Qui sont les ouvriers d’aujourd’hui ?

Lorsque Martin Thibault, sociologue du travail à l’université de Limoges, a entamé son enquête, Ouvriers malgré tout (Raison d’agir éditions, 2013), auprès des agents de maintenance de la RATP, l’entreprise lui a répondu qu’il n’y avait pas d’ouvrier chez elle. Souvent, les agents eux-mêmes ne se disaient pas ouvriers, jusqu’à ce qu’ils soient rattrapés par la réalité de leur métier – physique, répétitif, très encadré et exercé dans des hangars où il fait trop chaud ou trop froid. Dans les entrepôts de la grande distribution, même constat : ni les préparateurs de commandes ni les caristes ne se disent ouvriers. Et chez Amazon, les salariés sont des « associates »
Mais alors, comment définir les ouvriers d’aujourd’hui si eux-mêmes ne se disent pas ouvriers ? Où est la classe ouvrière qui, au moins en partie, se vivait comme telle, avec ses codes, ses fiertés, ses savoir-faire et ses représentants ? Où sont les bataillons d’ouvriers entrant et sortant en même temps de l’usine ? L’ouvrier est-il une espèce en voie de disparition ? La notion de classe ouvrière a-t-elle encore un sens ?

Un monde ouvrier tertiarisé

Maçons, chauffeurs, soudeurs, jardiniers, métalliers, commis de cuisine, dockers, ostréiculteurs… Selon l’Insee, la France compte 6,3 millions d’ouvriers, classés en trois catégories : qualifiés, non qualifiés et agricoles. Un chiffre en net recul par rapport aux années 1970. Alors qu’ils occupaient 40 % des emplois il y a quarante ans, ils n’en occupent plus que 20,5 % aujourd’hui. Continental, Metaleurop, Goodyear… Ce sont avant tout des postes non qualifiés du secteur industriel qui ont disparu : en moins de quinze ans, l’industrie a perdu près de 1,4 million d’emplois.
Mais si la figure mythique de l’ouvrier en bleu de travail sur une chaîne de production n’est plus centrale, les ouvriers ont investi d’autres secteurs : la moitié d’entre eux travaillent désormais dans le tertiaire, ils sont 15 % dans le bâtiment et, dans certains domaines, comme la logistique, leur nombre augmente.
Au total, un homme français sur trois ayant un emploi est encore un ouvrier. Et s’ils ont vieilli, les ouvriers restent plus jeunes que les « jeunes cadres dynamiques » : un sur quatre a moins de 30 ans, contre un cadre sur huit. « Leur déclin numérique est réel mais relatif, affirme David Gaborieau, sociologue du travail. Les ouvriers représentent encore près du quart (21,5 %) de la population active, c’est important. Ce qui a vraiment décliné, c’est leur visibilité. »

Des ouvriers invisibles

« Avant, il y avait les mines, la sidérurgie, Boulogne-Billancourt, de gros établissements dans de grandes régions industrielles où les ouvriers étaient regroupés, observe Roger Cornu, sociologue et chercheur au Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Depuis, il y a eu une baisse drastique de la main-d’œuvre dans les grandes unités de production : aujourd’hui, plus de la moitié des ouvriers travaillent dans des établissements de moins de cinquante salariés, souvent situés dans des zones rurales. Tout ce qui était spectaculaire s’est démantelé progressivement. Du coup, les ouvriers disparaissent. »
Peu visibles dans l’espace public, les ouvriers le sont aussi dans les médias. A la télévision, seules 3 % des personnes interviewées sont des ouvriers, contre 61 % de cadres, selon le baromètre de la diversité du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA). « Lorsqu’ils apparaissent dans les médias, les ouvriers sont soit accusés d’être responsables de la montée du Front national, ce qui est en partie faux puisqu’ils sont très largement abstentionnistes, soit interrogés alors qu’ils viennent de perdre leur emploi après une délocalisation, regrette Martin Thibault. Ils apparaissent comme un monde vieux, finissant. On s’intéresse rarement à l’intérieur des usines, comme s’il n’y avait plus que des ouvriers sans emploi. »
Un autre facteur a contribué à la perte de visibilité des ouvriers : l’affaiblissement des organisations syndicales et politiques qui parlaient en leur nom – même si elles n’ont jamais représenté tous les ouvriers, et notamment les immigrés et les femmes. Le Parti communiste français (PCF), en particulier, a considérablement perdu de son influence. Il a aussi cessé, dès les années 1980, d’œuvrer à former et promouvoir des élites ouvrières militantes. Dans le champ de la représentation politique, plus personne, ou presque, n’est issu du monde ouvrier. « Dans certains secteurs d’activité, le groupe [ouvrier] n’a plus les moyens de se représenter en tant que tel », résume David Gaborieau.

Ouvriers et employés, une frontière floue

Autre évolution, la frontière entre le monde des ouvriers et celui des employés n’a jamais été aussi floue. Une caissière qui accomplit une tâche d’exécution répétitive, codifiée et fortement encadrée n’est-elle pas, d’une certaine façon, une ouvrière ? Et un employé d’un centre d’appel ? D’une chaîne de restauration rapide ? Les classifications de l’Insee disent-elles tout du travail ouvrier ?
En décembre, la revue Savoir/Agir (éditions du Croquant) titrait : « De la classe ouvrière aux classes populaires ». « La notion de classe populaire, qui rassemble ouvriers et employés, permet de prendre en compte un double mouvement, explique Cédric Lomba, chargé de recherche au CNRS. D’un côté, le travail des employés s’est industrialisé, standardisé. Et à l’inverse, une partie des ouvriers réalise des tâches éloignées du monde manuel. Dans la sidérurgie par exemple, les opérateurs de production interviennent assez peu sur le produit et contrôlent un processus informatique. »
La notion de « classes populaires » traduit aussi une mixité nouvelle. Avec l’arrivée des femmes sur le marché du travail, les familles ouvrières ont été remplacées par des familles « hybrides », avec un père ouvrier – le secteur reste masculin à 80 % – et une mère employée – plus de 75 % des employés sont des femmes. « C’est une évolution importante, insiste Henri Eckert, professeur de sociologie à l’université de Poitiers. Historiquement, ouvriers et employés n’avaient pas les mêmes comportements vis-à-vis de la propriété, de la consommation… Et pendant longtemps, être employé était plus prestigieux. »
Si le monde employé a perdu de son aura, c’est aussi le cas du monde ouvrier. « A l’époque, quand on obtenait un CAP ou que l’on était apprenti, c’était une promotion, indique Roger Cornu. Aujourd’hui, si vous n’avez pas le bac, vous êtes considéré comme un déchet. Devenir ouvrier ne fait plus rêver. »
« Beaucoup d’enfants deviennent ouvriers comme leurs parents – plus d’un ouvrier sur deux est un enfant d’ouvrier, quasiment comme il y a trente ans –, alors qu’ils ont fait des études beaucoup plus longues, ajoute Martin Thibault. Ils ont une autre grille de lecture et sont plus sensibles à la représentation dominante, très dévalorisante. Mais la position ouvrière est souvent la seule à laquelle on peut accéder sans diplôme d’enseignement général. »

Les ouvriers, des précaires

De fait, les ouvriers sont les premiers touchés par la précarisation de la société. Ils sont la catégorie professionnelle la plus frappée par le chômage (14,7 % en 2014) et la plus exposée aux contrats temporaires. Dans les grands groupes, le chômage partiel se multiplie. « Les fermetures d’usine ne sont souvent que l’aboutissement d’une longue série de restructurations partielles, détaille Cédric Lomba. A chaque fois, on diminue le nombre d’intérimaires, on ne reconduit pas un CDD, on licencie une partie des travailleurs stables ou on ne remplace pas des départs à la retraite… Cette condition d’incertitude, cet état de restructuration permanente font partie du quotidien des ouvriers. »
« Des jeunes travaillent six mois dans une usine, puis sont au chômage, puis se retrouvent deux mois dans une société de surveillance, ajoute Henri Eckert. Ils vivotent d’emplois ouvriers en emplois non ouvriers. Ce sont des précaires avant d’être des ouvriers. »
Si une partie des emplois se sont qualifiés, par exemple dans l’automobile, l’automatisation n’a pas toujours permis de rendre le travail plus gratifiant, et les possibilités d’ascension sociale se sont tassées. Avec la réduction des effectifs, les postes d’encadrement sont moins nombreux ou réservés aux plus diplômés. « Dans la logistique pharmaceutique par exemple, quand il y a deux chefs d’atelier pour 150 personnes, les ouvrières essaient au fil des années de trouver un poste un peu moins pénible mais ne changent pas de salaire ni de statut, raconte Cédric Lomba. Ce sont des carrières horizontales. »
Invisibles et souvent précaires, privés d’une représentation forte et valorisante, les ouvriers n’ont pourtant pas disparu. « La notion de classe populaire a un sens, assure Cédric Lomba. La bourgeoisie est la classe la plus mobilisée pour défendre ses intérêts, mais ce n’est pas parce que les autres classes sont moins mobilisées qu’elles n’existent pas. »

Quand les banques font payer les plus pauvres

« L’avalanche de frais prélevés en cas d’incident ne fait qu’aggraver la situation des personnes fragilisées. » L’association 60 Millions de consommateurs a publié une étude, jeudi 26 octobre, dans laquelle elle épingle les pratiques des banques. 

« Les consommateurs en difficulté financière persistante se voient prélever près de 300 euros de frais par an, contre huit à neuf fois moins – 34 euros – pour les clients lambda en moyenne », explique l’association dans le cadre d’une étude effectuée de concert avec l’Union nationale des associations familiales (Unaf).

Pour établir cette comparaison, 60 Millions de consommateurs se fonde, d’un côté, sur un panel de près de 400 lecteurs, et, de l’autre, sur plus de 200 foyers auprès desquels intervient l’Unaf pour des situations de fragilité financière.

En cause, selon les associations, l’explosion des coûts facturés au client – agios, « frais d’incidents » –, dès qu’un découvert est dépassé ou qu’un paiement est rejeté, au risque d’empêcher sa situation financière de se redresser.

« La victime type n’appartient pas forcément aux populations les plus pauvres », assure 60 Millions, estimant que les frais augmentent proportionnellement aux revenus mensuels lorsque ces derniers dépassent 2 000 euros chez les clients en difficulté. Comme cas extrême, l’étude cite l’exemple d’une personne gagnant 2 000 euros par mois, à qui sa banque – BNP Paribas – a prélevé 3 000 euros de frais pour incident de paiement en 2016.

Dans le viseur de 60 Millions de consommateurs figure notamment la « commission d’intervention » facturée par les banques en cas de dépassement du découvert. Alors que la somme, d’un maximum de 8 euros, a pour objectif de rémunérer le travail d’analyse sur le bien-fondé d’une autorisation de paiement, 60 Millions de consommateurs affirme que l’opération est automatisée dans plus de la moitié des cas, citant comme source la branche bancaire de la CGT.

http://www.francetvinfo.fr/economie/votre-argent/les-personnes-les-plus-pauvres-mises-en-difficulte-a-cause-de-frais-bancaires-disproportionnes_2437901.html     27 octobre 2017

 

Concurrence : la délimitation du marché en cause

La délimitation du marché en cause occupe une place centrale en droit de la concurrence. Elle permet de définir les marchés sur lesquels pourront être mesurés les risques qu’une opération de concentration, une transaction de quelque nature qu’elle soit (aides des Etats comprises) ou le comportement d’une ou plusieurs entreprises font peser sur la concurrence. Sont ainsi déterminés les opérateurs dont la puissance économique leur permet de se soustraire des conséquences d’une concurrence effective et font obstacle à son maintien en adoptant des comportements indépendants.

Dans une affaire relative à l’acquisition parThe Coca-Cola Company de la totalité du capital souscrit de l’entrepriseAmalgamated Beverages Great Britain, le marché des produits en cause fut défini comme étant celui de la « vente des boissons gazeuses au cola non alcoolisées  » et non celui des boissons rafraîchissantes. Cette délimitation se révéla essentielle pour permettre aux autorités de concurrence de conclure à l’existence d’une position dominante. Le Conseil de la concurrence français avait procédé à la même délimitation du marché dans sa décision du 29 octobre 1996, dans l’affaire qui avait opposé la société Orangina à la société Coca-Cola Beverages et qui avait vu la condamnation de cette dernière, pour exploitation abusive de sa position dominante, à une amende de 10 millions de francs.

Consécration des moyens traditionnels. La détermination de la position économique d’une entreprise est opérée en fonction des caractéristiques du produit en cause et par référence à une zone géographique dans laquelle ce produit est commercialisé.

A) Le marché des produits comprend tous les produits et/ou services que le consommateur considère comme interchangeables ou substituables en raison de leurs caractéristiques, de leur prix et de l’usage auquel ils sont destinés. Pour ce faire sont analysés les conditions de concurrence, les prix, l’élasticité croisée de la demande, les préférences des consommateurs, les barrières et coûts associés à un transfert de la demande vers des produits similaires.

Il existe tout un faisceau d’éléments permettant d’apprécier jusqu’à quels niveaux la substitution pourrait s’opérer. Il s’agit du degré de similitude physique entre les produits et/ou services en question, des différences dans l’usage final des produits, des écarts de prix entre plusieurs produits, du coût occasionné par le passage d’un produit à un autre s’il s’agit de deux produits potentiellement concurrents. En définitive, la concurrence soumet les entreprises à deux sources de contraintes principales qui servent à délimiter le marché : la substituabilité au niveau de la demande et celle relative à l’offre.

La substituabilité au niveau de la demande consiste à identifier l’éventail des produits considérés comme substituables par les clients des entreprises en cause. Ce moyen prime. Il constitue le facteur de délimitation le plus immédiat et le plus efficace. La substituabilité au niveau de l’offre consiste, quant à elle, à définir les capacités des fournisseurs à réorienter leur production vers certains types de produits et les commercialiser à court terme. L’industrie papetière est révélatrice en la matière. Elle fabrique des qualités très différentes de papier. Concernant la demande, la substituabilité est très faible dans la mesure où, pour les éditions artistiques, seuls les papiers de qualité supérieure peuvent être utilisés, alors que, pour être rentable, le grand tirage demande une qualité de papier inférieure. Or, les coûts d’adaptation pour passer d’une fabrication de telle qualité de papier à telle autre sont très faibles. Les entreprises papetières peuvent donc se faire concurrence pour les diverses qualités de papier qui font partie du même marché alors même qu’elles sont destinées à des usages différents.

B) Le marché géographique en cause correspond au territoire qui présente des conditions de concurrence suffisamment homogènes pour être considéré globalement, afin que soit appréciée la position économique des entreprises en présence. Doit ainsi être déterminée la possibilité qu’auraient les clients, en cas de variation de prix, de transférer leurs commandes vers des entreprises implantées ailleurs à court terme et à un coût raisonnable. Il s’agit en fait de l’interpénétration des marchés au niveau mondial, européen, national, voire régional du fait de l’existence de barrières à leur entrée ou des préférences marquées des consommateurs. Les coûts de transport sont également importants : que l’on pense à des produits tels le carton ou le ciment. Ils peuvent toutefois être compensés par un coût de main-d’oeuvre ou de matières premières moindre ou un accès facilité aux réseaux de distribution. La répartition des lieux de production peut également être telle qu’il existe d’importants chevauchements entre les périmètres autour de ces usines. Un effet de substitutions en chaîne peut alors influer sur les prix pratiqués pour les produits concernés, étendant d’autant plus le marché géographique pertinent.

Formalisation d’un moyen de délimitation. Une méthode d’analyse mise en place par les autorités américaines a connu, à un niveau mondial, un succès immédiat du fait de son approche objective. Cette méthode se fonde sur l’influence, à court terme, de la structure des prix de certains produits sur la stratégie d’une entreprise. Afin de procéder à cette détermination, la Commission indique procéder à un test de « situation en prix relatifs » (« SSNIP Test »), fondé sur la substituabilité de la demande en cas de variation durable de 5 % à 10 % des prix relatifs. Si, sur cette base, il est constaté que le report sur d’autres produits (et/ou vers des fournisseurs situés sur d’autres territoires) suffit, en raison du recul des ventes, à contrebalancer les intérêts de l’augmentation des prix, les produits de substitution (et/ou territoires supplémentaires) sont à inclure dans le marché en cause. Ce processus doit être opéré « jusqu’à ce que l’ensemble de produits et la zone géographique retenus soient tels qu’il devienne rentable de procéder à des hausses légères mais permanentes des prix relatifs « .

L’existence d’un marché des colas distinct des autres arômes de boissons gazéifiées peut être déterminée au vu de la situation concurrentielle, si les colas subissaient une hausse des prix permanente de 5 % à 10 %. Si le nombre des consommateurs de cola reportant leur demande vers les boissons gazeuses aux extraits d’orange ou de citron est trop faible pour que l’augmentation du prix des colas ne soit pas rentable, le marché des colas constitue bien un marché distinct.

Ce test axé sur les prix est justifié par des considérations relatives à l’effectivité ainsi qu’à l’opérabilité de l’analyse fondée sur la substitution du côté de la demande. Une analyse équivalente s’applique aux opérations relatives à la concentration de la puissance d’achat, le test permettant alors de déterminer, au niveau de l’offre, les circuits de distribution ou points de vente alternatifs permettant d’écouler les produits.

Il serait toutefois imprudent de limiter à ce test l’intérêt de la communication. En effet, de par ses limites, ce test est loin d’être une panacée. Les prix relatifs peuvent varier en fonction des conditions de fonctionnement déduites de la structure du marché concerné ou des marchés qui y sont connexes. Le prix qui prévaut sur un marché de référence où le degré de concentration est très fort peut déjà avoir subi une augmentation substantielle par l’entreprise qui y est en position dominante et qui en a tiré le maximum de profits. Les premiers moyens développés affirment ainsi leur assise et conservent tout leur sens.

MÉLANIE THILL-TAYARA ET CYRILLE COUADOU, Avocats, Salans Hertzfeld & Heilbronn. (1) « Joce », C 372/5 du 9 décembre 1997.
https://www.lesechos.fr/10/02/1998/LesEchos/17582-119-ECH_concurrence—la-delimitation-du-marche-en-cause.htm

 

Pourquoi est-ce si difficile de traquer l’obsolescence programmée ?

C’est une première en France. L’association Halte à l’obsolescence programmée (HOP) a déposé lundi une plainte conter les fabricants d’imprimante HP, Canon, Brother et Epson, qu’elle accuse de limiter volontairement la durée de vie de ses produits. Il aura donc fallu deux ans, depuis que la loi de transition énergétique de 2015 a défini l’obsolescence programmée comme un délit, pour voir la première action en justice. Un délai qui s’explique par la difficulté à définir, repérer et prouver qu’une entreprise a sciemment réduit la durée de vie de ses produits.

Depuis la loi de transition énergétique de 2015, l’obsolescence programmée dispose d’une définition juridique. En l’occurrence, il s’agit de « l’ensemble des techniques par lesquelles un metteur sur le marché vise, notamment par la conception du produit, à raccourcir délibérément la durée de vie ou d’utilisation potentielle de ce produit afin d’en augmenter le taux de remplacement ». Une définition juridiquement associée à un délit. Admise par tout le monde, elle n’en reste pas moins vaste et ouverte à l’interprétation.

Adrien Tchang-Minh, chargé de mission environnement au sein de l’association de consommateurs CLCV, distingue trois types d’obsolescence programmée : marketing, « typiquement les smartphones, chaque modèle rendant automatiquement le précédent obsolète, pas techniquement, mais aux yeux des consommateurs » ; logicielle, « qui touche les produits électroniques principalement, mais pas que, par le biais de mises à jour qui finissent par ne plus être supportées par le produit » ; et matérielle, « ce sont les produits fabriqués avec des pièces trop fragiles qui ne résistent pas à l’épreuve du temps ». Aujourd’hui, seule la troisième catégorie est prise en compte par la loi.

L’obsolescence peut prendre plusieurs formes. Par exemple, un logiciel intégré dans une imprimante qui arrête artificiellement le produit au bout de X milliers de copies, alors que l’imprimante marche encore. Cela peut aussi être des pièces fragiles utilisées pour un frigo et qui vont le faire casser trop vite. Autre exemple symbolique : les collants. Autrefois, ils étaient très résistants. Mais, pour diverses raisons justifiées par les fabricants, ils ont retiré une molécule qui protégeait le nylon des UV.  Résultat, les collants s’usent beaucoup plus vite au soleil et filent au bout de quelques utilisations.

« C’est très compliqué de repérer un cas d’obsolescence programmée et de prouver que c’est volontaire de la part du fabricant« , avance Adrien Tchang-Minh. En effet, qui dit arrêt suspect ou prématuré d’un produit, ne dit pas forcément volonté du fabricant. Il peut s’agir d’un simple dysfonctionnement isolé. Pour parler d’obsolescence, il faut repérer un élément commun à tous les produits, notamment en termes de durée de fonctionnement. « Le problème, c’est que souvent, les écarts d’obsolescence observés sont trop importants. Un même produit peut casser au bout de trois mois comme au bout de six ans », explique le spécialiste de CLCV.

Tout l’enjeu est donc d’arriver à prouver la volonté du fabricant de restreindre la durée de vie d’un produit. « Les logiciels sont la technique la plus facilement identifiable lors des tests. Il suffit de réinitialiser le produit avec un autre logiciel pour voir si, oui ou non, il y a de l’obsolescence programmée », décrit Adrien Tchang-Minh. C’est comme ça qu’a commencé l’enquête qui a abouti à la plainte contre les fabricants d’imprimante.

Repérer l’obsolescence programmée est d’autant plus complexe que cela va souvent plus loin que le produit lui-même. « L’un des enjeux, c’est l’accessibilité à la réparation du matériel, au-delà de la garantie. Il faut pouvoir être sûr que les pièces détachées seront disponibles après la date indiquée sur le produit », précise Adrien Tchang-Minh. La loi Hamon de 2014 oblige les fabricants à indiquer la durée de disponibilité des pièces de rechange. Mais, dans les faits, ce n’est pas toujours respecté. Une enquête de 60 millions de consommateurs a pointé du doigt le fait qu’une telle information était introuvable dans 60% des magasins, en 2016.

Si l’obsolescence programmée existe, c’est aussi en partie de la faute… des consommateurs. « Il y a un problème de mentalité, nous avons pris de mauvaises habitudes de consommation », regrette Adrien Tchang-Minh. « Quand un produit tombe en panne, on ne se demande plus pourquoi. Parfois nos grands-parents nous parlent de leur frigo qui, à l’époque, durait 25 ans. Mais ce n’était pas parce qu’il était plus robuste qu’aujourd’hui, c’est simplement parce qu’ils le réparaient. Maintenant, quand un produit s’arrête, le premier réflexe, c’est de le remplacer ».

Autrement dit, on ne sait plus – ou on ne veut plus – entretenir nos produits nous-mêmes. Vider le filtre d’un lave-vaisselle, détartrer un lave-linge, changer la RAM d’un ordinateur : autant de gestes en voie de disparition. Selon une étude de l’Ademe, moins d’un Français sur cinq (18%) a le réflexe de réparer un appareil électroménager ou high-tech plutôt que de le jeter.

Par ailleurs, nous n’avons pas l’habitude de signaler la panne, même quand elle paraît étrange. « Il faut prendre l’habitude de faire remonter l’information aux fabricants et aux associations. C’est en recevant des centaines de signalement sur un même produit que nous, associations, pouvons lancer des tests et des actions. Il faut des démarches personnelles », appelle Adrien Tchang-Minh. « Le consommateur peut agir à son niveau en faisant remonter l’information. S’il ne fait rien, cela ouvre une faille dans laquelle s’engouffrent les entreprises. »

Le Parlement européen a récemment demandé à la Commission de réfléchir à une législation commune sur l’obsolescence programmée. « C’est une très bonne chose que l’UE se penche dessus. Mais le problème est le même : comment prouver que c’est une volonté de l’entreprise ? Comment on le démontre ? », s’interroge Adrien Tchang-Minh. L’UE réfléchit à deux obligations : la robustesse accrue des produits et la « réparabilité obligatoire ». Exemple : aujourd’hui, les fabricants choisissent d’utiliser des clips à la place des vis dans les meubles. Or, les clips, ça casse et le meuble est bon à jeter. Alors qu’une vis ça se remplace », précise le spécialiste de CLCV. Dans une autre logique, le Parlement envisage d’insérer des capteurs qui préviennent de l’usure, par exemple un signal dès qu’il faut détartrer sa machine à laver.

 

19 septembre 2017, DAMIEN MEYER / AFP

http://www.europe1.fr/economie/pourquoi-est-ce-si-difficile-de-traquer-lobsolescence-programmee-3440606

Evolution de la productivité du travail

17/5/2017 – Selon un nouveau rapport publié aujourd’hui par l’OCDE, le ralentissement de la croissance de la productivité – déjà amorcé avant la crise et  conjugué à la faiblesse des investissements — a continué ces dernières années de saper l’augmentation de la production économique et des niveaux de vie matériels dans de nombreux pays du monde.

Dans la toute dernière édition de son Compendium des indicateurs de productivité (Compendium of Productivity Indicators), l’OCDE met aussi en lumière un découplage entre la croissance de la productivité et celle des salaires moyens réels dans de nombreux pays, d’où un déclin continu de la part du travail dans le revenu national.

© OCDE

Le Compendium montre en retour que la contribution de l’utilisation de la main d’œuvre (heures travaillées par habitant) à la croissance du PIB a progressé notablement dans un certain nombre de pays, en particulier aux États-Unis  et au Royaume-Uni. Cependant, cette hausse de l’utilisation de la main d’œuvre traduit deux effets contraires : des taux d’emploi plus élevés mais des temps de travail moyens plus faibles, ce qui révèle un recours accru au travail à temps partiel, souvent dans le cadre d’emplois à faible productivité.

L’augmentation des taux d’emploi est une bonne nouvelle. Mais le fait que ce soit elle et non une hausse de la productivité du travail qui, depuis quelques années, soutient principalement la croissance du PIB par habitant est préoccupant pour les perspectives économiques à long terme. Selon l’OCDE, la productivité demande de « travailler plus intelligemment » – ce que mesure la productivité multifactorielle – et non de « travailler plus dur ». Elle reflète la capacité d’une entreprise à mieux combiner ses facteurs de production pour produire davantage, grâce à de nouvelles idées, et à des innovations technologiques, de  procédé et d’organisation, comme les nouveaux modèles économiques.

Or, la croissance de la productivité multifactorielle (PMF), un déterminant important de celle de la productivité du travail (mesurée en PIB par heure travaillée) avant la crise, continue de perdre de la vitesse dans de nombreux pays. S’agissant de ceux du G7, elle a été négligeable aux États-Unis et au Royaume-Uni  après la crise, et plus faible encore  en France, ainsi qu’en Italie, où elle est négative depuis deux décennies. La croissance de la PMF a en revanche repris en Allemagne,  au Canada  et au Japon.

Le fléchissement général de la croissance de la productivité du travail résulte aussi de la faiblesse des investissements dans les machines et les équipements, en ralentissement dans tous les pays du G7 depuis la fin de la crise. Les dépenses engagées par les entreprises dans les produits de la propriété intellectuelle – en particulier la recherche et le développement –, bien que plus résilientes, ont elles aussi ralenti par rapport à leurs niveaux d’avant la crise.

Ces dernières années, la fragilisation de la croissance de la productivité du travail a globalement touché tous les secteurs. Les baisses ont toutefois été les plus marquées dans le secteur manufacturier, les services de l’information et des communications, la finance et les assurances.

Dans les pays de l’OCDE, la productivité du travail du secteur manufacturier a surtout ralenti ces dernières années en Corée, en Finlande et en République tchèque. Dans les services du secteur des entreprises, cette tendance est la plus notable en Estonie, en Grèce, en Lettonie et, dans une moindre mesure, au Royaume-Uni.

S’agissant des pays du G7, la productivité du travail a été la plus élevée aux États-Unis, où le PIB par heure travaillée s’établissait en 2015 à 68.3 USD (à parités de pouvoir d’achat courantes) en 2015, juste devant la France, à 67.5 USD, et l’Allemagne, à 66.6 USD. C’est le Japon qui enregistre le plus faible niveau du G7, à 45.5 USD, soit moins que la moyenne de l’OCDE, de 51.1 USD.

Dans le secteur des services, la croissance de la productivité depuis la crise est généralement plus vigoureuse dans les petites entreprises que dans les grandes, même si ces dernières affichent un meilleur rythme de croissance de l’emploi. Dans le secteur manufacturier, la croissance de la productivité est de même ordre dans les grandes et les petites entreprises.

 

PIB et RNB

Le PIB est un parfait exemple des confusions que peut engendrer l’interprétation des tableaux de classement. Il constitue, certes, une mesure relativement directe de la production et donne une idée du niveau de prospérité atteint par un pays, à un moment donné de son histoire et comparativement à ses concurrents. Mais il doit être manié avec précaution.
Prenons le PIB par habitant au Luxembourg. Depuis plusieurs années, c’est de très loin le plus élevé de l’OCDE, même par rapport aux États-Unis. Selon les statisticiens, cet écart est en partie dû aux 90 000 travailleurs frontaliers qui viennent chaque jour d’Allemagne, de France, de Belgique et des Pays-Bas, travailler au Luxembourg, souvent dans le secteur lucratif des services financiers. Or, dans les chiffres, ils ne font pas partie de la population luxembourgeoise. Si c’était le cas, le PIB par habitant serait moindre, tout en restant parmi les plus élevés de l’OCDE.
Pour comparer les revenus entre pays, il faut tenir compte des écarts de pouvoir d’achat. Tout voyageur sait que la valeur de 100 dollars US diffère selon le pays où l’on se trouve. Ainsi, si l’on mesure le PIB par habitant au Japon en se basant sur la valeur de marché actuelle du dollar, aux taux de changes normaux, il figure parmi les dix pays les plus riches de l’OCDE. Mais si l’on tient compte des parités de pouvoir d’achat, il passe au 16e rang.
Quant à l’Irlande, elle n’a cessé de progresser dans le classement basé sur le PIB par habitant depuis 1999, et elle fait désormais partie des cinq pays de l’OCDE les mieux classés. Plusieurs facteurs expliquent cette évolution remarquable, notamment un afflux d’investissements étrangers dans des activités à forte valeur ajoutée. Mais, comme une partie des profits et des recettes générés par ces entrées d’investissements (et de main-d’oeuvre étrangère) revient vers les pays d’origine, l’on peut se demander si le PIB par habitant reflète correctement la richesse réelle de l’Irlande.
Le Revenu national brut (RNB) prend en compte ces flux entrants et sortants. Dans de nombreux pays, ils tendent à s’équilibrer, de sorte que le PIB et le RNB ne diffèrent guère. Mais en Irlande, les sorties de bénéfices et de revenus, effectuées essentiellement par les grandes entreprises multinationales qui y sont implantées, excèdent de très loin les rapatriements de revenus. Ainsi, dans un classement établi en fonction du RNB, l’Irlande se retrouverait au 17e rang. En d’autres termes, alors que les revenus par habitant sont élevés en Irlande, le RNB indique qu’il en subsiste moins dans le pays que ne le laisserait penser le PIB. À titre de comparaison, s’agissant du RNB, le Japon est en 13e position, du fait des importants flux financiers nets provenant des entreprises et des travailleurs implantés à l’étranger.L’Irlande n’en demeure pas moins l’une des économies les plus dynamiques de l’OCDE, dont le revenu réel net augmente depuis le milieu des années 90.
http://observateurocde.org/news/archivestory.php/aid/1466/PIB_et_RNB.html

TD 28

TD  28 Banlieue et intégration

 

 

Document 1 :

Au niveau des quartiers prévaudrait une solidarité mécanique, c’est-à-dire reposant sur la similitude sociale des habitants, leur proximité physique et la pression d’un conformisme local : « On habitait un quartier populaire parce qu’on était ouvrier. On y vivait entre ouvriers, avec des manières d’être similaires qui contribuaient à donner à chacun le sentiment d’une identité collective, d’une force propre dans la société, dans la ville ». Au niveau inter-quartiers, c’est de solidarité organique dont il sera question.

Jean-Samuel Bordreuil, « La Ville desserrée », Coll. L’état des savoirs, La Découverte, 2000

 

  1. Pourquoi la solidarité mécanique prévaut-elle sur la solidarité organique dans les quartiers ?
  2. Comment les quartiers étaient-ils perçus dans les années 50 – 60 ?

 

Document 2 :

Depuis 2005 (dernières grandes émeutes en banlieue), la rénovation urbaine s’est poursuivie, elle avait été lancée avant les émeutes. Elle semble aujourd’hui en panne faute de crédits suffisants. En revanche, sur le plan social on observe une augmentation de la pauvreté, très élevée et concentrée dans certains endroits. Et une augmentation du chômage, notamment chez les jeunes (+ de 40% pour les jeunes hommes en moyenne, ce qui veut dire que ce taux peut atteindre 60% dans certains endroits).

Il ne semble pas non plus que les discriminations se soient réduites. Donc dans l’ensemble, il me semble que la situation s’est plutôt dégradée et les difficultés des habitants ont plutôt augmenté.

… La discrimination est en général multiforme. Les habitants  la subissent la plupart du temps pour un ensemble de raisons qui se cumulent : l’adresse, le lieu d’habitation, le quartier qui a souvent une réputation… Mais aussi la couleur de peau, le nom, parfois l’attitude, le «look». C’est l’ensemble de ces dimensions qui «explique» à la fois la discrimination subie, notamment dans la recherche d’emploi, mais aussi la ségrégation urbaine.

… L’économie souterraine va du travail au noir à de multiples services que se rendent les habitants dans un certain nombre d’endroits très paupérisés. Cette économie souterraine est indispensable à la survie de la plupart des familles. Par ailleurs, sur cette économie souterraine se greffe souvent du trafic de stupéfiants, plus problématique pour les habitants en ce qu’il génère à la fois de l’insécurité, de la pression, et de l’enfermement.

… Je crois qu’une des principales difficultés est sur le plan politique. Les habitants des «quartiers en difficulté» votent très peu, participent très peu, et n’ont que très peu de relais politiques, ce qui se traduit par une inégalité énorme entre les communes. Mais aussi par une indifférence du système politique vis-à-vis de ce monde qui compte finalement peu sur ce plan là.

… La mixité sociale a disparu depuis maintenant bien longtemps. La société française s’est fortement fragmentée. Et les villes, notamment de province, ressemblent plus à des archipels qu’à des ensembles urbains intégrés.

Les processus de ghettoïsation se construisent de cette manière par le haut. Ce sont d’abord les riches qui se regroupent entre eux. Et ceux qui restent dans les «quartiers difficiles» sont ceux qui n’ont pas les ressources pour aller ailleurs.

Ceci engendre une augmentation des inégalités urbaines. Par exemple en région parisienne, les habitants des villes pauvres sont paradoxalement plus imposés et ont moins de ressources collectives que les habitants des villes riches qui bénéficient des taxes professionnelles et de la présence des entreprises.

Du coup, le pouvoir des maires des villes pauvres est singulièrement limité: ils sont étranglés financièrement alors que les besoins de leur population sont beaucoup plus élevés. On ne sortira pas de cette situation sans une application stricte de la loi des 20% de logements sociaux et sans une vraie péréquation fiscale et financière entre les communes.

En l’absence de communautés, le problème est celui du repli et du fait que le vide est souvent rempli par des références, des discours déjà tout prêts et souvent déviants. Dans bien des endroits, la seule offre politique est de type religieux ou antisémite, parfois raciste. Mais en tout cas, toujours très loin des logiques républicaines.

 

Libération 25 OCTOBRE 2010, Didier Lapeyronnie, sociologue et auteur  de «Ghetto urbain, ségrégation, violence, pauvreté en France aujourd’hui» (Robert Laffont)

 

  1. Qu’est ce que la rénovation urbaine ? Quel rôle joue-t-elle ?
  2. Quels sont les problèmes évoqués dans le premier paragraphe ?
  3. Comment nuisent-ils à l’intégration ?
  4. Pourquoi l’économie souterraine se développe-t-elle ?
  5. Quel cercle vicieux se développe dans les villes pauvres ?
  6. Pourquoi parle-t-on de ghettoïsation ?

 

 

Document 3 :

Voici des « jeunes de banlieue » qui ne brûlent pas de voitures et dont on ne parle jamais. Des ambitions plein la tête, aux antipodes des caricatures à cagoule qui ont occupé l’espace médiatique ces dernières semaines, ils veulent devenir magistrats, chefs d’entreprise, enseignants, traders, experts comptables, commissaires de police. Cette jeunesse nombreuse des quartiers populaires a eu son baccalauréat et peuple aujourd’hui les amphithéâtres de l’université Paris-13, à Villetaneuse, au cœur de la Seine-Saint-Denis.

Ces jeunes témoignent de la pression parentale sur les résultats scolaires. On leur a inculqué, dès le plus jeune âge, un profond respect de l’école. Et l’obligation d’obtenir des diplômes pour avoir une chance de s’insérer. Le salut a aussi pu venir des enseignants rencontrés dans les collèges ou les lycées. Conséquence logique de ce profond désir de réussite, ils rejettent toute idée de discrimination positive. Même si leur parcours doit être difficile, même si tous craignent des discriminations au moment de l’entrée sur le marché du travail, ils revendiquent une insertion pleine et entière, mais liée à leurs seules capacités. Car, fondamentalement, ils estiment ne pas avoir à s’intégrer dans la société. Mokrane Hamadouche : « Mes parents venaient de l’étranger et ont eu à s’intégrer. Mais moi, je suis autant français que Sarkozy. Je suis né ici, je parle français, je consomme français. Qu’est-ce que je dois faire de plus ? » Le jeune homme, qui se voit travailler dans l’assurance ou devenir professeur en ZEP, met en avant la réussite familiale : une grande sœur qui effectue un mastère à  l’université de Barcelone, une autre devenue agent d’escale, un frère qui prépare le bac S et deux autres, au collège, « qui ont régulièrement des félicitations ».

Dans un environnement difficile, le spirituel apporte un cadre. Notamment aux garçons, moins tenus par les parents.

Mokrane Hamadouche parle de l’ « hygiène de vie » qui découle de la pratique religieuse. Mustapha Boutoula insiste sur sa fonction sociale dans des quartiers de la « banlieue rouge » qui ont longtemps été structurés par le Parti communiste : « Elle remplace un peu les institutions qui sont défaillantes. »

 

Luc Bronner, Le Monde du 25 décembre 2005

 

  1. Quel rôle joue l’école pour ces jeunes de banlieue ?
  2. Qu’est ce que la discrimination positive ? Pourquoi la refusent-ils ?
  3. Expliquez la phrase soulignée
  4. Que signifie « le spirituel apporte un cadre » ?

 

TD 27

TD 27 solidarité

 

Document 1

La protection sociale et l’Etat social se sont substitués au XXe siècle au recours à l’assistance, qui caractérisait auparavant les actions menées contre le paupérisme. Mais le regain de nouvelles formes de pauvreté, liées au chômage et à la précarisation de l’emploi, a contraint à revenir en quelque sorte en arrière, en inventant de nouvelles formes d’assistance. Même si celles-ci incluaient une intention d’insertion – le  » I  » de RMI -, ce retour s’est malheureusement révélé porteur de stigmatisation. Le  » droit des pauvres  » est donc devenu  » un droit pauvre « , écrit l’auteur, car les prestations servies au titre de l’aide sociale ont été perçues comme des prestations  » peu légitimes « , comme c’est le cas lorsque ceux qui reçoivent ne sont pas ceux qui payent.

Face à cette réticence, la collectivité a développé l’idée de contreparties, ou de conditionnalité, aux effets pervers redoutables. D’abord, parce que la pauvreté laborieuse est en quelque sorte institutionnalisée. Ensuite, parce que les couches populaires non bénéficiaires de l’aide sociale développent un ressentiment contre les bénéficiaires.

                Le nouvel âge de la solidarité. Pauvreté, précarité et politiques publiques, par Nicolas Duvoux
Le Seuil-La République des idées, 2012, Résumé dans Alternatives Economiques N°12 Mai 2012.

 

  1. Comment la société française a-t-elle évolué par rapport à l’exclusion ?
  2. Pourquoi cette évolution ?
  3. Qu’est ce que la stigmatisation des exclus ?
  4. A quoi servent les contreparties et quels sont leurs effets sur les individus ?
  5. Cette évolution de la société française permet-elle plus de solidarité ?
  6. Illustrez par un exemple cette évolution de la société vis-à-vis de l’exclusion

 

 

Document 2

En 2011, la part des dépenses de protection sociale représentait 33,6% du PIB, soit 672,5 milliards d’euros. C’est le principal poste de dépenses publiques en France.

Depuis la fin des années 1950, les dépenses de protection sociale ont fortement progressé, passant de 14,3% du PIB en 1959 à 24,5% en 1981, puis à 29,6% en 2006 et à plus de 30% depuis 2010.

Cette progression d’environ 19 points de PIB n’est cependant pas linéaire. Si l’on examine l’évolution de ces dépenses, on constate qu’elles ont fortement augmenté durant les années 1960 et 1970, ce rythme se ralentissant durant les deux décennies suivantes, pour se stabiliser à un niveau élevé depuis 2000.

De plus, l’évolution des dépenses de protection sociale n’est pas identique selon les postes de dépenses.

  • Deux postes particulièrement importants sont en forte progression.

Le poste vieillesse-survie, qui comprend principalement le versement des pensions de retraite (de base et complémentaires), est passé de 5,1% du PIB en 1959 à 14,4% en 2010. Ce poste est particulièrement dynamique en raison des départs des classes d’âge nombreuses des baby-boomer et de l’allongement de la durée de vie des retraités.

Le poste santé a également fortement progressé entre 1959 et 2010, passant de 3,1% à 8,7%. Le remboursement des soins de santé est aujourd’hui la principale source de dépenses avec 155 milliards d’euros en 2009, suivi de la prise en charge de revenus de remplacement (indemnités journalières principalement) pour 10,8 milliards.

  • Les autres postes de dépenses connaissent des évolutions différentes.

Certains connaissent une stabilisation, comme le poste maternité-famille qui, après avoir diminué entre 1960 et 1980 – en raison de la réduction de la taille des familles – se maintient à une moyenne de 2,5% du PIB depuis les années 1990. À noter : une part de plus en plus importante est consacrée aux prestations de mode de garde des jeunes enfants en raison de la démographie dynamique que connaît la France (780 000 naissances en 2013).

D’autres postes connaissent une augmentation corrélée aux aléas économiques, comme l’assurance chômage ou le poste pauvreté-exclusion, qui sont des prestations contra cycliques.

                http://www.vie-publique.fr/decouverte-institutions/finances-publiques/protection-sociale/grands-domaines/comment-ont-evolue-prestations-depuis-20-ans.html

  1. Comment les dépenses de protection sociale ont-elles évolué en France depuis la fin des années 50 ?
  2. Expliquez cette évolution et ses causes pour chaque poste en donnant des exemples

 

 

Document 3 : Structure des dépenses de protection sociale en France en 2007 (en %)

 

  1. Bourgeois, M. Duee, « Les prestations sociales en 2007 »,Études et résultats, n° 665, octobre 2008.

 

  1. Commentez le document

 

 

 

 

TD 26

TD 26 Marché européen du carbone

 

Document 1 :

A l’égard du prix du carbone, les avis ont bien changé. En tout cas ceux des industriels européens. En 1992, les lobbies industriels avaient tout fait pour torpiller le projet de la Commission européenne de taxer les émissions industrielles de CO2. Le projet fut remplacé en 1995 par un marché de quotas d’émissions (EU emissions trading system, EU ETS). Il suscita parfois un grand enthousiasme, mais s’est complètement effondré depuis, du fait de quotas trop nombreux par rapport au potentiel. La tonne de CO2 cote aujourd’hui moins de sept euros sur le marché européen.

Mais désormais, le prix du CO2 n’est plus l’ennemi ; la transition énergétique s’est imposée, le cours des énergies fossiles est en grande déprime, les énergies renouvelables défient et défont le modèle standard de l’énergie européenne. Une étude réalisée par le cabinet EY en amont de la Cop21 montrait déjà l’évolution des entreprises, dont certaines ont même instauré un prix du carbone interne pour préparer ce qui leur semble désormais inéluctable.

Cette semaine, c’est au tour de Jean-Bernard Lévy, président d’EDF, de réaffirmer sa position, à l’occasion de sa participation à l’EU Energy Summit à Bruxelles et au moment où la Commission européenne prépare sa future directive sur les énergies renouvelables, prévue pour 2017. Comme le signale le groupe EDF dans un communiqué, son président souhaite voir « instaurer sans délai un prix plancher significatif du CO2 au sein de l’UE, de façon à encourager les investissements dans des moyens de production à base de combustible non fossiles. Selon les estimations actuelles, un prix plancher du carbone à un niveau minimum de 30/40€ aurait un tel effet incitatif ».

Pour EDF, une tarification du carbone partagée par tous les pays européens aurait le mérite, entre autres, de favoriser les producteurs d’électricité décarbonée, qu’elle soit nucléaire ou d’origine renouvelable. Elle contribuerait aussi, peut-être, à relever les cours de l’électricité, aujourd’hui historiquement bas.

 

http://www.greenunivers.com/2016/02/edf-reclame-a-bruxelles-un-prix-plancher-pour-le-carbone-141442/   25 février 2016 Jean-Philippe Pié

 

  1. Rappelez ce qu’est le marché du carbone et comment il doit fonctionner
  2. Pourquoi les résultats sont-ils décevants ?
  3. Quelle solution est proposée par EDF ?
  4. Ce marché est-il efficace pour une croissance soutenable ?

 

 

Document 2 :

La consommation d’énergie contribue largement aux émissions de carbone à travers le monde, au moins à hauteur de 70%. L’OCDE l’a évalué pour 41 pays, à l’origine de 80% des émissions de carbone. Le résultat est édifiant : 60% des émissions ne sont soumises à aucun prix ! L’OCDE évoque des taux effectifs sur la carbone, TEC, ce qui correspond au prix du carbone, somme des taxes sur l’utilisation de l’énergie, d’une éventuelle taxe carbone, et du prix des droits à polluer -s’ils existent.

Que ce soit à travers des taxes ou tout autre mécanisme 30% des émissions sont soumises à un prix compris entre zéro et 30 euros par tonne de carbone. Ces 30 euros correspondent à l’estimation minimale du dommage climatique provoqué par l’émission dans l’atmosphère d’une tonne de CO2. Seules 10% des émissions font donc l’objet d’une tarification égale ou supérieure à ce minimum de 30 euros.

Le constat est plus nuancé s’agissant des transports, dans la mesure où des taxes sur l’essence existent de longue date, dans la plupart des pays, mises en place non pas pour éviter la pollution mais tout simplement pour assurer des recettes aux Etats. Ainsi, 46% du C02 émis par l’activité transport font l’objet d’une tarification supérieure à 30 euros (la tonne) et 48% d’un prix compris entre 5 et 30 euros.
En revanche, hors transports, c’est-à-dire s’agissant du chauffage ou de l’industrie, 70% des émissions n’ont aucun prix. Et seules 4% sont taxées au-delà du minimum de 30 euros.

Autant dire que, comme le souligne le rapport de l’OCDE sous forme d’euphémisme, « il n’y a pas de doute que les politiques de tarification du carbone ne sont pas pleinement mises en œuvre, restent en deçà de leur potentiel ». Et pourtant des marchés du carbone, existent, mais ils ne fonctionnent pas assez efficacement. « Les politiques actuelles de ne reflètent donc pas le coût pour le climat des émissions de CO2 » ajoute l’OCDE. C’est le moins que l’on puisse dire.

L’organisation souligne qu’aujourd’hui, ce sont principalement les taxes qui contribuent à donner un prix au C02, et non les marchés de droits à polluer. Ils ne contribuent que marginalement au prix du carbone, car ils sont encore limités géographiquement -la Chine prévoit d’en instaurer une le premier janvier 2017, ce qui pourrait changer la donne- et les prix des droits sont trop faibles. Mais l’OCDE ne tranche pas le débat sur le meilleur outil pour donner un prix au carbone,  entre l’utilisation des marchés « qui pourraient jouer un rôle important à l’avenir » et des taxes carbone.

Latribune.fr   07/12/20145

 

  1. Quel constat est effectué par ce journal ?
  2. Quels problèmes cela pose-t-il ?
  3. Ce texte est-il en contradiction avec le précédent ?

 

 

Exercice p 160  manuel Belin

 

 

Document 4 : Extrait de Nos Mythologies économiques, Eloi Laurent

On ne saurait trop souligner l’importance dans le processus de transition énergétique, et plus largement écologique, des politiques publiques, et notamment de l’incitation fiscale : utilisée à bon escient, celle-ci permet de réduire le coût économique de ces lourdes transformations structurelles de nos systèmes de production. Une question essentielle est donc l’instauration via le système fiscal de « vrais prix » qui sont autant de puissants vecteurs pour modifier les comportements économiques.

Les pays nordiques font en la matière figure de référence, car ils ont su instaurer une fiscalité écologique bien avant les autres et l’ont portée au fil des années, notamment au Danemark et en Suède, à des niveaux plus élevés que n’importe où ailleurs dans le monde.

Grâce au basculement vers l’énergie de la fiscalité pesant sur le revenu et le travail, la transition écologique a été, dans les pays nordiques, économiquement et socialement efficace.

L’exemple de la Suède parle de lui-même : de 1996 à 2006, alors que le poids de la fiscalité a diminué de 8 points sur le travail et augmenté de 12 points sur l’énergie, l’intensité énergétique de l’économie a baissé de 30 points, les émissions de gaz à effet de serre se sont réduites de 15 % et le taux de chômage a reculé de 9 % à 6 %. La transition écologique peut et, à vrai dire, doit aussi être une transition sociale.

 

  1. Quelle est la thèse défendue par l’auteur ?
  2. Pourquoi la fiscalité serait-elle La solution ?
  3. Quelles différences existe-t-il entre les pays du nord de l’Europe et la France ?