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La hausse des salaires fait débat

Les économistes sont partagés sur l’augmentation des salaires. Pour les uns, elle détruirait l’emploi local, pour d’autres, elle le doperait, voire ferait progresser l’activité.

Que se passe-t-il dans une entreprise lorsque les salaires augmentent sous la pression des salariés ou à la suite d’une décision de l’Etat (hausse du Smic, des cotisations sociales patronales, réduction du temps de travail sans baisse de salaire…) ? Il n’en résultera que des malheurs pour l’emploi, avance la majorité des économistes « traditionnels » (Pierre Cahuc, Francis Kramarz, Thomas Philippon…). Car si l’entreprise répercute cette hausse dans ses prix de vente, elle risque de voir ses clients se détourner d’elle au profit de concurrents, notamment étrangers, ce qui réduira d’autant son activité. Et si, à l’inverse, elle décide de ne pas augmenter ses prix, sa rentabilité diminuera, voire deviendra nulle ou négative, condamnant du même coup sa capacité à se développer ou à innover. Elle peut certes s’efforcer de gagner en productivité pour effacer ce qu’elle a perdu en compétitivité, mais cela implique des suppressions de postes par intensification du travail, robotisation ou abandon des productions les moins rentables. Enfin, l’entreprise peut aussi choisir de délocaliser son activité dans des pays à moindres coûts salariaux, voire être contrainte à la fermeture. Bref, dans tous les cas, moins d’emplois dans le pays d’origine.

Quantité et qualité

Ce n’est pas (toujours) faux : la désindustrialisation de la France au cours des quarante dernières années en porte témoignage. Mais ce n’est pas (toujours) vrai pour autant. Henry Ford, en 1908, a doublé le salaire des ouvriers de l’automobile, tout en divisant par trois le prix de vente des voitures, le tout grâce aux gains de productivité issus du travail à la chaîne. Plus près de nous, en 1968, la forte augmentation du Smig (devenu Smic par la suite) a stimulé l’activité économique et l’emploi, tout comme, aux Etats-Unis en 1992, lorsque l’Etat du New Jersey a augmenté de 19 % le salaire minimum, alors que l’Etat voisin de Virginie le laissait inchangé. L’emploi dans les fast-foods (au personnel le plus souvent payé au salaire minimum) a augmenté au New Jersey, mais pas en Virginie : l’effet « pouvoir d’achat » l’a emporté sur l’effet « coût salarial ».

Certes, aujourd’hui, les gains de productivité sont faibles, voire nuls, dans bon nombre de services. Mais la valorisation boursière croissante de la plupart des sociétés cotées montre que les actionnaires anticipent des résultats néanmoins croissants. Cela tient à une cause essentielle : la bonne santé des entreprises tient désormais plus à leur capacité à innover qu’à leurs gains de productivité. Dit autrement, les gains de qualité sont désormais plus importants que les gains de quantité : cela vaut aussi bien pour l’industrie pharmaceutique ou automobile que pour la distribution, les transports, les logements ou l’alimentation. En outre, l’innovation se traduit le plus souvent en brevets ou en marques qui réduisent – au moins pour un temps – l’intensité de la concurrence et donnent davantage de marges de manœuvre aux entreprises concernées. Cela se traduit par un niveau d’exigence plus élevé de la part des employeurs sur leurs salariés, en matière de compétences, de capacités d’adaptation ou d’autonomie. Autant de dimensions qui justifient que les salariés deviennent davantage partie prenante dans le partage des revenus, au lieu que l’actionnaire dormant s’arroge un résultat largement dû aux efforts des salariés.

Salaire d’équilibre ou salaire d’efficience

Les « économistes traditionnels » ont du mal à intégrer ces raisonnements. Ils en sont restés à l’idée que le marché du travail, en confrontant l’offre de travail (ceux qui recherchent un emploi) et la demande de travail (les employeurs ayant un poste à pourvoir), aboutissait à un « salaire d’équilibre » pour une qualification et une expérience données. Les chercheurs d’emploi qui refusent de travailler pour ce salaire se retrouvent au chômage : ils n’ont qu’à s’en prendre à leurs prétentions excessives.

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SALAIRES 

Quand le Smic sauve des vies

Pourtant, Adam Smith, dès 1776, avait souligné que cet « équilibre » était biaisé : « Les ouvriers désirent gagner le plus possible, les maîtres donner le moins qu’ils peuvent. […]. [Ceux-ci] pourraient en général vivre un an ou deux sur les fonds qu’ils ont déjà amassés. Beaucoup d’ouvriers ne pourraient pas subsister sans travail une semaine. […]. Il n’est pas difficile de prévoir lequel des deux partis doit avoir l’avantage dans le débat et imposer forcément à l’autre toutes ses conditions. » Mais les économistes « traditionnels » ignorent savamment l’asymétrie des forces, ou bien tiennent les chômeurs pour des victimes soit d’un salaire minimum fixé au-dessus du niveau d’équilibre, soit de syndicats qui empêchent le marché du travail de fixer « librement » le salaire d’équilibre.

Des économistes contemporains plus futés – George Akerlof et Joseph Stiglitz, tous deux « nobélisés » en 2001 – ont franchi un pas important avec le « salaire d’efficience » : bien payer les salariés est source d’efficacité, parce que, leur patron les traitant correctement, ils sont incités à travailler correctement (Akerlof), et parce qu’ils savent qu’ils perdraient beaucoup en étant licenciés (Stiglitz). Ce qui inverse l’approche habituelle : ce ne sont pas les gains de productivité qui permettent les hausses de salaire, mais les hausses de salaire qui permettent les gains de productivité.

Approche « micro » ou approche « macro »

D’autres économistes (qualifiés de « post­keynésiens ») sont allés encore plus loin, généralisant une analyse développée par John Maynard Keynes lors de la crise des années 1930 : augmenter les salaires est bénéfique pour l’emploi même en période sans crise, car un pouvoir d’achat salarial plus élevé engendre plus de dépenses, donc plus d’activité économique1. Ils insistent sur les effets « macroéconomiques » (sur toute la société) de la hausse des salaires, alors que les « économistes traditionnels » focalisent sur la dimension microéconomique (à l’échelle de l’entreprise). L’Insee et l’OFCE ont récemment renforcé l’approche « macro » en indiquant que, en 2019, la progression du pouvoir d’achat liée aux mesures prises pour répondre à la crise des gilets jaunes en faveur des personnes à bas salaire (augmentation et extension de la « prime d’activité ») aurait pour conséquence une progression de l’activité économique un peu plus forte.

Ceci dit, n’oublions pas que le remède peut parfois devenir poison pour les plus fragiles des entreprises. Dans des activités comme le nettoyage, le gardiennage, les services à la personne, la propreté, l’hôtellerie-restauration, de nombreuses personnes faiblement qualifiées travaillent pour des salaires bruts proches du Smic (de 10 à 12 euros de l’heure) en raison de la forte sensibilité des clients au prix pratiqué. C’est ce qui justifie la « prime d’activité », ce complément social aux revenus d’activité trop faibles. En fin de compte, même si une hausse des salaires, surtout pour les plus faibles d’entre eux, est souhaitable afin de réduire des inégalités insupportables aussi bien entre travail et capital qu’entre les salariés eux-mêmes, sa mise en musique dépend avant tout des comptes de chacune des entreprises concernées. Bref, une potion bénéfique, mais à manier quand même avec précaution.

DENIS CLERC29/04/2019

Méthode de l’épreuve composée : étude d’un document.

Quelles sont les attentes ?

Les consignes officielles figurant sur les sujets de baccalauréat sont les suivantes :

Pour la partie 2 (Étude d’un document), il est demandé au candidat de répondre à la question en adoptant une démarche méthodologique rigoureuse de présentation du document, de collecte et de traitement de l’information.

3 attentes précises doivent être distinguées :

  1. La présentation du document ;
  2. La maîtrise de savoir-faire pour traiter les informations du document ;
  3. La capacité à répondre à la question posée.

Attention : pour cette partie de l’épreuve, il est inutile d’expliquer le document (recherche des causes, des conséquences, explicitation d’une relation), ou de mobiliser des connaissances. En revanche, les savoir-faire applicables aux données quantitatives et aux représentations graphiques qui figurent à la fin du programme de terminale sont requis.

Extrait du programme officiel de terminale : L’enseignement des sciences économiques et sociales doit conduire à la maîtrise de savoir-faire quantitatifs, qui ne sont pas exigés pour eux-mêmes mais pour exploiter des documents statistiques ou pour présenter sous forme graphique une modélisation simple des comportements économiques ou sociaux.Calcul, lecture, interprétationProportions, pourcentages de répartition (y compris leur utilisation pour transformer une table de mobilité en tables de destinée et de recrutement)Moyenne arithmétique simple et pondéréeÉvolutions en valeur et en volumePropensions moyenne et marginale à consommer et à épargnerÉlasticité comme rapport d’accroissements relatifsÉcarts et rapports interquantilesMesures de variation : coefficient multiplicateur, taux de variation, indices simples et pondérésLecture et interprétationCorrélation et causalitéTableaux à double entréeTaux de croissance moyenMédiane, écart-typeÉlasticité prix de la demande et de l’offre, élasticité revenu de la demandeReprésentations graphiques : courbes de Lorenz, histogrammes, diagrammes de répartition, représentation des séries chronologiques, y compris les graphiques semi-logarithmiquesReprésentation graphique de fonctions simples (offre, demande, coût) et interprétation de leurs pentes et de leurs déplacementsSource : http://www.education.gouv.fr/pid25535/bulletin_officiel.html?cid_bo=71834

Comment procéder ?

Conseils méthodologiques

Chaque type de document a sa propre méthode d’analyse (voir la partie méthodologique du manuel de S.E.S.). Une démarche commune peut néanmoins être proposée pour l’étude de documents.

  • Étape 1 : Présenter le document.

Dans un premier temps, il convient de présenter le document indépendamment de la question posée. Il s’agit pour cela de repérer les éléments de base :

  • Quelle est la nature ou le type de document ? (Texte, graphique, tableau)
  • Quelle est sa source ? (Elle est toujours précisée en bas du document concerné. Il y a parfois plusieurs sources.)
  • Quel est le thème du document ? (Autrement dit : de quoi parle le document ? Le thème ne doit pas être confondu avec l’idée générale)
  • Quel est le champ ? (Quelle est la population concernée ? Cette information figure généralement dans les notes de bas du document.)
  • Quel est le cadrage temporel des données ?
  • Quel est (sont) l’indicateur(s) utilisé(s) ? Quelle est l’unité ? (Une bonne lecture de l’unité permet d’éviter de graves erreurs. En présence d’un pourcentage, on se demandera s’il s’agit d’une mesure de proportion ou d’évolution. Dans ce dernier cas, on se demandera ensuite s’il s’agit d’un taux de variation classique ou annuel moyen.)

On organise ensuite ces éléments dans une ou deux phrases du type : Ce document est un (nature du document) proposée par (source) afin de présenter (thème) mesuré en (unité) pour (pays, zone, lieu) en (année, période).

  • Étape 2 Lire correctement le document.

Après la présentation du document, on doit vérifier que l’on sait correctement lire une donnée. Il s’agit d’être capable de formuler une phrase claire indiquant la signification précise d’une donnée. Par exemple, prenons le graphique suivant :

EC03

Pour lire le taux de croissance du PIB de la France en 2013, on ne pourra pas se contenter de dire : le taux de croissance du PIB en France était de 0,3 % en 2013. Ici, on ne fait que reprendre l’information encadrée et le titre du document pour faire une phrase, sans véritablement indiquer la signification du chiffre. On préfèrera dire : En France, le PIB a augmenté de 0,3 % sur l’année 2013. En effet :

Le taux de croissance du PIB en France était de 0,3% en 2013On ne sait pas ce que signifie n% (proportion ? évolution ?)Il s’agit d’une simple reprise des éléments du document (titre, valeur)
En France, le PIB a augmenté de 0,3 % sur l’année 2013.On comprend qu’il s’agit d’un taux de variation, et non d’une proportionOn comprend que 0,3 % est une augmentationOn comprend que c’est le PIB qui a augmenté

Pour lire un indice, on fera non seulement une phrase de lecture, mais également une traduction de la signification de la valeur. Il s’agit alors de transformer l’indice en taux de variation (s’il est proche de 100) en lui retranchant 100, ou en coefficient multiplicateur (si sa valeur est élevée) en le divisant par 100.

Exemple : Si pour un phénomène donné,  on a un indice base 100 pour l’année 2012, et de 105 pour l’année 2013, on pourra dire :

L’indice d’évolution du (phénomène étudié) est passé de la valeur 1001 en 2012 à 105 en 2013. Cela signifie que la grandeur considérée a augmenté de 5 %2 entre les deux dates

  1. Il s’agit de la base, celle qui indique l’année de référence à partir de laquelle les évolutions sont mesurées.
  2. 105 – 100 = + 5 % On peut aussi dire que le phénomène a été multiplié par  = 1,05
Type de documentQuelques points de vigilance
Tableaux de données statistiquesY-a-t-il une ou plusieurs unités ?Quelles informations lit-on en lignes ? en colonnes ? Par lesquelles commencer l’étude ?Y-a-t-il une ligne (ou une colonne) « Total » ou « Ensemble » ? Que révèle-t-elle ?Tableau à double entrée avec des proportions : quel est le sens de lecture du tableau (où est le total 100) ?
Graphiques, diagrammesDiagrammes de répartition, séries chronologiques, graphiques à échelle semi-logarithmique, courbe de Lorenz, représentations de fonctions …Le document présente-il une répartition ? Une variation ? Une fonction ?(Graphiques) Quelles informations sont présentées en abscisses, en ordonnées ? Quelle est leur unité respective ?Y-a-t-il une seule ou plusieurs unités (double axe des ordonnées) ?Quelle est l’échelle (arithmétique, logarithmique) ? Quelle est la légende ?
Textes de nature factuelleChronologie, extrait d’entretien, monographie, récit de vie, compte rendu d’enquête, …Remarques : ce type de document est peu probable. Quels sont les faits présentés ?Comment classer / hiérarchiser les informations présentées ? (Séparer l’essentiel de l’accessoire)
  •  Étape 3 : Analyser le type de travail demandé.

Il ne s’agit pas d’analyser le document en tant que tel, mais de répondre à une question. La lecture de la consigne de la question se fait de la même façon que dans le tableau du titre 2.2.1 (comparer, caractériser, etc.) Mais l’EC2 ne suppose pas une mobilisation de connaissances de cours. Il s’agit de mobiliser un savoir-faire : le travail consiste à extraire des données significatives qui répondent à la question posée, et éventuellement à procéder dans ce but à un traitement simple des données (calculs), tout en sachant qu’on ne disposera pas de calculatrice le jour de l’épreuve.

Les types les plus fréquents sont les suivants :

Types de sujetsTravail à effectuer
Analyser … (le plus souvent, une évolution)Remarque : L’analyse au sens classique suppose une description et une explication. Mais dans cette partie de l’épreuve, l’explication n’est pas requise.Dégager une tendance générale – Au besoin, périodiser.Rechercher des régularités : le phénomène évolue-t-il de façon régulière ? Irrégulière ? Observe-t-on une évolution cyclique ? Quelle est l’amplitude ? Quelle est la période du cycle ? Observe-t-on une évolution saisonnière ?Pour commenter une relation entre des variables : recherche de corrélation (positive ou négative), mais pas de causalité (il ne s’agit pas d’expliquer).Identifier les valeurs les plus significatives pour répondre à la question donnée (utiliser des codes couleurs pour entourer, souligner, surligner)Réfléchir à des calculs simples (écarts relatifs, absolus, …) pour appuyer la réponse.Organiser la réponse en allant du général au particulier.
Exemple de sujet :·         Vous présenterez le document, puis analyserez l’évolution de l’emploi non qualifié en France entre 1984 et 2004. (Métropole-bis – 2013 – Graphique)
Mettre en évidence … (un phénomène, une évolution)Globalement, c’est le même travail que ci-dessus, mais l’analyse peut se réduire à un aspect particulier (celui qu’il faut mettre en évidence).
Exemples de sujets :·        Vous présenterez le document puis vous mettrez en évidence l’évolution du PIB en France depuis 1950. (Afrique – 2013 – Graphique)·        Après avoir présenté le document, vous mettrez en évidence l’évolution des principales contributions à la croissance. (Antilles, Guyane – 2013 – Tableau)    
Caractériser … (une évolution, un profil)Décrire avec précision un phénomène, une évolution, en mettant en évidence ses principaux caractères :Pour une évolution : est-elle croissante ? décroissante ? régulière ? Irrégulière ? Cyclique ? Saisonnière ? Etc.Pour un phénomène : les caractéristiques dépendent de la nature de ce phénomène : par exemple, pour les inégalités, le choix des qualificatifs est large : elles peuvent être cumulatives, multidimensionnelles, économiques, sociales, croissantes ou décroissantes, etc.Identifier les valeurs les plus significatives pour illustrer ces caractéristiques.Réfléchir à des calculs simples (écarts relatifs, absolus, …) pour appuyer la réponse.Organiser la réponse en allant du général au particulier.
Exemples de sujets :·       Vous présenterez le document, puis vous caractériserez les inégalités qu’il met en évidence. (Asie – 2013 – Courbe de Lorenz)·       Vous présenterez le document puis vous caractériserez les inégalités de patrimoine qu’il met en évidence. (Métropole – 2013 – Tableau)·       Vous présenterez le document, puis vous caractériserez l’évolution des exportations mondiales de marchandises depuis 1948. (Polynésie – 2013 – Tableau)·       Vous présenterez le document, puis caractériserez l’évolution des inégalités face au chômage qu’il met en évidence. (Pondichéry – 2014 – Graphique)
Comparer Rechercher des caractéristiques communes et des différences aux phénomènes comparés.Identifier les valeurs les plus significatives pour illustrer chacun de ces deux aspects.Réfléchir à des calculs simples (écarts relatifs, absolus, …) pour appuyer la réponse.Organiser la réponse en allant du général au particulier.
Exemple de sujet :·      Vous présenterez le document puis vous comparerez l’évolution de la rémunération du travail en France et en Allemagne. (Liban – 2013 – Graphique)
Distinguer …Même travail que ci-dessus, mais sans rechercher les caractéristiques communes.
Exemple de sujet :·       Il n’y a pas encore de sujet de ce type dans les annales du bac.
Identifier …Ce type de sujet peut correspondre à un type de question vu précédemment : « Identifier les caractéristiques » = « Caractériser … » ; « Identifiez les différences » = « Distinguer …»Etc.Plusieurs possibilités selon le type de document :·       Mettre en évidence un aspect du document Pour cela, on analyse par exemple la composition ou la répartition du phénomène étudié.·       Déterminer l’impact d’une (ou plusieurs) variable(s) sur une autre. On peut par exemple rechercher une corrélation.·       Etc.Identifier les valeurs les plus significatives qui correspondent à l’élément à identifier.Réfléchir à des calculs simples (écarts relatifs, absolus, …) pour appuyer la réponse.Organiser la réponse en allant du général au particulier.
Exemple de sujet :·       Vous présenterez le document, puis identifierez les sources de la croissance économique selon les pays sur la période 1885-2010. (Amérique du Nord – 2013 – Graphique)

 Quelques erreurs fréquentes :

  • Dans la lecture des données :
    • Une différence entre des taux s’exprime en points, et non en %. (par exemple, un taux de croissance du PIB qui passerait de 1% à 2% augmente d’un point, ou de 100 % (puisqu’il est multiplié par deux), mais pas de 1%.
    • Il ne faut pas confondre des valeurs absolues et relatives: Si on observe que la proportion des cadres qui vont au cinéma est plus importante que celle des ouvriers, on ne peut pas dire de façon certaine : il y a plus de cadres que d’ouvriers qui vont au cinéma. Il faut dire : En proportion, il y a plus de cadres que d’ouvriers qui vont au cinéma – ou bien  – La part des cadres qui va au cinéma est plus importante que celle des ouvriers.
    • Dans le même esprit, il ne faut pas confondre le niveau et l’évolution d’un phénomène : cette erreur est fréquente avec la lecture d’indices. Par exemple, si l’on observe sur une période récente que le coût du travail dans l’industrie a progressé plus vite en France qu’en Allemagne, on compare des évolutions. On ne peut pas déduire du fait que l’indice français soit supérieur à l’indice allemand que le coût du travail est plus élevé en France, mais seulement qu’il a connu une plus forte augmentation.
  • Dans l’organisation de la réponse :
    • Il ne faut pas commenter toutes les données d’un tableau, de façon linéaire. L’un des savoir-faire évalué est précisément la capacité à sélectionner l’information pertinente.
    • Il ne faut pas interpréter, expliquer, rechercher les causes ou les conséquences du phénomène étudié.

Des exemples pour le programme de première.

Document 1

Question : Après avoir présenté le document, vous commenterez l’évolution présentée.

EC04

Ce document est un graphique présentant l’évolution de la part de chaque secteur d’activité dans la valeur ajoutée totale en France entre 1949 et 2012 selon les comptes nationaux de l’INSEE.

Les évolutions observées sont d’une grande régularité et révèlent le phénomène de tertiarisation de l’économie, et le bouleversement de la hiérarchie des activités en termes de création de richesses. On observe en effet que le secteur tertiaire composé des services marchands et non-marchands  totalise 35 + 11 = 46% de la valeur ajoutée de l’économie en 1949 contre 53 + 20 = 73 % en 2012, soit un gain de 27 points de pourcentage. Symétriquement, le secteur secondaire composé de l’industrie et de la construction ont vu leur part diminuer de  16 points (25 +5 = 30 % en 1949  à 11 + 3 = 14 % en 2012). Enfin, l’agriculture passe de 18 à 2% de la valeur ajoutée totale, soit une régression spectaculaire de 16 points, mais une division par 8 de sa part en termes relatifs.

Par conséquent, c’est le secteur des services qui crée le plus de valeur ajoutée dans l’économie, et cette tendance ne cesse de se renforcer sur la période étudiée.

Document 2

Question : Après avoir présenté le document, vous commenterez l’évolution présentée.

Taux de croissance annuel moyen de la production en volume.

EC05

Ce graphique mesure l’évolution de la production de différentes branches industrielles sur deux périodes : 2000-2007 et 2007-2012 en % par an, selon les données des comptes nationaux de l’INSEE.

Globalement, on observe que le taux de croissance annuel moyen des différentes branches est plutôt croissant sur la période 2000*-2007, et décroissant sur la période 2007-2012.  Ainsi, chaque année en moyenne, la production en volume de l’industrie pharmaceutique a augmenté de 5 % par an en moyenne de 2000 à 2007. Inversement, la production de l’industrie textile et de l’habillement a diminué chaque année en moyenne de 6 % entre 2007 et 2012.

Les données semblent indiquer un renforcement de la spécialisation de notre économie : ce sont plutôt les activités technologiques qui progressent (pharmacie, industrie manufacturière, …). En revanche, les activités impliquant une faible qualification ou une technologie banalisée régressent (Textile, habillement, …). Mais il est vrai que les produits informatiques et électroniques sont en régression et révèlent peut-être une moindre compétitivité des producteurs nationaux.

Des exemples pour le programme de terminale.

Document 1

Question : Après avoir présenté le document, vous comparerez la concentration du revenu disponible et celle du patrimoine financier des ménages en France.

EC06

Ce document est une courbe de Lorenz proposée par l’INSEE et la direction générale des impôts afin de présenter la concentration des revenus et des patrimoines pour la France en 2003 et 2004. Cet outil permet de mesurer les inégalités en indiquant en ordonnées quelle est la part de patrimoine (ou de revenu) détenue (ou perçue) pour les tranches des ménages classées des plus pauvres aux plus riches sur l’axe des abscisses.

La comparaison de ces deux courbes révèle que la répartition des revenus et des patrimoines en France est inégalitaire, puisque la courbe de Lorenz n’est pas confondue avec la diagonale (laquelle représente l’équi-répartition). Ainsi, on remarque qu’en 2003, la moitié des ménages ne possédaient que 5 % du patrimoine financier et percevaient un peu moins de 30% du revenu disponible.

Néanmoins, on relève une différence, puisque les inégalités de patrimoine financier sont sensiblement plus élevées que les inégalités de revenus. C’est ainsi que les 10 % des individus les plus riches détiennent 60% du patrimoine financier et perçoivent un peu plus de 20% des revenus. Il y a donc un écart de 40 points entre ces deux valeurs, et l’indice de GINI est donc plus proche de 1 (ce qui témoigne d’une forte concentration) pour le patrimoine financier que celui des revenus.

Document 2

Question : Après avoir présenté le document, vous commenterez l’évolution présentée.

EC07

Ce graphique présentant l’évolution de la part des enfants de salariés ayant obtenu le baccalauréat en fonction de la PCS du père en France pour cinq générations d’individus nés de 1964 à 1988, selon les données  des enquêtes Emploi de l’INSEE, les calculs du ministères de l’éducation nationale (MEN) et la direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP).

En premier lieu, on constate que quelle que soit l’origine sociale, la proportion des enfants ayant obtenu un baccalauréat a tendance à augmenter dans le temps (massification scolaire). De façon générale, environ 35% de l’ensemble des enfants nés entre 1964 et 1968 on obtenu un baccalauréat contre environ 65 % pour la génération née entre 1984 et 1988, soit une progression de 30 points de pourcentage.

En second lieu, on observe un rattrapage des catégories populaires : l’écart relatif entre les enfants de cadres ou profession intermédiaire et les enfants d’ouvriers ou d’employés a en effet diminué. La rapport est passé de  = 2,82 à  = 1,49. Ce dernier chiffre signifie qu’en proportion, les enfants de cadres ou professions intermédiaires sont 1,49 fois plus nombreux à accéder au baccalauréat que les enfants d’ouvriers ou d’employés. Dans une certaine mesure, on peut donc parler de démocratisation de l’accès au bac.

Document 3

Question : Après avoir présenté le document, vous caractériserez les évolutions qu’il décrit.

EC08

Ce document est une série chronologique présentant l’évolution du taux de croissance du PIB et de la productivité horaire du travail en France entre 1950 et 2012 selon les comptes nationaux de l’INSEE.

On observe que si la croissance de la production et de la productivité avaient un niveau élevé jusqu’en 1970 (avec une croissance située régulièrement entre +4 et +6%), les taux diminuent en dessous du seuil de +4% après les années 80.

L’évolution présente deux caractères :

  • Elle est simultanée : on observe une corrélation positive entre l’évolution de la productivité et celle de la croissance. Autrement dit, les phases de croissance de la productivité horaire du travail (+7% en 1960 et + 9% en 1969) se traduisent par une augmentation du taux de croissance du PIB (+7% les deux années considérées).
  • Elle est cyclique : on observe une alternance de périodes courtes de croissance et de ralentissement de croissance du PIB et de la productivité. Par exemple, le cycle allant de 1951 (reprise) à 1958 (fin du cycle) est particulièrement net.

 Comment évaluer mon travail ?

Grille d’autoévaluation de l’EC2 : Étude d’un document /4 points

3 attentesCritères de réussiteAAPNA
1 – Présentation du document·  J’ai rédigé une phrase claire indiquant :Nature du document (type de graphique, …)SourceTitre (ou thème)ChampCadrage temporel des donnéesIndicateur(s) utilisé(s) en précisant la ou les unités
2 – Maîtrise des savoir-faire· Je présente de constats et non des explications (logique compréhensive)Document statistique :· Je lis correctement les données statistiques· Je hiérarchise les informations· J’effectue les calculs appropriés (ex : coefficient multiplicateur, proportion …)Document texte :· Je relève les informations pertinentes sans paraphrase
3 – Réponse à la question posée·  J’ai sélectionné les données collectées et produites permettant de répondre à la question·  J’ai organisé ma réponse en classant les informations collectées et produites.

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TD 2 Raisonnement appuyé sur un dossier documentaire

A l’aide de vos connaissances et du dossier documentaire, vous montrerez que différents facteurs influencent le vote.

Document 1 : Les spécificités du vote catholique

La relation qui unit religion et politique est simple : plus l’intégration au catholicisme est forte (par opposition à l’autodéfinition comme « sans religion »), plus le vote pour la droite classique est élevé.  […] Les catholiques, et tout particulièrement les plus pratiquants d’entre eux, ont en effet une composition sociale spécifique : ils sont notamment plus âgés et disposent d’un patrimoine supérieur à celui de leurs concitoyens. Or, l’âge comme le patrimoine poussent à voter à droite. Le conservatisme des catholiques tient-ils donc à leur religion ou à leurs autres caractéristiques sociales ?

[…] en 2012, au 2nde tour de l’élection présidentielle, un catholique pratiquant régulier avait presque six fois plus de chances de voter pour Nicolas Sarkozy qu’un électeur se déclarant sans religion.

Claude Dargent, les catholiques entre les primaires de la droit et le vote à la présidentielle, l’enquête électorale française : comprendre 2017 N°29 Cevipof février 2017

Documents 2 :

TD 1 : Scrutin majoritaire ou propotionnel ,

Document 1

Document 2

Document 3 : Abstention

 Au fur et à mesure que les individus entrent dans la vie active et sont insérés dans les responsabilités familiales et sociales, ils votent davantage. Le taux de participation électorale baisse à partir de 70 ans, avec le retrait de la vie active, la moindre sociabilité et les problèmes d’état de santé.

Le taux d’abstention varie aussi selon les catégories socioprofessionnelles et le niveau de diplôme. Les cadres et les professions libérales votent beaucoup plus que les ouvriers. Les chômeurs et les personnes à emplois précaires s’abstiennent plus souvent. Plus on a un statu social bas, plus on tend à s’abstenir. Statut social et diplôme indiquent en fait une capacité à maîtriser son environnement et à s’exprimer politiquement.

                Pierre Bréchon, comportements et attitudes politiques, PUG 2006

  1. Expliquez la première phrase.
  2. Justifiez l’analyse de l’auteur

Document 4

Expliquez en quelques lignes ce que signifie chaque document

A partir de ces quatre documents, montrez que le choix du mode de scrutin est déterminant pour le bon fonctionnement d’une société.

Si vous étiez au pouvoir que décideriez vous pour améliorez la démocratie dans le pays

Le jour du dépassement de la finance

Calculer le jour de l’année à partir duquel les entreprises distribuent plus de dividendes qu’elles n’ont reçu de financement boursier montre que la Bourse est au service des rentiers, pas de l’investissement.

Quelle est la fonction de la finance ? La réponse à cette question pourrait sembler triviale puisque le nom incarne ici la fonction : la finance finance. Mais que finance-t-elle ? L’économie pardi ! Telle est sa justification la plus souvent mise en avant. La finance regrouperait les investisseurs qui financent l’économie grâce à leurs placements dans les entreprises, placements sans lesquels ces dernières ne pourraient investir et créer des emplois. Étonnamment, rares sont ceux qui défendent cette idée à l’aide de données chiffrées. Les chiffres, on leur fait dire ce que l’on veut, mais pas cette fois… Frédéric Lordon avance que les émissions d’actions ne représentent qu’une part tout à fait contenue du financement de l’investissement des entreprises et c’est exact : en moyenne, les émissions d’actions ne couvrent que 7,4 % du coût de l’investissement productif des entreprises sur la période 2000-2017.

Cette proportion peut paraître modeste, eu égard à la vigueur avec laquelle nos gouvernants défendent la figure de l’actionnaire comme étant le preneur de risque qui porte à bout de bras l’économie française. Mais les chiffres sont têtus : les entreprises se financent essentiellement par ressources propres (autofinancement), ensuite par endettement (crédits bancaires et obligations), et de façon marginale par émissions d’actions.

Aussi résiduel qu’il puisse paraître, le financement que les entreprises lèvent sur les marchés boursiers est encore plus faible en réalité. En effet, les entreprises procèdent à des opérations de rachats d’actions afin de soutenir le cours de l’action et d’accroître le dividende par action. Si la pratique est beaucoup moins développée en France qu’aux Etats-Unis, elle est loin d’être négligeable. Lorsque l’on retire les rachats d’actions du montant levé grâce aux émissions d’actions, la contribution de la Bourse aux entreprises se transforme en peau de chagrin : en moyenne, les émissions nettes d’actions ne représentent plus que 3,8 % du coût de l’investissement productif des entreprises sur la période 1993-2017.

De plus, qui dit financement par actions, dit nécessairement versement des dividendes. A la manière des militants écologistes qui calculent chaque année le jour du dépassement (ou Earth Overshoot Day) – soit le jour de l’année à partir duquel les humains vivent à crédit du fait d’une pression sur les ressources naturelles supérieure à ce que la planète peut endurer –, nous proposons de calculer ici un Finance Overshoot Day (FOD), un jour à partir duquel les entreprises distribuent plus de dividendes qu’elles n’ont reçu de financement boursier.

Pour l’année 2017, ce jour s’établit au 10 août. Autrement dit, en 2017 tout s’est passé comme si à partir du 10 août les entreprises françaises avaient reçu moins de financement qu’elles n’avaient versé de dividendes aux acteurs boursiers. Précisons d’emblée que nous raisonnons ici en flux de dividendes nets. Autrement dit, nous retranchons des dividendes distribués par les entreprises, les dividendes qu’elles ont reçus, de manière à ne pas faire de double comptage lié à la structuration des entreprises en réseau de maison mère/filiales. Il convient aussi de mentionner que les données récentes sur les dividendes sont sujettes à caution, le passage en base 2014 n’ayant fait qu’aggraver les incertitudes nées du passage en base 2010.

Au bout du compte, la contribution nette du secteur financier aux entreprises est strictement négative. La finance est une charge pour le secteur productif : même si le FOD se situe plus ou moins tôt dans la saison selon l’année considérée, le montant des dividendes nets est toujours plus élevé que le montant des émissions nettes d’actions, ce qui contribue in fine à l’augmentation de l’endettement des entreprises

La Bourse ne finance pas l’investissement ; elle n’est donc pas au service des entreprises. La fonction de la Bourse est de rendre deux services aux actionnaires rentiers : premièrement, leur permettre de valoriser leur patrimoine mobilier et, deuxièmement, organiser à tout moment une gigantesque brocante pour revendre ce patrimoine. Il en découle que la suppression de l’ISF décidée par l’exécutif n’est sûrement pas faite pour faciliter l’investissement des entreprises, mais bien plutôt pour privilégier l’intérêt des actionnaires rentiers.

Florian Botte et Thomas Dallery sont enseignants-chercheurs, respectivement à l’université de Lille et à l’université du Littoral Côte d’Opale, et membres du Clersé.

Article publié sur le site d’Alternatives Economiques 6 février 2019

La vraie-fausse baisse du chômage

L’Insee a rendu public le 14 août l’enquête emploi du second trimestre 2019. Ce sont ces chiffres qui font foi pour suivre l’évolution du chômage en France. Bonne surprise : celui-ci a continué de reculer de 0,2 point ce trimestre, malgré le ralentissement de l’économie, pour s’établir à 8,5 % en France (8,2 % en France métropolitaine). Un niveau qu’on a constamment dépassé depuis le début de 2009, au moment où la crise financière a commencé à toucher vraiment le pays.

Les défenseurs du pouvoir actuel, comme les économistes Gilbert Cette et Stéphane Carcillo invités ensemble à France Inter le 14 août au matin, n’ont pas manqué de mettre ce bon résultat sur le compte de la flexibilisation du marché du travail, mise en œuvre à grande échelle depuis 2017 avec la loi Travail puis les ordonnances Macron.

Sauf que, quand on y regarde de plus près, la bonne nouvelle n’en est en réalité (malheureusement) pas une. Le niveau du chômage résulte en effet de l’écart entre le nombre des personnes qui sont dites actives sur le marché du travail (qui ont un emploi ou en cherchent un) et le nombre de celles qui ont un emploi.

Or ce que nous disent les chiffres publiés par l’Insee, c’est que la baisse du chômage intervenue depuis six mois n’est pas le fruit d’une amélioration de la situation de l’emploi. Au contraire, le taux d’emploi des 15-64 ans a diminué au second trimestre 2019.  La baisse du chômage est due au recul du taux d’activité : la part de ceux qui ont un emploi ou qui en cherchent un a diminué en effet de 0,2 point depuis fin 2018 parmi les 15-64 ans. Dit autrement, la part de ceux en âge de travailler qui sont totalement sortis du marché du travail (ils n’ont pas d’emploi et n’en cherchent pas) a augmenté cette année, ce qui interrompt une tendance à la baisse quasi continue depuis 10 ans malgré la crise.

Si l’on entre dans le détail, on voit que cette dégradation touche en particulier les hommes, dont le taux d’activité a reculé de 0,5 point depuis l’année dernière. Leur taux d’emploi, lui, baissait de 0,2 point, inversant la tendance à l’œuvre depuis 2016 qui voyait (enfin) ce taux revenir progressivement à ses niveaux d’avant crise.

Ce n’est pas le cas en revanche des femmes, dont le taux d’emploi continue à progresser régulièrement, dépassant nettement les niveaux d’avant-crise. Même pour elles, cependant, la baisse du chômage au dernier trimestre s’explique par un recul du taux d’activité, interrompant là aussi une hausse quasi permanente jusque-là.

Ce recul généralisé des taux d’activité permet certes pour l’instant à la baisse du chômage de se poursuivre, malgré la dégradation de l’emploi. Mais il s’agit en réalité d’une mauvaise nouvelle pour le pays si ce recul devait se prolonger : il est en effet très difficile de ramener à l’emploi des personnes qui auront été durablement éloignées du marché du travail. On fabrique donc ainsi de nombreux exclus, condamnés le plus souvent à une pauvreté durable et au recours à l’assistance.  

GUILLAUME DUVAL14/08/2019 https://www.alternatives-economiques.fr/vraie-fausse-baisse-chomage/00090073

L’analyse de Guillaume DUVAL est édifiante, les « bons chiffres » du chômage ne sont dus qu’à une baisse de l’activité. Des hommes et des femmes se retirent du marché du travail (probablement parce qu’ils ne réussissent pas à trouver un travail et qu’ils n’ont aucun intérêt à se déclarer comme chômeur auprès de pôle emploi).

Mais les économistes « avisés », fans des réformes libérales, constatent la baisse du chômage et donnent un satisfecit au gouvernement, pour sa bonne politique.

Dans le même ordre d’idée, on pourrait évoquer l’explosion des autoentrepreneurs, pratiquement 1,2 millions en 2019. S’agit-il d’un élan des français pour entrepreneuriat, la liberté de ne pas avoir de patron … ou plutôt soit un complément de revenu parce que l’activité principale n’est pas assez rémunérée ou encore encore une obligation faite par « l’employeur », une plateforme qui demande aux travailleurs de prendre le statut d’autoentrepreneur pour ne pas avoir de charge à payer.

Ces deux exemples, montrent une détérioration forte et rapide du marché du travail. On ne peut dès lors considéré que la situation économique s’améliore. Shukuru

Populisme de droite ou de gauche ? Une question de portefeuille

Depuis la crise des subprimes, les électorats de nombreux pays ont renforcé le poids politique des leaders les plus radicaux quand ils ne les ont pas portés au pouvoir comme en Hongrie, au Venezuela, au Brésil ou encore aux Etats-Unis. Comment s’explique cette montée ? Pourquoi certains pays ont-ils connu un vote radical de droite, alors que d’autres ont versé dans le vote radical de gauche. Comment comprendre la différence de choix ? Voici les deux questions auxquelles ont tenté de répondre quatre chercheurs dans une étude socio-politique.

Leur principale explication est simple, elle repose sur l’analyse de la position sociale relative des individus. Les personnes qui voient leur position se détériorer accusent les politiques suivies par les gouvernements qui se sont succédé auxquelles s’ajoute le plus souvent un coupable idéal. Les forces politiques radicales n’ayant pas exercé le pouvoir sont alors bien vues, d’autant plus qu’elles entretiennent la liste des bouc-émissaires : la mondialisation, l’Europe, les étrangers, les élites…

Les statistiques sur les déciles de revenus sont disponibles pour mesurer l’évolution relative de chaque segment de la société et des enquêtes européennes permettent de connaître la dynamique des soutiens politiques aux différents partis. Le croisement des deux donne un résultat clair : les personnes dont le revenu moyen a moins progressé que l’ensemble des revenus du pays, sur une période de cinq ans, déclarent un soutien croissant aux partis politiques les plus radicaux. Elles correspondent également à la catégorie de celles et ceux qui se retirent du marché politique et ne votent plus. Une moindre progression relative du revenu multiplie par trois la probabilité de choisir un parti très à droite et fait plus que quadrupler celle de choisir un parti très à gauche.

Afin d’affiner ce dernier résultat, les quatre chercheurs, Brian Burgoon, Sam van Noort, Matthijs Rooduijn et Geoffrey Underhill, ont observé de près ce qui se passe lorsque des personnes situées parmi les 10 % les plus riches et parmi les 10 % les plus pauvres voient leur position sociale relative se dégrader. Là encore, le résultat statistique est massif. Les catégories aisées qui perdent en position sociale se tournent vers les partis radicaux de gauche ou bien vers l’abstention, les plus pauvres qui subissent le même sort penchent à l’inverse vers les partis de droite.

L’étude montre ensuite que la dynamique relative des revenus est bien le facteur explicatif prioritaire. Le genre, l’âge, le lieu et la région de résidence, les choix religieux, le nombre d’heures de travail, le fait d’avoir été au chômage ou pas, la composition de la famille…, aucun de ces éléments ne vient corriger le résultat. Une seule exception : les individus nés à l’étranger ou dont les parents sont nés hors des frontières se dirigent moins qu’attendu vers les partis de droite. A ceux qui refusent la montée en puissance des extrêmes, une seule politique possible : ne pas accroître les inégalités, et, encore mieux, les réduire.

CHRISTIAN CHAVAGNEUX 24/06/2019

Il existe donc un lien fort entre le vote populiste et la montée des inégalités. Si celle-ci est limitée, le vote extrême devrait reculer. Mais il faut également noter que ce ne sont pas les inégalités réelles qui comptent mais les inégalités ressenties.

Shukuru

Climat : quels outils pour modifier les comportements ?

Les politiques qui visent à faire changer les comportements par les prix pour lutter contre le changement climatique sont difficiles à manier.

Qu’est-ce qu’un signal-prix ?

Les politiques dites de « signal-prix » ont pour objectif de modifier les comportements de consommation et de production en jouant, comme leur nom l’indique, sur le prix des produits. Lorsque que l’on augmente le prix des carburants, on cherche, tout d’abord, à inciter à une plus grande sobriété énergétique par une moindre utilisation de la voiture ou de l’avion. Ces politiques visent aussi à accroître l’efficacité énergétique, c’est-à-dire à encourager le développement de nouvelles technologies qui rendent une même qualité de service avec une plus faible empreinte environnementale. Cela passe notamment par une plus grande part des énergies renouvelables dans le mix énergétique, par l’isolation des logements ou par l’utilisation d’appareils et de processus de production moins énergivores.

Théorisée par le « prix Nobel » d’économie Ronald Coase, l’introduction d’un signal-prix pour modifier les comportements se justifie par le fait que le coût privé lié à la consommation d’énergie fossile est (largement) inférieur à son coût social. Le coût privé correspond au prix du marché de ces énergies, qui dépend essentiellement de leur coût de production et de leur rareté. Il n’intègre pas les coûts induits pour la société, en particulier ceux liés à la pollution et au changement climatique. Ceux-ci sont qualifiés par les économistes d’« externalités* négatives ».

Certains de ces coûts ne sont pas encore visibles puisqu’ils ne le seront que quand le changement climatique aura eu lieu. Mais l’Etat peut utiliser l’instrument des taxes pour internaliser dans le prix des énergies fossiles le coût de leurs externalités négatives. Le signal-prix peut prendre la forme d’une taxe carbone** ou être mis en oeuvre par des mécanismes de marché via la création d’un marché d’échange de quotas.

Si la théorie est convaincante, sa mise en pratique n’est pas évidente. En particulier, se pose la question de savoir quel prix retenir. A l’instar du « prix Nobel » d’économie français Jean Tirole, certains proposent d’établir un prix unique du carbone au niveau mondial, l’idée étant qu’une tonne de carbone, qu’elle soit émise en Afrique, en Chine, en Europe ou aux Etats-Unis, a le même effet sur le changement climatique et donc les mêmes externalités négatives. L’efficacité économique plaiderait donc pour l’unicité du prix carbone à l’échelle planétaire.

Décile de niveau de vie : fraction de 10 % de la population ordonnée en fonction de leur niveau de vie.

IMPACT D’UNE CONTRIBUTION CLIMAT ÉNERGIE À 44,60 EUROS LA TONNE (NIVEAU 2018) SUR LE REVENU DES MÉNAGES (EN %) ET VOLUME DES ÉMISSIONS DIRECTES DE CO2 (EN TONNES) PAR DÉCILE DE NIVEAU DE VIE*

Lecture : les ménages du premier décile, les plus modestes, consacrent en moyenne 0,29 % de leurs revenus – 0,13 % dans le cadre de leurs déplacements en voiture et 0,16 % dans celui de leur logement – au financement de la contribution climat énergie associée à la taxe intérieure sur la consommation des produits énergétiques (TICPE) et émettent 0,29 tonne de CO2.

Au-delà du caractère politiquement irréaliste d’une telle proposition, qui nécessiterait la mise en place au niveau mondial d’une taxe ou d’un marché carbone, l’unicité du prix carbone serait en réalité profondément injuste. Elle ne permettrait de tenir compte ni des responsabilités historiques, ni des inégalités de revenus, que ce soit entre les pays ou entre les catégories sociales. De plus, elle frapperait uniformément des consommations énergétiques difficilement compressibles (déplacements domicile-travail) et de confort (déplacements en avion vers le lieu de vacances). Comme en témoigne le mouvement des gilets jaunes, sans mécanisme de correction de ces inégalités, les politiques de signal-prix ont de fortes chances d’être impopulaires et difficiles à défendre politiquement.

Autres instruments, autres défauts

Il existe deux autres types d’instruments susceptibles de modifier les comportements. Les premiers sont coercitifs, via l’imposition de normes, alors que les seconds sont incitatifs et jouent sur des ressorts psychologiques ou informationnels.

L’approche réglementaire, que l’on retrouve souvent sous le terme de « command and control », présente l’avantage de la clarté : les autorités définissent une norme à respecter. Il peut s’agir d’un niveau maximum autorisé d’émissions d’un polluant ou de l’interdiction pure et simple de certaines substances. Les acteurs économiques doivent s’y soumettre sous peine de sanctions.

L’approche réglementaire est particulièrement adaptée dans les cas de produits dangereux avérés (amiante, certains pesticides, etc.) et/ou quand les dommages sont irréversibles. Elle s’est notamment révélée efficace dans la lutte contre les CFC responsables de la destruction de la couche d’ozone. L’adoption par la communauté internationale du protocole de Montréal, signé en 1987, a conduit à la suppression quasi totale de l’usage de ces gaz en 2009. La reconstitution de la couche d’ozone constatée par la Nasa en 2018 augure son rétablissement complet à l’horizon 2050.

Mais l’approche réglementaire a aussi des défauts qui peuvent la rendre inopérante, voire contre-productive, notamment dans le cas de substances qui ne sont pas directement dangereuses, comme le dioxyde de carbone (CO2). Tout d’abord, elle est souvent jugée bureaucratique, voire un frein à la liberté d’entreprendre. Sa mise en oeuvre est souvent coûteuse car elle nécessite de disposer d’un niveau d’information élevé, comme par exemple de pouvoir contrôler l’ensemble des sources de pollution pour s’assurer du respect des normes. Ensuite, les difficultés que peuvent rencontrer certains agents à s’adapter à ces obligations conduisent souvent à la mise en place de réglementations insuffisamment ambitieuses.

Fraude des constructeurs

Les restrictions imposées peuvent également conduire à des comportements d’évitement, voire de fraude. Le « dieselgate », qui ébranla le secteur automobile en 2015, en est un exemple criant. Afin de se soustraire aux normes d’émissions d’oxyde d’azote (NOx) et de CO2, le constructeur Volkswagen équipa ses véhicules d’un logiciel permettant de déceler les tests d’émissions polluantes. Ce dispositif activait, le cas échéant, un système de filtrage, désactivé par défaut en conditions réelles.

Cette fraude a par la suite touché d’autres constructeurs et a jeté un large discrédit sur l’éthique des constructeurs automobiles mais également sur le processus de construction des normes par la Commission européenne. Enfin, la voie réglementaire présente en réalité bien souvent le même type d’inconvénients que le signal-prix direct en renchérissant le coût des produits du fait des contraintes additionnelles que les producteurs doivent respecter, ce qui limite aussi l’accès des plus pauvres à ces biens.

Là où l’approche réglementaire se concentre principalement sur les industriels, celle relevant des mesures de sensibilisation vise principalement à modifier le comportement des consommateurs. Ces mesures peuvent être explicites, comme dans le cas de campagnes de communication (par exemple, la « chasse au gaspi » dans les années 1970), ou encore s’appuyer sur des mécanismes comportementaux plus ou moins inconscients, tels que le propose l’approche des nudges***. Ces derniers, popularisés par Richard Thaler, lauréat du « Nobel d’économie » en 2017, encouragent, par un mécanisme de suggestion, les individus à adopter un comportement vertueux tout en leur laissant la liberté de choix. Par exemple, mettre en comparaison la consommation d’électricité d’un foyer avec celle moyenne de son voisinage a des répercussions en matière d’économie d’énergie.

Cette approche est particulièrement séduisante pour les décideurs politiques, car elle ne génère a priori aucune opposition ni aucune dépense. Si elle peut se révéler très utile pour faire prendre conscience des problèmes, son caractère non contraignant limite cependant sa portée et génère des phénomènes de passager clandestin, certains pouvant continuer de s’abstenir tout en profitant des efforts des autres. Ses résultats peuvent même s’avérer contre-productifs : des sentiments négatifs comme la culpabilité ou le fatalisme peuvent conduire à développer des comportements nihilistes et résignés.

Le signal-prix présente l’avantage d’être intermédiaire entre la norme réglementaire basée sur la contrainte et des mesures de sensibilisation fondées sur la simple bonne volonté. Il va plus loin que ces dernières, car il pénalise les agents qui n’adopteraient pas de manière volontaire un comportement vertueux, sans pour autant les contraindre de façon définitive comme l’impose une norme. Il a aussi l’avantage de pouvoir être augmenté progressivement de manière à laisser aux agents le temps de s’adapter à un coût acceptable. Enfin, les recettes qu’il génère peuvent être utilisées pour faciliter l’adaptation, notamment des agents les plus vulnérables. Comme le montrent de nombreux travaux, la redistribution des recettes d’une taxe carbone via des baisses de cotisations sociales et d’impôt sur le revenu peut avoir un effet global positif sur l’économie (double dividende****).

Les bienfaits de la redistribution

Le signal-prix présente donc des avantages certains par rapport aux autres instruments, mais il a le défaut d’être potentiellement injuste et occulte les différences entre les individus concernant leur capacité à modifier leurs comportements. Or, ces derniers peuvent résulter de choix de vie encouragés par des politiques antérieures et difficiles à modifier du fait de contraintes financières.

Ainsi, la politique d’aménagement du territoire dans les années d’après-guerre s’est principalement articulée autour du développement de la mobilité privée à travers la construction d’un réseau routier dense de voies rapides, rendant possible l’accès des centres où se concentre l’activité, accroissant ainsi l’étalement urbain*****. Si celui-ci résulte en partie de préférences individuelles, la pression foncière a joué également un rôle central. Autant d’éléments qui, ajoutés au désengagement des politiques de transports en commun dans les zones périphériques, posent la question de la responsabilité collective concernant la dépendance d’une grande partie de la population à la voiture individuelle.

Une autre source d’injustice est le caractère régressif de la fiscalité carbone : elle pèse relativement plus dans le budget des ménages modestes, bien que leurs émissions soient plus faibles que celles des ménages aisés (voir graphique) et alors que leur capacité d’adaptation, via l’achat d’un véhicule moins consommateur notamment, est souvent plus faible.

Comme il est en pratique impossible de différencier le prix de l’essence par individu, la redistribution est la seule manière de rendre le signal-prix plus juste et par là même acceptable. Il s’agit notamment de mettre en place des mesures d’aides transitoires pour les ménages les plus modestes au travers par exemple d’un crédit d’impôt ou d’un « chèque énergie » pour les transports travail-domicile en dessous d’un certain revenu.

Cela passe aussi par des interventions publiques directes via des investissements dans les transports en commun ou dans la rénovation des logements sociaux et des subventions pour favoriser l’essor de technologies plus propres. La problématique est similaire entre pays. Comme le définit l’accord de Paris, les pays les plus avancés devront aider les moins avancés à mettre en place la transition énergétique. A tous les niveaux, la transition écologique est indissociable de la justice sociale.

PAUL MALLIET ET FRÉDÉRIC REYNÈS 31/05/2019 Alternatives économiques HORS-SÉRIE N°117.

Brexit : cinq raisons pour lesquelles les Britanniques veulent nous quitter

Depuis des années, les eurosceptiques font campagne pour obtenir un référendum sur l’appartenance du Royaume-Uni à l’Union européenne. Leur argument: depuis l’adhésion du pays en 1973, ratifiée (à 67%) par la population en 1975, l’Europe a complètement changé de nature. Les Britanniques avaient rejoint un grand marché économique et se retrouvent, sans avoir eu leur mot à dire, dans une union politique en marche vers une intégration croissante. Alors qu’a lieu jeudi un sommet européen crucial pour l’avenir du Royaume-Uni dans l’Union européenne, voici leur heure venue pour justifier leurs motivations pour un Brexit.

1- Contrôler l’immigration

Si l’Europe n’apparaît pas en tête des préoccupations des électeurs, c’est en revanche le cas de l’immigration. Depuis plusieurs années se répand un sentiment de «trop plein» en Grande-Bretagne, entretenu par le parti souverainiste Ukip (United Kingdom Independence Party) et, dans son sillage, les partis de gouvernement. Plus de la moitié de l’immigration nette en Grande-Bretagne provient de l’Union européenne, en particulier des pays de l’Est (Pologne, Roumanie, pays baltes…). La liberté de circulation au sein de l’UE empêche Londres d’agir sur ces flux. Pour contrebalancer, le gouvernement a durci les critères d’entrée pour les pays du reste du monde. Les eurosceptiques estiment qu’en dehors de l’UE, le Royaume-Uni pourrait enfin reprendre le contrôle de ses frontières et de sa politique migratoire.

2- Restaurer la souveraineté nationale

La souveraineté de la représentation nationale britannique, «mère de tous les Parlements», est sacrée dans l’esprit des Anglais. Les politiques vivent très mal le sacrifice qu’impose l’appartenance à l’UE, d’où seraient originaires 70% des textes de lois applicables. Ils dénoncent le déficit démocratique des décisions d’une Commission non élue. Les plus durs des eurosceptiques réclament en vain un droit de veto sur les décisions de Bruxelles. À défaut, ils plaident pour une sortie de l’Union qui seule rendrait au Parlement de Westminster sa toute-puissance. Ils abhorrent les décisions politiques issues de consensus à Vingt-Huit, la suprématie de la Cour de justice européenne ou de la Cour européenne des droits de l’homme sur les tribunaux britanniques, ainsi que l’idée d’une politique étrangère ou, pire, d’une défense communes.

3- Quitter un navire qui prend l’eau

La crise de la zone euro qui n’en finit pas, le renflouement de la Grèce à coups de milliards d’euros (auquel le Royaume-Uni n’a pas participé), le naufrage des migrants nourrissent la vision britannique d’échec du projet européen et d’un continent à la dérive. Par contraste, le dynamisme retrouvé depuis deux ans de l’économie britannique les conforte dans l’idée qu’il est grand temps de «se détacher de ce cadavre» pour survivre et prospérer.

4- S’affranchir des régulations de Bruxelles

Si les multinationales sont largement en faveur du maintien dans l’UE, les patrons de petites et moyennes entreprises se plaignent des entraves des normes et régulations imposées par Bruxelles sur leur liberté d’entreprendre. Les agriculteurs critiquent les contraintes de la politique agricole commune. Les pêcheurs souffrent des restrictions imposées par l’UE. La directive sur le temps de travail (48 heures hebdomadaires) est vitupérée, par exemple pour les médecins hospitaliers. La Citypeste contre les normes financières européennes et les limitations imposées sur les bonus des banquiers. Le Brexit permettrait également au Royaume-Uni d’économiser les 11 milliards de livres de sa contribution nette au budget européen.

5- Commercer librement avec le monde

Si l’appartenance au premier marché mondial facilite les échanges commerciaux, les eurosceptiques estiment que Londres pourrait faire mieux hors du cadre de l’UE. Ils voudraient voir Londres reprendre son siège à l’Organisation mondiale du commerce pour signer ses propres partenariats avec des pays extérieurs, comme la Chine, l’Inde, les émergents d’Asie ou d’Amérique latine, et retrouver sa place sur la scène internationale. Ils mettent en avant les relations privilégiées avec les membres du Commonwealth pour dessiner une vision radieuse pour le commerce extérieur britannique post-Brexit.

Voilà les raisons pour lesquels les britanniques ont voté pour la sortie de l’Union Européenne. Les raisons pourraient sembler légitimes mais leur présentation permet d’omettre les conséquences de la sortie (voir article 13 conséquences du Brexit)

Comme souvent dans pareille mésaventure, les politiciens mettent en avant les mauvaises raisons. Nous l’avons vécu avec le traité de Maastricht.

Lorsque le vote a lieu, les citoyens s’aperçoivent des conséquences de cette décision. Il est souvent trop tard pour changer les choses.

Les difficultés du vote actuel sur les conditions de sortie de l’UE montre l’impréparation de cette étape, et le mépris des représentants « du peuple » vis à vis des populations

Shukuru

13 CONSÉQUENCES CONCRÈTES DU BREXIT

Par Justine Frayssinet, CNEWS – Mis à jour le 07/04/2019 à 09:38 Publié le 07/04/2019 à 03:57

Ignorant les menaces de désastre économique brandies par les institutions internationales, les Britanniques ont décidé de quitter l’Union européenne, ouvrant ainsi une ère d’incertitude sans précédent. Le pays devrait bientôt être rattrapé par les conséquences concrètes de son choix.

UNE TEMPÊTE FINANCIÈRE

Dans l’immédiat, c’est une mini-tempête financière qui devrait souffler. Voir la cinquième puissance économique mondiale quitter le navire européen aura en effet un impact planétaire. Les Bourses de Hong Kong et Tokyo ont plongé, celle de Londres a ouvert en baisse de 7% et celle de Paris et Francfort de 10%. Signe qui ne trompe pas, les marchés se sont précipités sur la valeur refuge par excellence, l’or. Le cours de l’once s’est envolé à l’heure des résultats du référendum à son niveau le plus fort depuis deux ans. Et ce n’est probablement que le début.

DES ANNÉES DE NÉGOCIATIONS AVEC SES PARTENAIRES COMMERCIAUX

Le retrait de l’UE ne va pas se faire en quelques jours. Il devrait s’effectuer sur plusieurs années. Le Royaume-Uni perdra par définition le bénéfice des accords commerciaux passés par l’UE et ses partenaires à travers le monde. Or, entre les conditions de sortie de l’UE, la négociation de nouveaux accords avec elle et les conclusions de traités commerciaux avec les pays extérieurs à l’UE, le gouvernement britannique a prévenu qu’une bonne dizaine d’années pourraient être nécessaires pour mener à bien les diverses négociations ouvertes par un Brexit. Bref, le changement est acté, mais il sera long.

LES BRITANNIQUES SERONT TOUS PLUS PAUVRES

Les experts du Trésor britannique ont étudié plusieurs pistes possibles de renégociation des traités. Dans leur scénario dans lequel le Royaume-Uni négocierait avec l’UE un accord de libre-échange similaire à celui liant le Canada au bloc européen, chaque foyer britannique perdrait environ 4.300 livres de revenus par an (5.400 euros). Selon leurs projections, le produit intérieur brut (PIB) du pays serait d’ici à 2030 inférieur de 6% à ce qu’il aurait été en cas de poursuite de l’aventure européenne.

UN RELÈVEMENT DES BARRIÈRES DOUANIÈRES

Avec le Brexit s’ouvre en réalité une longue période d’incertitude, avec des conséquences pour les entreprises britanniques, le commerce et l’attraction des investissements. Les barrières commerciales pourraient être relevées pendant cette période de transition, avec 5,6 milliards de livres (7,2 milliards d’euros) par an de droits de douane supplémentaires à payer pour les exportateurs britanniques, d’après l’OMC. Pas sûr que les secteurs manufacturiers comme l’aéronautique, avec Airbus et BMW entre autres, apprécient ces nouvelles barrières tarifaires. Elles pourraient faire leurs bagages.

UN PAYS MOINS ATTIRANTS POUR LES INVESTISSEURS

De nombreuses entreprises utilisent le Royaume-Uni comme porte d’entrée vers l’Europe. Or certaines d’entre elles ont prévenu qu’elles relocaliseraient leur siège européen en cas de Brexit. Et cela n’a pas trainé. La banque américaine JPMorgan, qui emploie 16.000 personnes au Royaume-Uni, a prévenu vendredi qu’elle pourrait déplacer 1.000 à 4.000 emplois hors du pays à la suite de la victoire du Brexit au référendum. D’autres banques pourraient suivre. D’une manière générale, il y a fort à parier sur un repli des investissement chinois et américains.

UNE RÉCESSION EN PERSPECTIVE

Entre les échanges commerciaux en berne et l’emploi en perte de vitesse, la croissance britannique risque de se réduire. Le FMI envisage deux scénarios possibles : un «scénario limité» et un scénario «défavorable». Dans le premier cas, la croissance du PIB de l’économie britannique ralentirait à 1,7% cette année, puis à 1,4% en 2017 (au lieu de 1,9% et 2,2% actuellement prévus). Dans le second cas, le Royaume-Uni tomberait carrément en récession en 2017 à – 0,8% avant de se redresser à + 0,6% en 2018. Bonus dans ce second cas, l’inflation grimperait à 4% en 2017 (au lieu de 1,9% prévu).

UN CHÔMAGE EN HAUSSE

La panne de croissance que devrait enregistrer le Royaume-Uni aura évidemment des conséquences sur l’emploi. Dans son «scénario limité», le FMI, anticipe un taux de chômage à 5,3% en 2017, contre 5% aujourd’hui et à 6,5% d’ici deux ans. Selon le cabinet Pwc, le Brexit coûterait environ 129 milliards d’euros de perte d’activité, ce qui se traduirait par 950 000 emplois en moins d’ici à 2020, et une hausse du chômage comprise entre 2 et 3%. Le secteur financier serait parmi les plus touchés. Si les banques de la City de Londres perdent le droit de vendre sans entrave leurs services financiers depuis le Royaume-Uni vers les pays de l’UE, la cure d’amaigrissement pourrait concerner une centaine de milliers d’emplois d’après la société de lobbying TheCityUK.

UN MANQUE À GAGNER FISCAL

Cette panne de croissance redoutée devrait assécher les rentrées fiscales. L’Institut des études budgétaires (IFS) prévoit un manque à gagner annuel compris entre 20 et 40 milliards de livres d’ici à 2020. Même en tenant compte de l’arrêt de la contribution britannique aux comptes de Bruxelles… Un sérieux coup/coût au budget britannique. Croissance en panne, recettes fiscales en baisse et échanges commerciaux en berne, le cocktail est toxique. Aussi, le Royaume-Uni devrait perdre sa précieuse note AAA que S&P lui attribue sans discontinuer depuis un demi-siècle. L’agence de notation a d’ores et déjà prévenu qu’elle le ferait. 

UNE FUITE DES TALENTS DU CHAMPIONNAT ANGLAIS ? 

Si le Royaume-Uni n’arrivait pas à négocier un accord sur la libre-circulation des personnes au sein de l’espace européen, de nombreux joueurs de Premier League (la première division de football anglaise) issus de l’Union Européenne pourraient être contraints de quitter le pays. En effet, ils seraient considérés comme extra-communautaires et devraient remplir certains critères très stricts pour pouvoir continuer à jouer dans leurs clubs respectifs. L’une des principales conditions est que les joueurs en question aient joué un certain nombre de matchs en sélection dans les deux années passées. Ainsi, Paul Pogba et N’Golo Kanté, entre autres, pourraient devoir faire leurs valises pour un championnat de l’UE, comme la Ligue 1.  

UN VISA POUR ALLER À LONDRES ?

Si le Royaume-Uni arrive à négocier un accord lui permettant de rester au sein du marché unique, il est probable que la libre circulation des personnes soit acquise et que se déplacer et travailler outre-manche ne soit pas un obstacle. Tout dépendra en réalité des modalités négociées entre le Royaume-Uni et les pays membres de l’UE. Et il n’est donc pas exclu qu’il faille un visa pour voyager dans le pays dans la mesure où le Royaume-Uni ne fait pas partie de Schengen. 

L’INTÉGRITÉ DU ROYAUME-UNI EN QUESTION

Les résultats du référendum sur le Brexit montrent un pays divisé, avec Londres, l’Ecosse et l’Irlande du Nord qui voulaient rester, tandis que le nord de l’Angleterre ou le Pays de Galles ont largement voté contre. Des résultats qui risquent de mettre en péril l’intégrité du Royaume-Uni. La Première ministre écossaise Nicola Sturgeon a déclaré que sa région « voit son avenir au sein de l’UE », entrouvrant ainsi la porte à un nouveau référendum sur l’indépendance. En Irlande du Nord, le Sinn Fein, favorable au maintien dans l’UE, a lui appelé à un référendum sur une Irlande unifiée.

DES PERTES POUR LES ENTREPRISES FRANÇAISES

Si des accords ultérieurs de libre-échange ne sont pas conclus avec l’UE, la France fera partie des six pays les plus touchés par le Brexit selon le cabinet Euler Hermes. Les entreprises françaises pourraient enregistrer jusqu’à 3,2 milliards d’euros de pertes additionnelles à l’export d’ici 2019, dans le pire des cas. Soit tout de même 0,5% du total des exportations de biens et services. Dommage au moment où l’activité montre des signes de reprise.

MOINS DE TOURISTES BRITANNIQUES CET ÉTÉ

Le célèbre homme d’affaires George Soros lui a prédit une dégringolade d’au moins 15% face au dollar.  Ce matin, la livre sterling a plongé de près de 12% face au dollar et de 8% face à l’euro. Mécaniquement, les vacances du touriste anglais seront plus chères. Il est donc probable que les britanniques soient moins nombreux cet été en France. Sans compter que le pouvoir d’achat des Britanniques en vacances en Europe sera de facto réduit.

Un bilan très négatif qui n’avait pas été présenté ainsi aux britanniques lorsqu’ils ont voté par référendum sur la sortie de l’Union Européenne

Shukuru