ 3 % du mix électrique) et ­l’hydraulique de barrage (6 %) ; d’autre part, avec le stockage de l’électricité lorsque sa production excède la demande (l’été principalement).

Les moyens de stockage mobilisés sont les stations de pompage (Step) qui remontent l’eau dans des barrages, la méthanation (qui transforme l’électricité en hydrogène, puis en méthane qui peut alimenter une centrale thermique) et les batteries. Là encore, le modèle est volontairement pessimiste puisqu’il exclut de stocker les surplus via les batteries des véhicules électriques branchées au réseau. Une conclusion intéressante de l’étude est que le coût du stockage ne doit pas être surestimé : de l’ordre de 15 % du coût total du système électrique modélisé, lui-même proche du coût actuel.

Bref, comme celui qu’avait déjà publié l’Ademe en 2015 2, ce travail montre qu’un mix électrique 100 % renouvelable en 2050 n’est pas disqualifié par l’intermittence de l’éolien et du photovoltaïque ni par les coûts du stockage. Loin d’être techniques ou économiques, les freins sont surtout politiques : intérêts du lobby nucléaire et oppositions locales au déploiement des renouvelables.

Une autre conclusion importante de cette étude (dont les données sont ouvertes, ce qui permet d’en faire jouer les paramètres et d’en tester la robustesse) est que les technologies solaire et éolienne sont en bonne partie substituables. On peut ainsi mettre l’accent sur une filière plutôt que sur une autre et faire varier les choix au fil du temps en fonction de l’évolution des coûts, sans que cela ne conduise à des impasses ­techniques pour répondre à la demande.

Mais au fait, quel est le coût d’un scénario 100 % renouvelable par rapport à un autre qui comporterait – au hasard – 50 % de nucléaire ? Quel serait le mix électrique optimal en matière de coûts ? Réponse très attendue dans une nouvelle modélisation annoncée par les auteurs le 14 janvier.

ANTOINE DE RAVIGNAN04/01/2021ALTERNATIVES ECONOMIQUES N°408

Une étude intéressante, qui montre qu’il existe des alternatives crédibles aux énergies fossiles. Il reste désormais à vaincre les lobbys pour qu’à un horizon relativement proche, la production d’électricité soit plus propre. cela n’empèchera pas d’autres problèmes d’exister mais ce sera toujours un progrès pour notre planète

Shukuru

Correction du devoir

L’action publique en faveur de l’environnement est-elle toujours efficace ?

Quelques élements pour le plan

  1. L’action publique est dans une certaine mesure efficace
  2. Mais elle connait un certain nombre de limites

Il s’agit d’un plan, oui mais

la première partie annonce tous les éléments positifs :

la fiscalité mise en oeuvre dans le principe pollueur / payeur doit provoquer un changement de comportement des pollueurs, qui seront incité à changer leurs techniques de production, parce que la taxe sera trop onéreuse

Les normes mises en place vont faire prendre conscience des externalités négatives et permettront de réduire certaines pollutions

Les quotas d’emissions vont sensibiliser et responsabiliser les entreprises qui chercheront à moins polluer pour respecter les quotas

La seconde partie montre que les intentions sont bonnes mais que les contraintes ou les incitations étant trop faibles, leur efficacité est relative

La nature est un bien commun ce qui fait émerger des comportements de passager clandestin.

L’internalisation des externalités est complexe à mette en oeuvre notamment à cause de l’existence d’autres enjeux (emplois, croissance …) qui font que l’état ne souhaite pas trop taxer les entreprises. Les quotas peuvent être trop nombreux pour véritablement contraindre les entreprises

Les normes restrictives peuvent générer des comportements opposés à l’objectif (effet rebond)

Avancée historique pour la justice climatique

« Une décision historique qui s’inscrit dans les positions prises par les grandes cours planétaires. » L’avocate Corinne Lepage a accompagné la commune de Grande-Synthe et son ancien maire, Damien Carême, aujourd’hui député européen, dans un recours juridique devant le Conseil d’Etat. Il visait à annuler un refus du gouvernement, fin 2018, de prendre des mesures complémentaires pour atteindre les objectifs climatiques qu’il s’est donnés pour respecter l’accord de Paris. Soit une baisse de 40 % de ses émissions de gaz à effet de serre (GES) d’ici à 2030 par rapport à 1990.

Le 19 novembre dernier, la plus haute juridiction administrative a jugé le recours recevable et a donné trois mois au gouvernement pour « justifier que son refus de prendre des mesures complémentaires est compatible avec le respect de la trajectoire de réduction choisie pour atteindre les objectifs fixés pour 2030 ». S’il n’est pas satisfait, il pourra prononcer une injonction à agir à son encontre.

Cette affaire est une première. Auparavant, jamais « des requérants n’avaient saisi la justice pour faire apprécier l’intégralité du cadre réglementaire climatique », note Christel Cournil, professeure à Sciences Po Toulouse, auteure de l’ouvrage Les grandes affaires climatiques« Jusqu’alors, des affaires avaient questionné certains projets au regard de l’environnement. Cette fois, il s’agissait d’interroger frontalement la trajectoire choisie par le gouvernement. C’est inédit. »

Guillaume Hannotin, avocat au Conseil d’Etat, représentant des associations (Fondation Nicolas Hulot, Greenpeace France, Notre affaire à tous, Oxfam France) qui ont soutenu Grande-Synthe dans le dossier, note plusieurs « grandes avancées ». Cette décision permet de « transformer une loi programmatique en une loi d’objectif obligatoire ». Autrement dit, passer d’une promesse à un engagement ferme, devant être tenu. « En germe, cette décision est porteuse de changements très concrets dans le droit appliqué aux opérateurs publics et privés », complète-t-il.

Les quatre associations ont lancé en 2018 l’Affaire du siècle, un recours en justice pour carence fautive de l’Etat en matière climatique. Le tribunal administratif de Paris devrait se prononcer une fois connue la décision finale du Conseil d’Etat. Il pourra, selon Cécilia Rinaudo, directrice générale de Notre affaire à tous, permettre « de préciser davantage la nature et la responsabilité de l’Etat ».

Quant à une loi sur le « crime » d’écocide réclamée par les 150 membres de la Convention citoyenne au début de l’été, elle devrait plutôt prendre la forme d’un délit. Dans le Journal du dimanche, les ministres de la Transition écologique Barbara Pompili et de la Justice Éric Dupond-Moretti ont en effet annoncé la création de deux nouveaux délits, l’un « général de pollution », qui pourrait conduire dans certains cas à un « délit d’écocide », et l’autre « de mise en danger de l’environnement ».

La décision du Conseil d’Etat est inédite en France, mais des précédents existent à l’étranger. A commencer par « l’affaire Urgenda » aux Pays-Bas. En 2015, un juge de premier ressort a demandé à l’Etat de revoir sa copie en matière de réduction des émissions de GES. Un jugement confirmé par la Cour suprême en décembre 2019, se fondant sur le « devoir de protection » prévu par les articles 2 (droit à la vie) et 8 (droit au respect de la vie privée et familiale) de la Convention européenne des droits de l’Homme.

Depuis, « la société civile et le gouvernement ont entamé un processus de discussion sur un ensemble de propositions de matière climatique. En avril 2020, un cadrage important de mesures a été adopté », relate Christel Cournil, qui est aussi membre du conseil d’administration de Notre affaire à tous.

Toujours en 2015, au Pakistan, l’agriculteur Asghar Leghari a obtenu gain de cause, alors qu’il contestait l’inaction du gouvernement fédéral et celui de la province de Punjab face au changement climatique.

Trois ans plus tard, en Colombie, la Cour suprême a enjoint le gouvernement de mettre fin à la déforestation pour protéger les générations futures, suite à la saisine d’un groupe de 25 jeunes.

Aux Etats-Unis, de nombreux procès ont aussi eu lieu, cette fois à l’encontre d’entreprises, se soldant souvent par des échecs. Une situation à mettre en regard de l’action intentée par des ONG françaises à l’encontre de Total, estimant que la multinationale manque à son devoir de vigilance. Elle est toujours en cours.

Autres affaires, cette fois à l’échelle de l’Union européenne : le « People’s Climate Case », recours pour insuffisance de la politique climatique intenté par dix familles, pour l’heure jugé irrecevable par le Tribunal de l’Union européenne. Plus récemment, en septembre, six jeunes Portugais ont annoncé attaquer devant la Cour européenne des droits de l’homme 33 Etats pour les contraindre à agir contre la crise climatique. De nouvelles avancées pourraient se multiplier dans les prochains mois et années pour la justice climatique.

BÉNÉDICTE WEISS26/11/2020

https://www.alternatives-economiques.fr/avancee-historique-justice-climatique/00094657

Une avancée dans la politique climatique, le conseil d’Etat demande des comptes à la France. Celle-ci doit prouver qu’elle mène bien une politique qui correspond aux objectifs fixés. On ne se contente plus de la politique est des déclarations des gouvernements, les résultats doivent être vérifiés;

Shukuru

Répartition de la valeur ajoutée

La répartition de la Valeur Ajoutée

Synthèse :

La production de biens ou de services est une activité visant à satisfaire les besoins des individus. Elle peut être réalisée par différents types d’entreprises, qui peuvent être publique (appartenant à l’Etat) ou privée. Les objectifs des entreprises, des administrations publiques ou des associations ne sont pas identiques. Seules les premières ont un objectif de profit.

Pour produire, une entreprise utilise deux facteurs : le travail et le capital. Le travail représente la quantité de travail humain utilisé alors que le capital désigne l’ensemble des moyens de production durables, comme les bâtiments ou les machines. Ces facteurs de production peuvent être complémentaires s’ils doivent être utilisés ensemble ou substituables s’ils peuvent être remplacé l’un par l’autre. L’entreprise combine ces facteurs de production afin d’obtenir les coûts de production les plus bas (coûts fixes indépendants du volume de production et coûts variables proportionnels au volume de production). Sur le long terme, on observe une augmentation de la productivité (efficacité des facteurs de production et de leur combinaison). Cette augmentation est notamment due à l’intégration du progrès technique (ensemble des innovations). L’évolution de la productivité et le développement du progrès technique ont des conséquences sur l’emploi (disparition de métiers, apparition de nouvelles professions).

Engagement des femmes et des hommes

Globalement les hommes participent plus. Cette inégalité traduit d’abord des différences de position dans l’espace social et, concernant les femmes, varie en fonction de leur rapport au travail. Plus elles sont intégrées dans cet univers, plus leur comportement s’aligne sur celui des hommes. Mais le modèle de la division sexuelle des taches reste largement ancré dans les mentalités : l’espace public pour l’homme, l’univers privé pour la femme.

A niveau de diplôme et d’activité égal, les femmes s’engagent moins dans la politique et son univers conflictuel.

D.Chagnollaud de Sabouret, Introduction à la science politique Dalloz 2018

En %Assemblée nationale 2017Taux de syndicalisation 2016Maires 2019
Femmes38,79,817
Hommes61,311,883

TD 3 : Le fonctionnement du marché

Construction de la courbe d’offre

Une dizaine d’entreprises sont sur un marché en concurrence pure et parfaite. Elles produisent de marché de la production de sweat. L’offre de l’ensemble de ces entreprises est présentée dans le tableau suivant :

Prix de venteQuantité offerte
40100 000
45111 000
50119 000
55124 000
60127 000
65130 000
  1. Tracer la courbe d’offre du marché

Construction de la courbe de demande

Le marché des sweats est un marché sur lequel la demande est nombreuse et assez sensible aux variations de prix. Cette demande est présentée dans le tableau ci-dessous :

Prix de venteQuantité demandée
40160 000
45145 000
50137 000
55124 000
60112 000
65101 000
  • Tracer la courbe de demande du marché
  • Quel est le prix et la quantité d’équilibre sur le marché ?
  • Que signifie cette notion d’équilibre ?

Le marché du coton, principale matière première dans la fabrication des sweats, et perturbé par des conditions climatiques extrêmes. La production de coton est inférieure à ce qu’elle était l’année précédente.

  • Quelle sera la principale conséquence sur le marché du coton ?
  • Quelle va être la conséquence sur le marché des sweats ?

Nouvelle offre

Prix de venteQuantité offerte
4090 000
45107 000
50112 000
55125 000
60130 000
65137 000
  • Tracer la nouvelle courbe d’offre
  • Cela modifie-t-il l’équilibre sur le marché
  • Quel sera le nouvel équilibre (lecture sur le graphique)

La mode évolue et les sweats sont moins demandés par les clients

Voici le nouveau tableau de demande

Prix de venteQuantité demandée
40140 000
45128 000
50105 000
55110 000
6098 000
6595 000
  1. Tracer la nouvelle courbe de demande
  2. Cela modifie-t-il l’équilibre sur le marché ?
  3. Quel sera le nouvel équilibre (lecture sur le graphique)

La politique d’Emmanuel Macron a fait « nettement » augmenter les inégalités

On s’en doutait, l’Insee vient de le confirmer : la politique fiscale d’Emmanuel Macron a creusé les inégalités. Deux études, qui viennent d’être publiées, en attestent.

Comme chaque année à cette période, la première fait le point sur l’évolution des principaux indicateurs d’inégalités (niveaux de vie, indice de Gini, pauvreté, etc.). Ce rendez-vous statistique annuel était particulièrement attendu cette fois-ci, car il concerne l’année 2018 et permet donc d’appréhender les effets des premières réformes mises en œuvre par Emmanuel Macron. Le titre de cette publication est d’ailleurs explicite : « En 2018, les inégalités de niveaux de vie augmentent ». Elles s’accroissent même « nettement » apprend-on un peu plus loin dans la publication. Fermez le ban !

La deuxième étude, publiée mardi 8 septembre, se penche plus précisément sur l’impact des réformes de 2018 de la fiscalité du capital. C’est-à-dire la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) et son remplacement par un impôt sur la fortune immobilière (IFI), ainsi que la mise en place d’une flat tax sur les revenus du capital, également appelée prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 30 %. Là aussi, la conclusion, fondée toutefois sur une modélisation et non sur des constats statistiques, est sans appel : les grands gagnants sont les 5 % des Français les plus riches, qui voient leur niveau de vie annuel augmenter de plus de 1 000 euros.

Des riches plus riches et des pauvres plus pauvres : voilà malheureusement un bon résumé de l’évolution des niveaux de vie, tel que mesuré par l’Insee.

Si l’on regarde le milieu de la distribution, il n’y a pas grand-chose à signaler. Le niveau de vie médian, celui qui partage la population en deux (une moitié vit mieux, l’autre moins bien) est de 1 771 euros par mois et par personne en 2018, en progression de 0,3 % par rapport à l’année précédente. Ce faisant, « il poursuit sa lente progression depuis cinq ans ». En dix ans, il a gagné 1 %. Cette relative stagnation est à mettre sur le compte de la crise de 2008. Avant que le système des subprime ne s’effondre, le niveau de vie médian en France augmentait à un rythme nettement plus vigoureux (+ 1,4 % par an en moyenne entre 1996 et 2008).

Au-delà de la médiane, le sort des deux extrémités de l’échelle sociale diffère assez nettement. En 2018, les 30 % des Français les moins riches ont vu leur niveau de vie diminuer. La baisse est particulièrement prononcée au sein des 10 % les moins bien lotis, dont le niveau de vie plafond 1 a baissé de 2,9 % en dix ans.

Pour l’année 2018, c’est la diminution du montant des allocations logement qui est en cause. Même s’il est vrai que les locataires du parc social ont obtenu en contrepartie une baisse de leur loyer, qui n’est pas prise en compte dans ces chiffres.

Résultat, la pauvreté continue son ascension et atteint 14,8 % de la population, son niveau le plus haut depuis 1996, date à laquelle commence la série statistique de l’Insee. En 2018, 9,3 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté officiel (à 60 % du niveau de vie médian), c’est-à-dire avec moins de 1 063 euros par mois, soit 400 000 personnes de plus qu’en 2017. Davantage de personnes ont également basculé sous le seuil à 50 % du niveau de vie médian qui a augmenté de 0,3 point pour atteindre 8,3 % en 2018, alors qu’il stagnait depuis plusieurs années.

Ce taux de pauvreté augmente notamment pour les retraités, sous l’effet du gel des pensions et de la hausse de la CSG. Il augmente aussi fortement pour les familles monoparentales, passant de 33,6 % à 35,3 %, ce qui est encore plus inquiétant, étant donné que les mères isolées étaient déjà très exposées à la pauvreté. Là encore, on peut y voir un effet de la baisse des allocations logement. Comme le précise l’Insee : « Le niveau de vie des familles monoparentales, très présentes parmi les familles pauvres, a été davantage pénalisé par la réforme des aides au logement : une famille monoparentale sur deux (50,4 %) bénéficie d’une allocation logement, contre 22 % de l’ensemble des ménages. »

Et cette dégradation du niveau de vie des moins bien lotis n’est pas simplement conjoncturelle, comme le souligne Louis Maurin, le directeur de l’Observatoire des inégalités : « On voit une remontée de la pauvreté et des inégalités à la fois à court terme, qui résulte des mesures prises dès le changement de majorité en 2017, mais aussi de plus long terme, avec notamment une progression de la pauvreté qui s’amorce dès 2002. »

Côté ménages aisés, c’est une tout autre histoire. Signe de leur bonne fortune, le seuil d’entrée dans le club des 10 % les plus riches a augmenté de 0,6 %, pour atteindre 39 130 euros, « dépassant légèrement son niveau d’avant la crise économique de 2008 », précise l’Institut statistique. Et plus on grimpe dans la hiérarchie des revenus, mieux on se porte : le niveau de vie plancher des 5 % les plus aisés augmente plus nettement, de 1,2 %.

« La progression des revenus d’activité a été un peu plus importante dans le haut de la distribution, retrace l’Insee. Les ménages les plus aisés ont également davantage bénéficié de l’augmentation des revenus du patrimoine, portée par une forte hausse des dividendes reçus par les ménages, dans un contexte de fiscalité plus incitative avec la mise en place du prélèvement forfaitaire unique. »

Résultat, les indicateurs d’inégalités sont logiquement orientés à la hausse. Ils dépassent même leur niveau de 2008, tout en restant inférieurs au point haut de 2011. C’est ce que montre notamment l’évolution de l’indice de Gini, qui passe de 0,289 en 2017 à 0,298 en 2018. Or, plus cet indicateur (dont la valeur oscille entre 0 et 1) augmente, plus les inégalités sont fortes.

« Sans surprise pour ceux qui ont suivi l’actualité politique, la politique sociale et fiscale d’Emmanuel Macron est régressive : les ménages les plus pauvres perdent une part d’allocations logement tandis que les plus riches bénéficient de la réforme de la fiscalité sur le capital », commente l’économiste Guillaume Allègre. L’effet des choix budgétaires du gouvernement est particulièrement manifeste sur les ménages les plus pauvres : « Alors que le 1er décile avant redistribution augmente entre 2017 et 2018, il diminue après redistribution », ajoute Guillaume Allègre.

Concernant les plus riches, l’effet de la politique fiscale du gouvernement est moins évident dans les statistiques de l’Insee. Et pour cause : « Le remplacement de l’impôt de solidarité sur la fortune par l’impôt sur la fortune immobilière n’est pas pris en compte ici, précise l’Insee. Il aurait principalement un impact sur le niveau de vie des 5 % les plus aisés, sans avoir d’effet significatif sur le dernier décile de niveau de vie. »

On touche ici une des limites des statistiques de l’Insee sur les inégalités, qui se contente de découper la population française en fonction de ses revenus par tranche de 10 % – les fameux déciles. On peut comparer le sort des 10 % les plus pauvres avec les 10 % les plus riches, c’est le rapport interdécile. Mais ce n’est pas assez précis pour comprendre l’évolution des revenus des très riches, où beaucoup de choses se jouent à l’échelle des centiles (1 %) voire en deçà. « Les indicateurs sont trompeurs : ce n’est pas parce que le neuvième décile (les 10 % les plus riches, ndlr) ne bouge pas qu’il ne s’est rien passé, car l’ISF ne concernait qu’environ 1 % des ménages les plus riches », confirme Guillaume Allègre.

L’étude de Félix Paquier et Michaël Sicsic, parue quelques jours plus tôt, donne davantage de précisions. Le remplacement de l’ISF par l’IFI en 2018 a fait perdre 3,44 milliards d’euros de recettes fiscales à l’Etat, au profit de 340 000 ménages gagnants. « L’effet moyen sur les ménages qui sont affectés par la mesure est de + 9 770 euros sur le revenu disponible et + 6 700 euros en 2018 sur le niveau de vie », précisent les auteurs.

A cela s’ajoutent les effets, également bénéfiques pour les plus riches, de la « flat tax ». Les 5 % de personnes les plus aisées ont empoché un gain de niveau de vie de 640 euros par an, si l’on prend en compte le changement de comportement induit par la réforme (c’est-à-dire essentiellement le fait que les riches ont touché davantage de dividendes grâce à cette fiscalité plus incitative).

« Au final, le passage de l’ISF à l’IFI ne représente que 3 milliards d’euros, ce qui est relativement peu dans le revenu des ménages les plus aisés, souligne Guillaume Allègre. Mais si cet argent avait été consacré aux plus pauvres, les inégalités auraient sensiblement baissé, davantage en tout cas qu’elles n’ont augmenté en le consacrant aux plus aisés car, proportionnellement, 3 milliards représentent une part bien plus importante du revenu des ménages pauvres. »

Ces chiffres nous renseignent sur l’impact des premières années de gouvernement d’Emmanuel Macron. Ils ne nous disent rien, en revanche, sur ce qui s’est passé en 2019 ni depuis la crise sanitaire. Or tout porte à croire que la hausse des inégalités a dû s’accélérer depuis.

« Ce sont les effets de la crise du Covid-19 qui seront prédominants pour 2019-2020. D’un point de vue économique, les travailleurs précaires sont touchés en premier : les CDD et les intérimaires. Les jeunes, aussi, qui auraient pu s’attendre à trouver un emploi. Et les premières victimes du confinement ont été les sans-abri », juge Guillaume Allègre. Avant d’ajouter : « Contrairement à 2008, la hausse attendue des inégalités due à la crise économique ne devrait pas être compensée par une hausse de la redistribution. Le plan de relance ne prévoit que très peu de mesures en faveur des ménages les plus précaires. »

Un point de vue que partage Louis Maurin : « La hausse des inégalités que l’Insee mesure pour 2018, ce n’est rien comparé à la situation de 2020. La politique actuelle est totalement aveugle aux difficultés sociales, notamment des jeunes. »

LAURENT JEANNEAU 10/09/2020 Alternatives économiques

La théorie du ruissellement, selon laquelle, la richesse grandissante des premiers de cordée, ruissellera sur l’ensemble de la population, n’est donc qu’un faux prétexte pour permettre aux plus riches de s’enrichir davatange.

Les inégalités progressent, il n’y a aucune conséquence positive de l’enrichissement du 9ème décile sur l’ensemble de la population.

Est-ce étonnant ? Pas vraiment, les plus riches n’investissent pas et ne consomment pas nécessairement en France, donc le pays ne retire aucun profit des faveurs qui leurs sont accordées.

Shukuru